‹ Mémoires de Chodruc-Duclos;Chapitre 82 sur 84 · LE PURGATOIRE · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE

Yoas l'avez vu daos la rtie, suive&le chez lui. Non pas (|ue dous voulions vous jeter dans le tourbillon des pensées qui ont brûlé sa cervelle ; mais pour fiiire courber votre raison devant la ténacité incessante de cet homme, qui est resté là, cloué pendant des années, sans découcher une nuit, si ce n'est par autorité de justice; face à face avec la misère, avec ses souvenirs.

Une rue sale et froijje, une porte étroite et basse ; à gauche, un cabinet où se distribuent les flambeaux et les clefs.

DE CMSRDC-DtJCLOS. SB»

Derant ▼out fescaber tartveax, ■wvec «k rampe de fer raboteuse et gluante.

Trots étages; puis Qoe fiedie ouverture mal içxmée, où le veat fiasse himiiie et^aoé. Entrons.

La. ohamhrfrest un Itrapèze ooucbe.

Les carreaux crient «eus t<9s pieds. 11 y a là :uBe lépainear de quelqoes milliDi^es for~ mée par «ne GrlltaBoe malbmreuse de <orft- «bate et de boue.

Un Ht bas en bois pemt, mais qui apei^ «es coulears prânittret; un maleias complet , une couverture , une taUe de nuit boiteuse. PoÎDt de rideaus «ar la ooncbe de deuil : -Dudos les avait répmliés.

Une croisée à guillotine, voilée â demi par un lambeau de quelque chose -qui fiit jadis iniËemie. f ^ tout «asqué par un vaur rtcnr, décrëfnt , ostragé par la rafide aîmi ■vpe far les iuKiKmdk»» tombairt des étages aopérieors et àes toits.

Une cbemin^ en bm, i&xitikée à tous les angles, parce qu'elle a long-tempe servi Hc

M»' MÉHraRES

^rteaa pour fixer des doas ans «emelles déchirées...

Jamais, jmaaàif jamais un seul maigre tiwm ne s'est noirci à la flamme du foyer.

Sur la cheminée, un miroirlarge, peu éleré ; — un miroir à Dnclos ! — Plusieurs aiguilles OÙ le fil réparateur se voit encore sont piquées dans le cadre en bois gris de la glace ; mais point de cartes de visite dans la jointure !

 gauche de la cheminée, un placard; à droite, son frère. Dans celui-ci, deux fragments de souliers } dans ced souliers, deux rasoirs, un noir et Fautre blanc. Plus, un doigt de gant , où sont renfermées cinq dents cariées. A c6té, une brosse... — une brosse !... ô vanité bumaioe 1... —

Il est vrai que cette brosse était sans crins : elle s'était usée au frottement, et. elle avait suivi la fortune de la redingote et du pantalon,.

Voici un maillet : je me trompe , c'est un tire-hottes à l'aide duquel se réparaient les insultes fiiites à la chaussui-e par les dalles du Palais-Royal.

DE CHODHUC-DD(X0S. 361

Troi&demî-chaises, une honteuse commods en bois de noyer , une table brisée.

Une claie.... Peut-être était-ce un symbole?...

Un pot à l'eau et une cuvette, vingtième édition de 4!eux qui avaient été mis en ^éclats. .

Voilà pour le corps , voilà pour l'homme terrestre, voilà pour Chodruc-Duclos llnfatigable piéton.

Sachet ce qu'il y a aussi pour la pensée, pour l'Ame.

La bibliothèque du sage se composait de :

Un recueil deJWocfé/cs de style et d'éloquence;

Un volume des Tragédies de Racine ;

Tja Logùjue ou Cart de penser ;

Un Traité dastronomie populaire ;

Les Traditions de CEglise touchant tEucba' ristie;

Le tome second de VÉnéide^ traduction de Delille;

Le tome premier des Odes de Delamotte ;

Les Discours académiques, lettres et pensées de Montesquieu;

DE CttODRU&DUCLOS. M3

Après la révolution de Juillet, qui avait eaveloppé dans la vengeance de tout un grand peuple k Tengeance de Dndot sur les ministres eties rois sans mémoire, Duclos s'était rétu presque comme tout le monde , et c'est ù «tte époque, sans doute, que les strophes énergiques lui furent adressées.

Duclos eut vite compris que l'empire des égoïstes bassesses ne s'arrêtait pas seulement aux quelques personnages disparus ; il se tailla une mission plus haute, «elle de flétrir, non pas un homme, ou deux ou trors, maïs toute la secte des puissants j non pas une époque , tuais un siècle. Et il prit son -couleau à deu.x mains, et il poigoai^ de iMMveiu la richesse et le faste dans ses vêtements.

Mais il conserva — peut-être comme un remords et un doux souvenir à la fois -~ ces lignes éloquentes .:

UÉUOIRES

USS DEUX CH0DRUG-DUCL08.

Si j« crojalt que mon cfaipon cooadt ■Mi peute > je le ieUenb à U riliire; Cdodm»-IXicu».

