‹ Mémoires de Chodruc-Duclos;Chapitre 78 sur 84 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

UN ABBUn.

Je venais de sortir de mon palais : il était mit, et tes cabarets fêtaient le saint jour dit dimanche.

Contre mon ordinaire, j'avais deux écus dansma poche : je me trompe, ma poche était percée, je les avais dans la main ; et tout fier, tout rayonnant , j'entrai' dans une taverne située près de la barrière de ta CourtïUe, où m'avait amené le désir de savoir comment finirait une dispute de ménage dont j'avais été témoin vis-à-vis le passage du Perron. Jamais je n'ai vu de mari plus souple, plus stupide;

januds je n'ai entendu de femme plus revèche, plus acariâtre.

En route, le premier avait Fe<;u au moins vingt soufflets et autant de coups de pied ; je ne compte pas les innombrables et sales épithètes dontla; mégère assaisonnait ses pbilippiques.

Ce qui m'indignait le plus, c'est que te benêt de mari avait au moins cinq pieds dis pouces, et que sa cb^« et tendce-moitié devait bondir pour arriver seulement à sa joue.

Le résultat de tout cela fut que le mari , avant d^eptnerdaMlaUéedesa Buusoa,. pcit rudenent » f&ame pac le béas ei la Iw^ ai. violemmrait contre la muraille , qu'en main» d'une ninute la queiGUmae pMwdevie.à tnépos.

Ia jfMtici! Et W reste,, cm ceademoa cet homiw à.i{ttiiizeapsdetiav9ua&i!e^ imât à caup stlr, ù j arai* d^tosé daa»cet|eB£bttt^ OB eût déterré le cadavre de, 1« déhiiue, et c'est elle (|uim aunût ccwdamnée à ui»

déteaiioD p^pétuedOie.

Jetais trop loui de mes jfiiQiaeDule». haki-

DE CHOMQG-DOCLOS. 322.

tue^ pour qae je m'arrêtasse en ii bcea chemin, et me vûità, qaelques instant^après, en face d'une porte pcmte caTsrt, dacorée d'une grossière enseigne et d'«à pavtstnit des cm de y>ie et det ohants bachkfius.

i) n'y a pas- dé pay»au moade oà l'en dutale plm qu'ea France, il n'en est guère où l'on chante plu» mal. Ceà soit dtt ea respect- de nos scènes lyric{ues , et en souvenir seul det clameur» et éo» Ikarietnente- <fat Réchappent tout les jouis des bouges et des guinguettes. .T^entrai.

Chose bizarre! je n'étiris oOBau de fiesisoa««; car persomte ne chscbsta ai me veyanC passer. ^ulmaenC j-'eatcnab» qà et làqucb^aes-^vears-^fcn dû^eat :

— C'e»e aa miiUoMaaJEe nriii4.

J^raitt vskomier»- sema wnKaAamcot k.

ïoaki à cent qui rendaient uu' ttk hoMsuge à ma figure et au peti de meei KUfas.

Je m'assis à une table vide, je demandai du vin; à qvïBae, et uni» ki re^^da wdieigèrent vemni^.

' —J'avaiif devint, difil'ita d'eux. Davinà

Zih MÉUOIKBS

quiDzel il n'a jamais bu de la piquette, celui-là

— Tais-loi donc, c'est peut-être un espion qui vient dous écouter.

— Possible : motus!

Les deux individus qui venaient de se confier leurs pensées ne se parlaient plus qu'à voix basse. Mot , fort indilfërent à ce qu'ils pouvaient dire, je goûtais au via qu'on m'avait sen'i.

Mais à deux pas derrière moi, une table de buveurs, déjà ivres, assourdissait les visiteurs, qui demandaient à haute voix qu'on leur imposât silence.

Les garçons avaient beau prier, commander, menacer; les ivrognes sifflaient, criaient, burlaientcomme desdémons excités parSatan; et l'un d'eux, surtout, vociférait certains blasphèmes qui m'auraient contraint à me lever et à l'écraser sous ma main puissante, si le misérable ne ra*avait inspiré plus de dégoût que de colère.

Il était de taille moyenne , ses yeux caves s'éraillaient autour de leurs orbites, sescbeveux se dressaient sales et inégaux sur un front

DE CHODRDC-DtICLOS. 325

jeune encore mais déjà usé par de profondes rides. Ses pommettes étaient osseuses, ses joues bombées, ses dents jaunes, sa bouche fétide; et son or^ne retentissait, sourd et rauque, ainsi que le glouglou d'une eau fengeuse tourbillonnant au fond d'un égout.

