‹ Memoires de Claude Haton (volume 2)Chapitre 30 sur 37 · XXVIII. 6 septembre 1 56 1 : « Faictes compte quau · texte numérisé non relu

XXVIII. 6 septembre 1 56 1 : « Faictes compte quau

en tout et partout 8'e£Forçoient de provocquer à sédition contre eux lesditz catholicques, par quoy recommencèrent par le royaume les séditions en plusieurs villes, des huguenotz contre les catholicques et des catholicques contre les huguenotz.

Pour auxquelles séditions éviter, fut faict ung édict ou bien fut envoyé ung mandement aux juges des villes au nom du roy, par lequel il ieur estoit ordonné de désarmer de toutes armes les catholicques desdittes villes , fust de harquebuses, pistoUes, hallebardes, espieux, pertuisanes et de tous aultres bastons, et de faire mettre icelles armes es maisons ou hostels commungs desdittes villes soubz la garde' des procureur et eschevins d'icelles, et ce sous peine d'estre rebelles au roy et punis corporellement \ Et fallut que les pauvres catholicques obéissent à ce commandement, mesmement ceux de la ville de Paris. Les armes des huguenotz demeurèrent en leurs mains et possession, et ilz alloient à leurs presches les pistolles es mains toutes bandées et chargées, sans que les catholiques en eussent osé dire mot qu ilz ne jse fussent mis au hazard d*estre par eux battue; et estoient lesditz huguenotz si audacieux qu'en allant et venant de leurs presches ilz ne se feussent daigné destoumer de la voye d'homme qui fust pour le

jourd'hui ce qui est loisible h Genève, tant quant aux presches, administration des sacremens que choses semblables, se peut faire autant impunément par tout ce royaume (de France), conmiençant dès rhostel mesme du roy ; et est tenu pour beste qui n y fait du pis qu'il peut, i (Mém, de Condé, t. U, p. 17.) Catherine de Médias envoya auprès de Philippe II Jacques deMontberon, pour justifier sa conduite.

( Voy. de Thou. HisL univ. Hv. XXVffl.)

^ Plusieurs ordonnances furent rendues dans le courant de Tannée 1 56 1 pour le maintien de la paix publique : « Lettre de cachet du roy aux magistrats des villes de son royaume, pour prendre garde qu'il ne soit faict séditions aux processions du S*-

Sacrement. 1 i56i, mai 24- (Mémoires de Condé, t. n, p. 366.) — • Édit sur la religion , sur le moyen de tenir le peuple en paix et sur la répression des séditieux. » 1 56 1, juillet. (Isambert, Aec. dei anc, lois franc, i. XrV, p. 109.) — «Édit du roy sur le faict de la police et règlement qu'il veut estre mis entre ses subjects. » 1 56 1 , oct. 18. (Mém. de Condé, t. II, p. 5ao.) — • Édit pour remédier aux troubles et sur la répression des séditieux. » 1 56i| octobre ao. (Fontanon, t. IV, p. 265.) — «Édit sur le port d'armes à feu, la vente de ces armes et les formalités à suivre par les fabricants, a 1 56 1 , oct. 2 1 . (Fontanon , 1. 1 , p. 65i.)

1561. laisser passer, ains quil falloit, sous peine d^estre par eux battu et oultragé, se destoiuner de devant eux plus habillement que devant un chien fol et enragé. Au retour de leurs presches, ilz alloient par les rues chantant les psalnies maroticques et béziens, avec aultres chansons scandaleuses contre Téglise catholicque et les sacremens d'icelle , pour provocquer les cathohcques et pour prendre occasion de frapper sus, si aulcun en vouloit dire quelque chose. Davantage, les jours de vendredy, de jeûne et karesme , cheminoient par les rues et se présentoicnt es places publicques mangeaos chair devant les cathohcques, les provocquant avec injures à sédition ou à leur dire quelque chose qui leur dépleust, affin de les battre ou les accuser à justice et les faire emprisonner et punir par les juges de leur party. Ainsi fut faict à Jehan de Léans et à Morice Gadineau de Provins, lesquelz à diverses fois se trouvant Tung après Taultre avec des huguenotz dudit Provins, qui faisoient et disoient telles insolences que dessus, mesdisans de la messe et des aultres sacremens et mangeant chair pubhcquement avec injures pour provocquer les dessusnommez, ceux*ci estans maris de telle audace huguenoticque , ne se piu*ent garder de les appeller huguenotz, héréticques et vivans comme chiens, sans leur faire aultre mal. Fut par le bally dudit Provins, à la requeste du procureur du roy, informé contre eux; ilz furent prins prisonniers , on fit contre eux poursuite jusques à sentence dlflamatoire , et ils furent condempnez à faire amende honorable à Dieu et justice, et aux despens, et déclarez séditieux contre les édictz du roy. Desquelles sentences appellèrent les condempnez pardevant messieurs de la court de parlement, qui les absolurent desdittes sentences et dirent mal jugé et bien appelle; mais toutesfois les pauvres hommes ne furent récompensez de leurs despens, dommages et intérestz et leur en cousta plus de chascun cent hv. t. Les cathohcques des villes de France, se voyant désarmez des armes de leurs maisons, entrèrent en ung plus grand doubte et soubçon qu'auparavant, et voyant les huguenotz armez avoir toujours la pistolle au poing, ilz jugèrent lors qu'il estoit besoing de se donner garde, et que telles menées ne tendoient

qu'à une rébellion contre le roy et le royaume et au saccagement des villes* Et pour ce, les plus fins et rusez catholicques trouvèrent moyen de retirer leurs armes, pour les mettre en leurs maisons. Ceux qui ne les purent ravoir en acheptèrent secrètement d'aultres pour fortifier leurs maisons et pour s'en defiendre quand il seroit besoing; ce qui n'arresta longtemps à advenir, ainsi qu'il sera veu en Tannée prochain nement venant.

Or en ceste année icy et tout à rinstant que les catholicques furent désarmez, advint une grande sédition par les huguenotz en la ville de Paris, le jour de S*-Jehan de Noël, dans Téglise mons. S^ Médart, en img des fauxbourgs, tout joignant la ville, assez près du lieu que Ton appelle au Patriarche. Et fut icelle sédition faicte en la manière qui s'ensuit : les catholicques de la paroisse S^*Médart\ après midy, se retirèrent en leur église, pour ouyr le sermon de la paroUe de Dieu qui leur fut presché par ung docteur dudit Paris; fault entendre que, dans un jardin du lieu dit le Patriarche, avoient les huguenotz de Paris, de leur autorité, soubz rasstu*ance et protection de mons. le prince de Condé , érigé ung presche pour faire l'exercice de leur prétendue religion peu de temps après l'advénement du roy à la cou<ronne, suyvant l'édit de liberté donné par ses gouverneurs, et dans ce presche ilz s'assembloient par chascun jour et quand bon leur

^ Voy. le Journal de Brudart dans les Mémoires de Condé, t. I, p. 68; — Le Discours du saccagement des églises catholiques, par Cl. de Sainctes, fol. A8 r*; —De Thou, Bist. anivenelle, 1. XXVIII;

— « Histoire véritable de la mutinerie, tumulte et sédition faicte par les prebstres de S*-Médart contre les fidèles , le samedy zzTii* jour de décembre i &6i i (Mém, de Condé, t. II, p. 5&1 ; et Archives carieaset de fhist de France, i" série, t. IV, p. ^9) ;

— • Lettres du roy et de la reyne mère au pariement de Paris, au sujet du tu* multe arrivé à la porte S'-Anthoine de cette

ville, et arrestz donnez par ceste cour par rapport à ce tumulte et à celui arrivé à S*-Médard • (Archives curieases de l'histoire de France, 1" série, t. IV, p. 67) r — «Arrest du pariement de Paris, portant qu il sera iait unepocession générale pour Texpiation des sacrilèges conunis par les huguenotz dans Téglise de S^-Médard> [Ibid, p. 99). — Voy. aussi Mémoires de Condé, t II, p. 549; t. m, p. ^9, 3&5 et 495 ; — Mémoires de François Grin, manuscrits (BiU. imp. fonds Saînl* Victor, n* 1019), fol. 10 r".

156L sembloit. Or advint-il que» ce jour de S*-Jehan de Noël, ilz huguenots pleins d'orgueil et de présumption, bien sçachant que les cathoiicques de laditte paroisse S^-Médart s'assenibieroient en leur église potu* estre au sermon, se voulurent quant et quant assembler et à la mesme heure ou tost après, afBn de provocquer lesditz cathoUcques à leur faire ou dire quelque chose qui leur despleust, pour faire sédition, comme ilz feirent, sans y estre provocquez, sinon justement, par lesditz cathoiicques. Lesquelz, après la (in du sermon faict par leur docteur, avant que de se retirer de laditte église, joinct aussi que Fheure ordinaire de chanter vespres estoit venue, qui estoit sur les deux heures après midy, feirent sonner lesdittes vespres avec les cloches, telle qu'est la manière des cathoiicques. Du son desquelles cloches se scandalisèrent lesditz huguenotz qui estoient à leurdit presche, et, pour le faire ces* ser, ilz envoyèrent quelques ungs de leur compagnie dire avec grandes menaces qu'on cessast de sonner lesdittes cloches jusques après qu ilz seroient partis de leiu*dit presche , qui ne seroit que sur les quatre heures du soir.

Les cathoiicques, ayans receu telles nouvelles, respondirent quilz ne pouvoient tant attendre à chanter leurs vespres et qu'à quatre heures du soir seroit la nuict venue , qu'on ne verroit clair en leur église à les chanter, joinct aussi que l'heure ordinaire et accoustumée en ce temps de les chanter par toutes les églises de Paris estoit l'heure de deux heures , et pour ces causes ne voulurent cesser de sonner lesdittes vespres une fois, deux fois et trois fois, selon letu* manière accoustumée. Après que les huguenotz eiu^ent ouy par leurs messagers la response qu'avoient faicte les cathoiicques, ilz huguenotz, ouyant les cloches recommencer à sonner pour la seconde fois ^ du conseil et licence de leiu- prédicant et ministre, s'eslevèrent en fureur, et ayans les armes au poing, conune gens folz et insensez, coururent d'une fureur et rage incroiable à laditte église, qu'ilz saccagèrent

^ D après le récit de de Thou , les ca- envoyés pour prier le curé de faire cesser tholiques commencèrent par massacrer un le bruit des cloches, des députés que les protestants avaient

entièrement, et feirent iing meurtre en icelle des pauvres catholicques 1561. qu'ils y trouvèrent, fort cruel, inhumain et plus que barbare, sans pardonner aux qualitez des personnes, âge et sexe quel quMl fust, mais se ruèrent sur les hommes, les femmes et les enfans, sans s'enquérir qui en estoit ou n en estoit pas. Ils trouvèrent le docteur qui avoit faict le sermon, qui estoit à deux genoux devant le grand autel de laditte église faisant sa prière, et ilz le tuèrent et le desmembrèrent en plusieurs pièces. Hz ne pardonnèrent à prebstre ni clerc. Les hommes et jeunes gens des plus habilles se saulvèrent ainsi qu ilz purent, mais peu eschappèrent sans estre blessez. Il y en eut de morts et de blessez bien ung cent, la moytié desquelz furent tout morts. Après avoir meurtry enceste façon les pauvres brebis de la pasture de Jésus-Christ, prindrent prisonniers blessez et non blessez tant qu'ilz en purent lier et prendre , et les menèrent es prisons du Chastelet grand et petit, de la Conciei^erie, du Four-l'évesque, et aultres prisons de Paris, les traisnant par les rues comme bestes qu'on mène à la voyrie, criant et hurlant ainsi qu'hommes hors du sens, esqu elles prisons lurent les pauvres catholicques fort tourmentez et estroictement resserrez pour quelques jours, jusques ad ce que la court de parlement y eust mis la main. Plusieurs blessez y moururent faulte d'estre pansez et habillez. Le chevalier du guet dudit Paris, nommé Gabaston, garde desditz huguenotz, feit le pis auxditz catholicques, en les em* prisonnant, massacrant, et appellant, comme aussi faisoient lesditz huguenotz, séditieux, crimineux de lèze-majesté et infracteurs des édictz du roy. Hz huguenotz, non contens du sacçagement et meurtre faict aux personnes, saccagèrent quant et quant laditte église, rompant les ymages, les verrières, les bans et sièges, le sainct cyboire, jettant le corps de Jésus-Christ et saint sacrement de l'autel aux chiens , montant des piedz dessus et disant milles injures contre l'honneur de Dieu, Jésus-Christ et son Église; rompirent pareiUement tous les livres qui estoient en iceUe et les déchirèrent en plusieurs pièces, et si menu qu'il ne fut jamais possible de les refaire ni de s'en servir. Hz piUèrent le linge, les omemens, les joyaux d'icelle, croix, callices,

1561 . chappes et aultres meubles, et pour bailler meilleur courage aux saccageurs, il GabastOD , avec son cheval tout armé à blanc, cryoit à baulte voix en vulgaire de gascon corrompu par telz motz : « Pilla tout, pilla * touti » et sans porter honnexu: à Dieu, à ses saintz, ni au lieu sacré, entra en icelle église avec son cbeval jusques au grand autel. Hz rompirent les Tons en plusieurs pièces et l*ung d'entre eux feit son aysement de nature et ordure dedans le bassin où estoit Teau béniste. Du cresme et des sainctes huilles en gressèrent leurs souUiers, et, pour conclure briesvement, ne demoura rien d'entier en laditte église que les murailles et la couverture.

Non contens d'avoir meurtry les paroissiens et saccagé féglise dudit S^-Médart, eschauffez comme lions couroucez, les armes au poing, coururent par les rues dudit Paris, firappant et massacrant ceux qui ne se destoiu'noyent de leur voye et criant à haulte voix : « FEvangilel vive TEvangile 1 » et ruèrent plusieurs personnes par terre depuis laditte église S^-Médart jusques à la porte de S^-Antboine, où ilz feirent leur course pour anoncer aux frères de leur évangile qui estoient au lieu de Popincourt le sacrifice qu'ilz venoient de faire. Et n'y eut personne pour ce jour par la ville de Paris qui leiu* résistast en sorte du monde, mais au contraire chascun s'enfuyoit devant eux comme on feroit devant des chiens folz, et tant fallut qu'on leur résistast, mais encores n'eust-on osé rien dire devant eux qui les courroussast» à peine d'estre tué et mis par eux sur le carreau. Il advint à une honeste dame, femme d'ung appoticaire dudit Paris, estant en sa boticque et ouvroir, de dire par grande compassion qu'elle avoit des pauvres cathohques blessez et à demy morts qu'elle voyoit traisner par les rues en prison par lesditz buguenotz qui les battoient et mutilloient, telz motz : « Mon Dieu, voycy une grande pitié 1 Ne a-il poinct d'ordre en la ville de Paris? Voylà une grande cruauté! » Lesquelles parolles entendues par les lions buguenotz eschauffez, entrèrent en laditte boticque , où ils tuèrent laditte dame et pillèrent ce qu'ilz voulurent d'icelle boticque, en renversant les boistes et drogues par terre et emmy la rue, et n'eust esté la nuict qui survint incontinent, ilz hugue-

notz s'estans tous alliez ensemble eussent saccagé laditte ville de Paris, 1561. sans aultre difficulté. De laquelle sédition, meurtre et saccagement Auvent advouez lesditz huguenotz par la royne mère et les gouverneurs du royaume, et le tort fut donné aux catholiques, qui fiu'ent app^ez «^ séditieux et rebelles aux éditz du roy, et fut par eux dict qu'on leur faisoit trop de grâce de ce qu'on ne les pendoit au gibbet, ce que je croy qu'ilz eussent esté , n eust esté la pitié qu'en eiu*ent les messieurs présidens et conseillers catholicques de la court de Parlement, qui y meirent la main, pour en informer; auxquelz toutesfois fut deffendu de par le roy de n'en faire aulcune instance ni poursuitte contre iceux huguenotz; quoy veu par eux, feirent ouvrir les prisons aux catholicques pour en sortir et s'en aller en leurs maisons.

