‹ Mémoires de Chodruc-Duclos;Chapitre 55 sur 84 · INSOMNIES · texte numérisé non relu

INSOMNIES

Il y a des jours où je contemj^e mes haillons avec orgueil, il y «i a d'autres où je les re^rde avec amertume. Quand je pense i moi, â mon passé, je m'attraidris ; quamd je pense i Peyronnet, i mes vigi(x amis, la colère me monte à l'àine, le rouge au front, je maudit et je bla^hème.

S'il n'y «Tait point de passé po«r mm, s'A m'était permis de ne pas me souvoiir, je souk

IhO HËHOmES

heureux de mon présent; car je n'ai plus d'ambition, pas même celle du hien-étre. Je me lève quand je veux, je sors et je rentre quand je veux, je mange à peu près quand je veux; et je prends sur moi de ne pas redouter un aveu de misère absolue. Grâce au nom que je porte, grâce à ce qu'on raconte de moi, la fruitière, le "boulanger, le marchand de vin surtout, me font crédit ; et le crédit est une fortune.

L'hiver, j'ai pris pour poêle celui du cafë de Foy, où l'on me permet de m'accouder et de lire les journaux. Je me chauffe encore au marchand de marrons au coin de la rue, à qui je porte profit ; car on vient acheter pour me voir de plus près et me parler. Mais ce qui feit par-dessus tout circuler mon sang en liberté, c'est la marche presque sans relâche à laquelle je me livre. Pendant dix-sept ans que j'ai arpenté le Palais-Boyal et les environs, je suis sûr d'avoir fait — et je Tal compté à peu près — tt-ots mille Ueues par an. hesaoyea queie sang s'arrête, quand le corps est sans cesse en activité?

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Revenons à mes guenilles si honteuses, si

lAZ HÉUOIRKS

ai-tillenr des cieax ; les journaux timbrés par

Cornuet; le {nédestal où frissonne Diane,

Et le trône lointain où l'Apollon s'indigne De paraître en public sans la feuille de vigne;

l'escalier fangeux de iegout Beai^laû, Je tortueux Radzivil et l'arceau Vivienne de la Rotonde; le portique où c4iairte Séraphin; la femme de Joseph, Rébecca du Change; le parfum culinaire de Véfour; le réfectoire evabaume des Frères Provençaux; le comptoir de Rouget, et le soupirail du sombre I^arosière.

Puis tout à la fin, pour dernière fleur au bouquet, pour morale au discours, le portrait en pied de maître Ghodnic :

Mais autant qu'un ormeau s'ëlËve sur l'arbuste, Autant que Cornuet domioe rhomme-bnste ', Sur cette obscure plèbe errante dans l'enclos Autant plane et surgit l'hëndque Dirclos. Dans cet étroit royaume o& le desUa les patqae , Les terrestres damnéE l'ont éla pwir BonarqiN. C'est l'archa^e déchu, le Satan bordelais,

' Nain distributeur de:

littéraire qui bit pendant

DE caODSUC-DCCLOS. ihi

Le ivài-Emat chrétien, le Hdmolh da Palais^ Jamais l'ermite Paul, le virginal Hacaire, Marabout, lalapoin, fakir, santoa du Caire, Brame, guèbre, parsis adorateur du feu, N'accomplit sur la terre un pins terrils Toen. Depuis sept aos entiers, de colonne en cokmae, CcHume un soleil éteint ce spectre tourbillonne. Depuis le dernier soir que l'acier le rasa , * 11 a ?u trois Véfour et quatre Corazza*. Sous ses orteitS^ebaussés d'étemelles sandales, n a du l<Hig portique usé tontes les dalles; Être my^érieux, qui, d'un coup d'œil glaçant. Déconcerte le rire aux lèvres du passant. Sur tant d'infortunÉs infortune célèbre ! Des calculs du malheur c'est la vivame algèbre; De l'angle de Terry jusqu'à Bcrthcllemot Il fait lonraer sans fin sou énigme sins mot Ea.~U un pomt d'arrêt i celte ellipse immense I Est-ce dédain sublime , ou sagesse , ou démence? Qni sait î il veut peut-^tre, au bout de son chemin, Par un enseignement frapper le genre humain ; Peat-Ëtre, pour feomir un dernier épisode. Il attend que Bothschild , son icrrestre antipode , Un jour dans le palais l'aborde sans effroi En lui disant : « Je suis plus malheurein que toi I >

