‹ Mémoires de Chodruc-Duclos;Chapitre 30 sur 84 · CHAPITRE XXTÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXTÏ

TKOIÉK.

Une voîtuK est le véfaicnle le jiat iscommode et le fins ia.n^txea\ du monde, qnand vous craignes d'être arrêté. C'e»t poar etèi qu'Ole va vite. Qu'on -tous y cfa«rcbe,.«ti un cheval au galop a bientôt attânt la diligeaos qnirelaie et cfai bit Imite poar les n^Ms éea Toysgeun. Le plus sAr est toujours de rester près de Tendroit niènie où l'e^ièi^erie a été commise. Ce n'est pcnut ici tp'tm tous supposera, et mon roué Fouché , qui pourtant ignorait cette tfaéoiïe, me permit éTarmer à Bennes, quoiqnt ma route se fit bien

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loitement, h petits pas, comme voyagent l»

céaobit£$ et les flfinears.

J a\-aH quitté Paris avec vingt-cinq franco et douze sous dans ma poche, le reste s'en était allé par Tachât d'un stylet délicieux et de deux pistolets à ressorts claquant sec. Ce n'était pas trop pour imposer à quatre ou cinq gendarmes, s'il prenait envie à Fouché d'envoyer à ma poursuite.

Heureusement le loup fut pris au pi^e , et me voilà près de mes chers Vendéens , le cceur chaud, le gousset vide, et fouillant dans l'avenir pour y chercber une renommée.

Il y avait là de nobles courages, de généreuses poitrines battant fort pour une pensée unique ; il y avait là des noms mieux blasonnés, si je puis m'exprîmer ainsi, parleur ai> dent amour pour la monarchie exilée que par les vieux parchemins de leurs pères, et je me sentais tout orgueilleux d'entrer dans leurs rangs et de prendre ma part de leurs périls.

Tous nous pensionsque les conflits seraient ardents ; tous Uous étions animés d'un saint

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isithousûistiie et nous attendion* le premier coup de fusil comme un si^e de déliTranee.

On m'avait remarqué; on parlait.de nUtt> ' sans doute parce f|ue j'en parlais moi-m£me'. Dès qu'une alerte était donnée » je prenais mon élan, et le poste dangereux m'appartenait.

-Je suis en veine de modestie, et je ne dirai point ici par combien d'actes de bravoure, si bien compris des armées royale et impériale , je sus me distinguer au milieu de ces hommes qui étaient des colosses d'héroïsme. Je ne parlerai pas de ces rudes escarmouches que les deuK parties belligérantes se livraient chaque jour, et pendant lesquelles on me voyait constamment en première ligne.

Historien de ma propre vie, je puis, sans scrupule, m'appauvrir de quelques-unes de ces belles et glorieuses actions , aujourd'hui surtout que la renommée me semble un feu follet; aujourd'hui que moi seul, peut-être» je me rappelle ces nobles et magnifiques an^ nées.

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J'ai rëflé<^. Je Be mis pas, après loot , pourquoi je me tiendrais à moi^néme p»reiHe ri^enr d'bnmibté. Je vous fais et ferai

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et nouft brùlioDS de prendre uoe revaBcbe.

Mais DOiu ^icou arrivés, trop tard : à peiae hissés à la hauteur de la haie, une décharge à bout portant tue six de noa hommes «t £ùt prendre U fuite aux autres > qui d^hai^eot leurs fusils presque à reculons.

Légèrement blessé à l'épaule, je m'arrête. Je lance un rapide coup d'œii derrière la haie, et, voyant peu d'ennemis, je m'écrie d'une voix retentissante :

— A moi , les miens !

Le stratagème réussit. Craignant d'avoir affaire à trop forte partie, les Bleus dispanu^nt dans les broussailles en laissant deux des leurs sur le terrùu , grièvement blesses de deux coups de feu. Ils gémissaient, j'allai à eux, et leur criant : « Bas les armes! » je m'approchai eocore et leur tendis la main :

— C'est là une lutte meurtrière, leur dis^e, une guerre comme n'm den-aient pas feire des enfonts de la même patrie; mais il parait que le mot d'ordre est donné.