Ce saccagement demeuré impugni feit haulser le courage des hu- % guenotz, tant en la ville de Paris que par le royaume et en devindrent plus orgueilleux et audacieux de la moytié, de sorte que nul catholicque, par les villes et par les champs, n'eust osé bonnement lever l'œil devant eux, tant feust-il noble, voire prince, qu'il ne feust en danger de la vie et d'estre saccagé, conune il sera veu par ci-après en la personne de mons. de Guise par les huguenotz de Vassy. Et fut besoing auxditz catholicques de France d'estre plus ou aultant patiens que pauvres brebis qu'on tue à la boucherie, parcequ'ilz n a voient aulcim support du roy à cause de son bas âge, et encores moings des gouverneurs le roy de Navarre et la royne mère, lequel roy de Navarre, pour l'amoxu: du prince de Condé, son frère, connivoit à toute impiété huguenoticque et oppression des catholicques.

Messieurs de la ville de Paris, après avoir veu l'émotion huguenoticque de leur ville, advisèrent à se donner garde d'estre saccagez, et au moyen de se fortifier contre lesditz huguenotz; ilz remunirent leurs maisons d'armes, jft)ur se rendre fortz et pour se deffendre si besoing leur en estoit, et conclurent qu'il leur estoit nécessaire de s'allier de quelques princes et grands seigneurs catholicques, pour les supporter, tant envers le roy que les gouverneurs du royaume, et aussi pour les deffendre contre lesditz huguenotz, qui monopoloient

1561. et coDspiroient le saccagement de laditte ville et du royaume de France. Pour auxquelz maux pourvoir et éviter, ilz escrivirent à mons. de Guise et au mareschal de S^-André le plus secrettement que faire Je purent, qui estoient hors de la court, et s^estoient retirez en leurs maisons pour estre en meilleure seureté de leurs personnes, et ilz les prièrent de se rendre en la ville dé Paris pour les secourir, quand besoing en seroit, et pour les relever de Toppression que leur faisoit leur gouverneur, qui estoit mons. le mareschal de Monmorancy, lequel, encores qu'il ne se feust déclaré huguenot, en tout et partout les supportoit et les catholicques fouUoit. Desquelz de Guise et mareschal de S^*André eurent response fort consolative et pleine de bonne espérance et de conseil du moyen qu'ilz dévoient tenir pour se rendre en meilleure seureté contre lesditz huguenotz.

Par ce que nous avons parlé de Gabaston , chevalier du guet de Paris, qui s'estoit trouvé au saccagement de Téglise S*-Médart, fault entendre que , par le moyen de mons. le prince de Condé, les huguenotz ayans faict advouer leiu^s presches par les gouverneurs, obtindrent quant et quant ung mandement desditz gouverneurs soubz le nom et auctorité du roy, adressant aux lieutenans du guet, aux prévostz des mareschaux, lieutenans criminelz de courte robe et à leurs archers, sergens et juges des lieux, pour aller garder les prédicans et huguenotz, avec port d'armes, quand ilz estoient à leur presche et

• faisoient Texercice de leur prétendue religion, de peur que les ca-

tholicques ne se jettassent sur eux et les envahissent, et pour empescher les séditions que les catholicques eussent peu faire sur eux\ Toutesfois, combien qu'ilz huguenotz eussent obtenu ce mandement, nul juge ni officier de la qualité que dessus n y voulut assister, s'il n estoit de la mesme prétendue religion, comme estoit ledit Gabaston, et pour ce advenoit que les séditions que les cathoUcques eussent

* S*agit-il ici de la déclaration du 17 lois françaises , t. XIV, p. lai.) Cette orjanvier i56i (i56a) sur la répression des donnance oblige, non pas les magistrats troubles nés à loccasion de la religion ré- à garder les prêches, mais les protestants formée ? (Isambert, Recueil des anciennes assemblés à recevoir les officiers du roi.

peu faire contre lesditz huguenotz estoient empeschées par les susdit?. 1561. gardes, qui estoient es environs de la trouppe huguenoticque , montez à cheval et armez de toutes pièces jusques aux dens, durant Texercice de laditte prétendue religion; mais telz n empeschoient les séditions qu^ilz huguenotz vouloient et avoient machiné contre les catholicques qu'ilz appelloient papistes, ains leur aydoient à tuer, saccager, massacrer et voiler lesditz papistes catholicques.

A cause de laditte sédition de Paris et du saccagement de Téglise S*-Médart et aultres lieux par les villes de France , fut rassemblé le conseil du roy encores ime fois à S*-Germain-en-Laye, pour pourvoir à empescher lesdittes séditions. Auquel conseil furent mandés et appeliez plusieurs princes et seigneurs officiers de la couronne, comme on avoit faict pour le coUocque de Poissy, et fiit ledit conseil assemblé au moys de janvier de ceste présente année \ où la cause des ungs et des aultres, c'est-à-dire des catholicques papistes et des huguenotz héréticque$ fut bien débattue et defiendue de part et d'aultre par les princes et seigneurs de Tune et de laultre religion. Enfin, il fut dict et arresté par les gouverneurs , qui tenoient du tout bon et estoient du costé desditz héréticques à cause du prince de Condé, que les deux religions seroient tolérées en France, et qu'il seroit permis à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles fussent, de vivre en celle qu'elles vouldroient, sans s'injurier ni provocquer les unes les t' aultres à courroux ni sédition, en s'entre-appellant papistes, papaux, héréticques ni huguenotz; ains que tous eussent à vivre en paix et amitié les ungs avec les aultres comme frères et bons citoyens, sous peine aux contrevenans de pugnition corporelle. Permission à ceux de laditte religion prétendue de faire en tous lieux de ce royaume, tant es villes que villages, l'exercice de religion en public ou en secret, feust en preschant et annonçant la paroUe de Dieu par leurs ministres, qu'en administrant les sacremens d'icelle, aussi d'imprimer ou faire

' Voyez une lettre de : • Il card. di Fer- no , alli i a di febbraio 1 56a. • (Bibl. imp. rara , legato apostolico in Francîa , al card. Suppl. franc, n* a 1 5, fol. àà y") Voy . aussi Borromeo , nipote di papa. Di San Genna- au fol. 5o v** du même volume.

ai

1561. imprimer, vendre et exposer en vente en lieux publicqz tous livres enseignans la doctrine d'icelle nouvelle religion; deffense à toutes personnes, tant justiciers que aultres du royaume, de quelque qualité qu^ilz fussent, de ne les empescher ni retarder en quelque manière que ce ftist, directement ni indirectement , ains de leur bailler confort et ayde s'ilz en estoient requis. Voylà en sommaire ce que contenoit redit que les huguenotz ont tousjours aj^ellé Yédit de janvier, et duquel ilz ont tousjours voulu jouyr ^

Cet édict ainsi faict par le roy et ses gouverneurs fut envoyé à messieurs de la justice du parlement de Paris « pour Thomologuer, publier et enregistrer en leur court; lesquelz, après Tavoir veu, refusèrent de le recepvoir et homologuer, d'aultant qu il estoit au dommage du roy et du repos public du royaume, contraire à la foy catholicque, et au mespris de Thonneur de Dieu et de son Eglise; parquoy le solliciteur pour les huguenotz retourna à mons. le prince de Condé et aux gouverneurs, qui luy baillèrent lettres de jussion comminatoires adressantes auxditz sieurs de laditte court, pour les contraindre à le recepvoir, homologuer et faire publier. Lesquelz pour ce n en voulurent rien faire , et ainsi s'en rentouma le messager auxditz gouverneurs, leur annoncer le refus faict par lesditz sieurs; duquel refus moult furent indignez et courroucez les gouverneurs et nommét ment la royne mère du roy, laquelle, en sa colère et fureur, monta à cheval audit S*-Germain-en-Laye , et courut la poste jusques à Paris, et à peu tînt qu'elle ne montast avec son cheval jusques dans le Palais

^ «Déclaration sur la répression des troubles nés à Toccasion de la religion réformée. • i56i (i56a), 17 janvier. (Isambert, Rec. des anciennes his franc, t. XIV, p. 1 T^k') — • Remonstrances faictes au roy de France par MM. de la court de pariement de Paris , sur la publication de l'édit de janvier. i56i (i56a)», la février. [Mémoires de Condé^ t. III, p. 45.) — • Déclaration interprétative de Fordonnance de jan-

vier. i56i (1563), • 1 4 février. — • Lettres de jussion au parlement de Paris, pour enregistrer les actes du 1 7 janvier et du i4 février. i56i (iBôa), i4 février. » — t Déclaration faicte par les ministres et députez des églises de France sur l'exécution et observance des principales clauses de Tédict faict par le roy le 17 de janvier i56i.B (Mém. de Condé» t. III, p. 98 et suiv.)

et chambre dorée, pour mieux monstrer de quel désir elle, par puis- 1561. sauce absolue, vouloit cestuy édict estre enregistré, gardé et en tout et partout observé. Laquelle, n'estant refroidie de sa colère, estant entrée en la chambre avec messieurs les conseillers et présidens, commença à plaider et crier après eux comme femmes font quand elles sont courroucées, injuriant et menaçant lesditz sieurs de parlement au possible; lesquelz, après Ta voir patiemment et sagement ouye, cuydèrent luy faire les remonstrances du mal et dommage que pourteroit cestuy édict au roy son filz et au royaume, comment aussi il estoit faict au déshonneur de Dieu et de la saincte église son espouse et contre le repos pubUc du royaume, et que pour ces causes ilz ne pouvoient et ne debvoient le recepvoir, homologuer ni enregistrer. Lesquelles remonstt*ances et aultres siur ce ne voulut ouyr laditte dame , ains, persévérant en ses menaces, elle voulut et ordonna formellement qu'il feust receu, homologué et enregistré. Ce que voyant, le premier président de laditte court se leva, et en s'en allant luy dist telz motz : « Madame, vous et voz enfans vous en repentirez les premiers; c'est le « moyen de vous et eux faire perdre la couronne et royaume de France, « si aultre que vous ne s'en mesle. » Ce dit, sortit hors de la chambre, et s'en alla fort fasché en sa maison. Aultres desditz présidens et conseillers feirent le semblable, et ne demeura avec laditte dame que les conseillers par elle intimidez pour ses menaces, et ceux qui estoient bien ayses dudit édict et qui sentoient la farine huguenoticque; auxquelz, tant aux ungs qu'aux aultres, elle commanda, sous peine d'estre pugnis comme séditieux et rebelles au roy, de l'homologuer, enregistrer et publier, ce qu'ilz promirent de faire. Partant laditte dame s'en retourna à la court, dire à son amy mons. le prince de Condé le debvoir qu'elle avoit faict pour l'amour de luy.

Messieurs de la court de parlement estans rassemblés au lendemain en la chambre, à cause des menaces et commandemens à eux faictz, vacquèrent à l'homologation dudit édict, auquel ilz adjoustèrent telz mots qui s'ensuyvent : t Publié , leu et enregistré en nostre court de parlement de Paris, par l'importunité de ceux de la nouvelle

1561. prétendue religion réformée, et ce par provision, en attendant la majorité du roy , pour aultrement en ordonner, ainsi quil sera advlsé par son conseil. ■ Lesquelz motz d'addition moult desplurent auxditz gouverneurs et huguenotz de France; toutesfois Tédit demeura en ceste forme.

Si tost que lesditz sieurs de parlement eurent homologué et eiuregistré iceluy édict, fut sur Theure publié en leur court, dans le Palais et par les carrefoxurs de la ville dudit Paris, et par le solliciteur des huguenotz envoyé aux aultres parlemens et à toutes les villes de France, pour estre enregistré, leu et publié en icelles, ce qui fut faict fort diligemment, excepté en la ville et parlement de Thoulouse. Là, ledit édict ne feut admis ni enregistré , mais fut par les sieurs président et conseillers renversé , et dirent que : sur les plainctes, remonstrances et doléances faictes de ce que plusieurs séditieux et perturbateurs du royaume de France et du repos public, soubz le nom et couleur de nouvelle prétendue religion, tenoient des assemblées pufalicques et secrettes pour faire exercice d'icelle, et par ce moyen empeschoient le repos public, troubloient la religion catholicque, apostolicque et romaine, renversoient toutes loix civiles et divines, corrumpoient les bonnes mœurs et anciennes disciplines, desbauchant toutes personnes de toutes qualitez, âges et sexes, pour ces causes et aidtres à ce mouvans, deflfenses estoient faictes de par le roy auxditz de la nouvelle religion prétendue de ne s'assembler pour faire exercice d'icelle religion, directement ni indirectement, sous peine de la vie, de ne troubler ni empescher, ni aussi injurier les catholicques ni le service divin, et ce par provision, en attendant la majorité du roy, qui en ordonneroit ce qu'il adviseroit avec son conseil. Et feut cestuy édict publié audit Thoulouse et par toutes les villes du ressort de son parlement, et fallut que les huguenotz du pays le gardassent, encores que ce feust malgré eux, jusques en l'an ]563 que le roy se transporta en personne au pays, en faisant la visitation de son royaume , et permist des presches en certains lieux dudit pays et non par tout, comme il y avoit en ce pays icy.

Après la publication dudit édict de janvier faicte par toutes les 1561. villes et bailliages de France, excepté audit paiiement et ressort de Thoulouse, presches furent dressez par tout où il y avoit des huguenotz en nombre pour entretenir des ministres et prédicans. Il y avoit presse à les aller escouter, et pour ung huguenot qui estoit en France s^en feit six, tant pour la liberté de conscience qu enseignoient lesditz prédicans, que pour la faveur qu'on leur portoit et le bon recueil qu'on leur faisoit, mesmement les gentilshommes et justiciers, lesquelz, encores qu'ilz fussent habillez richement, faisoient place auprès d^eux aux artisans de tous mestiers et les importunoient , feussentilz porchers et vachers, de s'asseoir auprès d'eux, avec leurs guesdres et habitz de tiretaine et treslis, et, pour leiur donner courage de retourner, leur bailloiënt à boire du vin en tasses d'argent et à manger des meilleures viandes qu'ilz eussent et qu'ilz pourtoient aux presches, lesquelz ordinairement ne se faisoient que environ l'heure de midy et après desjeusner. Et furent ceste friandie et bon accueil causes d'en faire arrester beaucoup; aultres, quand ilz eurent veu qui et quoy, s'en retirèrent et n'y vouliu*ent plus aller.

Ceux de ]a ville de Provins pour ceste année n'eurent moyen de dresser img presche public ni d'entretenir ung prédicant en leur ville, pour le petit nombre qu'ils estoient et pour la craincte qu'ilz avoient de mons. de Guise; mais alloient au presche es maisons des gentilshommes les sieurs de S*-Symon, seigneur de Chantalous, et d'Estemay, seigneur de la Motte-Tilly-lez-Nogent, comme faisoient ceux des villes de Bray, Nogent et Pons-sur-Seine. Hz de Provins s'assembloient quelques fois au soir ou de jour es maisons des Barengeons, mais non pubhcquement, de peur d'estre saccagez.

