CHAPITRE Vin
Huit fanmes, les noes accotulées, silatcieuses, sur une table-; les autres «ssùes sur des Ëiuteuils vieux et râpés ea damas d'Utrecbt , et tenant , leur front dans ioirs atains , semUaàent attandre une dernière ■ agonie: tandis qu'Antoinette, seule deboat «t adossée à une diemioée «n bais marbré, pinçait ses lèvres fixies, TeGfàraita'reeTMeiice, serrait conTalâvraient aes deux poings y et semblait prête à édater dans une révéUtioa Êitale.
Le lit était en désordre; une couverture grise s'enroulait au milieu de pantoufles, de cuvettes et de flambeaux renversés. On avait tiré à demi les rideaux jaunes qui ondulaient par intervalles sous les gestes saccadés de la malade.
. C'était un point de repos , un de ces moiiiepts où la douleur , quoique brûlante encore, semble un bien&it : tant la douleur qui l'a précédée est poigaante et corrosive. La mal* tinsse du lieu, vieille spéculatrice de trentecioqà soixante ans — car il est des figures qui trompent les regards exercés des plus habiles physiologistes ,—7 remplissait de son énorme volume un lai^^e iàuteuil à bras^ et jetait un regai^ observateur sur toutes ses peasionnaires.
A mon entrée dans la chambre du deuil et de la douleur, toutes les femmes levèrent la tète; et Ciboule tourna vers moi une prunelle furieuse en se â^ppant le iront, et en se disant à demi-voix : « J'en étais sûre, j'ai bien fait. » Moi seul, je crois, je pus entendre cette implacable exclamation d'une jeune fille en
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délire; et lui rendant la menace de son regard, je m'approchai du Ht d'Eugénie. Le rideau n'était pas encore tiré, qu'un cri déchirant fit retentir l'alcôve et la chambre : c'était une nouvelle cnse qui commençait.
— A moi des flambeaux.! di&je en prenaot dans mes robustes mains la main froide et crispée de la pauvre fîlle.
— Voilà, monsieur Duclos, ma dit Gara, plus empressée que ses sœurs; rendez-nous-la, monsieur, et nous vous aimerons bien toutes tant que sommes.
A mou nom prononcé une seconde fois, Eugénie ouvrit des yeux vitrifiés et voulut articuler quelques paroles... Ses lèvres violacées ne firent entendre qu'un bruit sourd et incompris.
La malheureuse enfant avait vieilli de trente années en une heure; ses joues étaient creuses, sa peau livide; une sueur acre et abondante ruisselait de son front, où l'on suivait avec effroi le rapide battement de ses artères.
Sa poitrine haletante s'agitait en soubre»
aiuti irrdpilierSt et aes extrénités d^à froides dttiifiit une catastrophe prochaine.
— Vke, vHe, de team dmude, du lait duud et en abondEmoel
— Hélas, nom avons tout cela! me dit dara, qm pleurait comme une Maddeine repentante; mais Eugiénie na voulu rien prendre.
— Elle prendra tout de moi, j'en suis sûr ; car je vais bien la prier.
Et, me penchant sur cette tête décolorée, je lui adressai les paroles les plus consolantes.
Eugénie m'entendit , ouvrit les yeux , me remercia de l'un de ces regards pareils à un rayon céleste. Je demandai un verre d'eau tiède; Clara me l'apporta , me le tendit d'une main peu assurée. Je fis avaler quelques gorgées de lait et d'eau à la malade; je revins à la charge, je recommemjai une troisième fois, et hient^ des vomissements répétés seoihlèrent provoquer une crise &voraUe.
— Je cours chez un docteur,- s'écria CUra «Q eHtr'oHvost la porte.
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— -Etwoi cfacE «n phamacÛB, dit -^ se ievuntune Mitre jeane 611e.
— Non , non , ta'écrîai-je à mon tour, ai -j^annaôen ni docteur. Ce ^piil me £iut ici , c'est du silence; IsisseE-anoi tout le loitide la çuér^a.
