MORT DE LA FEMME DE JEAN ALLBAUME. DETAILS METEOROLOGIQUES
Combien qu'en France et par le reste de la chrétienté le nombre des héréticques s'augmentast de plus en plus, d'aultant plus estoient nonchallans les prélatz et pasteurs de l'église, à commencer depuis les cardinau!( et archevesques, jusqu'aux plus petis et simples curez, de faire leur debvoir en leurs (Marges, et ne se soucioient comment le tout se portast, moyennant qu'ilz pussent tirer à eux le revenu de leurs bénéfices, au lieu où ils demeuroient et faisoient leurs résidences, pour prendre leurs plaisirs; et bailloient à ferme leursdits bénéfices au plus hault prix qu'ilz povoient, et si ne leur challoit à qui, moyennant qu'ilz fussent bien payez, aux termes portez par les contractz qu'ilz en faisoient. Les archevesques , évesques et cardinaux de France estoient quasi tous à la court du roy et des princes; les abbez, prieurs et curez demeiu^oient, les ungs es grosses villes de France et aultres lieux où ilz prenoient plus de plaisir qu'à résider sus leur charge et
1558. prescher et annoncer la vraye paroUe de Dieu à leurs subjecti et parit^bsiens. De la nonchallance desquelz prenoient les héréticques luthériens occasion de meadire de Tégiiae de Jéwa^^hrist et de deabaucber les chrestiens d^icelle.
Le nombre des prebstres estoit fort grand parles viUes et villages, lesquelx , à Tenvie les unga des aultres hauboient lea cures et prieu* rez, et estoit à qui en bailleroit le pliis de ferme à mons. le curé et prieur, et le plus souvent se trouvoit que le plus asne et mécanicque de la parroiase estoit mons. le vicaire, pour ce qu^il enbaiUoit le plus; et si estoient la pluspart desditz prebstres fort vicieux et scandaleux et assez peu chastiez par justice ^
Cest abus fut débattu et proposé au sainct concilie de Trente en ceste anhée présente par le peu de prélatz qui y estoient assemblez par la diligence du pape et de Fempereur nouveau, qui ne désiroient aultre chose que de faire terminer ce sainct concilie imiversel, jà par tant de fois intermis. Nulz ou bien peu de prélatz de France pour Iqrs estoient audit concilie; en leur absence fut faicte ime session, en laquelle fut arresté que commandement seroit faict à tous prélatz et pasteurs d*église, à commencer aux archevesques et jusques aux curez, de résider d ores en avant sus leurs bénéfices, et chascun d'eux de vacquer à sa charge, en administrant à leurs subjectz, par chascun jour de dimanche et festes, la saincte paroUe de Dieu, et les sacremens à toutes heures du jour, quant la nécessité le requcrroit. Et fut ce décret envoyé au roy de la part du pape et du concilie, pour le faire observer aux prélatz de son royaume; suyvant lequel S. M. feict un édict, par lequel il commaiida à tous archevesques, éveaques, abbez, prieurs et curez ayans charge d'âmes, de se retirer en leurs bénéfices pour vacquer à Iqur charge, ainsi qu'avons dict dessus, sous peine.de la saisie du revenu temporel desdits bénéfices^.
^ Voy. aur çea abus les plaintes et do- iSAg, p. 271. (Hisl. sciences et lettres.) léances du tiers état de la ville de Provins * Isambert, Rec. des anc. lois françaises,
aux états généraux d*Orléans, en i56o, t. XIII, p. 48A. Les lettres patentes du roi
dans le Bulletin des comités historiques, sont du i*" mai 1557.