Les huguenotz de la ville de Sens et des environs érigèrent ung presche hors de leur ville etfauxbourgs, poiu» faire l'exercice de leur ditte rehgion, et obtindrent lettres de sauvegarde pour leur assistance audit presche , et, pour y estre en plus grande seureté , feirent venir audit Sens ung capitaine gascon avec quelques gens pour les veiller et garder durant qu'ilz seroient audit presche. Il se trouva audit Sens

1561. assez grand nombre de huguenots, tant de la ville que des petites vlllaces des environs, et taschoient à se prévaloir de laditte ville de Sens, pour s'en saisir quand il seroit temps, et pour la saccager et piller, à cause des grans trésc^rs qui sont tant en la grande église qu'es monastères d'icelle, e\ n'attendoieRt que le mot du guet des protecteurs de leur prétendue religion et chefz de la convocation. Or advint-il en ung certain jour et moys de ceste présente année que je ne puis cotter, pour ne m'en estre voulu informer, que les catholicques de la ville firent une procession généralle à ung dimanche, et allèrent en l'église de Ukons. S^ Savinien, pour là prier Dieu, ouyr sa saincte parolle, qui y fîist catbolicquement preschée par ung prescheur cordelier ou jacobin, et aussi y ouyr la messe qui y fut chantée, le tout en bonne dévotion. De laquelle dévotion et procession furent indignez et marris les huguenotz de la ville, lesquelz, pour disputer et esmouvoirà sédition lesditz catholicques, voulurent k teUe heure faire et aller à leur prescbe, et advisèrent de passer par le milieu des catholicques estans à laditte procession, qu'ilz, suyvant leur coustume, injurièrent en les appelant papistes, tisons du pui^atoire du pape, idolâtres et pauvres gens aveuglez et lourdement abusez par les caffars de prebstres, et plusieurs aultres injures; desquelles injures pour la première fois ne se soulcièrent pas beaucoup lesditz catholicques. Ce que voyans iceux huguenotz et poursuyvans leurs injures, s'approchèrent, en passant par la rue, d'aucuns catholicques, qu'ilz poulsèrent avec les bras et espaules fort rudement , jusques à faire tomber quelques imgs par terre; et fut ce cause de esmouvoir les catholiques qui estoient présens à veoir ceste audacieuse entreprinse , lesquelz, avec paroUes rudes, s'attacquèrent auxditz huguenotz et leur rendirent injure pour injure , et fut dès lors commencée la sédition. Toutesfois, pour ceste premièreentrée, n'y eut aulcunscoups donnez de la part des catholicques, qui n'avoient que leurs livres ou heures en leurs mains, tandis que les huguenotz avoient des pistolks, tous prestz à tirer, si lesditz catholicques se fassent revanchez. La procession ne cessa pour ce d'aller son train par les rues et de suyvre

les prdbstres qui marchoieat tousjours chantans. Ce jour-là estoient 1561. arrivez audit Sens plusieurs hommes et femmes des villages d'alen* tour en pëlennage , pour faire leurs prières et dévotion es é^ses dudit lieu, qui veirent une partie de Taudace desditz huguenotz, et indignez de ce ne demandèrent, comme aussi ne faisoient plusieurs personnes de la ville, qu'à se ruer sur eux pour les exterminer. La procession catholicque arrivée en laditte ég^se mons. S^ Savinien, et celle des huguenots héréticques à leur presche, qui n'estoient trop loing les ungs des aultres, lut le semK»i faict aux catholicques par leur docteur, et le presche faict aux héréttcques par leur prédicant et ministre. Lequel prédicant, comme fut rapporté par quelques curieux qui se disoient encores catholicques, et qui avoient esté au commencement de son presche , incitoit fort ses huguenotz auditeurs à sédition contre les catholicques, jusques à dire que d'exterminer ceste vermine papalle seroit ung grand sacrifice faict à Dieu, en mesdisant de toutes les cérémonies de Téglise desdits catholicques, qu'il appelloit papistes, et de leur ditte procession.

Le prédicateur desditz catholicques n'en disoit guères moins à ses auditeurs que le ministre des huguenotz, non toutesfois qu'il les enseignast ni incitast à se jetter sur lesditz héréticques, ains, en leur deffendant les séditions, les exhortoit à estre patiens en la defiFence de l'église catholicque de Jésus^hrist, comme avoient été mons. S* Savinian et ses compaignons à la planter audit Sens; lequel S^ Savinian avec ses compaignons avoient esté envoyez de Rome audit Sens par le prince et chef des apostres, mons. S* Pierre, pour y prescher et annoncer le sainct Évangille de Jésus-Christ, non avec la pistoUe, la haulte harquebuse, ni aultres armes invasives, non avec injures, menaces ni mocqueries comme faisoient les huguenotz, mais avec toute modestie, humilité et patience, confirmant leur doctrine par miracles, exercice de toute piété et exemple de toutes bonnes mœurs, sans faire sédition, ni provooquer aulcun à courroux, comme faisoient iceux huguenotz, tant de leur ville que les aultres qui estoient par la France. Toutesfois, advisoit ses auditeurs d'une chose, qui est oit

1561. d'estre vigilans et provîdes pour se donner garde d^estre surprins ei saccagez par iceux huguenotz; remettant devant leurs yeux et en leur mémoire les séditions jà advenues en certains lieux et villes du royaume et nommément en la ville de Paris, capitale de toute la France, et du saccagement de Téglise mons. S* Médart d'icelle; les exhortant qu^en ceste procession et assemblée ilz priassent Dieu pour la manutention de TEglise universelle, espouse de Jésus-Christ, du petit roy et du royaume; lesquelz Eglise de Jésus-Christ, roy et royaume estoient en grand hasard d'estre en brief saccagez » perdus et ruynez, si Dieu n'en prenoit pitié meilleure et plus grande que les gouverneurs d'iceux.

Les prédicateurs des catholiques, comme prophètes de Dieu, ont en leurs sermons toujours prédit et prêché à haute voix les séditions et subversions de toutes choses en brief devoir advenir en la France contre FÉglise, le roi et le royaume par les huguenots.

Cependant que le prédicateur catholicque de Sens admonestoit ses auditeurs à se donner garde d'estre surprins et saccagez en toute patience et modestie, sans faire sédition ni émotion, si ce nestoit pour se deffendre ; et aussi que le ministre prédicant enhardissoit et encourageoit les siens à toute hostillité et saccagement, soubz le nom de piété et de sacrifice parfait; tout en ung moment, sans y penser, furent assaillis en leurs presches par gens incogous des villages et faulxbourgs , qui , si vivement se ruèrent sur eux à coups de pierres et de bastons, comme pieux de bayes et leviers , qu ilz huguenotz n'eurent le loysir de mettre à heure la main à leurs pistolles et harquebuses les premiers. Lesquelz, estans surprins, n'ayans ce jour-là leur capitaine gascon et ses gens à leur garde , fut la mesiée fort grande au désavantage du prédicant et de ses audacieux huguenotz , qui en assez bon nombre furent sur le champ tuez et leur halle abattue et du tout ruynée en moings de demy-heiure , sans y demeurer bois entier couché ni debout; et fut ce faict pendant que les catholicques estoient au sermon et messe de leur procession; lesquelz,

en s'en retournant de laditte procession, veirent la sédition qui estoit 1561. en leur ville , les rues pleines de gens tout en fureur, courans les ungs sur les aultres. Et advint que les huguenotz qui s'estoient saulvez de leur presche à la fuitte, ayans moyen de bander leurs pistoUes et harquebuses, les deslâchèrent par les rues sur lesditz catholicques, aulcuns desquelz furent blessez : qui fut cause d'empirer la sédition; car les catholicques , se voyans attaquez, s'employèrent pour leur deffense, et fut le reste 4u temps la journée si furieuse qu'audit Sens ne demeura nul huguenot, que ceux qui eurent le moyen de se bien celer et cacher; et estoit mons. le huguenot bien heureux qui pouvoit gagner la maison de quelque prebstre son amy pour s'y saulver. Le meurtre lut grand desditz huguenotz, et ne fut pardonné qu'à ceux qu'on ne peut avoir, sans distinction d'homme , de femme , de prebstre , moyne ni clerc. Mais il ne fut point faict de mal à leurs petits enfans, excepté à ung, qui fut tué entre les bras d'ung advocat nommé maistre Jehan Haton , et qui receut le coup qu'on pensoit donner à son père. La mort du petit enfant s^hilva la vie au père, qui eschappa de laditte sédition et ne fut tué, par le moyen de ses parens et amys catholicques, qui le saulvèrent en le recelant en leurs maisons, jusques après la sédition cessée et appaisée. Il se trouva plusieurs prebstres et moynes, nommément de l'abbaye de S*-Jehan, morts et traisnez en la rivière d'Yonne, qui furent trouvez et tenus huguenotz. Maistre Mathieu de Charlemaison, doyen de l'église dudit Sens, et grand vicaire de l'archevesque, eschappa de laditte sédition, à cause de son absence, car audit Sens estoit estimé comme huguenot, et si à la chaulde eust esté trouvé , il feust allé évitailler les poissons de la rivière d'Yonne comme les aultres. Le massacre fut grand, et si n'a-on peu sçavoir par qui. Sur le soir arriva en la ville mons. le gascon, capitaine et garde des huguenotz sénonois, revenant de Troye en Champaigne , où il estoit allé veoir les frères huguenotz dudit lieu et monopoler avec eux. Sur les chemins il avoit esté adverty dû massacre faict à ses subjectz; lui et ses gens voulurent faire vengeance de leurs ministre et frères, ruant à grands coups de pistoUes et autres bastons sur ceux qu'ilz trouvèrent

1561 encores par les rues, sans s'enquérir qui ne quoy. Mais il» n'allèrent loing sans esire chargez et mis par terre de dessus leurs cbevaux, et il ne leur fut faict pardon, non plus qu'au prédicant. Il gascon , à demy mort, fiit prÎDS par les enfans dudit Sens après qu'il fîit abattu de dessus son cheTal , auquel meirent une corde en ung de ses pieds et jambes et te traisnèrent par les rues de carrefour «n carrefour, faisant le ban et cry, en disafnt: t Gardez bien vos pourceaux, nous tenons te porcher, > Et à chascnn carrefour faisoient du feu de feurre sur son corps pour le bru^ler. Hz appelloient ledit capitaine le porcher, et les buguenotz de SeM les pourceaux, d'aultant que leur prescbe estoit dans le marché aux pouroeaux. Ilz enfans, après avoir bien traisné et pourmené ledit capitaine par les nies<» Tallèrent jetter avec ses aultres pourceaux en la rivière d'Yonne, Ce pendant la nuîct vint, qui imposa silence à la fureur, et au lendemain, en la ville de Sens ne se trouva homme, tant fust-il audacieux ni hardy, qui s'osast présenter par les rues et dire qu'il fust huguenote

* Le massacre de Sens est raconté ici avant celui de Vassy, mais en réalité il n'eut lieu qu'après , au milieu d*avril 1 56a. D'après un pamphlet du temps (Mém» de Condé^ t III, p. 187), il dura deux jours; selon d'autres écrits contemporains , il se prolongea pendant quatre et même pendant neuf jours (/&iU p. À33 et 36o). De Thou en a dit quelques mots dans son Histoii% univergeJle, liv. XXIX. On crut que le cardinal de GuUe , alors archevêque de Sens , en avait été informé ; quelques personnes Timputèrent au maréchal de Saint-André, qui résidait alors à son château de Vallery. Voici ce qu'on lit dans une lettre des ministres protestants du /i mai i56a {Mém, de Condé, l. IIl, p. ^33) : • La cruauté com mise a Sens a esté telle, que quatre jours entiers ont esté consumez à meurtrir et massacrer tant hommes, femmes, que petits enfans ; le mass^acre ayant esté si grand et

horrible , que encores maintenant à Paris , distant de Sens environ vingt lîeucs, on voit en grand nombre les corps mortz je* tez au rivage de Seine par les floti d'îcelle^ comme s^ilz requéroient sépulture , ou reprochoient aux Guisars leur cruaulté * ou reprochoient plus tost vengeance de Bieu et des hommes, on senioient plus tost une punition de Dieu et des homme s ^ > — «Ou sont, est-il dit dans une rem on strance au roy sur le faict des idoles abattues ^t dejetées hors des tenipleiï [Mém. de Condé, t. III, p. 36o) , où sont Jes maisons forcées, rompues, brisées, saccagées et bruslées ? Que deviendront les entreprinses de couper la gorge en une nuict à tous les chrestiens ? Où sont les meurtres , les boucheries des hommes passez au fil de Tespée par Tespace de neuf jours en la ville de Sens; voire jusques à fendre et ouvrir les femmes grosses pleines dévie ? Quel s noms

Les buguenotz qui escbappèrent de laditte sédition furent fort diligens de s'aller plaindre aux gouverneurs, lesguelz ne furent paresseux de discerner une commission et img commissaire huguenot, (pii, pour lors estoit le prévost de llioste), pour informer contre les ha* bitans dudit Sens, en intention de les bien chastier. Mais lesditz habitans furent si bien instruietz de leur faict, que oncques ne îui possible de sçavoir à qui s^en prendre , ne qui avoient esté ceux qui avoient commencé la sédition sur lesditz hugueiK)ta( estans à leur presche. Bien fut prouvé qu'ilz buguenotz avoient les premiers provoqué les catholiques, en les troublant et injurieusement poulsant, pendant qu'ils estoient en leur procession; et aultre chose n'en fut, combien que du costé des catholicques fut par lesditz buguenotz accusé un jeune advocat nommé Brasart , contre lequel fut infof mé et faict quelque petite poursuitte qui ne fut suffisante pour le convaincre du faiet. Toutesfois, pour éviter la fureur de justice, il se destouma pour quelque temps, jusques à ce qu il fust rendu certain que aulcun domage ne luy en adviendrait, joinct aussy que les buguenotz restant audit Sens demeurèrent si foibles de biens et de nombre quilz n osèrent en faire poursuitte davantage, de crainte quon ne recommançast de jour ou de nuict à se jetter siu: eux pour les envoyer nager en la rivière d'Yonne après les aultres, et oncques depuis n'y eust presche public de prédicans audit Sens.

En la ville de Troye en Champaigne y eut sédition grande pareillement entre les catholicques et buguenotz héréticques, où lesditz buguenotz eurent du pire, et print bien à l'évesque dudit lieu, nommé

donnerons*nou8 à tels lions, à tels barbares, à ces tigres altérés du sang des chrestiens? Vous en avez beu, bestes brutes, à pldn hanap, et toutesfoîs vostre soif na point esté estanchée, tant une ardeur perpétuelle vous cuit, vous brusle et vous consomme. Que vous restoit-il davantage, bourreaux, sinon que vous repaistre de leurs corps, et manger leur

chair ainsy (pie vous en avezbeu le san^ ? ■ — Lettre du prince de Condé à la reine mère sur le massacre des huguenots fiiit à Sens. i56a, avril 19. (Mém. de Conié, 1743, t m, p. 3oo.) — Arrêt du parlement de Paris , qui nomme trois commissaires pour informer de la sédition arrivée en la ville de Sens. i56a , avril a 1 . (Wm, de Condé, t. III, p. 3i5.]

