CHAPITRE XXVUL
PROTOCATIO».
Nous nous trouvions droit au milieu des groupes, et le gaz veualt de s'allumer.
Tous m'avaient reconnu, tous étaient dam la stupé&ction, car on est habitué à mon calme si invariablement inoffensif; e^sur les premiers oh! oh! qu'excite toiyoan une agression publique, je m'entendis rendre cette justice par un organe que je crus reconnaître; mais mon agitation ne me permit pas de m'aiTéter :
— Utissez-le faire! s'il insulte, c'est qu'il aiura été insulté.
DE CHQDftDC-IMJCLOS. m
— Oui, metsieurs, reprls-je avec énergie, oui, iMsaieurs, ces deux hanmes soat des UcbesJ'lU ja'ont jeté l'outrée par -derrière; ils m'oDt traité d'insensé, d'impudent, d'abruti , de créature perdue, tarée, avilie. Si je m'en vais traînant la vie d'un paria, messieurs, je n'accorde à personne le droit de lapider, honnir, souilla le pai'ia. {^ je nie suis fait na apbère exoeptionneUe, messieurs, je n'ai autorisé personne à s^ anttger une ptu^ celle dedominalion. Je me suis détaché de tous, afin que tous ee détachassent de bboï. Je n'adœets ni jo^e ni censeur. Les anathèmes, je ne u'ea inquiète pas^ les accusaticou, je les interdis; les diflàmattons, je les raépriie; les iaet^enoes, je les châtie. Arrière àoac les împnuiaits (|ui outragent jiour outrager ! Si jettùsmiséiableparmes vêtements, ipii osera dire i^e je le eoié par mon âme? Vous ne ' trouverez, que des guenilles âur mon corps, je voM défeads 4e trouver une taclw sur m* OODiciaBce. £t voilà deux iafiUnes qai ont OMirmu^é tout bas, il y a qtidques jonn se»> lement, que Chodruc-Dudos étsitlahootede
271 UÉHOIRES
l'espèce humaine. Voulez-vous, messieurs, que Chodruc-lhidos vous dise aujourd'hui à haute voix quels sont ces deux êtres qui vous salissent de leur contact?
J'avais retiré ma main de leur épaule; et le firand , qui était le plus audacieux , cherchait à m'interrompra :
— Laissez>le parler! re[»'it le même organe que tout à l'heure, laissez-le parler; votre tour viendra s'il doit venir.
— Mais ceci est un guet-apens, ajouta le plus petit de mes adversaires.
— Non, messieurs, ceci n'est pas un j^uetapens; ils sont deux, je sois un; ceci est un homme comme vous tous, un homme insulté qui se venge : seulement il ne vengera pas la calomnie par la calomnie. Vous voyez bien cette moitié d'homme, messieurs ; eh hjen! cette moitié d'homme se hausse sur ses jarrets, parce qu'elle est montée à l'opulence d'un seul .bond; comment et par qu^ chemin?
nul ne le sait. Cette moitié d'homme s'est faite orguéUleuse, dédaigneiise, iatolérable de bassesses et desordides vanités; or,savez-Tous l'ori-
DE CHODRUC-DUCLOS. 273
gtne, savez-vous la naissance? le pèr&enBn de cette créature presque humaine? Un valet, messieurs; oui, un valet! La mère de ce fruit clandestin a été une dévei^ondée, une femme adultère ; son père devant le monde, un personnage honorable; son père devant IHeu... un palefrenier!
IjC petit homme se retournait à droite et à gauche, Implorant l'aide et la protection qu'il ne pouvait et n'osait se dbnribr^ lui-même; mais faccent de vérité avec lequel je l'avais attaqué détournait dé lui toutes les sympathies.
■ — Savez-voy maintenant, messieurs, ce que c'est que son ^igne acolyte? Celui-d est nn citoyen chassé de Lyon , parce qu'au siège de Lyon; sous la To'reur, il a déserté son camp , il a passé à l'ennemi , b-ahi son drapeau et vendu ses frères. Celui-ci s'appelle Truchêt, il était caporal; il était chef d'un poste, et ce poste il l'a livré,.il l'a fait massacrer... pour de l'argent, pour du cuivre!