Ces ordonnance et édict feirent peu d'efiPect en France, et ny eut 1558. que les petis et pauvres curez qui y obéissent, mais non longtemps. Les grands bénéiiciers n'en tindrent compte, pour ce qu'ils n'eussent sceu auquel bénéfice aUer ni résider, d'aultant qu*ung seul homme en avoit plusieurs; ung homme seul tenoit un archevesché, un évesché et trois abiayes tout ensemble; uûg aultre deux et trois cures, avec auhant de prieurez, le tout par permission et dispense du p&pe; aultres avaient prébendes dans les églises cathédrales et collégiales et en plusieurs desdittes églises et en diverses villes, avec lesquelles avoient encores deux et trois cures par les villages. Et pour ce ne sçavoient auquel desditz bénéfices ilz debvoient résider.
Depuis la publication dudit édict, la symonie commença à avoir cours en France plus que auparavant, combien que desjà ce vice et cruel péché avoit grand viguem* plus qu'il ne falloit, mais il s'augmenta bien davantage ; car plusieurs voyant le revenu de leurs meschanles cures saisi, les vendoient à beaux deniers conptans à leurd vicaires ou aultres, qui estoient contens d'achepter lesditte» cures. Les curez des grosses et riches cures ne se hastoient pas tant de les vendre que fei« rent les aultres; car il leiu* faisoit mal de perdre le îevenu par lequel ilz entretenoient leurs menuz et grands plaisirs, et eurent main levée des saisies qu'on avoit faict sur eux à bon marché.
Ung aultre abus estoit fort grand, qui estoit tel que la plus grande part des évesques, abbez, f»ieurs et curez n'estoient prebstoes ni initiez pour l'estre, sinon que d'estre clerez et avoir la tonsure sûsh plement, et si n'avoient la volunté de l'estre; plusieurs desquelz estoient héréticques luthériens comme chiens enragez et ne se sou^ cioient de la robbe de Jésus-Christ ni de ses âmes, qui luy ont cousté la vie jusque à la dernière goutte de son sang.
Les curez prebstres qui, en vertu dé l'édict susdit , &'estoieo4 retirez en leurs cures pour y résider, voyans les aultres curez et les prélatz ne poinct résider en leur» cures et prélaiures, et avoir main levée de leur revenu, rebaiilèrent leurs cures à ferme à leurs vicaires et s'en retoinmèrent en leurs maisons et lieux ordinaires d'oii ils estoient
1558. venuz. Voilà comment le tout se poxirtoit au plus mal en Téglise de \ Dieu , partie pour la meschanceté des prélatz et Tautre partie par la
meschanceté des justiciers et la connivence du roy.
Tout ainsi que Testât de FEglise se pourtoit mal. en tout et partout, ainsi se pourtoient mal les aultres estats. Car, quand le chef est malade, le reste du corps n^est pas mieux à son ayse» L^estat de noblesse et le tiers estât estoient aussi cornimpuz que TEglise, tou« chant les bonnes mœurs. Les gentilshommes commancèrent à estre avaricieux, infidelles, envieux et ravisseurs du bien d'aultniy, ennemis de la prospérité de leiurs subjectz et oppresseurs de peuple, peu charitables, moings dévotz et révérens à Dieu, à TE^se catholicque et romaine, contempteurs d'icelle, de ses sacremens et sainctes ordonnances, cruelz en vengeance, orguielleux et otrecuydans, blas* phémateurs de Dieu et renieurs de sa saincte majesté, paillards, fornicateiu*s, adultères et vioUeurs de filles et femmes; et de toutes les choses susdittes faisoient honneur et vertu, sans laisser derrière les murtres et la luthérerie, en quoy ilz se sont plongez au grand mespris de leur honneur et salut de leiu^s âmes. Car, au temps passé, les nobles et gentilshommes estoient louez à cause de leurs vertus et des bonnes mœm*s qui estoient en eux; ilz estoient religieiix et dévostz, pitoiables des pauvres, charitables envers les indigens, hospitaliers envers les passans et pérégrins, consolateurs des vefves et de tous affligez, les premiers à l'église, humbles devant Dieu, deffenseurs de son honneur, amateurs des gens de bien, pères des orphelins et protecteurs des gens d* église, en payant bien leurs dixmes et ofirandes; pour lesquelles œuvres ilz estoient sur tous les aultres estatz préférés et par iceux crainctz, redoubtez et encores mieux aymez, chascun d'iceux selon son mérite. Leur honneur et vertu estoit ung esperon pour estallonner le reste du peuple et les simples gens à estre prudens et vertueux.