1561. le seigneur de Meiphe, de se saulver, combien qu'il fust parent de la royne mère, gouvernante du royaume avec le roy de Navarre. Depuis il n'osa se tenir en ladite ville de Troye de peur d'estre saccagé , et il fut contrainct de se desfaire dudit évesché de Troye, et de le résigner à ung aultre, qui ne fut loué du monde, ayant accepté ledit évesché par la résignation dudit de Meiphe, et eurent plusieurs personnes ceste opinion qu'il l'a voit achepté à beaux deniers comtans/ ToutefFois, il se comporta si bien en sa charge, qu'à la fin fut accepté. Iceiuy de Meiphe, d'évesque devint prédicant et ministre des huguenotE de Paris, quelques deux ou trois ans après, ayant dressé sa sinagogue, qu'ilz appelloient église, à Brie-Comte-Robert, à six lieues dudit Paris.

Il ne failli icy laisser en silence ce qui advint audit Troye eu Champaigne en ceste année sur la fin du mois d'aoust, et les miracles et merveilles supematurelles que Dieu le créateur voulut monstrer en laditte ville pour la confirmation de sa saincte église catholicque son espouse et pour la réduction des huguenotz et desvoyez d*iceile, qui oculaire ment furent veuz et cognuz de tous les habitans d'i celle ville et de plus de quatre milles personnes, estrangers et forains non résidans en icelle, tant catholicques que huguenotz. Ces miracles furent faictz par la vertu de Dieu au signe de la croix qui est dressée en iceiie ville au mitan de la grand' rue que vulgairement on appelle la belle croix, et qui aultres fois fut là érigée en l'honneur de Dieu, pour mémoire perpétuelle du feu qui, faruslantla ville de Troye au temps des boutefeux, cessa au lieu où est laditte croix, assez près de l'église mons. S' Jehan. Cette croix est faicte à pilliers de cuyvre, comme columnes d'église, et au-dessus d'elle il y a ung chapiteau faict en forme de pavillon, qui jette l'eau de costé et d'aultre, lequel pavillon est soustenu de huict ou dix pilliers de cuyvre , chose fort bien faicte et de riches estouffes. En la croix fut veu ung changement de couleur par plusieurs et diverses fois; tantost elle laissa sa couleur naturelle pour prendre une couleur de feu ardent, une aultre fois ceste couleur fut changée en couleur blanche comme neige, tantost

après en couleur perse et inde, ung aultre jour d'après en une aultre 1561. couleur. Ces changements eurent lieu aussi sur les pilliers d'alentour, lesquelz souvent on oyoit clacquer, comme s'ilz eussent esté dans le feu; oultre ce, rendoient Téau de toutes parts à grosses gouttes qu'on eust bien recueilly et amassé en ung aysement avec une plume , et fut certains jours et nuictz en cest estât. Le peuple de la ville, voyant ceste merveille, crièrent à Dieu miséricorde, et furent faictes processions généralles audit lieu; et pour monstrer ceste merveille estre de Dieu, plusieurs malades et impotens de leurs membres, après avoir là faictleur dévotion et prières en ferme foy, s'en retournèrent sains et guéris de leiu*s maladies. Telz y furent à potences avec toute difficulté, qui s'en retournèrent sans baston et à leur ayse; aultres, fébricitans de toutes sortes de fiebvres, s'en retournèrent en santé. Et davantage me lut fidellement certifié que des muetz et aveugles recouvrèrent là l'usage de parler et de veoir clair, et dura ceste merveille de Dieu en laditte croix quelques trois sepmaines ou ung moys pour le plus. Plusieurs huguenotz, tant de laditte ville de Troye que d'aidtres lieux, furent fort esbranlezpour délaisser leur huguenauderie et se réduire à l'église catholicque, et de faict plusieurs entièrement la quittèrent, après avoir certainement veu ce n'estre faict par artifice ni incantation d'hommes ni par vaudoisie , comme ilz pensoient. Les obstinez huguenotz héréticques demeurèrent en leur perfidie, et ne voulurent pour ce se convertir.

Par rinfluence d'une épine de la couronne du Christ, des malades sont guéris, des enfants morts ressuscitent, en i557 et pendant les années suivantes, au village de la Sainte -Épine, entre Tonnerre et Saint -Florentin. Les miracles cessent par la mauvaise conduite des habitants et des ecclésiastiques du lieu.

Dedans les villes d'Orléans, d'Auxerre, de Rouen et aultres villes par la France y eut grandes séditions et saccagemens de huguenotz et de catholicques les ungs sur les aultres; mais tousjours advenoit que les huguenotz avoient du pire, pour n'estre les plus fortz ni en assez grand nombre, et tousjours s'eslevoient lesdittes séditions par

1561. Torgaeil, Faudace et les mocqueries d'iceux huguenoU enveis lesdîu catholicques. Entre les plus grandes fut celle qui advint en la ville de Montargis entre les buguenotz et les catholicques d'icelle, qut se frottèrent les aureilles au contentement de ceux qui y receurent le plus de mal. Geste sédition fut esroeue par Tentreprinse de M^*" Renée, fille du feu roy Louys douziesme, princesse du sang royal de France , vefve de mons. le duc de Ferrare \ et nière de M*^ Anne d'Est, femme de mons. de Guise. Icelle dame Renée estoit huguenotte il y avoit plus de trente ans et de longtemps avant le trespas dudit duc de Ferrare son mary. Elle estoit maistresse par droici liéréditaire en manière d'apanage ou aultrement de laditte ville et duché de Montargis, à cause de son père le feu roy Louys douziesme.

Laditte dame de Ferrare estant revenue d'Ytalie demeurer en France après le trespas de son mary, avoit quant et elle amené ses prédicans et ministres, qui taschèrent, souhz son auctorité, de renverser en laditte ville de Montargis l'église catholicque et de tirer chascim comme par contraincte à la huguenoticque. Pour cela ik attentèrent plusieurs fois d'aller faire leur presche dans F église qui est assez près du chasteau de laditte dame, lorsqu'il falloit chanter la grande messe aux festes et aux dimanches; elle-mesme auctorisoit cette entreprise, en allant audit presche. Les cathohcques de laditte ville portèrent plaincte auprès d'elle, et fort doulcement la

^ Renée de France, deuxième fille de Louis XII, née à Blois le a5 octobre i5io, fut mariée à Hercule d^Elst, duc de Ferrare. Elle était instruite dans les langues , dans rhistoire, les mathématiques. Tastrologie et la théologie. Calvin trouva chez elle un refuge, et elle eut Marot pour secrétaire. Convertie aux doctrines protestantes, eHe se retira en France après la mort de son mari, et de son château de Montâtes protégea les réformés ; elle s'employa pour le prince de Condé , lorsqu'il fut mis en prison. Elle mourut à Montargis

le 13 juin 1575. On trouve dans Ïr collection Béthune , à la Bibliothèque impémie , de nombreuses lettres de In duchesse de Ferrare et des pièces qui se rapportent a cette dame. (Voy. les vol. 8633, p. 5o; 8643, p. 81; 8691, p. là et 3oî 8708; 8721, p. 106 et 121 ; 8722, p. 44; 8736. p. 82; 8731-8733, p. 49; 8734, p* 38 et 84; 8737, p. 7, 61 et suiv.; 8738, p 55i ; 8739; 8744, p. 5 et 120; 8745, p 91; 8746, p. 1; 8769, p. 87; 885o, p. 4o; 8856, p. 10; 8925. — Voy. aussi dans la même biblioth. Supplém. franc. 2732^ 1^

prièrent que son plaisir feust de ne les troubler ni faire troubler en 1561 telz jours en la célébration du service de Die«« aucpiel ilz, à Tiniitation de leurs pères, vouloient assister selon ce qu'îlz estoient tenus de faire «t avoient dès leur jeunesse esté enseignez. Laditte dame, après les avoir assez patiemment ouys, leur feit bonne response, jusques à leur promettre qu'elle ne les empescheroit plus ni £aroit empescber; elle defiendit qu'on allast désonnais faire le prescbe es temples et églises dudit Montai^is, et elle ordonna qu on le feist en son cbasteau. Les catholicques de la ville s'en retournèrent bien contens de laditte dame et delà response qu'elle leur a voit faicte; mais, si tost qu'ilz furent partis d'avec elle, ses prédicans et maistre d'o&tel luy persuadèrent du contraire, en luy disant qu'elle ne debvoit obéir à ses subjetz, mais que c'estoit k faire à eux »ibjeotz d'obéir à elle, et partant luy démonstrèrent qu'ilz .ne debvoient cessea: d'aller faire leurdit prescbe esdittes églises. De sorte qu'au dimanche d'après ilz huguenotz et prédicans retournèrent en laditte église à l'beure du divin service, pour y faire le prescbe seulz sans laditte dame, qui, ce jour-là, feignit d'estre mal disposée et dict qu'elle ne vouloit sortir de son cbasteau. Les catbolicques, voyant le prédicant vouloir entrer en chaise pour faire son prescbe, le requirent de se déporter, suyvant la promesse que leur dame leur avoit faict, lequel n'en voulut rien faire. Quoy voyant, ilz catbolicques £eirent chanter leurs prebstres, affîn d'empescher ledit prédicant, et à ce moment les buguenotz du cbasteau et de la ville commencèrent à menacer et à oultrager les catbolicques et à les provocquer au combat. Dieu sçait quelle messe et quel prescbe il y eut pour ce jour audit Montargis. Le sacrifice de ce jour-là fut de se tuer, meurtrir et saccager les ungs les aultres, combien que le nombre des mortz des deux parts ne fût si grand que le combat et la noise avoient esté violens. Les buguenotz gagnèrent leur vie saulve pour s'estre retirez de bonne heure dans le cbasteau, sans laquelle retraicte n'en eust échappé ung seul. Ilz fîirent poursuyvis jusques aux portes dudit cbasteau, et là tenus assiégez qu'ilz n'eussent osé sortir toute la journée.

i56J , Ladiltc dame, indignée de ce ^ par le conseil de ses gens, suscita peu de jours après une plus grande sédition en laditte viUe, en voulant usurper et prendre par force le cymetière de la ville , pour l'eTiclore dans les pourpris de son cbasteau, le profaner à usage commung, y faire des jardins ou bastimens et en fourbanir les habitans. Elle meist un grand nombre d^bommes en besongne, tant massons que aultres manouvriers, pour avoir plus tost faict son entre pri ose qu'on ne les aiu^oit empeschez. Ce que ne voulurent endurer les habitans de laditte ville, lesquelz allèrent amîablement parler à elle pour la prier de se déporter; mais elle ne le voulut faire, estant encores furibonde de la sédition devant faicte^ de laquelle elle taschoit à en faire justice sur les calhoilcques , sans pouvoir y parvenir faulle de bonne preuve, joinct aussi que fédit de janvier, falct en faveur des huguenotz, ne permeltoit ains deffendoit de prendre les églises et temples des catbolicques, et de troubler ceux-ci en la célébration du divlo service. Les habitans dudit Montargis^ voyant que laditte dame ne se vouloit déporter de soù entreprinse, résolurent de Tempescher, en rompant et gastant tout ce que ses ouvriers feroient, ce qu*ik feirent* Les ouvriers, se voyant empeschez en leur ouvrage, le dénoncèrent à leur dame, qui les renvoya à leur besongne et feit armer ses gens pour ies aller garder et faire besongner. Ceux de la ville ^ voyant les huguenotz armez pour garder et faire besongner les ouvriers, s'ar- nièrent quant et quant pour les empescber, et Us se ruèrent à grands coups les ungs sur les aultres. Et fut la mesiée plus grande qu'en la première sédition, et y eut des morts de part et d\iultre, et tant feirent les catholicques qu'ilz furent les maistres et recbassèrent les buguenotz et ouvriers, et rompirent tout ce qui estoit faict; à j)eu tlntqu'iU ne rompissent le chasteau et tout, ce qu ilz eussent faict s'ilz y eussent sceu mettre le feu. Desquelles première et seconde séditions furent advertls les gouverneurs de France et du roy, qui envoyèrent des commissaires buguenolz audit Montargis pour en informer et pourcbastier ies catbolicques qu'on appelloit séditieuit, fust qn^ilz eussent tort ou qu'iiz eussent droict. Lesquels commissaires, estant audit Mon-

targis, sans auitre information que Taccusation que leur firent les 1561. huguenotz restez desdittes séditions, emprisonnèrent une vingtaine de cathoiicques pour ie moings, tant de ceux qui avoient esté auxdictes séditions que de ceux qui n'y avoient esté, contre lesqueiz fut poursuyvi tout chaudement. La pluspart furent pendus et estranglez à la colère, et en eust-on pendu davantage, n'eust esté le recours que eurent les habitans à mons. de Guise et à messieurs de la court de parlement, qui en voulurent prendre cognoissance , afiin que tort ne fust faict à l'innocent. Les huguenotz, voyant que la court de parlement s'estoit saisie'de la cause, et qu'ilz ne pouvoient plus rien faire de leurs commissaires, laissèrent le tout là et se contentèrent de la justice qu'ilz en avoient faict, et oncques depuis n'en fut paiié; qui fut mort demeura mort, tant ceux qui furent tuez aux séditions que ceux qui furent exécutez par justice. Plusieurs habitans dudit Montargis, qui s'estoient absentez depuis les séditions pour éviter la fureur des huguenotz et de leurs commissaires, s'en retournèrent en leurs maisons, où ilz ont depuis vescu paisiblement. Procès fut faict de l'entreprinse et usurpation dudit cymetière entre les habitans et madame Renée, où fut dict que laditte dame récompenseroit lesditz habitans et achepteroit de ses deniers une terre et place propre pour leur faire ung cymetière qu'elle feroit bénistre à ses despens, et la cause hors, sans fraiz ensemble de tout ce qui s'en estoit ensuyvi. Je ne me suis depuis informé si laditte dame avoit prins ledit cymetière et en avoit achepté ung auitre ou non. Je veis trois hommes dudit Montargis, qui, à la suitte desdittes séditions, s'estoient retirez à Provins es maisons de leiu:s parens, duquel Provins ilz estoient natifz, mais mariez et habitans audit Montargis.

A cause de tant de séditions et émotions populaires que avoient esmeu Tédit de janvier et aultres de liberté de conscience pour le faict de la religion par toute la France , plaintes infinies se rapportoient de toutes partz aux princes et gouverneurs, qui moult se trouvèrent empeschez pour y mettre ordre.

Les protestants qui prennent part aux troubles sont favorisés à la cour et

1561. obtiennent des juges rimpunité; les catholiques sont traités au contraire avec une rigueur excessive. Ds adressent leurs plaintes aux princes de la maison de Lorraine et se confient spécialement en Tappui du duc de Guise.

Moas. de Guise « voyant tant de plaintes par chaseun jour aller à soy de la part des catholicquest escrivit au roy et aux gouverneurs qu ilz entendissent aux affaires du royaume « pour trouver le moyen d'apaiser le peuple de France et de faire cesser les séditions et émotions populaires, qui en brief temps tireroient le royaume en grande misère, si ny estoit remédié; que le remède qui luy sembloit le plus convenable pour ce faire estoit de toUir les presches des huguenotz et de renvoyer les prédicans à Genesve, et du tout interdire l'exercice de la prétendue religion réformée , et qu'en ce faisant les citoiens des villes n auroient plus d'argument de s'attaquer les ungs les aultres , n'y ayant plus que la religion ancienne receue et approuvée depuis mil cinq cens ans et plus. Davantage escrivit une lettre au roy jeune enfant, et trouva le moyen de la luy faire tenir, comme aussi il feit à la royne sa mère et au seigneur connestable; par lesquelles il leiu* donna advertissement de la rébellion qu'on monopoloit contre leur estât es assemblées et presches des huguenots, iani dedans le royaume que dehors, affin qu'ilz s'en donnassent garde, et qu'ils^ vueillassent de peur d'estre surprins, les assurant que , dès le commencement de Tannée prochaine et sitost que la feste de Pasques seroit passée , la résolution estoit prinse par les huguenots , chefz et protecteurs d'iceux de se mettre aux champs les armes au poing, après qu'ilz se seroient saisis de plusieurs villes avec lesquelles iiz faj soient practicques et avec les principaux habitans desquelles ils avoient intelligence.