Le TOTez-Tons paner djns le Palais-Royal , Travenant i grands pas les arcades de pierre. Pâle et graTe, cooTert de boue et de poussière , La barbe épaisse et longue, ainsi qu'un général Spartiate oa roniatn , le port noble H sérère I Les bras contre le dos, et le front redressé , 11 étale, otgneîllenx , son veienient percé Et le luxe de sa misère,

R^irdez son habit en festons découpé , Snàéde larges trous, de pièces Umtes sales. Sa cdntore de corde et ses grosses sandales , Son pantalon de drap si .sec et si rSpé. Hais, Boos le chapeau noir enfoncé sor sa tempe. Tout pdé, tout usé par le temps qni dâroît , Voyei-voiu s'aUamer bor ceil de feu, qni Init Comme tm nyva perçant dans une viàlle lan^K 1

DE GHODRTIC-DUCLOS. 36

Le coa tendn , rœJl fixe , un pa^nt carietix Le r^rde ; une femme i dix pu se relire , De penr de le loucher avec sod cachemire ; Un enfant l'examine en onvrant de grands yeux : Auprès des chaînes d'or anx Titranx agrafées , Des Boleib de brillants, des cristaux, il c^t voir Cn des m^ciens de ses contes du soir.

Errant dans un palais de fées.

Le Superbe leur lance on n^ard de dédain

Et passe; puis il dit en Ini, DdcIos le sage :

0 Que m'importe, mon Dieu! d'avoir à mon passage

Dëchù-ë mes habits aux ronces dn chemin ,

Silenr Pans doré sons ses tissos de fSte,

B^rde mes haillons avec ses milliers d'yeax I

Eh 1 que m'importe encor que mon chapeau wil vieux.

Pourvu que je le porte en levant haut la tête 1

■ Avons, mes beaoxmesûeurs, rubans, joyaux de cour! Lorsque le siècle et moi nous scunmes Cace 1 face. Quand je le voisquichrache honneurs, fortune, amour, Qui croupit dans son or; moi, je ris et je passe Tranquille , indifférent , sans remplir ma besace

Four bire une route d'un joui*.

■ Oh! la mort est si longue, et la vie est d brève I Ce n'est qn'nn jeu d'enfant, une ironie, un rêve! Quand le jour étemel lancera ses rayons,

Le riche et l'ind^nt seront jugés de même.

9«s Hittoms

L'homme renosUc ï l'iioacae agi jviuuh nililiiiniîlm. Et l'âmt n'a pM 4a luaioBil ■

Oh ! regardez-le bien marcher contre les griOcâ, Dudos pensif, railleur, i^osopbe, eflroDlË) Superbe, et se faisant nne immortalité Avec quelques Tiôlles guenilles 1

Mats Toid qu'il bit B«it , «t , juiqa'an joar venavl , ]I gagne sa maison , qui craque de Tieilletue; Entre, [»*ead lu liQdMui , puis aupcte 4e l'itttoMe Jette le jidx de nn sonnoL

Et, nmt eanOlantceox qni condient nu* 1t jdrime , Sar son manvaïs grabat , benrenx et l'Ime en paix , Il dort en attendant qne le jour se rallnme Et qn*on loi rotmre son palais.

Ohl ne va pins narclui' fier et b tétebante, Ind^ent détritnf I pleure et dis : * C'est ma bwte '. » Car les baillons, vois-tn, c'était la gloire, k t^ : Tu n'es pins qu'on passant dans ton palais qui brille , Tu n'as plus ton habit râpé , laide guenille Que la fonle suivait comme un manteaa de roi.

Il revient parmi nous, ce Bâclas qui nous laiBe : Allons , pour sabler cowlw la belle tuUe ,

DE CBOIHIOC-DrCLOS. M)

Souris en grimaçaDt , sois poli , sois flatteur ! Des homines vont serrer ta maiu aux promenades, T'insulter d'un bonjour sous tes longues arcades El salir ton grand nom du litre de monsieur. Ton costume est celui de l'homme qui t'aborde; Tu porlais seul du moins ta ceinture de corde ! Tu n'avais point comme eui des crmx et des bijons; Mais de tes vienz habits on partait en Europe, Car ils ne s'étaient pas usés, fier misanthrope, A ployer chez les grands tOD dos et les genoux. Mais as-tu remué tons ces fiots de la foule T Âs-tu cherché la vase an fond de l'eau qui coule T Bien des hommes du monde au 1-uc élincelant Ont pins de fange au cœur que toi sous la sandale ; Eh I que leur fait d'avoir une âme noire el sale , Si leurbaUtesLpnfreelsi leur linife est hlaocl

Ta. longue bariie grise, épaiuie, oadilniie, Qui^dis s'étalaU à fière, rftrfliirillfinf , Caressait tes haillons , bHubait à larges fiota, Siliumitie i toucher ta cravate de soie, El dit sente an passiiit Sbtnit qui te coodoie : ■ TDorwIiiaB finis: ceci, cehtDudM > C'est tfii a bits foém. dan* a nétamorphat ; (^'«u-ce itas. noiMeuail ^e Duclw î pen de ckMe Un homme en chapeau uoir lisse et neuf, ea duip fittt En costume reçu , banal ; qui se promène MES comme ce troupeau qui pasBc; est-ce h peine Qoe pour le regarder «a s'airtte-eit AenAt?

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