Quant à ses vêtements, ils s'harmoniaient d'une hfpu étrange avec cette bîdeuse figure, dont je vous abrège l'infernale expression. Tout cela naguère avait été propre , mais aujourd'hui la redingote était devenue veste , le pantalon culotte, les bottes souliers... point de bas, point de cravate; point de cbemise, je pense.

Cet homme sinistre agitait un couteau avec une sorte de frénésie qui me faisait trembler pour ses voisins. Il avait posé un pied sur la table et s'appuyait de l'autre sur la chaise qu'il brisait par ses violentes secousses. La lie du vin à demi avalé globulait autour de ses lèvres violacées et frémissantes. Les soubresauts de sa poitrine velue attestaient d'incessantes luttes avec l'ivrognerie; etquelquechose.de Jàtal ressortaitdecet ensemble, que ses hideux

«S6 JltaOBES

tamarailM ëtacUaient'pourtiaMt a 4e rcfpcM.

'IffljMrtleaté âetm gragnemaatt, ^fean^ifO- ■vocatfeÉM, lie 'ses violMiM«,4e «n terribles taieuaect cMtre «[uiOMiqBe otnnlt lui «rair tète, je me levai, je caolsai les bra»iet wm p*5- 'fsM lieront hii :

•— Veux-ta te taire? lui à^j/t tmlmfmitfroyent de moa anlenteprundle.

U y eut un Iouq «ilenoe.

Mais Ini , le {^énie -du tnal , qui «'était tu comoMlcB a»tPes,'paPtttI4eat(kpar UB édat '^lerire, et rejeta loin de lui'Wiepftrtie'durvia qu'il avait absorbe.

Ijb rBQe'iftepritauccmr«tjeèiMaisdéjàIe tour delà- tab)e pour brisersottswion tafen ' niommè-boue, quand il medft «n •batmit : -^Qtti es-tut je »e 4e -crains jmu, je *ne •cmin» penattneu. Je «tis l^oatme ^ |lus 'f>ullsa«t de la tette... "C'est 'HH» qtti l'n fait ■arrêter... d'est ttoi qm lki'fiiit«aaijMnsoKasr... «ot -à ({ni ^Ue «vait donné de IV > «t qui l'ai veivAwe 'fai<oe qu'cm m'es a cktaiié da- 'Tmita^.„'Giiwi-witt mMefnnMK, «es «mis,

DE CMMOG-TOCLOS. «7

cinq cent inïBe franc»! rioi qtn eésiée monnaie !

— Qui e»rtu daai^ tai?

— A genoux! je suis Deutz!...

Mon poing tomba comme on levier sur les épaulée du mîsëiable àbrud, qui roula pélemëleaveclalaUe, lesvenrefi, itt ■boMtai^«s^gt les convives sur un sol déjà jonché de débris.

Deux jours après, je reçus es lignes à maai adresse :

u -firâwa Deutx .attendEa .lUL Ghodcuo-Dn- » clos deAmo â -andî '<dwB ie ■narehand de « vin, nie TSem-ïjeBcot, -pour 's^fdiquer » ensemlile sur la soirée d'avant-hter. "

J'allai chez le marcbaud de via à onze heures fliy [jUposaiè f ïté«MKiAerfbnt«n JDentt, pour toute tiéponse , œs vers d'un poète de grand talent :

A JUBOHUE QUI .À UVSÉ VUE IXIIUE.

Sacrée riaKfnrntm, MUe «MB' , «Biii'gnNMte IM ; Hais t^at'Mtt'vtmamoiM^kmiSmmÉramSIt, Ce swt'kixfcwtm feUBKd»«oa yiiiiJiiirtit^

338 HÉHOIRBS

Ccst b podoiF pobliqne ea tate regardée Tandis qall s'accouplait i son ionme idée; C'est rboDaeor, c'est la foi, la pitié, le serment: ToiH ce que ce juif a rendu iSchement.'!

jHifl les impars trùtants , à qni l'on vend son ime, AUendront bien long-lemps avant qu'an pins infâme Tienne réclamer d'eux , dans qtielqae jour d'effroi , Le fODd da sac {deïn d'or qu'on fit vunir sur tra I

Ce n'est pas même on juif I c'est no païen inuDonde,

Cn reo^t , r<q>probre et le rebut du monde ,

Un fétide apostat, nn oblique étranger.