>> Hier vous avez fusillé des Blancs : c'est là une barbarie que vous aurez à vous repit)-

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cher; car je veux vous laisser le temps de regagna* vos postes lorsque je devrais peut-être vous conduire à notre camp ; vous êtes libres, mais à une condition, c'est que vous userez de toute votre, influence pour sauver des prisonniers de mon bord, dans une position pareille à la vôtre... Le jurez-vous?

— Sur l'honneur.

— C'est bien. Si l'on vous refuse, dites comment il vous a été permis de rejoindre vos camarades.

— Ce sera feit.

— J'y compte. Vos noms?

— Julien Charrier.

— Auguste Guéry. Le vôtre?

— Un Blanc.

» Au surplus, ajoulai-je en les quittant, c'est un rendu pour un prêté; car je me souviens qu'à Lyon un Bleu me sauva la vie, alors que sans lui j'aurais été iusillé le lendenuitn. Vous voyez que les canailles de. la Vendée ont de la mémoire.

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mille de cette sujétion, je m'en afFranchis et déclarai haiitemeat que je brûlerais la cervelle à quiconque viendrait chez moi essayer

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Gela est vrai, piinkCre Foudié, âme damnée de NapoléoD, cela est vrai! mes amàens amis ont vu et touché les larges cicatrices doat j'ai toujours porté l'empreiute, et que m'avait ouvertes rinSune tuniqne de Nessus que vous jetiez si lâchemeotsur votre prisonnier.

- Je ne me plaignais point, je n« priais point; et, pour vaincre moa inflexibilité, Fouché vint un jour lui-même :

C'était en hiver. On m'appela ; on me fit entrer dans une vaste [ùèce où Fou<^ m'attendait, assis aujurès d'un feu ardent.

— Âsseyez-voua, Mouiieur; vous voyez que je pense à voas?

— Cest un privilège do»t je me passerai» voLotttierâ , MoMeigoeiu- ; votre mémoire m'est si &tale!

— Vous êtes un fou.

— 3'aime mieux être fou que bourreau.

— Ije boaiTeau vient proposer au fou... une trêve.

— S'il y a des conditions, jcdcvine qu'elles fioat inaoceptabfes.

SQ& HËHOntES

•^ Il ne vous en coûtera rien.

— Cest bien cher.

— M'écoute&vous?

■^Ne le voyez-vous pas? Je chaufïe mes jambes déchirées par le mercure. Parlez.

— Napoléon vous fait grâce.

— De quoi ?

— T De votre vie passée.

— Vie de dévouement.

. — 11 est des dévouements qui sont des crimes.

-— Je n'ai jamais été criminel.

— Non , parce que la raison vousamanqué. ^ A TOUS , c'est le cœur.

— Voyons, mes instants sont comptés : la prison vous Ëttigue-t-elle?

— Cruellement. A quel prix en s(Htirsis^e?

— Vous prêterez serment à l'Empereur.

-—Rien que ça?

— Rien que cela.

— Eh bien ! allez dire i votre Empereur qui n'est pas le mien, que je ne jvéterai jamais deux serments en ma vie. Je serai fidèle jusqu'à ma dernière heare à odui que

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ai prêté une fois à mon n>i légitime, et j'aime miem une prison ëteruelle qu'un parjure. »

FoUcfaé partit, et je repris mon enveloippe cànpoisonnée.

Vînceanes me fut enlevé; Fouché— parie ne ^is quel caprice — me fit transférer à Bïcêlre, sans doute parce quil y avait là des èfres privés de raison et qui mettaient la fidé> lité , l'honneur au rang des folies.

J'y -vécus quelque temps, assez oublié , grâceaux grandes choses qui germaient alors, et je n'en sortis qu'à l'entrée de l'Europe dans la capitale du monde.

Si , lorsqu'on vous ensevelit dans un cachot, votre cœur se serre au bruit des elefs et des verrous qui retentissent à vos talons, com- " bien n'y a-t-il pas d'épanouissement à l'âme lorsque la porte se rouvre, lorsque les guichetiers, qui attendent des étrennes, vous I. 20

Ml HÉHMRE9

Ateni laïc boHuet, pui> vous dtnirt mt sor-

rinit:

— Au revoir!

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répondre avec ingratitude. J'allai remercier mon généreux protecteur; et, une heure plus

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