Furieux de cette apostrophe imprévue et accablante, l'invectivé s'élançait sur moi qui
nu HÈnaoEs
l'attendais de pied ferme, lorsqu'un hras robuste le coDtenatit :
-<- Halte-là, znonsiéur r«K-OiiÇoail , dit fa voix rndc et toajouraea alerte qiùs'étHideiix fias dqà élevée dans la diacuwionjbattM-wMii à armes égales, c'U \om plaît, puisque raas avez une langue comme lui ; et «b «ttondant fiiiies-«loi le piaiàr de ne pas boi^^ de votre postf; : vous vous ^toaBoipQa trop bien, jl panUf lonque «ousaTaliaiidenoeE, SMDÙeiH; rex-cqx»aL
0« a drviné rintei-locntenr : mon ami Debucq, au retour de son travail, s'était, connne toutteiDonde, mêlé au rassenAlemcnt, et vous ^evee'jïif'm's'U av«tété b«ireux d'y prendre Etn rôle de qwelqne importance dès qu'il avait ontpevu qu^ étaient les héros du drame 1
♦ — Pour moi, leur ajoutai-je, i! ne me reste plus qu'une chose à vous dire : vous qui vous annonciez si désireux de me voir , prétendant que je devais être ime cunositè , j'espère i^e vous êtes salisfi
im CBOimtifrJïEGLOS. »<
, Bâiivieii'demm., vous iKcotMiilâ«z^ue, peutêtre, VOE entraînementsn'étakBtpuaaal &ildés. Mata rallia «^i awsca^encque je vous CeaBHisaeiimatiL,v«U9«{ui awz osé répJiqwK que, dans tous Jes cas, oe-ana^td'ua nm^r he€ Maa^èoc,}t iWttsorenûqBe je-n^asais rien à implorer , riea à mendier de vous., ot v^areaCjBieDtjasetmaini^fotBt.ataiiiii -que #i je tendais la iBain -ma ^snis , «e- ne. apait que pour la lever et la laisser retomber 9v vo&ïe ^B^^ iBOK ^e n 3aln<ak., «t je ttCBS à la garder pure. Si vctuatKHiez,votu, à montrer que le mêtaesam^ qneie- bûcil, <c'esC-<à-4lire un sang m^e, giMâe TOSYeineSjjecaBaaBS à ep &itre Eur-MiasoB.sur moi, mr vsMis«(Eur iBDi., reipniieBeei|Maiiii il ■yattafiàim. Sea^ . xuentj.mvaasmws iemK&àeanAemoÊtHcaaee '*ja9 des.gou eanme Bwt tant sut l« to-re, vous pourrez vous répondre que des ffSas dlxmaeax ■etmBaa mot noienlmr terre pour punir àcB ^n isaau ^QBnEOtc it»auHe Toof . & menonme ÉuHe Chodrac^uclM^ «tj^ 4i^rue Kei!Fe4jucot^^;23 : vo*e «roui apfd» Telimiec Tciadw»^ tnab vdib., quelle
376 HÉUOOŒS
écurie TOUS abrite? tous, quelle maison de
Judas TOUS recèle ?
— Vous pensez bien, monûeur, reprit ce dernier, qu*a[»ès un pareil éclat, nous sommes faits pour nous reroir.
— Je vois que nous nous ^entendons à mer- TÔUe.
— Vous comprendre^ aussi, monteur, que nous ne vous donnions pas en public nott0 adresse.
— Je ne le comprends pas tn^j mais je m'y attendais , et cela m'est égal.
— Pourvu que vous la sachiez?...
— U ne m'en faut pas davantage.
Et nous quittâmes les groupes dont un seul homme nous suivit après ayoir serré'ma main qui le cherchait , et m'avoir dit :
— Moi, je ne suis pas du public, j'espère?
— Toi , je t'accorde la permission de tout voir > tout entendre , et ne rien toucher.
. ^ Il ne laissa pas moisir ses pouvoirs. J'accompagnai jusqu'au bout mes deux particuliers afin de me convaincre, par moi-même,
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qu'ils nç m'avaient point ' trompé sur le lieu de leur demeure. Debucq ne voulut pas se léparer de moi. Puis, mes sûretés prises au n" I de la rue du Helder , où ils habitaient réellement, je pariai de pa3ser la nuit dans, les environs pour ne pas laisser échapper mes gaillards dans le cas d'évasion : Debuçq dépara que je ne veillerais pas seul.
