CHAPITRE XXXI
LE COLONEL FABVIEB.
Qu'on l'interprète et qu'on le juge comme on le -voudra, que chacun en décide selon ses opinions, ses Caprices ou ses antipathies, toujours est-il certain que mon aSiire avec le colonel Fabvier a quelque chose de loyal et d'honorable pour moi. En toute occasion, un homme de cœur doit répondre à une provocation, dès qu'elle lui est faite par un homn^c ,de cœur.
Or, on parlait beaucoup du colonel Fab- ' vier; on lui reconnaissait du courage, du patriotisme, des sentiments nobles et généreux ;
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moi-même je l'entourais dune sorte de respect, qui tenait de l'admiration et de la jalousie à la fois. 11 n'était pas de mon bord , don(; je trouvais tout naturel de ne pas l'aimer ; il était homme d'énergie , donc il me portait ombrage, quoique j'eusse pour lui une baute estime.
Il y a peut-être contradiction en tout cela, c'est possible; mais tout cela était.
Je me trouvais au café, assis à une table près du colonel que l'on écoutait et qui disait, ma foi , de fort belles cboses. Il me regarda , nos regards se croisèrent, et je suis sûr que dès cet instant nous pensâmes, l'un et l'autre, que nous ne quitterions pas cette salle sans nous être adressé la parole. Toutefois, j'appris plus tard que le colonel ne me connaissait que de nom, et dès lors son coup d'œil ne pouvait être provocateur.
-Quant à moi, mon parti était arrêté, je voulais lui chercher querelle : il y a des réputations qui vous blessent , qui vous égratiguent, qui vous font grimacer.
Les disputes sur les opinions étaient à
tas MfcuoraBs
Tocdre du iour : il fiilkit £tte blaMc oanon-, libéral ou cbauan y Grec oa Ttire i Iwcf, â allait être ^udcfae ehase , ou te râoadcc à ae ■lailT écramr sone im taloiL oaame vm êOe inutile.
Quoi C|u'il en soit as mes sfiurtbwente- et de ceux de Fabvier, toujours est-il qB'a|H^ qu'il eut |HK>noBcé cette phrase :
— Laissez doBcl les Chouans sont tous des lâches.
Je Bie levai funrax y et in'a[^[wochant de lui les hras <VDtsés :
— Le aoutiesidrcs-voas devant moi f lui demanda-je.
— Devant vous et devant tout Ire lacndeT à pied, àcheval^l'épéeÀ la. main, le pistolet aupeing, d^iûs le ccœapasjuaiiibaiB canon.
Je dcnnai maa dcmu, BUn adnesse, et la 6gure de Fabvier se rembrunit.
-^ Jene pais pas. ne baUre avec lia parai hûBUBe, ditnil à ceex qui l'entoufloeai.
— Et pourqjuoi ? m'écciai-je.
-^ C'est que vous êtes un. miaô^Ue.
Six pa^onaes m'arrêtèrest, et je diSAleis :
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— Vous êtes prévenu, coloDel Fabvîcr, que si vout De vous battez pas avec aïoi, je vous assassine.
Je l'aurais &it.
Mon coup partit, ma balle lui écorch»
lepaule, et, je dois l'avouer, f^bvier déchargea son arme en l'air et dit :
— Je ne veux pas déshonorer ma balle.
Je connaissais parBiitement les lois du duel, je ne pouvais recommencer celui-ci sans me &ire le plus grand tort, et les journaux ne me donnèrent pas le plus bqau rôle dam leurs colonnes. Cet épisode a été une des p^s ti-îstes pages de ma vie.
On repandit le bruit que j'avais été soldé par les mien» pour ehcrcber noise au colonel Fabvicr ; on disait la somme qne j'avais reçue, on tignalait la main qni me l'avait ■ donmée; on désignait la maison, l'appartement où le mavchés'dtaUctHiotu.^r-Betouecela, pas un Bxit de vrai^ L'effeire s'engagea d'ellemène d'une manière ftvtuite, et avec un peu de prudence 'aurais pu l'évitM* ; mais la prudence et moi nWons jamais togé sous le
SSi UÉUOIRES
même chapeau; et ma conduite en cette occasion fut toute logique , et semblable à cdie que j'ai toujours tenue dans les mille circonstances malheureuses de mon existence d'agitations.
Dès qu'un homme a eu un seul duel retentissant, on le &il le héros de trois ou quatre aventures périlleuses. S'il a tué un adversaire eu défendantses jours, on le représente comme un f^re ; s'il en a tué deux, il dépeuple les villes, et mérite l'écha^ud. De Thersite à Diomède il n'y a qu'un pas.
Parce que vous vous êtes mis en présence d'un capon tremblant comme la feuille et que vous avez essuyé son feu, vous êtes procbmé le lendemain un redresseur de torts. O réputation !
Deux jeunes gens se battaient un matin dans un manège. Le plus âgé avait reçu de l'autre un coup de cravache, il n'y avait pas m>yen d'éviter l'afifaire. Les armes sont chargées, les voiU en ligne. L'offensé tire presque les yeux fermés, son adversaire tombe ; mais se redressant sur un genou :
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— Je veux ma revanche, dit-il d'une voix &ible.
n vise, et avant que le coup parte celui qui l'avait blessé roule sous un banc. On accourt, on le soutient, on le voit pâle, respirant à peine :
— Lâche t lui crie-t-on.
— Pas si lâche que vous , r^pond-il : je me bats et j'ai une peur horrible.
Selon moi, ce lâche était un homme de «ourage.
Malheur ou bonheur, gloire ou dégradation à celui sur qui s'attachent les regards de la foule ! Bien n'est vrai dans ce qui se dit de lui ; c'est le corps trop voisin de la lumière, il se projette monstrueux , colossal , immense.
Voyez : j'ai possédé en tout dans mes plus beaux jours trois mille francs de rente, a voix publique m'a donné un revenu de quarante raille francs ; j'ai eu dix-huit duels, on m'en a prêté cinquante ou soixante. Je loge dans une chambre qui me coûte vingt sous par jour, et on me niche dans un taudis de trois francs fsr mois. Quand je suis en fonds, je
Jmis «iem. twns de vin par jour, et l'on m'en iait avaler trois pintes. Ainsi fait-on quand on sammÈbae de quelques eou«. Si j'avais reçu la cent AÎlfième partie de ce qn'on se vsBte de m'ATOlr avancé, j'aurais pu acheter les Tuileries avec ou sans ceux qui les vistffint...
DE CBQDBO&«UCLOS.