Le roy, la royne mère et mons. le connestable, ayant receu les lettres dudit sieiu* de Guise, pour la première fois n'en tinrent aultre compte et ne luy firent aulcune response. Ce que ledit seigneur ne voulut prendre à injure. Fault noter (pie pour lors il s'estoit retiré en sa maison de Joinville en Lorraine avec sa mère, et avoit abandonné le roy et la court depuis le collocque de Poissy, quand il veil la

liberté donnée aux prédicans et aux huguenots , et durant le temps qu'il 1 56 1 . estoit en Lorraine, avoit, comme aussi son frère mons. le cardinal de Lorraine, gens atiltres pensionnaires et à gages es Ailemaignes, où praticquoient fort les huguenotz de France, pour estre soustemiz et deffenduz, secounu et aydez en la rébellion qu'ilz méditoient contre le roy et le royaume. Ilz avoient semblablement» es maisons des plus grands huguenotz de France, hommes qui se trouvoient es assemblées publicques et secrettes, mesmement es délibérations et résolutions qui s'entreprennoient contre le roy et le royaume dans les assemblées hugnenoticques, lesquelz du tout fidellement les advertissoient. Et ne plaignoient lesditz sieurs de Guise or ni argent pour entretenir telz hommes, et si leur estoient si fidelles que jamais ne les voulurent accuser ni nommer, par ce qu^ilz en avoient à faire plus d'une fois. Par le moyen desquelz hommes ledit sieur de Guise fut rendu certain de la conspiration faicte par les séditieux huguenotz de France et de la rébellion qu'ilz mettoient sus contre la personne du roy pour le prendre prisonnier. Qui fut cause que ledit seigneur renvoya encores lettres et messages au roy et aux gouverneurs, qui estoient lors à Fontenay-lez-Meaux, qu'ilz eussent' à se donner garde. Il escrivit pareillement une lettre à messieurs de Paris, qu'ilz eussent à se donner garde d'estre surprins par les huguenotz, dont la délibération estoit de surprendre leur ville, pour la saccager et piller, et d'y tenir le roy prisonnier, après s'estre saisis de sa personne pour mieux jouer leur roUct par toute la France. Cette nouvelle espouvanta fort les Parisiens, lesquelz, par leur prudence et par l'advertissement dudit seigneur, s'apperoevant bien du danger où ilz estoient, se dcmnèrent garde subtillement, et de tout ce qu'ilz purent descouvrir du faict des huguenotz et aultres choses en advertirent par chascun jour ledit seigneur, qu'ilz prièrent estre leur protecteur et du royaume.

La royne mère, le roy de Navarre et mons. le connestable, ayans receu lettres dudit sieur de Guise pour la seconde fois, tindrent conseil ensemble de ce qui estoit bon à faire. Depuis les premières lettres dudit sieur de Guise, la royne mère avoit baillé charge à ses gens de

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1561 . descouvrir de toutes parts, pour sçavoir s'il estoit quelque nouvelle de ce que luy avoit escript et au roy ledit sieur de Guise , et fut descouvert quelque chose « mais non si perfectement que ledit sieur de Guise avoit mandé; alors laditte dame entra en soubçon contre le prince de Condé, quon voyoit avoir esté, comme encores estoit, protecteur des huguenotz de France, et elle ne se peut garder d'en descouvrir sa pensée au roy de Navarre, qui feit semblant qu'il ne sçavoit que c'estoit. Il tascha à persuader à laditte dame et au connestabie qu il n'en estoit rien et qu'il en parleroit à son frère ledit sieur de Condé, ce que n'eust pas voidu la royne mère, car elle craignoit que les deux frères joinctz ensemble ne s'emparassent de la couronne de France et que par eux elle et ses enfans ne fussent expulsez hors du royaume. Pour auquel danger éviter, elle manda audit sieur de Guise quil allast vers elle et le roy son hlz, pour de bouche leur faire entendre ce qu'il leur avoit mandé par escript, et de ce faire luy en escrivit le roy.

Mons. de Guise, estant party de sa maison de Joinville et allant au mandement du roy et de la royne sa mère, avec son train, sa femme et aulcun de ses enfans, passa au bourg de Vassy en Lorraine, où il veit hors laditte ville de Vassy une grande multitude et turbe de peuple assemblez ensemble, hommes et femmes, tous chantans à haulte voix et menant grand bruict. Ignorant que c'estoient les huguenote qui estoient là réunis, il envoya ung de ses hommes sçavoir que signifiioit ceste tumultueuse assemblée, et, après avoir parlé à quelques uns d'entre eux qui luy dirent que c'estoient les huguenotz qui estoient à leur presche, le messager s'en retourna pourter la novelle V. audit sieur de Guise, qui n'etf tint pour lors aultre compte que de faire tousjours cheminer son train. Les huguenotz, sçacbans que c'estoit mons. de Guise qui avoit envoyé vers eux pour les descouvrir et connoître qui ilz estoient, prindrent grand soubçon sur luy, et estimans qu'il leur volust courre sus, impacientez qu'ilz furent , après avoir cessé leurs chansons et leur presche, ilz s'armèrent de pierres pour assaillir ledit seigneur et son train, et luy faire prendre la fuitte, ou

le tuer, s'ilz le pouvoient joindre. Or falloit-il que ledit seigneur et 1561. tout son train passassent par auprès et tout joignant lesditz huguenotz, pour ce que leur assemblée estoit tout sur le chemin, et ne se pouvoit ledit seigneur destoiurner par aultre lieu , parquoy luy estoit force de passer par là. Ilz huguenotz furent si orgeuilleux qu'ilz ne daignèrent desplacer de là pour la venue dudit seigneur, mais, l'attendant de pied quoy, chargèrent à grands coups de pierre sur les hommes qui cheminoient les premiers, ayans jà frappé et battu plusieurs de ses lacquetz qui estoient passez devant. Ces premiers hommes qui par iceux huguenotz furent assaillis rebroussèrent chemin droict à leur maistre ledit sieur de Guise, poiu* Tadvertir de se tenir en garde desditz huguenotz, et luy récitèrent ce quilz leur ayoient faict et l'équipage auquel ilz estoient. Ce que bien ayant entendu, ledit sieur de Guise résolut qu'il falloit passer, deffendant à ses gens de ne rien faire ne dire auxditz huguenotz, moyennant qu'ilz huguenotz ne leur fissent ne dissent rien, et pour estre en meilleure seureté, ledit seigneur feit alte pour attendre tous ses gens et cheminer en trouppe, aflBn que nul d'eux n'eust mal et qu'ilz n'en fissent poinct auxditz huguenotz.

Ceux-ci, voyant M. de Guise attendre ses gens pour les ranger en troupe, pensèrent que ce feust pour les assailfir, et sans avoir aulcune patience, fichèrent le pied, en intention de ne desplacer, de contraindre ledit sieur à retotu'ner d'où il venoit, ou de luy faire prendre le galop à travers champs et suivre ung aultre chemin. Il sieur de Guise, voyant ceste turbe mutinée, pour éviter toute sédition, marcha le premier droict à eux sans armes, pour les desmouvoir de leur entreprinse; lesquelz, pour paroUe ne signe d'assurance qu'il leur donnast et dist, ne se voulurent désister de leur dessein, et, sans le vouloir escouter, chargèrent sur luy à grands coups de pierre, trois desquelles tombèrent sur sa teste et sur son corps , jusques à faire tomber par terre son chappeau, et eut ledit seigneur assez de peine à se garder d'estre par eux accablé. Il seigneur entra en grande coUère de ceste injure, et ne la put pour sa grandeur porter paciemment. Parquoy se minst

1561. et ses gens en deffense contre iesditz huguenotz, qu'il chti^ea si ru-dement qu'ils ne sçavoient où se saulxer, et en fut tué ung grand nombre; et en eust^n tué davantage, si ledit seigneur neust faict arrester ses gens, parcequ'il craignoit que les huguenots ne se jettassent à sa femme, qui estoit fort grosse d'enfant et quasi sur son terme d'acoucber. Toutesfois la sédition (ut si grande que de part et d aultre en fut tué bien le nombre de deux cens, desquelz peu y en eut de la part dudit sieur de Guise ^

Les huguenotz qui eschappèrent de laditte sédition furent bien test

à la court du roy, pour se plaindre de Toutrage que ledict seigneur

' « Descrîpcion du saccagement exercé lesqudles la grande chambre est commise

cruellement par le duc de Guise et sa cohorte en la ville de Vassy, le i" jour de mars 1 56i . Caens, 1 56a. » [Arch. carieiues de l'hist. de France, t. IV, i" série, p. io3.) — t Relation de f occision du duc de Guyse, exécutée à Vassy en Champagne, composée par un huguenot.» (Mém, de Condé, l. ni, p. 111.) — t Discours au vray et en abrégé de ce qui est dernièrement advenu à Vassy, y passant M' le duc de Guyse. B [Ihid, p. ii5, et Arch, curieuses, t IV, p. 111.) — t Mémoire dressé par un huguenot au sujet du tumulte de Vassy. b {Mém. de Qmdé, t. lU, p. lai.) — «Discours entier de la persécution et cruauté exercée en la ville de Vassy par le duc de Guise, le i "de mars. ■ {Ihid. p. i a4, et Arch, curieuses, t. IV, p. i23.) — «Lettre d'un huguenot de Paris. • ( Mém, de Condé, t. III , p..aao.) — « G>urt récit en latin du mas« sacre de Vassy. > (Bibl. imp. Coll. Dupuy, vol. 333.) — Lettres patentes qui commettent la grande chambre du parlement de Paris pour connaître des désordres et excès faits à Vassy. i56a, a a avriL {Mém, de Condé, t. III, p. 3i6.) — Arrêt du parlement de Paris, portant enregistrement des lettres patentes du a a de cemois, par

pour oonaaitre des désordres et excès fiûis à Vassy le premier de mars i56i. {Mém. de Condé, t. III, p. 354.) — Discours foits dans le parlement de Paris par le duc de Guiae et ie connélaUe de MontmcM'ency, sur Tenregistrement de la déclaration do 1 1 d'avril i56a sur le tumulte de Vassy et sur ce qui est arrivé depuis. {Mém, de Condé, t. in, p. a 73, eXArch, curieuses de l'hist, de France, i'* série, t. IV, p. iSg.) — Arrêt du parlement de Paris qui ordonne que les informations faites sur le tumulte arrivé à Vassy seront continuées, et qui déclare que dans celles qui ont été faites le duc de Guise n'est point chargé des excès qui y ont été commis ; et qu'en cas qu^il n'y ait point charge contre lui dans les nouvelles informations qui seront faites, elles le dédarent dès maintenant absous et innocent de tout ce qui est arrivé à Vassy. i563, la et i3 février. {Mém, de Condé, t. IV, p. a3o.) — Voy. aussi de Thou, L XXIX; Théod. de Bèie, 1 IV.

p. 731-736; Caslelnau, L III, ch. vu, p. 8 1 ; et Le Laboureur, 1. 1 , p. 760 ; Brantôme, t. III, p. aai; d'Aubigné, 1. III, ch. I, p. i3o; Davila, 1. III, p. 86.

avoit faict sur leur église, car ils apelloient leur assemblée église, la* 1561. quelle il avoit aultant que ruynée; et tant sceurent bien discourir et faire leur faict bon que ledit sieur de Guise se trouva fort empes-* ché, quand il fut arrivé à la court, tant les gouverneurs, la royne mère, le roy de Navarre et le prince de Condé estoient animez contre luy; et à peu tint qu'Uz ne Femprisonnassent,. partye à cause de laditte sédition, Taultre partye pour les nouvelles qu'il avoit oiandé au roy et à eux gouverneurs, quilz jugeoîent et pensoient estre mocqueries, combien que le roy de Navarre et le prince de Condé sçavoient bien qu'elles contenoient vérité, maia furent marris de leur secret découvert. Ledit sieur de Guise fut contrainct de prendre quelques compagnies pour le guider avec son train jusques à la court, de peur de trouver embusche par les chemins. Estant arrivé à la court, il fut fort mal carressé par les gouverneurs et par mons. le prince de Condé, lesquels luy firent assez entendre le malcont^>* tement qu'ilz avoient de luy et ne se purent garder de Tappeller sédi^ tieux, comme ik appelloient tous les catholicques de France, et de luy dire qu il s'en repenttroit. Hz gouverneurs , par leur faux baillé à entendre, l'avoient mesmement mis en la malegrace du roy, qui luy feit d'entrée assez petit accueil.

Il de Guise, estant bien adverty de son faict, feit entièrement le discours de la sédition au roy et auxditz gouverneurs , et montra par escript le procès-verbal qu'il avoit faict faire par les gens de la justice dudit Vassy, et par lequel apparroissoit lesditz huguenotz l'avoir as* saiUy sans qu'il leur en eut donné l'occasion; avec ce il leur montra les marques en son corps de coups qu'iiz luy avotent donné. Le roy, a|M*ès avoir ouy ledit seigneur en son excuse, n'en fit c[ue rire et luy pourta bonne amytié; les gouverneurs non. Mais*, comme ilz persis* toient de plus en plus dans leur accusation de sédition et leurs menaces, il leur fit response qu'il n'estoit besoin de tant de paroUes pour des cocquins séditieux qui troubloient le royaume et le repos public, et que justice régnoit pour en avoir sa raison et s'en purger publicquement avec honneur. Ce qui luy fut commandé de fiiire , sous peine

1561. d'estre rebelle et contredisant aux édictz du roy, et plus ne le vouluton escouter; et pour ce se partit de la court ledit seigneur, qui s'alla rendre à Paris » pour conférer avec les Parisiens du moyen de conserver leurs ville, corps et biens, suyvantles advertissemens qu'ilz avoient donné les ungs aux aultres.

