CHAPITRE V
UN COUTEHT.
Un jour...
Ce jour-là je cheminais lentement les bras croisés , le front à terre, et de temps à autre je m'accoudais contre le mur ou m'asseyais un instant sur la borne. Je venais dlatteindre ma rue, et j'allais entrer dans mon cher nn-méro 22, lorsqu'une douce voix m'arrêta:
— r Vous soufirez, monsieur Duclos ? "
— Beaucoup, Eugénie. Jai une fièvre ardente, et ma tête éclate.
— Qui V9US soignera chez vous ?
— Est-ce que personne m'a jamais soigné depuis quinze ans ?
— Laissez- vous soigner aujourd'hui.
— Par qui ?
— Par l'amie la plus dévouée, par le cœur le plus aimant : moi.
— Pauvre fille 1 Est-ce que vous n'appartenez pas à quelqy'iw? Esjnce que vos moments sont à vous, vos pensées à vous, vos vêtements à vous?
— On double sa vie pour être utile à celui que l'on aime et qui souffre.
— Je n'ai rien fait pour que vwu w'nivokx.
>-*• Si, jù. Et puis sait-on pourquoi l'on hait ei l'onaitoe? ISûn:fiUesaveatïire«ses, vierges de la rue, pr(^>rlét£ de tout le nuaule, escqité de sous-inèineBtquand.wiADi9uriiou5pf¥ad il s'acorcût mcotn de touut ce que iu>u$ lui volons par état. Quand nous aimoiis, «oyeze]^i«u, jnooùeur Dudos, sous devenoiiâ de cceur et d'âme femmes dévouées jusqu'à la rivière, épouses fidèle» au QÛUeuatèwode notre
DE CHOORUC DUCLOS. 4$
abrutissement.. Oui, oui, âdèjes, en dépit de ce «jue vous pensez.
« &!oi,parexempl6, j'étais, t-vaat de vQua cooKaitm, la plus folle de tgutei]e$foUçe,de ce quartier de folles. ^ (],uand je voulais la joie et l'ivresK dan» h maison, l'ivresse et la joie étaient nos compagnes- Si je manijuals à la veillée, elle n'était jamais au^ riante, et nptne paironm aurait sacrifié tout» ses tourterelles, sans exception, pour moi, pour moi seule qui làisais sa fortune.
— Pauvre Eugénie !
— Oh ! ne me serres pas ainsi. Cette vie de tête , cette eiùstence yiécanitjuie , mes promenades de chaque jour par toutes, les saisons , ce n'est pas cela qui noua tue; c'est l'beure du repos , ce sont les penaée» qui tôt ou tard viennent nous assaillir et nouspresser comme des étaux de for. Ce qui nous tu£ , ce n'est pas ce qui nous étale et. nous dégrade , c'est l'instant qui nous cacha et nous livre 4 nous seules. Plaignez» plaignez la fiUe de&
appell
...:.. .nez- •■■•lia lUii^.ltr iLlHJUX'UJlll.
— . .• .....t: .,1 ...L,à ..u',.-.iii^ ,,ax le coeur
— . ..I,; ....;;. .-jt-.t: ■ i u.ê '"ous auppar-
■:..;i . ■' ■ ; - ■'••" '" ■' ^iit-Ct; 'lUe %'<)S OlO— , ■,..: ! '.s, ,■■) jj<-ii3eta a %"oiis, vOS
— T .. , iiL.it; -jj lit pdur (,-[re uciieu ceiui I- . ■,.! ..uae •-■X >{ui oOuitVe.
— .;■: .i.ii f.'-n .'ait pour i[ue vou* iu»i-
— -i, il. Lt puii j.iit-ijUiXjUiHjuoi i'oniiiiL . 1 ,a ^.lui: .' y'iÛL. iiilcsuvL-ilUirtuses, vierges <: 1^ l'ie, priijiiitjLeiJe CuuL le muiuk, t:\c£|tftt
s,i*:iioit cucure de tout, ce ijufi aou$ Uû- '<ioiis j.ar «■tat. Quauil noui auuons, croyea- : ;.icu, monsieur Dudo», uous devenoiu dt ri;Ui' t-t dûmulciumes dcvuuujà Juâqud lirir .ù'O, <'})UUai.a lidcL(Jâ.iU milieu Uit;l]UtidËUiiirt:
I IIIII1 JK5 ■^"T' itf lar. t> •ça. auas =ae . <e m«K pas £s çiL Mia& sbmês a auus Jeymâe . <«K rasOBC ^ ai;tBi ocSK A kob l-cx 4.
■UHI ^n*"^ P*Mtt:pxs, jwttr*g¥ Â £.10 Aa
ipoKjc X MH vas c^Kfie a c
hh MÉMOIRES,
gnez surtout Eugénie, aloré qu'elle vous parait heureuse ; car elle cherche à s'étourdir alors; ît y a deux filles en elle , luttant l'une contre l'autre, la Madeleine perdue et la Madeleine amoureuse ou repentante. ■>
Jetais anéanti de ce que j'entendais, et je consentis à suivre la femme qui jetait ainsi au vent et à un inconnu ses plus intimes pensées. Je me laissai guider par elle dans une allée sombre et boueuse ; nous montâmes deux étages, nous entrâmes dans une chambre propre et parfumée.