Le lait prodigné obtint l'heureux résultat que i'avmt attoidii. A chaque spasme , dont i'inteati»té dinisuait smsiblenieiit , je doublais la dose de la boisson ; et bientôt Eugénie, accablée sous la Jasaitude «C «fléautie, pâle par les sueurs brûlantes qui l'iBOodaient, «espilta faut à l'aise. Une doaee dutleur arriva «ux maips; let bras et le» jambeB reprireut leur élasticité «aturelle; et quand je m'aperças ■qu'il ne lui fallait que dn repos et du calme, i'allaidroit i Toiaette toujours immobile aafirèe de la chemànéè; et Im serrant ferteiaent le poignet, je lut dis d'un t<Hi grave ntais à voix basse : •— MBlhenrtmse! qa'ave»-vons fait?
— 3'jii &itC8 que j'ai dû, me répondk-elle aam «'éuMMrtoir... SeuieaioiA la doee n'a pas ■été a»es for^.
75 HÉHOIRES
— J'ai entendu, dit Clara, qui s'était rapprochée de nous, je te jurerai devant la justice.
— Taisez-vous, Clara, m'écriai -je; taisezvous si vous m'aiïnez un peu.
Puis me rapprochant d'Eugénie, dont la vois tremblante m'appelait :
— Hé bien , mon en&nt, cela va-t-il mieux?
— Beaucoup mieux; je crois que je suis guérie.
— Qui soupçonnes-tu?
— Personne.
« Ob ! garde-toi de soupçonner qu^qu'un. Je suis seule coupable. Je croyais que tu ne m'aimais pas, j'ai voulu en Bnir. >>
Hé bien, grandes maisons, hôtels luxueux et parfumés, me donnerez-vous souvent des exemples d'une telle magnanimité? I^ scène que je viens de vous i-etraoer avait lieu dans une demeure infecte. Les témoins , vous les avez vus; l'héroïne, vous la connaissez.
Je me retournai vers Antoinette. Elle avait ouvert la crcHsée, ^e agitait à l'air ua mouchoir..., sans doute celui qtii, peu d'in-
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stants auparavant, coatenait la poudiv Ëitale.
J'ordonnai que tout ce qu'avait vomi la pauvre malade fût jeté dans la rue; on m'obéit , et à ma prière on lava le parquet à grands seaux d'eau. Cependant on chuchotait, et je devinai que Clara faisait de tristes confidences à ses compagnes. Je les priai de s'asseoir, et là , au milieu d'elles, je leur dis qu'il y aurait honte et lâcheté à faire peser d'odieux soupçons sur qui que ce fût, et que Toinette même avait promis de garder le silence.
— Je n'ai rien promis, s'écria Toinette en frappant du pied.
— Eh bien! nous promettons toutes, s'écrièrent en même temps les vierges-folles.
La parole donnée fat religieusement tenue. Jatnais la police, qui visite ces maisons et qui. en retire un énorme bénéfice, n'a rien appris de cette étrange scène ; jamais ses espions qui vont y préparer leurs coups de main n'en ont su le plus petit détail. Touta été mort dans ces cœurs déjeunes filles qui battent aussi pour le pardon et la générosité.
Eugénie, quatre jours après, put sortir et
aiiMOiâU
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n police du quartier du Jai-din-des-Plaates, » elle a déclaré se nommer Antoinette Ber- » geau, être fille libre, et vouloir en Bnir » avec la vie. »
J'ai vu passer à l'époque du choléra , sur la place du Pahûs-Royal , un brancard porté par deux hommes , escorté par une sœur religieuse qui priait et pleurait pour un agonisant.
C'était Antoinette-Toinette-Nette-Giboule de la rue Pien-e-Leseot.
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Ce n'est pas un hasard sans logique , la rea- ' contre que je fis ud jour d'un célèbre assassin sur un perron du Paliûs-Boyal, sur les dalles ; du palais des Tuileries, sur les marcbes de
l'église de Saint- Roch, et plus tard sur .
l'échafaud! ■
Une existence d'oisiveté avait conduit ce ' grand coupable au crime ; une vie sans travail ne pouvait me mener jusque-là, ear mon cœur .1 toujours été bon et les leçons pieuses que ma mèreavaitjetées dans mon âme, bien ■ queparfoisaffaib]ies,nes'ysoatjamaiséteintes.