CHÀf IT&£ XXIX.
l£ UAITRE DE JJATON.
Nous nous inslallâmes en &ce de mes champions , au premier étage du marchand de vin qui se trouve au numéro 2 de la rue du Heldér, et nous montions altematÎTement notre garde, relevée d'heure en heure. Lors de m? dernière faction, je rédigeai un programme de combat qui fut approuvé par mon conseil Debucq, porté par mon aide-de<:amp Dehucq, lu et présente par mon second Debucq. Le voici ; non pas Debucq , mais le programme.
•I Aujourd'hui , à huit heures du matin , je ferai aux sieurs Tellim et Truchet l'honneur
DB CHOOllDC-DDCLOS. 2^
de me meturér avec eux. Je me batmd au bois de Boulogne, avenue de Maillot : contre le Truchet, je use battrai aa |ysil ; contre le Tellim, aii bâton. Les premières insultes sont venues d'eux ; j'ai le choix 3es armes, «t nea accepte point d'autres. J'ai dit. »
Debucq de retour ne voulut jamak consentir à me laisser feire ma dernière garde , il nie . oontraigtiit à dormir, les deux heures qui séparaient encore l'instant du rendez-vout, et se mit en sentineHe i ma place.
Je ronflais ccHume un Napoléon la veille ^an Austcrliu, quand un cri vigoureux et répété me secoue en sursaut. "
- — AiBt anàes ! aux armes !
Je me frotte les yeux , et suis debout. .
•"— Aux armes! Lés ennemis sont là!
Debooq me réveillait en riant.
Mous 'descendons au galop, et nous trou- 'ftrons en bas mes adversaires' se dirigeant du I c6té de la Madeleine; DebuCq me quitte, et allant à eux :
— Tous vous chargez des fusils , leur di^iï . iScà, je me charge des autres armes.
280 IfiMOntES
Nous primes le trottoir opposé , puis iious pressâmes le pas. Au bout d'un certain temps, je me sens arrêté par ma redingote.
— Que veux-tu?
—Que tu m'attendes à cette pdrte.
— Chez qui entres-tu ?
—Chez un de mes amis.
— Pour me procurer un second? .
—.Ah çà! qu'est-ce que je suis donc»
moi?
— D'ordinaire il en faut deux.
— Est-ce que je n'en vaux pas deux? N'ai-je pas deux yeux, deux poignets, deux cœurs"?.
— Que vas-tu chercher, alors?
— Beaucoup mieux que cela : une minute, et je suis à toi.
Quelques instants après, eu effet, je voyais, reparaitre mon ami Debucq au fi»td de l'aliée encore sombre. II tenait à la paain quelque chose qne je ne pus distinguer. ^
— Allons, rentre donc, me cria-t-il, et ne Jl fais pas la petite bouche et n'étale pas te» scandales esa public : tiens, voilà ppur te seconder en route et sur le terrain, puisque tu;
DE GHODRUC-DUCLOS. 2S1
n'as pas assez de moi, iograt. Voyons, au commandement de trois: Prenez vos.... armes, présentez vQs.... aroKS.
Et nous trinquions deux petits verres.
— Armes-... bras! Enjoué!... Feu!
C'était avalé.
— Deuxième, mouvement de l'exercice. ■
U ^rtit de 'sa poche un litre d'eau-de-vie doj^t il remplit nos verres , et une flûte de pain qull nous partagea :
— Déchirez vos. . . . cartouches !
— Oui, va toujours; tu &is tes coups en sournois, il n'en est pas moins vrai : « Tentre chez unami, j'entre chez un ami, « et ta étais entré tout »mplement dans un temple dédié à saint Cognac
— Votre camarade ne- vous avait pas trompé, dit à son tour une voix pointue qui glapissait vers nous ; vous êtes chez un ami , et la preuve....
Je vis s'avancer tm individu portant des triques plein les mains.