Une servante y vint une minute après nous; mais Eugénie la poussa rudement à la porte, et nous fûmes seuls.
— Voici mon premier instant de vrai bonheur depuis six ans, me dit-elle en se jetant à genoux auprès de la chaise où je m'étais assis. Voici la première fois que j'oserai me révolter contre les ordres de Madame; je suis ici votre sœur, votre amie, votre esclave. Commandez, monsieur Duclos, ou plutôt obéissez-moi d'abord. Allons, allons, déshabillez-vous et couchez-vous dans ce lit,
DE CBODRUODUCLOS. k5
qui est propre et qui vous appartient désormais. Cet asile est clément à vous, à vous ■seul jusqu'à ce que vous ayez ressaisi la santé. Je suis, quoique votre servante, la maîtresse de la maison , et je vous ordonne de vous coucher. .
J'obéis, et le sommeil ne tarda pas à me ^gner. Quelques heures après je me réveillai , je demandai mes vêtements. Quels ne furent pas ma surprise, et mon attendrissement, ■et mon admiration! Ils n'avaient pas une dé- ■chirure; Eugénie avait appelé une compagne à son aide, et toutes celles qui furent libres passèrent la nuit à réparer ma redingote, mon pantalon et mon gilet.
Vous tomberiez en adoration devant cet essaim de vierges-folles dont je vous parle, si je vous disais par combien de zèle ardent, de soins pleins de délicatesse elles cherchaient à me &ire oublier ma misère et à me rendre à la santé. Quand elles montaient l'escalier, seules ou en compagnie, j'entendais de mon alcôve le cbut-chut protecteur de mou sommeil ; et les paroles provocatrices étaient pro-
46 HËMOIRKS
iioncées à voix basse , et les pieds marchaieiit sur la pointe, et un petit et faible jaron insultait an craquement du parquet ou de la dalle. Jamais pieuses et saintes sœurs des hospices n'ont montré, dans les longs corridors de leurs chers malades , plus dé provenances, plus de tendresse, plus de relif^ion.
Quant à Euf^énie, là , presque toujours là , étudiant avec amour les progrès de la guérison, priant Dieu comme si elle y croyait, — peut^tre parce que toute tendresse crée un culte,' — il fallait la voir heureuse et sautillante lorsque je lui tendais la ma!in et qu'elle y trouvait un peu de fraîcheur; il fiillait la voir pâle et tremblante lorsqu'elle devinait que la fièvre Venait me ressaisir.
'Le ciel doit s'ouvrir à de pareilles créatures, et Eugénie n'est pas la seule en ces Deux de corruption et de repentir qui ait aimé, qui aime, qui prie et qui ait prié.
IVIais quelque soin qu'elle eût de me cacher ses courtes absences, quelque attention qu'elle mit à ne s'éloigner que lorsque mes prunelles étaient closes, je remarqu
DE GBWMtCC'iytJCLOS. &t
je dora Te dire, je les ttiyais arrec jf^cnisfe. Quand elte rentrait rouffe, en (Ksordre, Ai»evelée, mes yeax fëtadiaimt atec douleur, tes siens se babsaiedt avec amertume, elle s'asseyait donloUreusement tfu pied du lit et me disait d'une voix tremblante :
— Il faut penser à l'avenir,
Cet avenir, messieurs, <% n'était pas le sien, dont elle se souciait fort pen; cet avenir auquel elle se sacrffiaft avec tant de regret et de bonhenr i la foïs, c'était Tavenir de Chodruc- Dudos, sa première passion, et aussi sa demière.
Je pus sortir : Èngédïft et ses camarades vinrent me ifaire leurs adieux ; je leur donnai à toutes un serrement de main amical, je baisai an front la pieuse mondaine ; et lorsque je fus au pied de l'escalier, Madame me remit une bourse.
Je la reçus. Je sortis, je comptai :
Dix louis en or, quatre pièces de deux francs, et ces mots: « Amour d'Eugénie, amitié de ses cooipaKnes. »
M HËHOIBSS t
OÙ son nom et le mien étaient jjravés. Bosa , la jiUu dévouée après elle , accepta des boucles d'oreilles. ÂtTgustine se trouva heureuse d'un gracieux chapeau, et le reste de Tardent fut employé à l'achat de gants qui parurent un luxe inusité à tant de généreuses mies.
— O» devine bien que vous êtes de bonne maison , me dirent-elles en me voyant rentrer chez moi la nuit. Des ^nts! fichtre! que c'est cossu ! à nous des gants !... c'est-il &rce! Un petit doigt de chenic, à la bonne heure ! n
Va paieil idiome et un cœur par«l !...
filoratiates, à l'ouvrage!
DE CHODRUC-DUCLOS.