‹ Mémoires de Chodruc-Duclos;Chapitre 19 sur 84 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LE GÉNÉRAL LINNES.

Ce serait une étrange erreur de penser que je m'en allai aux cages de la capitale droit sans avoir essayé de toutes les cages usitées dans nos provinces. Dieu m'en est témoin, je n*ai pas l'ombre d'un crime qui pèse sur ma conscience T et j'ai usé à moi seul plus de verrous et de geôliers que vingt criminels ensemble. — Mais ce serait un calcul plus irrationnel encore que de vouloir mesurer toutes les tendresses généreuses et dévouées dontPaulinede Besny éclairait les beures noires de mes captivités. Alors que par les fenêtres de ma prison

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je pouvais entrevoir ud coin de mon ciel natal, j'avais du moins, — ce qui valait mieux que ses lointaines pensées, pourtant si consolantes, •^j'avais la présence aimée de cette adorable créature. Il fallait la v«ir descendre dans mes sépulcres vivants , y glisser pieuse et suave comme une envoyée de l'Espérance, se poser là, bien près, sur mon sein, blanche etp&le coinme ces fbrmes^raphiques veillant à la pierre du Christ.

U feUait la voir se tordre , simmoler pour jeter un rayon ou chercher une issue à mon cercueil ; il &Ilait la voir, cachant son âme soui son visage , refouler les désolations et les larmes intimes derrière ses épanouissements extérieurs et ses beaux sourires : tout cela pour me verser la résignation, le soulagement, le courage. Âb ! c'est-dans de pareilles extrémités que la femme se déploie dans toutes ses . ravissantes et magi^es harmonies, c'est alors que sa voix laisse tomber en nous de bien prédeux dictâmes , c'est alors qu'une force aveugle et les plus mâles -vigueurs se réveillent dans ces natures où la feiblesse n'est

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(]U'au 6op^neil qui passe an lOQÎadrefroUseçaent- Croyes^e , quand elles sont iiispirée? mr le çoEOT, liea ne résiste aux éclatantes déterroinations dç la fiamme. Ce cafractère, qui plie spns les détails , se redrtssae j oscpi'à l%ç- Toïsnie dans les époques sotenn^les ; t^ s'il ne sui^t pas plus souvent, s'il ne nous jnt>stera.ç |i|a$ dftnç une admiratitm plus comt^nfe, pluf ^rmç, ç'eçt que nous s^mes injastes, c'est que nous ayons trop peu de foi ep cet^ main ^ douce, et $i puissante 4ès cpielle a touché notre main ; c'est que *ous ne Toulons pas 9TOUfx qu'à nous s^uls çst la ;&ute, à notfç Kulemaniedelem-f^rmertqutf arèae,(l^I<:ur hfiser tf^it sérieux él^i^ , si nouf ne rei;tc;q][ftraps p4^ à t^aqu^ 4^)ir 4e notçe c^ç^i^ un ti^Qf>n ^^ glaive fie Jeaqpe ^'4kc* ^ fc^gment de la hache de pette autrp Je^qp gui prot^g^ les murs d$ {te^uFais, la faue d^ ppigoard qui fit justice df Marat

l^adamp de Bespf n'était pas seulen^tuit ^:ilime d eoei^ie , elle savait l'art mieuf que personne de ces mille petites attentions gracieuses , apanage de son sexe. Il y avait que)-

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que temps que j'étais de retour à Bordeaux , d'où m'avaient arraché, les tracasserie» ,d? l'autorité, lorsque madame de Besny youlut douuer une fête eu mon honneur, essayant de me Éiireoublier, dans les douceursd'uqe rét^niofi de vfgis aiuiç , tous les dés^grén^ents qui ne pessaienf de traverser les plaisirs de moq séjour. Elle se ioit£n quête d'une époque &• vorable. Vint le jouf ^es Rois, elle oe crut pouvoir mieux choisir ; vous a|lez juger de son choi^.

Madaiçe ^e i^^y avait convoqua de nofi;ibt;epx conyjv^ PP^F ^i^^ collation ou un q^bigu , cominf yous voudrçz , qui 4eyait avoir ^ell dans la giflée. E^lç me pria ^e ^iguer fairç, en &veur du gâteau d'usage^ une brèche à ific^ habiti^dcs peu cas^nièi^ss. C'était uu pç,u difficile : je pte résolus pourtaut au sacriËqe, ^^posf^i poiir gagç de mon serlueift uu l}aiser sur la joue de mou cher et gracieux amp(iitryou j puis, afin de compepser néanmoins en (ant que possible le fenps perdu pour les folies ^ — car, dans les parties joyeuses organisées par Pauline, il y avait

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toujours une décence et une réserve qui ne m'allait qu'à demi -•- je résolus d'aller voir pendant une ou deux heures si l'on chômait dignement au Grand-Théâtre la sainte Epiphanie.