Ledit seigneur fut fort bien receu audit Paris, et estant logé en son hostel en la rue du Temple, fut à Tinstant carressé et salué de messieurs les procureurs, échevins, prévost des marchans et sieurs du parlement de Paris; et, après les salutz donnez, ad visèrent lesditz sieurs du moyen de saulver la ville de Paris d'estre pillée , saisie et saccagée par les huguenotz, qui pour ce faire arrivoient et se logeoient dung jour à Taultre en icelle, et y avoit jà grand nombre qui n'atten* doient que Tbeure et le jour qu'on leur donnast le mot du guet. La résolution de leur conseil fut que chascun d'eux se debvoit donner de garde d'estre surprins, qu'ilz ne debvoient plaindre or ni argent pour gangner des hommes à eux loyaux et fidelles, qui leur donneroient advertissement de toutes entreprinses qu'ilz huguenotz prétendoient de faire, et que par ce moyen estant advertis d'ung jour à l'aultre des buguenoticques entreprinses, en moings de vingt-quatre heiures on pourroit remédier au danger futur jà préparé. Le ducpromist aux sieurs de Paris qu'il s'emploieroit vie , corps et biens pour les secourir et le royaume contre lesditz huguenotz, et, après avoir prins congé les ungs des aultres, il partit de la ville de Paris, et s'en retourna en sa maison à Joinville en Lorraine. Ce pendant les huguenotz poursuivoient contre luy au privé conseil du roy poiu* avoir raison du massacre dudit Vassy, et empeschèrent fort ledit sieur de Guise; et fut telle heure qu'ilz huguenotz s'attendoient à le faire déclarer séditieux et crimineux de lèze majesté, mesmement à le faire mourir et exécuter par justice. Ce que bien sçachant, ledit sieur de Guise eut recours à Dieu et aux hommes, et poiu* ce fit préparer à son commandement quinze cens honunes bien armez et équipez poiur le secourir et deflPendre quand il en seroit besoing, lesquelz luy firent tous le serment de fidélité et promirent de mourir pour la deffense de l'élise catho^

licque et de luy , quant il en seroit besoing. Cependant ledit seigneur 1561. descouvroit tousjours tout ce qui se faisoit par les huguenotz contre luy, contre le roy et le repos public, comme aussi faisoient messieurs de Paris y qui estoient en ung grand espoventement, pour la multitude des huguenotz qui se retiroient en ]eur ville, et les tenoient en une si grande subjection qu'ilz Parisiens n eussent osé lever Toeil ni rien dire contre eux; et ne demandoient lesditz huguenotz que d'oppresser lesditz Parisiens, et d'avoir occasion de faire sédition pour saccager laditte ville. Mais en tout lesditz Parisiens furent patiens, suyvant le conseil dudit sieur de Guise, excepté leurs prédicateurs, lesquelz et aultres des catholicques de tout le royaulme ne cessoient à tous leurs sermons de crier contre lesditz huguenotz et de prescher à haulte voix qu'ilz huguenotz ne feroient faulte de s'eslever et en brief contre le roy, le magistrat et contre toute la France , et prédisoient les maux qu'ilz huguenotz practicquoîent de faire aussi sûrement que.s'ilz eussent esté à la détermination de leurs conseils, admonestant tousjours les catholicques des villes de France de se donner sur leurs gardes d'estre surprins desditz huguenotz. Tous lesquelz advertissemens estoient reportés auxditz huguenotz, lesquelz prindrent lesditz prédicateurs et ecclésiasticques en si grande hayne qu'ilz depuis ne cessèrent de procurer leur mort, fust par saccagement, prisons, exécutions de justice et aultrement.

Ilz huguenotz, voyans que les prédicateurs les peignoient si bien de toutes leurs coideurs, obtindrent derechef lettres du roy et des gouverneurs, portans que, sous peine de la vie, ilz prédicateurs, curez et aidtres ecclésiasticques qui enseignoient tant en public qu en particuher, se gardassent d'esmouvoir leurs auditeurs et paroissiens à sédition aidcune pour le faict de la religion ni aultrement, et que, sous les mesmes peines, ilz n'eussent plus aulcunement à parler des huguenotz, ni d'user de ce mot de huguenot, ni de plus nomilier ni parler de Calvin, de Bèze, de Pierre le Martir, de Malo, ni aidtres prédicans, ministres de la prétendue religion réformée, ains qu'ilz eussent à prescher l'Évangile à leurs paroissiens et auditeurs, si bt)n leur

1561. aembloit, sans invectiver contre laditte prétendue religion^ ceux qui la tenoient, ni contre les ministres d'icelle. Et furent lesdittes lettres, en forme de mandement royal, adressées aux juges des villes \ avec commandement à eux de les faire lire, publier et enregistrer en leurs juridicti<His et crier au son de la trompette par les carrefours de leurs villes, et davantage de les faire signifier particulièrement auxditz prédicateurs, curez et vicaires qui enseignoient en public. Ce qtii fut diiigenunent exécuté en sa forme et teneur par lesditz juges huguenotz de toutes les villes, à la poursuite des surveiUans de laditte prétendue religion, tant en la ville de Paris qu'aultres; et par des sergens fut signiffiée aux docteurs et curez de la ville et faculté de Paris, de quelque ordre quMlz fussent, et aultres estans par toutes les villes du royaume, la teneur desdittes lettres, avec commandement à eux dy obéir et de n'y contrevenir aukunement, sous les peines portées en icelles.

Les prédicateurs catholicques, ayans receu ce commandement, furent fort esbays, veu les menaces y contenues, et ne purent aultre mieux faire que de se prosterner avec larmes et gémissemens en dévotes prières et oraisons à Dieu, pour le prier de conserver son église françoise et gallicane et les pasteurs d'icelle et eux aussi, affîn que, parle moyen de son ayde et du Sainct-Esprit, ilz fussent inspirés de ce qu*ilz debvoient dire en leurs sermons qui fust utile à sa4itte église et salutaire aux catholicques d'icelle. Aulcuns desditz prédicateurs semblèrent caler la voiile et cesser de plus si hardiment descouvrir les ruses huguenoticques des héréticques prédicans et de confuter leurs doctrines; mais peu s'en trouva de tels, lesquelz toutesfois ne furent intimidez fort longtemps. Les aultres prédicateurs se confirmèrent en eux-mesmes, par le moyen du Sainct-Esprit qu'ilz avoient invocqué, et se rendirent plus hardis que devant à prescher contre la prétendue religion, les prédicans et huguenotz, et, passant

* L'article 1 1 de la Déclaration du dications d'injures et invectives contre les 17 janvier i56i (i56a) défend à tous ministres et leurs sectateurs. (Isambert, prêcheurs d'user en leurs semions et pré- Rec, des anc. Im franc, t. XIV, p. 1 38. )

plus ouHre, blasphémèrent à haulte voix en leurs sermons les goit* 1561. vemeurs du royaume qpai avoîent donné ledit mandement. Et furent par lesditz prédicateurs^ tant dans la ville de Parie quo par tout le royaume, taxez et mesprisez soubz les noms du roy Acalo et de sa femme, la royne Hyésabel, meurtriers 'et ennemys des prebstres et des prophètes de Dieu en l'Ancien Testament, et protecteurs comme aussi fauteurs de» faux prophètes de Baal, disant jusques à ces motz qu'au royaume de France lesditz Acab et Hyésabel sembloient estre ressuscitez. Et longtemps depuis ne faisoient sermon qu'ilz Acab et Hiésabel et leurs persécutions ne fussent mis par eux en avant, à rencontre de la vraye église et des prophètes, appropriant le temps d'iceux Acab et Hiésabel au temps présent soubz le gOTtvemement des gouverneurs, le roy de Navarre et la royne-mère, lesquek, comme aus^ tous les buguenotz, cuydèreM perdre patience; mais ilz prédicateurs sceurent si proprement dire, quilz n'eussent osé bonnement mettre la main à eux pour leur 'mal faire, combien qu'ilz feirent enlever de nuict ung prédicant de la ville ée Paris et mener à Saint*Germain-en-Laye pour le chastier, ainsi qu'il sera dict incontinent ci-après.

Les hi^enotz de Provins ne firent faulte de publier les lettres et mandement du roy susdicts, et de les faire signifier aux prédicateurs de la ville, et nommément à nostre maistre fi*ère Jehan Barrier, cordélier, docteur en théologie et curé de S^-Croix dodit Provins, qui pour ceste présente année presohoit le karesme au couvent des cordeliers, homme de grande érudition et sçavoir^; lequel, aux commandement et deffensesqui luy furent faictes, ne feit aulcune response qu'il ne feust en chaire pour prescfaer, et apès avoir faict son préam-bule et avant qu'entrer en matière de son sermon, leut au peuple le commandement qu'on luy venoit de faire à l'entrée de la chaire par le mandaient du roy et l'ordonnance àe$ gens du roy, procureur et bailly de la ville , et, après avoir faict ceste lectiure, dist telz motz : « Ores çà, messieiu*s de Provins, que doi&je, et les aultres prédica-

* Voy. plus haut, p, ia3.

1561. teurs de France « faire? Debvons-nous obéyr à ce mandement? Que vous dirons, que prescherons-nous P L'Evangile, dira monsieur le huguenot. — Et déa, dire que Terreur de Calvin, de Martin Luther, de Bèze, Malo, Pierre le Martir et aultres prédicans, avec leur doctrine erronée, maulditte et condempnée de TËglise il y a mille ans, et depuis par les saincts conciles généraux, ne vault rien et qu'elle est dampnable, est-ce point prescher TEvangileP Dire que les héréticques huguenotz de France sont meschans, apostatz d'avoir renoncé la vraye église catholicque pour suyvre Théréticque , est-ce poinct prescher l'Évangile? Dire qu'on se donne garde de leur doctrine, de les escouter, de lire leurs livres; dire qu'ils ne tendent et ne cerchent qu'à faire séditions, meurtres et saccagemens, comme ilz ont commencé à faire en la ville de Paris et aidtres infinis lieux du royaume, est-ce poinct prescher l'Evangile? Ores, quelqu'un me pourra dire :

— Et déa, frère, que dites-vous? vous n'obéissez pas à l'édict du roy, vous parlez encores de Calvin et de ses compaignons, vous les appeliez et ceux qui tiennent leur opinion héréticques et huguenotz; on vous accusera à justice, vous serez mis en prison, et si serez pendu comme séditieux. — Je vous respondrai qu'il est bien possible qu'il sera vray , car Acab et Yésabel ont bien faict mourir les prophètes de Dieu en leur temps, et baillé toute liberté aux faux prophètes de Baal. — Or, frère, vous en dites trop, vous serez pendu.

— Et bien, de par Dieu, ce sera ung moyne cordelier pendu! Il en fauldra donc pendre beaucoup d'aultres, car Dieu, par son Sainct- Esprit, inspirera les pilliers de son Eglise à soustenir jusques à la fin le bastiment, qui ne ruynera jamais jusques à la consommation du monde, quelques coups qu'on leur baille. «

Ce dict, recommanda aux prières du peuple l'église catholicque, la personne du roy et les gouverneurs, que Dieu les conservast et inspirast à faire chose qui fust à l'honneur de Dieu et au prouffit de la républicque, puis poursuyvit son sermon, qui ne fut d'aultre chose que de confuter par le tesmoignage de la Saincte Escripture les erreurs de Luther, Calvin et aultres et les passages de l'Évangile qu'ilz

avoient falsifiez, en descouvrant de plus en plus les ruses auxquelles .1561. tendoient les huguenotz; et oncques ne cessa toute sa vie de ce faire.

Les docteurs de Paris qui preschoient es églises de laditte ville qui estoient de renommée , estoient noz maistres Benedicti ^ séculier, Vigor', aussi séculier, curé de Téglise mons. Sainct-Paul audit Paris, Claude de Sainctes', chanoine régulier, et aultres que je né cognus, auxquelz furent signiffiées lesdittes lettres et commandement à eux faict d'y obéir. Lesquelz n'en voulurent rien faire , ains , comme nous avons dict cy-devant, moult taxèrent les gouverneurs soubz les noms d'Acab et Hyésabel. Et ledit Vigor, passant plus oultre que les aultres, dist à haulte voix à son sermon par exclamation qu'il ne tenoit pas aux gouverneurs du roy et du royatmie que l'Eglise de Jésus-Christ ne feust du tout ruynée et abattue en France, veu la grande diligence ou connivence qu'ilz y prenoient; et que

^ Benedicti (Jean), docteur de Paris, né à Verneuil dans le Perche, en i48A« éditeur d*une Bible annotée, mourut le 19 février 1578.

* Vigor (Simon), docteur de Paris, recteur de T Université, curé de Saint- Germain-le-Vieux , puis de Saint-Paul , prédicateur du roi, archevêque deNarbonne, mourut le 1" novembre 1575. Ses sermons ont été plusieurs fois publiés; la première édition est de 1677. Vigor s'écrie dans une de ses exhortations : cNostre

noblesse ne veut frapper N'est-ce pas

grande cruauté , disent-ils , de tirer le Cousteau contre son oncle, contre son frère? — Viens çÀ I Davantage , lequel t'est plus propre, le frère catholicque et chrestien, ou bien ton frère charnel huguenot ? La conjonction ou affinité spirituelle est bien plus grande que la chamelle, et partant, je dis que, puisque tu ne veux pas frapper contre les huguenots , tu n'as pas de reli-

gion. Aussi, quelque matin Dieu en fera justice et permettra que ceste bastarde noblesse sera accablée par la commune.

Je ne dis pas qu'on le fasse , mais que Dieu le permettra.! (Sermon catholique sar les dimanches et fêtes, édit. de 1687, in- 8*; t. II, p. a 5.) — Les dédamations violentes de Vigor, qui demandait un massacre général des huguenots, portèrent, conmie on sait, des fruits sauvants. On trouve dans le manuscrit Saint-Victor, à la bibliothèque impériale, n* 35g, fol. g v*, une pièce de vers énei^que sur les prédicateurs cathohques de cette malheureuse époque; voici les premiers :

Nostre preschear, au lieu de prescher rÉvangile,

Ne fidt rien que rotter Tafpre guerre civile.

Feu ardent, sang humain son estomac Yomit

' Sainctes (Claude de) , théologien , controversiste, évèque d'Evreux, né dans le Perche en 1 5a5 , mort en prison Tan i Sg 1 . (Voyez son artide dans Bayle.)

1561. P^ 1^^ édictz qu'ilz faisoient soubz le nom du roy au prouffit des héréticques huguenotz, monstroîent assez quilz se rendoient fiiu-» leurs et protecteurs dUceux héréticques fauguenotz^ et destructeurs et dissipateurs de TEglise catholicque, espouse de Jésus^hrist, estans les aucteurs de toute sédition et de la ruyne de Franœ, qui en brief temps debvoit advenir par lesditz fauguenotz héréticques. Lesquelles paroles furent rapportées auxdits goiivemeurs, qui fort en furent scandalisez et ordonnèrent qu'on appréhendast au corps ledit Vigor, et qu'il fus! pugni de mort, comme séditieux et crimineux de lèze-majesté. Ce qui ne fut faict, d'aultant que ledit Vigor, par le conseil de ses amys, se destourna et cela pour quelque temps y jusques à ce qu'ilz gouverneurs eussent passé leur colère; laquelle se passa par endurcissement des rapportz qu'on leur fiaiisoit de tous les aultres prédicateurs de Paris et de France , qui les taxoient en chascun de leurs sermons de pareille façon qu'avoit faict ledit Vigor. Les prédicateurs du roy et de la royne*mère , oyans que les prédicateurs catholicques partout le royaume soustenoient l'église de Dieu et ne craignoient de parier hardiment contre l'hérésie, les gouverneurs et édictz royaux, s'enhardirent comme eux à prescher à la court contre les abus desditz huguenotz et de telz éditz, qui fut cause que les ungs furent saulvez pour les aultres. Bien est vray que les prédicateurs courtisans ne de^eignoient si vivement les abus desditz gouverneurs et princes héréticques que faisoient les aultres, mais toutesfois feirent leur debvoir de mieux en mieux.