Le tiers estât n'a moings décliné des bonnes moeurs que les deux estatz susditz de FEgiise et de la noblesse. Les gens des villes et villages sont devenuz orgueilleux, querelleux et noisifs, superbes en
paroUes, gestes et maintien, avaritieux et trompeurs, la pluspart 1558. usuriers et faiseurs de pauvres gens, parasites et frians, blasphémateurs du nom de Dieu, à l'exemple des gentilshommes, pompeux en habillemens et curieux de novelles façons. Les bourgeois des villes se sont volu habiller, hommes et femmes, à la façon des gentils- | . hommes, les gentilshommes aussi sumptueusement que les princes, les gens des villages à la manière des bourgeois des villes.
La justice s'est rendue plus subjecte à corruption qu'auparavant. Les juges, procureurs et advocatz sont devenus avaritieux, superbes et orgueilleux, nont plus volu juger droictement; le pauvi'e, la vefve et l'orphelin n'ont plus trouvé de support en justice. Le jugement s'est rendu du costé que la besace penchoit le plus; les dons des présens d'argent et des faveurs ont faict gangner la cause à celuy qui avoit tort et condempner le juste. Les juges sont deveuuz criminateurs, n'ont eu honte de blasphémer le nom de Dieu, d'usurper le bien d'aultruy , de le prendre sans payer, luxurieux et paillars, irrévérens et indévotz, héréticques et luthériens, renards et loups ravissans.
Et à cette fin de mieux piller et dévorer le pauvre peuple, oultre le nombre jà excessif des gens de justice , le roy , qui ne s'est guères moings desvoyé des bonnes mœm*s anciennes que les aultres estatz, érigea, en chascun baUiage où il avoit érigé ung siège présidial, ung lieutenant criminel pour juger toutes causes criminelles de tous domicilliers des villes et villages ^ et laissa seuUement aux lie. "^qans des prévostz des mareschaux l'authorité de juger et faire les captions des vagabons; auquel lieutenant criminel fut assignée la somme de aoo livres de gages par an, à prendre sus le pauvre peuple, et, pour achepter cet estât, falloit payer au roy la somme de 2,5oo livres pour une fois. Voilà qid estoit cause de rendre les juges larrons, car ils n'eussent sceu faire bon marché en détail de ce qu'ilz avoient achepté bien cher à payer conptant.
* Au sujet des lieutenants crimineb, p. 271), une déclaration du 11 décembre voyez un édit du mois de mai i55a (Isam- i553, un édit de novembre i554 et une bert, Rec, des anc, lois françaises, t. XIII, déclaration du 4 février 1567 (i558).
1558. Celuy qui achepta ce nouvel estât à Provins fut ung advOGat de Melun, nommé Estiénne Bourdier. Si jamais juge de son temps en print ab hoc et ab iiac, ça esté* cestuy^i. II chastioit fort les larrons qui desToboient en secret « mais il desroboit ii veue faide; il conderaj»ioit les paillards et blasphémateurs du nom de Dieu, et iuy estoit le plus grand adultère, incestueux et renieur de Dieu qui feust au pays. Au commencement, il vouloit faire seul les procès des. criminels et les juger seul; mais le siège présidial Fempescha. Je laisse à penser à tout homme de bon esprit en quelle peine et coustange est cehiy qui tombe entre leurs mains, s^il Iuy est possible d'en eschapper à bon marché, et combien il fault d'ar^ gent et de lièvres pour contenter ung lieutenant de courte riobbe et six saccars qu'il appdle ses archers, ung lieutenant criminel et son greffier, ung président et sept ou huict conseillers qui sont en ceste chambre présidialle, par devant tous lesquelz il fault passer avant questre hors de leurs mains, et puis après contenter le garde des prisons
La fille du président Philippe Durand, femme du baiHi Jean Alleauuie, meurt sept mois aprè$ son mariage , en accouchant d'un enfant mort. ^— La dispense demandée au pape n'étant pas alors encore arrivée» Philippe Durand prétend que le mariage est nul, et redemande à son gendre le bailliage de Provins et tout ce qu'il avait reçu en dot. — La dispense arrive enfin; mais comme la bulle papale, en même temps qu'elle approuvait le mariage, excommuniait les époux , leurs parents, Pierre Cobns, doyen de la chrétienté, et le curé de Saint-Pîerre, qui avaient arrangé et célébré œ mariage, le doyen et le curé, pour empêcher qu'une pareille pièce fût produite, obtinrent un arrangement entre les parties. Jean AUeaume conserva le bailliage, paya à Philippe Durand une somme d'argent et rendit les effets.