C'était alors le règne du Directoire, et l'on représentait ce soir-là la plus chétive rapsodiè des cinq parties du monde, une sanj^lante et niaise épigramme d'à-propos, intitulée, je crois , le Boi de Cocagne.

Si j'avais eu tant soit peu la bile échauffée, puis du temps à moi, je me serais volontiers divei'ti à faire tapage ; mais la petite solennité que me préparait madame de Besny ne me permettait pas la mauvaise fautoieur : plus que tout cela, j'avais promis de rentrer de bonne heure à l'hôtel; c'était annoncer une rareté assez curieuse pour q'u^elle méritât mes plus scrupuleuses vigilances. Aussi je me tenais à quatre, et accordais d'avance à la rapsodiè tous les laissez-passer désirables.

Les matadors envahissaient le parterre, mon ami Peyronnet en tète. Le général Lannes occupait^ loge ex-royale.

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La pièce marchait sans encombre , lorstpie survint certain passage qui jeta de furieux hâtons dans les roues. L'auteur avait mis dans la boucbe du roi de Gocagne ces paroles : « Tout est mttsickn,'ju$quà fane. » A peine ces quelques mots venaient-ils d'être prononcés , qu'un vacarme de la plus aflfreuse cacophonie remua toute la aalle. Une foule de jeunes gens s'étairat levés et, se tournant vers le général, lui avaient répété cette phrase, fort innocente en dle-même, dont ils lui adressaient une insolente application. Un concert de huées et de rires peu bienveillants accompagnait l'apostrophe. Je la trouvai , moi , trop indécente et trop niaise pour feire chorus ; mais en revanche Lannes fit appeler mainforte et mettre la main sur les exaltés : en tête des perturbateurs pris au piège s'avança sous bonne escorte Emile Dnclos, qui n'avait rien feit; mais pouvait-on croire qu'un tapage fftt possible sans l'étemel boute-en-train , et pouvait-on avoir la cruauté de détacher Duclos de son inséparable Peyroonet ?

Nous fhraes donc signalés comme les chefs

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du tumulte. Toute la bande royaliste fut cernée par les Basques et conduite à la prison de la Commune.

Le commissaire était venu droit à moi et avait voulu mesaisir lui-même au collet pour domier plus de solennité à l'arrestation gén^ rale,ensemparantdu prétendu coryphée. Des queje le visapprocher,jememis en disposition de l'accueillir dignement; mais il composa ses allures avec tant de bonne grâce, m'accosta d'une manière si caressante, me harponna d'une patte si veloutée, qu'il méprit un instant fantaisie de me laisser endoctriner. Cependant l'indignation et la Intime colère d'une si injuste mesure envers moi qui suis bien le plus innocent agneau de la terre, rallumèrent le sang dans mes veines; je m'élançais pour répondre aux touchantes allocutions de mon agresseur, lorsque prenant un ton de demoiselle : .

— Voyons, inonsitiir Duclos, vous êtes un fier luron, je le &ais.

— Vous croyez, monsieur le commissaire?

DE crfdRRbt-totJCLOS. ift^

— Maii quand vous le Voulez bien, Vous Êtes si bon gal'cîon !

— A qiii Ve dites-vous, comtnisâaire?

-^Eh bien, monsieur bucifwî...

— '■ Eh bien, commissaire?

— '- Sàvez-vous ce que ferait k Votre place un bon garçon ?

— fl ferait ce que je devrais ftiire , puisque j'en suis un, à votre avis et au mien : il vous prendrait par les pieds et par la tête et vous jetterait dans le trou du souffleur, pour vous apprendre à y voir plus clair quand il s'agira de capturer les remueurs véritables.

— Écoutez , monsieur Duclos, ce sera le sacriSce de quelques heures de violon tout au plus : ne me forcez pas à d'extrêmes rigueurs par votre résistance. Vous êtes au miheu des coupables, mais votre innocence et mes propres démarches tous arracheront à la punition : je ne puis mempècber de vous arrêter provisoirement, vous le voyez bien. Pour Dieu ! monsieur Duclos, ne me compromettez pas en essayant de vous soustraire à nous.

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— Tenez, tenez, lui di»-je ennuyé de ses cajoleries, si vous aviez tranché du rodomont je vous aurais iàit fitire une cabriole; puisqu'il eD est autrement, je serai plus gênéreux que vous : me voici de lion devenu mouton , vous pouvez me tondre tout à votre aise. En route.

Et je me laissai conduire avec les autres.

DE CBOblHJC-DUGLOS.

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