Qui paya pour tous fut ung prédicateur de l'ordre des minimes, qui preschoit en l'église de mons. S^-Bartholomy lez le Palais de Paris, au karesme de ceste présente année, lequel en tous ses sermons parla aussi hardiment desditz gouverneurs et huguenotz de France et contre les édictz royaux qu'avoit faict ledit Vigor et davantage ^ Il ne faisoit sermon qu'il ne déploras! le mal fîitur en brief

* Ce prédieateur se nommait Jean de et d'esprit. «(Voy. les Lettres de Pasquier, Hans; il était natif de Saint-Quentin et l.IV,p.ia,i3; Œav. 1718, t. II,p.89.) — prêchait t avec une grande facilité de langue Voy. aussi Lettre da parlement aa roy g au

debvoir advenir par les huguenotz à la France ; laquelle tant de foys 1561. il nomma malheureuse d'estre tombée au gouvernement d'un jeune enfant son roy, les gouverneurs duquel estoient et seroient cause de grandes guerres, noises, débatz et moult de séditions, monstrant le tout debvoir advenir en brief , et du tout donnant des raisons si grandes et péremptoires, que les plus imbéciles eussent jugé cest homme paiier ou par esprit de prophétie ou par révélation divine. Et fut estimé et tenu le plus hardy prescheur, le mieux discourant toutes hystoires, tant sainctes évangélicques que prophanes, qui fust en France poiu» lors, et si estoit tout jeime homme estimé de Tâge de trente ans. Il eut tout le bruict pour ceste année dans Paris, et y avoit grande presse à Tescouter par chascun jour en ses sermons, tant des catholicques que des héréticques. Car, depuis que la renommée de luy fut respandue par la ville de Paris et par la France, nul n estimoit 'avoir bien faict, estant audit Paris, si n'eust esté à son sermon. Plusieurs huguenotz, après Tavoir ouy, quittèrent la huguenauderie et Thérésie et retournèrent à Téglise catholicque, disans ce que disoient les satellites des Juifz de Nostre Seigneur, quand les Juifz les envoièrent pour le prendre au temple, que jamais homme ne parla mieux que faisoit cestuy-cy. Aidtres huguenotz s'endurcirent de pis en pis pour l'avoir ouy et ne l'alloient ouyr pour dévotion qu'ilz eussent, mais pour entendre ce que si hardiment il disoit de la France, des huguenotz, du roy et des gouverneurs. Auxquels gouverneurs furent, par lesditz huguenotz, reportées les nouvelles jusques au chasteau de Saint-Germain -en-Laye, lesquelz, pour ne croire de léger et estre mieux rendus certains, déléguèrent des hommes curieux et de bon esprit, qu'ilz envoyèrent audit Paris pour estre aux sermons dudit minime, bien retenir ce qu'il diroit par chascun jour, et en faire rapport, ce qu'ilz firent. Auquel rapport, furent par iceux gouverneurs despeschez pour le moings cinq cens hommes, tant de pied que de cheval, pour aller charger et enlever ledit minime reh-

sujet de Tenlèvement fait par Tordre de dans Téglise de S*-Barthélemy. i56i, dé- S. M. d*UQ minîme qui preschoit TAvent cembre lo. [Mém. de Conié, t. Il, p. 533.)

1561. gieux dans laditte ville de Paris, le mener audit Saint-Germain, et le présenter au roy. Geste trouppe d^hommes n'osa atenter de prendre ledit prescheur en plain jour, de peur d'estre accablez et d'esmouvoir sédition à Paris, bien sçachant que le peuple de Paris Taymoit fort pour son éloquence. Parquoy Tenlevèrent de nuict, après que toutes personnes se furent retirées en leurs maisons, et estans armés se rangèrent par la rue où il estoit logé , en telle façon qu'il n eust esté possible à homme de sortir hors du logis qu'il n'eust esté tué. Tous les satellites cy-dessus dictz, bien placez et rangez par la rue les armes au poing, une partie d'entre eux força le logis où le religieux estoit couché, et tant firent quilz entrèrent en sa chambre, après avoir rompu les huys d'icelle. Au bruict desquelz sespouventa le pauvre jeune homme d'ung si rude réveil; il s'escria à haulte voix par les fenestres de son logis, pour penser estre secouru, mais, quand il aperçut tant d'hommes es environs de son logis et par la rue, veit bien qu'il n'y avoit moyen d'estre secouru. Au bruict d'iceux satellites et cry dudit minime, les voysins mirent la teste aux fenestres, mais furent bien ijeserrés à coups de pistolles. Ge pauvre religieux, estant en ceste manière prins et enlevé, fut conduict en ung petit bateau sur la rivière pour le descendre audit Saint-Germain aval l'eaue , et avec luy entrèrent audit bateau la pluspart des satellites tant de pied que de cheval, lesquelz lallèrent présenter au roy et aux gouverneurs.

Le jour d'après, les gens de la ville de Paris lurent en grand esmoy, sçachans par les voisins ce qu'ils avoient veu et entendu de l'enlèvement de leur prédicateur ; et après avoir entendu qu'on l'avoit mené à Saint-Germain-en-Laye pour parler au roy et aux gouverneurs, furent déléguez une douzaine des plus notables hommes et seigneurs de la ville, pour aller après luy audit Saint-Germain, pour remonstrer au roy et aux gouverneurs la bonne vie et doctrine qui estoit en cest homme et pour prier leurs majestez de ne luy faire aulcun mal, honte ni dommage , tant pour sa saincteté que pour éviter une cruelle sédition qui s'esléveroit audit Paris des catholicques contre les huguenotz, et

que pour ces causes et aultres à ce les mouvans prioient leursdittes 1561. majestez de le délivrer et leur rendre sain et saulf pour le remener audit Paris. Et pour en avoir meilleure expédition, parlèrent à la personne du roy , qui en voulut prendre la cognoissance ; et après avoir faict retirer lesditz sieurs de Paris, sa majesté voulut veoir et entretenir ledit prescheur, duquel toutesfois ses gouverneurs luy avoient faict fort maulvais rapport, après qu^ilz eiu*ent ouys lesditz sieurs de Paris. Et tant avoient faict par leurs discours, qu'ilz avoient mis ledit prescheur en la maie grâce de S. M., luy ayant faict entendre qu'il estoit séditieux et détracteur en ses sermons de saditte majesté, d'euxmesmes gouverneurs et des princes de France. Estant ledit prescheur tiré de prison et mis devant le roy et ses gouvemeiu*s, fut interrogé de ses sermons, et s'il estoit vray qu'à tel jour et tel il eust dict et presché tel cas et tel ; lequel confessa ce qu'il avoit dict et nia ce qu'il n'a voit dict, se rapportant au jugement de tous les auditeurs qui avoient esté présens à ses sermons, pour sçavoir s'il avoit dict du roy ni de ses gouverneurs auitre chose que ce qu'il confessa en leiur présence. Et après avoir demandé au roy congé de parler librement devant S. M., déclara ce qu'il luy sembloit de la permission donnée aux huguenotz héréticques de France et le mal qui en advenoit et adviendroit en brief , si sagement et en peu de temps n'y estoit remédié, assurant saditte majesté qu'ilz huguenotz ne feroient faidte d'atenter et de lever les armes contre luy et le royaume pour saccager sa personne, s'il y eschéoit, les villes et les personnes qui contre eux s'opposeroient, et faisant plusieurs aultres grandes et hardies remonstrances. Le roy et ses gouverneurs, voyans la constance et manière de parler de cest honune, firent approcher d'eux le révérend père Théodore de Bèze pour l'escouter; lequel Bèze, après l'avoir entendu parler, cuyda le tirer à la dispute, pour rendre ses. propos en confusion par argumens. Ce que voyant ledit prescheur, luy feit response en disant : « Il n'est icy besoing de disputer des matières , de la foy, ni des poinctz qui sont en controverse entre vous héréticques et nous catholicques; la dispute en a esté plus que suffisante-

sS

1561. ment résolue à Poissy à vostre honte, en la présence de la majesté royale devant laquelle nous sommes, et des princes, tesmoing les actes qui en ont esté faicts et rédigés par escript. Et m'esbaîs bien comment vous avec esté si audatieux, après avoir esté convaincus par saincte doctrine de vos erreurs, d^oser comparoir devant les majestés royales et principautez ; lesquelles, ainsi que Dieu Ta permis, vous endormez par vostre fard de paiier, pour faire quelque pugni-tion à la France par la division que vous mettez entre les princes, sous les noms de piété et de religion. » Et tousjotirs parlant ledit prescheur hardiment de plus en plus, descouvrit devant le roy le desseing, les ruses et les futurs maux qui en brief seroient descouvers, veus, et adviendroient à la France par lesditz prédicans, leurs héréticques huguenotz et leur doctrine. Le roy jeune enfant fort sagement escouta parler ledit religieux et ne trouva en luy cause de luy mal faire, combien que ses gouverneurs le sollicitassent de luy faire donner quelque pugnition corporelle et exemplaire, pour donner terreur à ces aultres cagotz séditieux (car telz appelloient-ilz les prédicateurs catholicques) , qui en leurs sermons ne font aultre chose que d'esmouvoir le peuple à sédition les ungs contre les aultres et à se rebeller contre S. M. Ce que toutesfois ne voulut commander le roy, lequel le feit oster de devant luy et luy bailla congé.

Les gouverneurs ne se tindrent pour contens de ce que le roy ne luy avoit faict ni dict aultre chose , et le tenans encores entre leurs mains, commandèrent à M. le connestable qu avant de le délivrer et renvoyer il luy feist donner les estrivières en la cuysine par les laquetz. Mons. le connestable fut marry d'avoir ceste commission, pource qu'il avoit ouy les sages responses qu'il avoit dict devant le roy; toutesfois, pour complaire auxditz gouverneurs, le feit conduyre en la cuysine, où lîit despouillé le pauvre religieux et trouvé contre sa chair ung habillement de poil fort piquant, qu'on appelle une haire, au lieu de chemise, qui du tout esmut à compation ceux qui le regardoient; et ledit sieur connestable, ayant ce considéré, avec la modestie qui estoit audit religieux, le feit revestir, deffendant à toutes

personnes de ne luy faire ne dire aulcime injure qu*il n'eust parié 1501. au roy ; et, ce dict, retourna ledit sieur connestabie au roy^ luy conter ce qu'il avoit veu audit religieux. Ce qu ayant entendu « le roy le feit rappeller en sa chambre pour le considérer et parler & luy, et, après ravoir veu, luy bailla congé avec sauf-conduict de cent hommes pour le remener en la ville de Paris sain et saulf , en luy disant qu'il feit son debvoir de bien prescher FEvangile de Nostre Seigneiu', de bien reprendre les vices d'ung chascun et de sa majesté mesme, quil se travaillast au mieux qu'il pourroit d'entretenir le peuple en la reli^ gion catholicque » mais que sur toutes choses il se gardast d'esmouvoir le peuple à sédition, se recommandant fort à ses prières; et, passant plus oultre, luy dist que, si Dieu luy faisoit la grâce de venir en sa majorité, il auroit souvenance de luy. Ce dict, adressa sa parole à ses gouverneurs, et leur dist qu'il n'estoit besoing d'avoir faict ce scandale à ce sainct homme, qui parloit si proprement de son estât selon le deub de sa chaîne, leur disant que, par lesplainctes et doléances qu'ilz escoutoient de toutes partz , ilz gouverneurs faisoieot choses indignes d'honneur royal, touchant le faict de la religion, et que, s'ilz vouloient considérer et faire despouiller le plus sainct homme de leurs prédicans et ministres, à grande difficulté le trouveroit-on vestu d'une si rude chemise contre la peau, qu'avoit esté trouvé ce pauvre homme, et qu'il estoit bon à veoir à leurs minois qu'ilz ne jeusnoient pas tous les jours de karesme.

Le religieux, ayant congé du roy, remercia S. M. avec toute révérence, et pensant seul s'en retourner à Paris, le roy commanda à mons. le connestabie de faire monter à cheval cent hommes bien armez pour le reconduire en sa chambre audit Paris, co qui (ut faict. 11 se trouva bien aultres cent hommes à cheval de Paris, qui estoient allé audit Saint-Germain-en-Laye poiu» sçavoir ce qu'on feroit de luy et pour empescher le roy et les princes, avec humbles prières, de ne luy faire tort. Et partant ledit religieux fat aussi solemnellement accompaigné à le remener qu'il avoit esté à l'aller querre. Il fut enlevé et emmené de nuict furtivement; mais il lut remené de

1561. plain jour publicquement. Quand les gens de Paris, hommes et femmes, sçurent que ledit religieux revenoit avec si notable compaignie, coim)ient par les rues pour le veoir, et avec toute révérence le saluoient. Au lendemain de son retour à Paris, y eust si grande presse à son sermon, que plusieurs furent contrainctz de se tenir hors la porte de Téglise, pour ne sçavoir entrer dedans, et y alloit img chascun poiur ouyr s'il parleroit de son voyage et de ce qui luy auroit esté faict et dict ; ce qu'il feit. Et après avoir fort loué et recommandé la foy et piété du roy, exhorta fort ses auditeurs de prier Dieu pour S. M., les assurant que laditte majesté estoit fort catholicque, et bien affectionnée à la vraye religion apostolicque et romaine; déclara aussi la commission que saditte majesté luy avoit donné de prescher contre tous abus, sans y espargner personne, ni S. M. mesme. Ce qu'ayant bien entendu, le peuple de Paris qui estoient au sermon ne se purent tenir de crier à haulte voix : Vive le royl vive le roy! vive le roy! Et, ce faict, louèrent Dieu et prièrent, pour S. M. et pour la conservation de la ville de Paris, qui estoit en grand esmoy, à cause des entreprinses secrètes qui se briguoient contre elle par les huguenots, ainsi que l'avons dict cy-dessus.

Messieurs les docteurs et prédicateurs de Paris, qui, par la levée furtive et noctumale dudit minime, avoient esté fort espouvantez, furent honorablement esjouys de son retour et encores plus des bonnes nouvelles qu'il apportoit du roy, par lesquelles ilz se rendirent plus fermes et hardis à prescher qu'auparavant, combien que, durant le temps de trois ou quatre jours, pour le plus, que ledit religieux minime fut absent et prisonnier, les mieux affectionnez à la religion chrétienne n'eurent la bouche fermée poiu* se taire de ceste furtive et noctm*nale levée, et n'eurent crainte de dire que le temps estoit venu auquel ilz prédicateurs debvoient se résouldre de mourir pour soustenir la vérité devant les roys et les princes, comme avoient faict les apostres de Jésus-Christ, ou bien de celer la vérité et conniver aux vices d'iceux roys et princes, mais qu'il estoit trop meilleur à eux de

mourir en disant la vérité que de demourer bien aises en ce inonde 1561. avec eux pour à leurs impiétez conniver. Et s'estans résolus de mourir pour la deffenae de TÉvangile et de la religion catholicque et romaine, durant les quatre jours de Tabsencé et emprisonnement dudit minime, parièrent plus hardiment avec grandes exclamations contre les abus desditz gouverneurs, des princes et desprédicans, et les entreprinses des huguenotz, qu'ilz navoient faict, contre lesquelz ilz se stomacquoient de tel zèle qu'ilz désiroient qu'on les prînt prisonniers pour estre compaignons des levée et tribulations dudit minime, et pour souffrir avec luy pour Thonneur de Dieu et de TÉglise catholicque son espouse.

Jusques à icy nous avons traicté tout d'ung fil ce que nous avons sceu des troubles que la prétendue religion réformée a suscité en ceste présente année à la court du roy, ville de Paris et aultres endroictz du royaume, et avons ce faict de peur qu'entremeslant les aultres affaires qui sont survenues nous n'eussions faict confusion. Maintenant nous retournerons à traicter et escrire ung aultre grand faict, qui est la décision et édictz faictz par le roy et son conseil sur la réformation requise et monstrée par les doléances et plaintes des trois estatz généraux du royaume, assemblez en la ville d'Orléans, ainsi qu'en avons faict le discours en l'an 1 56o dernier passé; et poiur faire cognoistre à ung chascun ce qui en a esté, je réciterai et transcrirai ici tous les articles contenus audit édict de réformation.

Ordonnances du roi Charies neuvième, à présent régnant, faites en son conseil, sur les plaintes, doléances et remontrances des députés des trois états tenus en la ville d^Oriéans, données au mois de janvier i56o (anc. style), publiées au pariement de Paris, le i3 septembre i56i ^.