Le printemps de ceste année, en son commencement, fut assea pluvieux; mais au millieu et jusques à la fin tendît à une seicheresse médiocre qui donna augmentation aux biens de la terre, qui prospérèrent de bien en mieux et allèrent à grande maturité et abondance , de sorte qu on recueillit des grains de toute espèce en si grande quan-
tité, que les granges et les maisons ne furent suffisantes poiu* serrer 1558. . les gerbes des grains que Dieu envoya sus la terre. Pareillement fut des vins en aussi grande habondance ou quelque peu moings que Tan dernier passé , et par toute Tannée le muid de blé froment ne valloit que 1 8 et ao liv. t. le plus beau, eit Taultre grain, au dessoubs; la queue de vin ^5 et 5o s. t. le creu de Provins et des environs; celuy de Villenauxe, 70 s. et 4 liv. le meilleur.
L'esté fut fort chaxdd et adonné à seicheresse, à tonnerres et esclairs en son commancement; mais incontinent se rendit pluvieux à cause des nuages que les tonnerres causèrent, et sy lesditz tonnerres et nuages de pluies ne refroidirent point le temps, qui fut cause de faire germer les grains aux champs. Il n'y eut quasi joiu* au moys de juillet qu'il ne feist nuages d'eau provocqués par grands tonnerres et esclairs, et ce néantmoings faisoit si chauld avant lesdittes nuées et depuis que les soyeurs moroient de soif et de mort subite emmy les champs, et en morut au balliage de Provins sept ou huict en plusieurs endroictz, et si fut le bruict qu'ainsi faisoient^ilz par les pays de Brie, France et Picardie
Le matin du jour de sainte Colombe (22 juillet), un orage éclate sur la ville de Provins et les environs; une obscurité complète règne pendant près d*une heure; le tonnerre tombe sur Téglîse de Saint -Ayoul, entre dans le chœur par une verrière, gagne le pignon et sort par une fenêtre, sans avoir causé de dom> mage ni à Tédifice, ni aux personnes qui s*y trouvaient, parmi lesquelles était lauteur. •— Quelques jours auparavant, la foudre était tombée sur la maison du Chapeau-Rouge, avait tué un des chevaux qui occupaient Técurie, et mis le feu au foin. — Le tonnerre tomba dans le même été en plusieurs autres endroits.
L'automne fut tempéré et bon pour les vendaxiges, qui furent bien copieuses, ainsi que dessus est dict. La semaiU^ ait bonfte; mais ne levèrent les grains fort bien, à cause qu'ilz avoient germé aux champs et s'estoient eschaufez es tas dedans les granges, pour avoir esté serrez trop molz.
L'hiver ne fut trop froid ni inconstant, ni en pluyes ni en neiges. Il
1558. feit poiu^ la pluspart de belles gelées jseiches, qui ne furent domageables aux biens de la terre. Toute Tannée, le vivre fut en France à si petit et bas prix que ung honune enung jour n^eust sceu despenser en pain et vin que 18 den. t. poiu* le plus; la chair, le drap, le cuyr et les ouvriers estoient à bon marché