‹ Mémoires de Chodruc-Duclos;Chapitre 27 sur 84 · BIÉMOIRES · texte numérisé non relu

BIÉMOIRES

porte-voiz, et son cri Ëunilier retentit menaçant de lartimon au beaupré de ta Flèche :

— Alerte, enfentsWoici une proie, de l'or, desAnglaiSjdu bronae et de la gloire.

Nul des matelots n'arrive le dernier ; tous sont là, actifs à la curée comme une ardente meute de loups voraces, la hache à la main, le pistolet et le poignard à la ceinture.

— Vous m'avez entendu, eniànts; peude hruit , ménageons la poudre , et à l'abordage I Au premier, quadruple part; au second, triple; au troisième, double; au dernier, la garcette. Nul de vous ne sera le dernier, j'en suis sûr, car nul de vous n*a été le dernier à son poste. Alerte, alerte, hisse le pavillon national, et vive la France !

La corvette anglaise a vu les trois codleurs , et ses filets d'abordage sont placés.

Le capitaine Bernard , pour la pi'emière fois de sa vie peut-être, faitentemireun juron qui semble dire que la lutte sera chaude; et puis d*une voix plus calme, il court au large comme s'il fuyait son adversaire.

— Hourra ! crient trois fois les Anglais,

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comptant que nous évitÏMis le combat.

■ — Je vais vous en donner, des. hourras , dit

Bernard en mâchant sa petite cigarette; je vais

vous eadonncr,deT09 hourras, insolents! et je TOUS réponds, messieurs les habits ronges, que vous les payerez cher.

La corvette anglaise et ta Flèche couraient à contre-bord avant d'engager leurs vergues; en passant devant nos flancs, l'ennemi lâcha sa bordée.

— Ne répondez pas, s'écrie le capitaine Bernard, il feut leur cracher nos boulets rames de plus près.

Et il ordonne de virer de bord, mouvement qu'exécute aussi la corvette anglaise.

Tonio, que j'avais vu jusque-là intrépide an milieu du plus grand péril , que j'avais trouvé calme et résolu au moment où, seul avec moi, je pouvais abuser de ma force contre sa pudeur, me sembla cette fois timide et tremblant.

Ses lèvres étaient pâles , ses allures incertaines, ses regards sans vie... J'en eus pitié je m'approchai de lui.

— r Tonù) , tu u pepr ?

— Oui , j'ai peur , Emile.

DE GBODftCIC-DUCLOS. Ml

2S2 UËHOQŒS

Et moi-même, légèrement blesséàlamaia gauche, je dus aussi la vie au capitaine, qui se multipliait pour exciter, non le courage des siens , mais leur impatience et leur rage.

Après un combat opiniâtre qui durs plus de quatre heures en présence de toute la population de Sainte-Croix, accourue sur le rivage, la corvette anglaise amena son pavillon.

11 làut le dire , pour ne pas usurper une trop grande part de gloire :

L'équipage îuiglaisétaitafFaibti;et deux cornbats antérieurs que le Sandvich avait soutenus ne lui permettaient guère d espérer un succès. Mais l'honneur de son pavillou lui avait ordonné de courir sur la Flèche ; et le capitaine Flind , qui périt dans le combat, mérita bien de son pays.

LeSemdvicb avait Ëiil de belles prises; nous visitâmes les coffres, les soutes, les chambres et tous les recoins où l'on pouvait avoir caché des richesses; puis, quand nous crûmes utile d'abandonner le reste aux flots, nous descendîmes , blessés et bien portants , dans les chaloupes; enfin, pour démolir le vaisseau , nous

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