‹ Mémoires de Chodruc-Duclos;Chapitre 4 sur 84 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

CHEZ LE CUItÉ.

Me voilà donc, par suite de ce divorce, contraint de divorcer moi-même avec les plaisirs de ma ville natale; car, prenant la route du village de La Réole, j'y arrivai bientôt, confié par mon père aux soins éclairés d'un onde, curé du lieu.

La Béolel En traçant ce nom, un douloureux souvenir me brise Tâme. Là sont nés le m^me jour, à la urème heure, deux hommes

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d*énergie. Enrôlés le même jour, ils furent Ëiîts ofBciers le mêmejour, décorés le même jour fusillés le même jour !

Des balles françaises tuèrent ces deux Français, purs selon moi de tout crime , purs de trahison; et tandis que Bordeaux entier leur refusait un défenseur, tandis que sur la route qu'ils parcouraient pour arriver au lieu de l'exécution, les dames en signal de fête criaient: « Vive le roi ! 1 et agitaient joyeusement leurs mouchoirs sur les deux martyrs ; ces braves soldats, bras dessus bras dessous, calmes, dévoués, marchaient à pas lents et causaient de leur pieuse, de leur sainte amitié :

— Tu as peur? dit celui, je crois, que l'on appelait l'aine.

— Oui, pour toi seul, mon frère.

— Prends garde qu'ils ne suspectent ton dourage.

— Sois tranquille, frère, quand je com-

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manderai le feU, ils reconnaîtront que tqa voix

ne tremble point à l'heure suprême.

Quelques moments plus tard, deux cadavres étroit^nent serrés gisaient à terre et Bordeaux était dans la joie ! !

Je vins, moi tout bambin, tout novice, tout ^illeret , chez mon bon oncle, qui me traita en euËmt gâté.

SU est vrai que les hommes se dessinent dès leur premier pas dans la vie avecles penchants qui doivent plus tard les compléter, je suis né avec une bosse au front, une égratignure à la joue, une aiguille à la main et une piqûre au cœur.

S'il est vrai que chaque nature de l'être adievé soit le reflet du poupon au maillot , je suis certain d'avoir piordu le sein de ma nourrice, d'avoir fait du feu de ma bercetoi^nfst^, haché mes chariots et saupoudré de boue mes petits camarades,

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Eb bien! il parait que j'ai donné un démenti énergiqueà cet ordre de choses rêvépar .posplûlwophes, et que jusqu'à l'âge de quatre OU cipq ans je fiis un véritable mérinos que tout le monde pim^t, tiraillait, barbouillait de confitures , ssrs s'inquiéter de ses cris ou de ses prières. Mes premières défenses ont été des larmes....

J'ai pn peu chaqgé depuis.

Plus tard, comme j'étais d'une beauté remarquable, on me bonbonnait dans le voisinage à qui mieux mieux, et, si j'en crois mes plus vieux souvenirs , je n'aimaia que les tartines beurrées et les sucreries....

J'ai un peu changé depuis.

Avec la taille arriva une réactitm totale. Mon caractère si facile, si plein de paisible mansuétude, se revêtit tout à coup d'une obstination telle que ma mère trembla en &ce de ces funestes développements.

eu HÉMOHtES

C'était mal répondre àriniàtigaMeteDdresse de ma mère que ces perpétucilles mutineries d'un enJant pour l'avenir dnqael son cœur sV larmaitsîfort.Jeraimais,moi,d'unsaintamour filial : si quelqu'un l'avait attristée, je Serais devenu lion pour la défendre; si ses yeux se baignaient de larmes, mon cœur s'ouvrait an repentir, et cependant cbaque jour une nou-^ velle leçon d'obéissance à donner, une nouvelle indocilité à subir. On disait que du vitriol coulait dans mes veines, je crois que c'était du ' bitume. * '

impatienté de la nonchalance d'une ser^ vanta qui ife m'apportait pas assez protnptèment une assiette que je lui avais demandée, je la jetai sur le carreau et k brisai en éclats; — je lie parle pas de la servante.

— Mauvais sujet! me dit ma mère, vous ne dînerez pas aujourd'hui.

— Eh bien! moi, je ne' veux- plus dîner.

janinis.

DE CHODBVC-DOCKOS. «%

Et me levant de table, je cours , j'ouvre la po^ et me précipite par l'escalier la tête la première. £n deux l>onds je franchis quarante-trois marches, et je me trouve au bas «tes de^réi ^ut aussi sdide sur mes jarrets.

Quarante-trois marches ! autant que j'ai fôît de fcM le tour du Falais-Royal sans m'arrêter. Cette marche écrasante avait été réscJue par moi comme une «s|jatioa de cet ancien qt triste sQuvQÙr : le malheur est superstitieux.