Qui nous donne, du tmùns, le bonheur de singer

Qu'après tant de rerenet de guerres civiles.

Il n'est pas un bandit écnmé dans nos Tilles,

Pas un forçat hideux blanchi dans les prisons ,

Qui Teuille mordre, en France, au pain des trahisons I

Bien ue te disait donc dans l'flme, ô miséraHel Que ta proscription est toujours vénéraUe, Qn'oD ne bat pas le sein qui nous donna le lait ; Qn'une fiOe des rois, dont on fat le ralei, . Ne se met ptnnt en vente au fond d'un antre infime , Et que , n'éuuit [dus reine , die était encor fonme t

Rentre dans l'ombre oA sont tons les mobstres flétris Qui depuis quarante ans bavent sur nos délH-is I Rentre dHitce cloaque! etquejunusia tUe', Dans nn jow de malheur ou dans nn jour de fSte ,

DE CBODRUC-DUCLOS. 329

Ne soi^ à reparaître an soleil des vivants ! Qu'ainsi qu'une famée abandonnée anx vents. Infecte, et dont chacun se détonrne an passage, Ta vie erre au hasard de rivage en rivage t

Et lais-loi t que venx-fti balbutier encorT Dis, u*as-tD pas venda l'boauear, le vrai trésor! Garde tous les soafflets entassés anr ta joue. Qne fait l'eicuse an crime et le fard sur la bonet

Sans qn'an ami t'abrite i l'ombre de son toit, Marche, autre Juif-Errant I marche avec TwqD'ffli voit Lnire à travers les dmgts de tes mains mal fermées I Tous les biens de ce monde , en grappes parfumées, Pendent sur ton chemin ; car le riche ici-bas  tout: hormb l'honneur, qui ne s'acbëte pas t Hâte-toi de jouir , maodit 1 et sans relâche Marche! et qn'en te voyant on dise : ■ Ccst ce licbet » Han^ I et que le remords soh ton seul compagnon 1 Marche ! sans rien pouvoir arracher de ton nomi Car le mépris pnblic, ombre de la bassesse. Croit d'année en année, et repousse sans cesse Et va s'épaissisatnt sur les traîtres pervers. Comme la feuille au fnmt des sapins toujours verts!

Et quand la tombe un jour , cette embûche profinde , Qui s'ouvre tout à coup sons les choses du monde , Te fera, d'éponrame et d'horreur agité , Passer de cette vie II la réalité;

UréditéM

QiHd dlMCa>t«aiM»t, ^KMlct phu4éUe,

Td ua

Quand la mot, l'accaoaBt aoAd sar àettm^'m,

nden brosquecmt u maio cnspée et pleine.

Comme nue mùod'eDbot qH'asbi

Alors,âu«cat.aUne«àlwtlrdb«4<Bceid,

L'on roulé dans h fMe««l fnii» Kit de tam%

ta Tnwhirrfiril- sa* k £uale gcdM

Qne Dute AHgfaieri Tit avec ]'<ml du rêve I

Ton

n ijiM I— hi iinih . m miMi u ili i ui Jiii . T stitia jifcM iljjiicieotre lC8 phtuMittBBfBl Et lorsqa'ilfi te fravast jnF^IreAB Bilies d'flax^ Ces fouit MidiMit rtehàrewBCTJt les «0» kidflm. Que l'or tenta ja£B, aaisàqu-d'^ wJfe CUlw jiiinilij «){M^Dt vimttraAerim vag/fi Tdw «wx, lies pUft ofaews D Qui partatf jar kor lèvre « k Jodas qui vwd jm Ues, Itederc ^ wb^ n «He ; Groupe Mlawfae we^rd , eagnaat l^nle«t «Ve. Tons en foule MflBorrwIt pfms. wr *M olliiii , ^ t nrrrl miy it Ttfwmini Ti ini- 1

'Chodnic-Diiclos et E^mon Deatz en iptésence Tun de TxiutFe !

Ije premier, touj«an fidèle ■ « loli^ina

DE OBODfiU&JDUGLOS. tSi

politique; le second, traître, félon etlâcbe.

Tous les deux dans la misère.

Il y aura peut«lrc pour l'un quelques larmes, quelques r^rets, quelque pitié... après sa mort.

Il n'y aura pour "Pautre >qu'exécration et mépris éternels.

Que celui qiii a eu la bassesse de l'acheter dise maintenant la morale de sa corruption... Tous deux, le marchand et l'acheteur, peuvent se donner la main.

Page 1