Ce bizarre témoignage de sympathie eut, sur Le premier monient> qndque Ueu de m'é*
■i>;Goo^lc
«Miner. Jle pri> le aouvel arrivant pourlfl eet^ hire oh mt feoeaCaire du bouge-, anqnrf Btfbucq avait joue ntw'fhmjet, dans tauarks cas, je prenais non ^lan pour nta riposte vigouretne:
^e laissai approcher pourtaiiC mon riinnpion jusqu'à liMnlIgyQiifpcrrirt. yéteriï Miteux de saTtHTM ton hitentron était de ppimv hia l'afbire., et assez surpris .d*ailleiirï'qall •envoulût précisément à moi-. .
— Choisissez, monsieur Dtidos, ne' dH-il d'tan fc»riamili%rement cSIin et en^ nCe^kaat «on' armée de cannes!
— Je choifiB mcra poing ! repris^ dW air fiuvacbe et dans une attitude' moiaçante.
Je ne sais trop où Cela était près d'aboutir , forsqne Debncq , be jetant au-devant dfe me» : ' -^ Eli ! fou que tu es, ta ne- T«ff. dbntr pas?...
— Je vois que je ne vois rien ehi tout , eC je n'aime par Les gens qm vous parlent avec de semblables figures de rhétorique.
— Biais, malheurem, ces^urev^rheioriqu& sont pour tin.
DE cHenw&vDcLos. ara
— Pour moi?
— MiMaureaC ■»■ profèsscar'de fcàlDu.
^IlMÂt dam le (fim pliwtM; j'àimt»
été j^vtrniEâjle;.'
— Oui, oui , trente fois ouï , numsiéenr Dii- ' clos; notre ami que voilà*, et mon meilleur
ébève^pflppnxntfaèse^^esti vetm. n'srenn-, il ]t aun^iaintHCt que. tous aviei; eimedC'vouB aller escrimer une petite heure à- la bsrrî^re : je'MB'AaÉEeatmL&kMuiWHxd'aider à tous procura* ose Jaméeean plaiiir. Ëtei^oas fort» , mçaaieaa Budeot
- rToBB< BCRS aUfjnérons, sr Tenw vonlba -Vous awv donc beaucoup ds temps à
— Faerquoi cria-?
-r- Parce que ce serait dianterFeraiiK' sensible atir l'-aii: de Poltchirtelle; vous v0j«s bien que -TOUS âiEB me mauviette, et que^ bout de mo» fiMit. «bigt. ys vous ferait^ 1 oovnn* nne. toupie.
— Peut-être. V
su ' uAmouBS
— Qud Alcide du nord 1
— Quand j'ai un bâtcn daos les mains, je tmu ma partie tout comme un autre.
— Je vous crois: quand vbus aTezunb&too^ et les antres rien.
— A armes ^les.
— Jevouscroîsenoore;jen'aîjanuâsQnmé .
un ïAUm de ma vie que pour jeter les chims par la fenêtre.
bÂu fieuFrt, ouî,je suis fort; sur deuxcoups de pointe je touche trois botta; au fusil, oui: [dacez-moi un chapeau à soixant&dîx pas , et je lui enlève sa cocarde; au pistent, oui : jetez-moi une pièce dé deux francs ai l'air, et elle descendra pareille à un morceau de ma redingote; au poignet, oui : car, si vou&a'étiea l^r comme une {Jume, je vous enverrais d'un seul coup embrasser, au haut de sa colonne, le Petit-Caporal. , .
n Mais, à propos de caporal, et le'grand qui nous attend là-bas, en ocanpagnie de son marmousct?.Y songeons-nous, Debucq?
■^— Oh ! tu étais en si bon train 1 je n'ai pas voulu te déranger. ' »
DE CHpDRDC-OUCLOS. ■ 385
— Ces messieurs vont rejoindre de la société, dit l'honune aux bâtons.
— Des amis, des amis intimes, repris-je. '
— Alors, monsieur Debucq, choisisse»
pour monsieur Dudos.
— Ceux qu'il te plaira , répliquaî-je : les plus gros, va; et dépêchons.
— Adieu, l'ami Debucq; adieu, monsieur Duclos ; divertissez-vous bien.
£t monsieur le professeur Six-millions — je ris toujours en me rappelant ce nom , moins ffrcttesque encore que le personnage — ^ monsieur le bretteur Six-millions restra pour échapper à nos remerctraents, tant îl était ti^ncporté de bonhçur d'avoir quatre fois , dans la conversation , prononcé à plane bouche : Monsieur Duclos.