^ Xelateth, vti'Bmame trrcaU, adminble aMim dorértrend HattiuriD.

* Nom iirimitU d'un des meilleurs Mfés do falais-Bojal, illasM par U forttine de «ee qiutre sDGceseanni

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Dès que le bruit des délabrements de moa costume eut quelque retentissement dans la capitale, on en fit part à Peyronnet, auprès de qui l'on s'en alla réclamer des secours pour moi. Mais l'Excellence par excellence refusa de venir à mou aide, sous le prétexte que je refuserais ses services. En cela , je puis affirmer que Peyronnet avait raisop.

— .Vous ne connaissez pas Duclos, disait-il, c'est le mulet le plus entêté du monde. A présent que sa résolution est prise, soyez sûr qu'il nés arrêtera quèlorsquelestribunaux y auront mis ordre au profit de la morale. Lui, voyezvotis, il étalera sa nudité dans la me peut-être, afin démontrer sa peau blanche. Ce qu'il veut, c'est le contraste . de toute chose. Je sais qu'il me hait, il assure qu'il me méprise : eh bien ! il me voudrait roi tout-puissant, afin d'avoir en moi un titre de plus pour baver son venin contre celui qu'il appelle partout son ancien ami. Essaye'z-cn, messieurs, offrez-lui de l'argent, une somme assez forte de ma part; présentez-lui une bourse qui lui permette d'avoir des habits propres , un logement et

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une table pour l'année, je gage cfu'il repousse le tout avec indijjniKion. Il est rara que celui qui croit valoir un million se donne pour cent mille francs, et Duclos s'est flatté d'une pré- Cecture, d'une recette générale : vous ne lui arracherez son cynisme que si vous lui donnez une caisse à vider etun département à diriger. Peyronnet avait encore raison, mais ce n'était pas à lui de le proclamer. Il voulait masquer son ingratitude, et il était bien aise d'étaler aux yeux de tous ce qu'il appelait mon entêtement, mon cynisihe; tandis que je nomme tout cela, moi, une justice !

Aussi , à chaque déchirure nouvelle , me semblait-il que je trouais d'un canif la poitî'ine du ministre^ et quand je vis mes vêtements en lambeaux, je ne pus m'empêcher de m'écrier : u Qu'il doit être hideux 1 »

Il l'était en effet par la haine profonde que lui avaient vouée tous les partis; et je regrette, en traçant ces lignes , d'avoir à rappeler l'occasion qui lui fut offerte, et qu'il dédaigna, d'implorer auprès du roi une grâce que bien certainement on lui aurait accordée. Je crois me

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souveoir que c'est lui qui invita Charles X à

ne point pardonner... Carona été fusilïé!

A Pcyrannet dix carrosses, à moi la boue des rues !

A Pej'ronnet un somptueux hôtel , à moi une honteuse mansarde!

A Peyronnet de l'hermine, à moi des lambeaux !

A Peyronnet des titres, de la grandeur; à moi la misère et l'oubli I

Eh bien ! non : à lui l'opulence et la foveiir du trône; mais à nous deux une renommée : nous verrons à l'heure suprême qui de nous aura le plos à se féliciter de n'avoir point été oublié.

La justice des hommes a parlé déjà : qui se souvient de Peyronnet?

Tout le monde sait que je me suis promené hier au Palais-Royal, et quand je n'y suis plus on m'y cherche.

L'histoire a commencé pour nous denx.

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