La paresse m'a conduit au découragement, puis à ce que lesbonunes, les beureux sur- ' tout , ont appelé d u cynisme.
La paresse m'a conduit aussi à la rancune , la rancuneà la haine, la haine au mépris.
Ce n'est pas non plus un hasard irrationnel qui m'a fait rencontrer sur la berge de la Seine , pendant une nuit rigoureuse, un jeune homme que j'ai entendu depuis appeler poète parmi les plus grands poètes.
Ce jourrlà, peut-être, j'aurais suivi dans leur marche, afin qu'ils me servissent (le
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Au Christ, I9 couronne d'épines et le ciçl. Amûi,unecowrouned'épioes... Racontons...
Le Palais-Royal venait de se fermer» c'està-dire que le jardin de, ma demeure était clos. A cette heure de la nuit, l«s galeries deviennent impraticables pour celui qui va d'un pas rapide. Les gens qui cheminaient vers moi s'éloignaient d'assez bonne grâce et m'ouvraient le passage, mais j'étais obstrué dans ma marche par ceux dont je suivais les traces ; et , vous le savcB , ce qu'il me fiiut, i\ moi, c'est la ligne droite.
Donc, je me dirigeais vers ma chère petite et sale rue Pierre-Lescot; mais je me rappelai que je n'avais pas donné d'ai^ent. à mon logeur depuis quelques jours, et je ne voulais rentrer que lorsque sa fille seule m'attendrait. Je ine dirigeai donc vers, les Champs- Elysées ; et, comme la nuit était fort propice à mes allures, puisqu'il laisait froid, qu'il plei)vait et neigeait ea njème tepips , je me dis : Marchons jusqu'à ce que le jour arrive.
Ijcs Champs-Elysées étaient franchis; me voici à la barrière , la sentinelle et la (jabelou
..^ Chk^j^Ic
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jusqu'à moi : je prête l'oràlle, je tends le cou, j'ouvre les yeux qui pIoi^;ent dans les té- D^tres, et je vois, à Tiugt-cinq ou trente pas, une voiture arrêtée. Je me dirige vers ce point, et, dans l'espérance d'être utile à quelque malheur, je me cacbe derrière un arbre. Celait une querelle, une attaque, un rapt ; je n'étais pas encore fixé , mais les mots qui me frappaient atlestaient une violence :
- — Arrêtez, wi je vous brûle la cervdie... — Silence! pas un mot... — Et vous, madame, descendez. — Mais, monsieur... — Descendez, vous dis-je.
Je m'élance comme un dogue hirîeux.
— Si cette dame ne veut pas descendre, elle ne descendra pas, mécriai-jc d'une voix terrible.
— Qui ose me parler ainsi ?
— Moi, Emile Duclos.
— Ab! alî! le mendiant du Palais-Royal? — ■ Oui, oui, le mendiant du Palais-Royal ,
qui n'implore pas en ce moment, mais qui ordonne. \
— Et vfHci qui va te fermer la bouche.
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L'étranger braquait en ce ïnomait uïi ]4stolet sur mon front ; mon bras saisit l'arme et l'ârracbé avec violence , je la dirige sur la poitrine de mon adversaire et je lui dis :
— J'ignore, monsieur, quels sont vos droits sur madame j mais quels qu'ils soient, je vous en dépouille dès ce moment. Puisque vous-me connaissez, vous devez savoir si je suis homme de résolution et si j'ai beaucoup à perdre en achevant ma vie par un meurtre. L'cxicasion m'est offerte de protéger quelqu'un, une jeune et belle dame : je persiste, et malheur à tous si vous me suivez... — Quant à toi , dis-je en m'adressant au cocher, tourne bride et vaten vers la barrière. Tous, madame, poursuivis-je en adoucissant l'éclat de ma voix, vous aurez le courage de contiouer quelques instants votre route à pied. Je marche derrière vous; je suis comme un diéfmseur, comme un valet dévoué : vous n'avez donc rien à craindre de pei-sonne, pas même de monsieur, qui va s'éloigner sans 'retard. Vous ferez halte, si vou^ le voulez, dans la première auberge venr" ^'~" '"'*
DE (JMmiK>SIICLOS.