Pendant mes études au presbytère , je croyais respirer dans une prison , et Dieu sait combien de foi»je fis tomber le bon cui^ par des crgas-en-jambe et des. billes jetées sur le parquet de son appartemiCut.. Dîei^ saif, atissi combien de tergnolea j« reçus pendant ces douces années de la Vie -de pédsgDgtie et de Souffi«4oi4leur!

Jeneréuste pas en tra^jant ces notes, qui deviendropit cçnpi'il plaira aa destin, je nç résiste pas, ^is-je, oji besoin de raconter une petite «spîé^rie d«nt j'invite les bambins méconleats à profiter au gré de leurs cucnnes-

M HÉHMnS

Mon brave htnnnie de curé , mon ehep petit onde, mimait beaucoup sans doute; car,U me Biettait au pain sec deux ou trois fois par semaine. Moi, blessé de sa tendresse, je mtt*' rissais dans ma tdte un plan de veagea^eo qui réussit selon mes smhfûtS'

A la qualité de prédicateur moa oncle ajoutait celle de médecin ; et il trouvait fort' Ic^que de guérir le corps, puisqu'il saUTslk I^e.

Or, i (^té de ses chasubles, de ses étoles, de ses vases sacrés , de ses sonnettes , il tenait enfermées dans une armoire des fioles dont jç Qimiaissais la propriété à force de les lui donner et d'écrire sous sa dictée des ordonnances.

Vn jour que la grond^nesse aUait- a* Alm avec une certaine pompe, je réMlus deaéeulw la maequoy^^'^i» méditée. Jeni'armai de courage, biea décidé h prendre la fuite si la coIôm ife l'i^dignatioB devait s'exercer ^r jooi avoc <H^ <b rigveWi

Je jetai deno dans k l)iu«tta une drauru*

DE CB<U>I»}&4)UCL0S. «^

<|ui dtfvaît forcer mOD oncle à <}éserter l'église dans un temps donné j puis je doublai la doM, pour que j'opération eût lieu presque inuaidiatement...

Hélas! je fus presque assassin quand je ne Toolais étn que Vutffm— Les oirfiqu* m ftiinat de la psnic; le prtere quitta raulal neo das géiniiMBu»to lameotabks, et fi)r«a fiu aia idMes de w eoaaeater, patir ce ««"^F^in^, dg Il mottié an fAn de l'officD divin.

Le curé jura— -je TOUS jure qull jurail pesta, menaça, firappa le mauvais larron; il allait même le renvoyer auprès de sa mère ; mais mon temps d'épreuves n'était pas accompli, quelques anaées devaient encore me garder à La Héole ; et quand j'abandonnai le petit vdlagc BUS mes ai sales, aux babttaBt* d {rfehis d'aménité» je m aperças que ïeahai éUit d^

Pourquoi ne suis-je pas toujoitfs rasté en-

fent?

6S HÉHOmES

Je recevais de mon oncle des leçons de morale que mon esprit recueillait avec avidité, je méditais la vie du presbytère, et peu s'en fallut que je ne songeasse sérieusement à m'enrôler dans les ordres. Mais voyez la destinée!

Aux dévotes mortifi«tions du curé s'oppo* salent de temps à autre des leçons plus mondaines, et je ne sais si le démon avait pris le langage d'une toute gracieuse cousine que mon oncle guidait dans la vie; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'un de ces anges rêvés par l'Albane et Baphaël lui avait prêté ses formes, ses grâces et son sourire. Gomme je n'ai jamais entendu parler lesanges, j'ignore si la ressemblance est parfaite; mais j'aime à le penser pour l'honneur des phalanges célestes.

Quoi qu'il en soit, ange ou démon, la ravi»* santé Amélie m'apprit la première que j'avais une âme, je n'avais fait que le soupçonner aux sermons du curé. Dès que ce saint amour des béatitudes d'en haut m*embrasait, l'amour plus pro&ne pour les terrestres créatures rem^ plaçait la flamme divine, et je ne me sentais

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plus la force de cotiToiter les biens prorois par l'Église aux vrais croyants, dès qu'Amélie me versait les joies d'ici-bas.

Pauvre en&nt dont limage m'a si souvent poiu^uivi dans mes songes, qu*es-tn devenue?

Et toi aussi, qu'es-tu devenue, grosse Marianne qui connais si bien les mystères de cette vie de mortifications, et auxquels tu voulais m'initier?

Ce que vous êtes devenues toutes deux^ le voici sans doute :

Toi, Marianne, tu auras été indignement trompée par quelque benêt de mari que tu te seras donné.

Toi, Amélie, tu auras trompé quelque mari joufflu qu'on t'aura forcée de prendre.

Chacune d'dles aura rempli sa mission.

Que le ciel les protège !

HÉHOntES

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