‹ Mémoires de Chodruc-Duclos;Chapitre 77 sur 84 · CHAPITRE XXX^V · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX^V

LE MOUCHABD.

Ce qui m'a toujours beaucoup diverti, c'est qu'on a cODstainment voulu feire de moi un homme politique ; et tandis que mes meaibtes le desùoaicat nua sous mes baillons, la police, qui voit' si bien où il n'y a lien à voir,. se figurait que les trous et tes fissures de ma redingote ne provenaieDt que du poignard que je ne savais point déguiser.

Dàs qu'il était questioa d'émeute, dès qu'un

seul coup de pistolet avait retenti sur le Pont-

Aoyal ou sous le guichet da Tuileries , dès

rde nationale

su MÉHOntfiS

était annoncëe, la rue Pierre-Lescot se voyait eotonrée dlionnétes espions . Bùsant leurs ' yeux en coulisse aux vierges-folles du quartier; puis, lorsque je sortais , quatre ou cinq de ces bouledogues habillés en chrétiens |ùéti[iaienlfpresque sur mes talons, me poursuivaient de carrefour en carrefour, s'arrêtaient à mes côtés chez la fruitière, entraient avec moi dans la boutique du marchand de vin ; et, peu feçonnés au rôle de toupie que je .. m'étais taillé, je les voyais le soir, jurant et suant, m'abandonner, tout désespérés de leurs infructueuses évolutions.

Le jour où cet imbécile et grossier Fieschi .fit son afMre, un de ces chenapans à volu-^ mineux gourdin feignit de tombef devant mol, au coin de ma rue, eu me priant de Taiderà se relever. Je lui tendis la main, et lui qui n'avait pas assez des yeux de la tète, cherchait avec ceux de ses doigtssi je ne cachais pas sons mon gilet un canon, lin obusier, unemachine infernale.

Je vis le coup, et résolus d'enferrer l'espion.

DE CBODRUG-DDCLOS. 217

— Voua êtes bien bon , monsieui*, me dit-il àpi-ès qu'il se fut mis sur ses deux pieds.

— Je le sais bien, rëpondi»-je; Diaisl'acte que je viens de faire est tout simple et ne mérite ^s même un remerclmoit.

— Il en mérite si tellement un, que je vous l'oFfre chez le marchand de vin.

Eugénie passa près de moi en ce moment, et, me touchant le coude, elle, me dit tout bas : .

— Prends garde, ami, c'est un mouebard.

: — Ma foi , répondis-je au misérable, j'accepte votre offre, mais à condition que ma. petite nous tiendra compagnie.

— Quelle est votre petite ?

-:- Une grande brune.

Est-elle des nôtres?

— Elle est des miennes.

— Quelle vienne donc. ,

Je fis signe a Eugénie, qUi accourut et prit mon bras , en me pinçant comme pour m'inviter à me tenir sur mes gardes. J'étais Bxé.

Nous entrâmes dans im petit cabinet , où

Fc» nom serrit tue faouiàU^ puis d» &anui([e .

— £fa bioi! iMunonr, que ditet-voiu de a &rce d'aujourd'bai ?

— Rien.

— Est-eUeign<^de, uest«e pM?

— Comttiemt l'cateode^voiu ?

— Trente ou quarante oot^is m» «n ta»char un!

— Geat que Dieu ne l'a pa» voulu.

— Vous croyez donc en Dieu ?

— Coiineitiu aoBchigdfc

— Alors vous n'y croyez pas?

— Alot» j'y crois.

— An hit, voas pourriez avoir raiioB. L'<hi dit que l'assassm qui a tiré , mais dont l'on ignore le nom, «e promène soBTCst dam Iç Falais-Boyal.

— Bah!

— On l'assuré. H a été arrêté au moment où il descendait par une corde , et il a nommé ses complices.

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ou dix douzaioes ^ et ii y a parmi eax un boDune déagné tous le oom <de Duclos.

— C'est un nom si commun ! on en trouve partout, comme des Robert, des André, des Bertrand , des Durand , des ....

. — Oui; mais ila dit, le drôle, que ce Dudos ^ait avec l'instigateur; qu'il les avait vus se promener ensemble autour du bassin , . 1« soir, &. que c'est là que le coap a été^édité.

— Tout ceci est dans le rang des cboses possibles.

— Je parie que vous le connaissez, ce Duclos?

— Oui , je le connais....

Eugénie me frappa le pied; le mouchard toussa et entr'ouvrit la croisée , où se dessinaient cinq ou six têtes hideuses.

— Ab! vous le connaissez?

— Oui.

— C'est un homme de cœur, sans doute?

— Non, c'est un iofôjne.

— Et où est-il?

— Il^tù:itDi'^naî-jeen me levant, eten

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le prenant par sa redingote : il est ici

Et l'infâme roula sous la table et, sous les bancs.

On accourut, on nous entoura, la ^arde vijit....

Ce fut une scène à révolutionner- une ville.

Je conduisis l'agent au corp&^e-garde , itix un lui témoigna les gtus grands égards; et le len^main je le vis, la figure en sang , la tête dlbhirée, serpenter autour de la rue Pierre- ' Ijescot, escorté d'une demi-douzaine des si«is qui mecouvaient deieursgourdins et de leurs ivgards. ,

Aujourd'hui le mouchard est magistrat. Si je ne le nonime pas, c'est que je ccNinais les lois de septembre.

.DE CHODRUC-DUCLOS.

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