La proclamation des estatz et ordonnances faictes sur iceux pomta grande vexation aux ecclésiasticques, et nommément aux curez qui ne

* Claude Haton donne ici le texte de trouve imprimé dans Isambert, Recueil des la célèbre ordonnance d'Orléans. On le anciennes lois françaises, U XIV, p. 63.

1561. résidoient sur leurs cures ^; car, par chascun bailliage de France, saisies furent faictes de tout le revenu desdittes cures, et on le mist soubs commissaires, qui le recevoient jusques ad ce que lesditx curez eussent eu main-ievée. Lesdittes saisies causèrent une grande symonie en Féglise de Jésus-Christ, parce que les curez qui ne vou* loient résider furent si impudèns et avaritieux qu'ils vendirent leurs cures aux prebstres qui les voidurent achepter, dont en advint grand scandale en la religion catholicque. Ceux qui avoient plusieurs béné-

^ . fices et en divers lieux trouvèrent moyen de s'excuser de la résidence de leursdites cures, en vertu d'ung article desditz estatz, qui dict que les eçclésiasticques qui avoient plusieurs cures qu'ilz tenoient par dispense, ou d'aultres bénéfices ou charges requérant résidence actuelle en quelque aultre église, et qui ne pouvoient, par ce moyen, résider en leurs dictes cures, seroient, en résidant en Tune desdittes cures ou aultres églises dans lesquelles avoient bénéfice ou chaîne requérant résidence, exemptz de résider sur leurs autres cures, pourvu qu*ilz y commissent pour vicaires des personnes idoines et capables pour les desservir; et, en vertu dudit article, fiirent mainslevées données auxditz curez du revenu de leurs cures, après avoir contenté messieurs les gens du roy de chascun bailliage qui avoient faict faire lesdittes saisies, et par ainsi le tout demeura en son entier, et n'y eut que ceux qui se hastèrent de vendre leurs cures qui y fussent trompez. Maistre Jehan Alleaume, bailly de Provins, Jehan (^e Ville, procureiu* du roy, et Denis Legrand, advocat du roy, avec le greffier du bailliage, gangnèrent chacun plus de cent escus esdites saisies, conune aussi n y eurent poinct de perte les sergens qui les firent. Depuis lesditz estatz proclamez, les bénéfices simples sans charge d'âme furent en requeste; car toutes personnes qui vouloient vivre en liberté n'en vouloient poinct d'aultre, comme prébendes, chanoineries, chapelles et prieurez à simple tonsure, et ne vouloient telz achepter ni se charger de cures, si se n'estoit pour les vendre.

' Charies IX rendit, le i* avril 1&61, en leurs diocèses, sous peine de la saisie un édit ordonnant aux éYècpies de résider de leur temporel. ( Fontanon , t. IV, p. a ao.)

Toutesfois à la fin et avant qu'il fust deux ans après, le tout s*en 1561. retourna comme devant en toute confusion, par la nonchalance des évesques et archevesques, qui eux-mesmes ne voulurent résider ac*tuellement en leurs éveschez et archeveschez.

Pareillement furent ceste présente année, en vertu des édict et ordonnances desdits estatz, mis en ccHumission les revenus deshospitaux qu'on appdOie hostelz*Dieu, et comme aussi toutes maladreries gouvernez par bourgois des villes, qui y furent establis commissaires, et la charge du revenu temporel ostée aux prieurs et administrateurs d'iceux^; et nommément Thostel-Dieu de Provins, qui jamais jusques à ceste ditte présente année n avoit été mis soubz commissaires.

Noms des premiers commissaires laïques qui furent préposés à Tadministration de THôtel-Dieu de Provins. — Les gens de justice raient ce qui sera alloué en argent, bois, vin, vivres, au prieur, aux religieux et aux religieuses, et aussi aux pauvres reçus dans la maison. -«-Les hôpitaux de plusieurs villes de France, et en particulier THôtel-Dieu de Paris et celui de Troyes, étaient déjà, avant Tordonnance d'Orléans, gouvernés par des commissaires laïques. — Mauvaise administration de THôtel-Dieu de Provins par les laïques, qui s'enrichissent aux dépens des pauvres et laissent dépérir la maison. — Les prieur et religieux présentent requête au roi pour être remis en possession de l'administration de THÔtei-Dieu , et finissent par obtenir satisfaction. — L'église et le dortoir des dames cordelières de Provins, brûlés Tannée précédente, sont refaits. — L'église des cordeliers est réparée. — Mort de M. de Bertrandi, archevêque de Sens et garde des sceaux de France. — Le cardinal de Guise, nommé pour lui succéder, résigne, au bout d'un an et demi , l'archevêché de Sens à mons. de Pellevé ^. — Mort (le 21 mai i56i) de M* Pierre Cobus, doyen de la chrétienté de Provins, chantre et chanoine de Notre-Dame-du-Val , doyen de Saint-Nicolas de la même ville et curé de Villiers- Saint-Georges. — Quels furent ses successeurs dans ces diCférentes fonctions.

Au moys de may, environ le 1 6* jour, commença à régner la

ma-

' Édit sur l'administratioQ des hôpitaux Joay le i8 octobre i5i8, évéque d*A-

et sur l'entretien des pauvres ; 1 56 1 , avril. miens, archevêque de Sens en 1 563, car-

(Isambert, Rec. des anciennes lois franc, dinal en 1570, archevêque de Reims en

t. XIV, p. io5.) i5gQ, président du dergé aux états de la

' Nicolas de Pellevé, né au chAteau de Ligue, mourut k Paris le a8 mars i5g&.

1561. ladie de la peste en la ville de Provins, et print son commencement en la maison d'ung boulanger dudit Plrovins, nommé Jehan Logre, qui demeuroit en la rue aux Porceaux, en la parroisse de S^-Pierre, par le moyen de quelques porceaux qu'il Logre nourrissoit en des voultes, assez près de Tenseigne des Lyons, au dessoubz Téglise de S^-Pierre. Il Logre et sa femme moururent en huict jours; aulcuns de leurs voisins et parens qui les visitèrent en leur maladie moururent jusques au nombre de cinq à six, avant qu'on eust descouvert que ce fust de maladie contagieuse et de peste. Laditte peste fîit descouverte en la femme d'un notaire royal nommé Raphaël Defoi|;e, demourant en la rue des Barbeaux, qui avoit esté en la maison dudit Jehan Logre, et du depuis s'apparut descouvertement en ceux qui en furent frappez , ce qu'elle n'avoit faict jusques à elle. Sitost que laditte mdadie fut descouverte patentement, les gouverneurs de la ville de Provins mirent ung ordre et police en leur ville; ils esleurent des barbiers, des gardes et ung fossoieur,.pour médiciner, garder, panser et enterrer ceux qui seroient attainctz, frappez et mortz' de ceste maladie, et envoya-on lesdictz barbiers, cirurgiens,* gardes, fossoieur et malades siu* les murailles de la ville, tout vis-ivis Provins, en une maison destinée à cest effet, lieu le plus commode de la ville, parce qu'il est loing de gens, le cymetière en la place, l'église vis-à-vis de leur maison, la fontaine qui est dans les fossez de la ville joygnant laditte maison, pour à laquelle aller y avoit une porte moyenne, sans passer parmy les gens sains. Les barbiers, gardes et fossoieur estoient et furent nourris, payez et stipendiez aux gaiges commungs de la ville, conune aussi furent les malades pauvres qui furent siu* lesdittes murailles et maison pestiférée. La maladie fut assez fâcheuse à guarir^ et peu de ceux qui en furent frappez reschappèrent; en tout et par tout ne s'en trouva qui fiu*ent attainctz de laditte maladie quatre-vingtz personnes, et il en moiu*ut plus de soixante; du nombre desquelz furent les quatre barbiers et cirurgiens qui, les ungs après les aultres, furent esleuz et envoyez audit lieu pour panser iceux malades.

Les premiers barbiers et cirurgiens qui forent de la ville esieuz et 1561. adjournez pour aller panser lesdictz malades forent maistres Nicolas Doury, jeune garçon non marié, receu maistre cirurgien toutesfois, et Ayoul Fossoieur, homme marié, d'environ trente-cinq ans d'âge; lesquelz, pour adjoumement qu'on leur fist, ne voulurent comparoir devant les juges pour se veoir condemner et faire le serment pour aller sur les murailles panser iceux malades, ains s'absentèrent de leurs maisons. En conséquence, il fot contre eux procédé par deffaux à ban , en vertu desquelz ilz forent condempnez par le bailly et siège présidial de Provins à estre penduz et étranglez, et pour leur absence, fot dict que potences seroient mises et dressées devant leurs maisons et eux pendus en fantosme ou effigie, ce qui fot faict. L'exécution desdictz barbiers faicte en fantosme pour leur absence, aultres deux furent esieuz et condempnez à aller panser lesdictz malades, qui forent M* Martin Lange et gendre de Jehan ou

Pierre Garenjon, appelle le sergent dangereux des eaues et foretz, lesquelz obéirent à justice , et furent avec lesdictz malades jusques à la mort , qui leur intervint en moings d'img moys après. Au lieu desquelz furent envoyez par contraincte, pour panser lesdictz malades, maistre Jehan demourant es logis de la Couppe près la boucherie dudit Provins, et Anthoine Dantin, compaignon de Testât, demourant audit Provins, auquel fot proniis et juré par les maistres et les gens du roy de laditte ville que, si Dieu luy faisoit ceste grâce de réchapper, incontinent la maladie cessée, il eust esté receu maistre barbier et cirurgien pour néant, ayant sur les pestiférés faict son expérience et chef-d'œuvre. Lesquelz deux moururent comme les aultres, après y avoir esté quelque moys et demy. La mort desdictz barbiers donnoit craincte au peuple et aux aultres barbiers, desquelz barbiers deux aultres furent esieuz et envoyez en leur place , qui furent ledit Ayoul Fossoieur, qui estoit repatrié en sa maison depuis l'exécution de sa personne faicte en fantosme, auquel furent quittez et remis tous les frais et despens, dommages etintérestz que la vilie avojt acquis contre luy pour son absence , et M^ Rollant

15&1. deoiour^nt au Touppet de S^--Âyoiil, tous deux assez peu famez et expérimentez; lesquelz en eschappèrent et ne moururent de ce tempslà, joinpt au^si que, tost après qu'ilz y. furent posez, ia maladie après la. feste S^-Remy ce^sa audit Provins. Les quatre barbiers qui furent mortz en pansant les pestiférez que avons dict ci-dessus furent taxez d'avoir prins la mort , aulcuns à s estre eschaufez à aller et venir panser les malades de peste, du village et bourg de SongnoiUe, parrois^e de Lysinne, où laditte maladie, avoit pareillement cours, les ^uUres à paillardpr avec des femmes pestiférées. La mort des* dictz barbiers scaiidalisa la ville de Provins moult grandement, en laquelle n y hantoit des villes et villages circonvoisins que ceux qui y a voient bien à faire, et disoit-on la maladie y estre plus contagieuse et commune la moytié quelle n'estoit pas; mesmement les passans dq Paris à Troyes en Champaigne et aultrQS lieux se destournoient de laditte viUe pour passer, parce que les gens des villages et aultres lieux disoient laditte maladie estra si. grande audit Provins et Tair estre tellement infecté sur laditte ville, que les, oyseaux du ciel voilant par dessus icelle tomboient tous mortz de laditte maladie, chose entièrement faulse. Or est-il vray que la mortalité commune eut lieu et cours en ceste. saison et année-là audit Provins, et s'en mourut deux fois plus de non pestiférez que de pestiférez, et moururent en leurs maisons, visitez et pansez de leurs amys barbiers et médecins, et quant et quaijit on leur eut administré des sainctz sacremens, et leurs corps furent ensépulturez es églises et cymetières de leurs parcoisses, accompaignez de tous leurs amys; ce qu'on nefaisoit aux pestiférez, ce que ne vouloiept croire les passa^ns et estrangers.

La peste fut semblablement en plusieurs villes de France en ceste ditte année, cop[u;ne aussi elle continua les années . séquentes. Elle estoit à Paris, à Orléans, à Mascon, à Cbaslons sur la Seine, à Lyon, à Dijon, à Trpye.en Champaigne, à Sens et à Bray-siu^eine, en laquelle viHe de Bray moururent plusieurs personnes riches de laditte maladie. 11 ne fault oublier à dire ce qui advint au village des Ormes, lez ledit ,Bray-sur-|3eine. Audit viUage des Qrmes, s'estoit aidtwafois

retiré ung homme parisien, nommé Le Menaxih, et là faict sa r^âsi* 1561'. dence jusques à k mort, mais n'ai sceu potir quelle occasion. Ledii M^iiaull avoit deux filz de luy et de sa femme, Tung desqtEtèlK eistoit barbier et cirurgien, homme bien expert en son art et qui avoit assez bien estudié en la granunaire, comme aussi en Fart de cirurgie. Lequel, contre la volunté de sa mère, après le décès de son père, se maria audit lieu ou parroisse des Ormes avec la fille d'utlg homme tavernier, nommé Bonbois ou Bonboise, maison d'assez peu de biens, veu la qualité, bien et expérience qui estoient audit barbier, nommé nostre maistre Loys. Lequel maistre Loys faisoit aussi grand prouflit de son art de barbier et cirurgie audit dieu dès Ormes comme il eust peu faire en quelque bonne ville de ce pays.

Advint en ceste année que, la peste estant afodit Bray, il entreprint d'aller médicamenter et panser, de son duthorité partictdière , pour gagner argent, aulcuns riches gens dudit Bray, et nommément ung

riche homme nommé Gbauvet et Isa femme, qui moururent de la*

ditte maladie; après ht mort desquelz, il barbier entreprint deîs^estoier la maison et d'en enchâsser l'air pestiféré qui estoit dedans, ce qu^il fit, et de ce faire eut des enfaoïs et des héritiers ung grand salaire et contentement, et fit le tout sans avoir mal. La maison nestoi^e, se retira en sa maison audit lieu des Ormes sain et saidf. Or advint*il que ung homme du village d'Ëvérly, parroisse de Challemaison, devint malade et envoya qmrre ledit M* Loys des Ormes, et se fit saigner par luy, sans luy dire 4e mal qu'il avoit^ qui étoit la peBle. Si tost que la veine dudit homme fut ouverte, et que le sang commença à fiacher, ledit M^ Loys apperceut que cest homme estoit malade de peste, qu'il incrépa rudement de ce qu'il avoit celé oeste itialadie,-ét ne peut aultre chose dire 'à son patient, sinon qu'ilz étoient mortz tous deux par faidte d'avoir révélé laditte maladie , luy disant qu'à l'ung ni à l'aultre n'y avoit aulcun remède que ^la mort, d'aultànt qu'il barbier estoit à cœur jeun, et le patient non saigné de la veine qu'il faUoit poiu* la maladie. Ce faict, pansa son malade et luy ordonna ce qu'il peut pour attendre la miséricorde de Dieu, espérant qu*il

1561. patient pourrait plus tost reschapper et estre guary de laditte ma* la die que luy. Après qu'il eut faict et ordonné audit patient, se retiia en sa maison des Ormes, où, avant quy entrer, appella sa femme et une petite fille qu'il avoit, pour leiu* faire prendre des remèdes contre la peste, telz qu'il les sçavoit, et ordonna à saditte femme qu elle fist de^ parfuns et fumées en saditte maison de certaines herbes qui y estoient et aultres des champs qu'il luy enseigna, pour empescher que le mauvais air pestiféré qui estoit en luy n'infectast saditte femme, fille et sa maison, déclarant à saditte femme le danger auquel il estoit. Le tout faict selon qu'il avoit commandé, entra en laditte maison et donna courage à sa femme qu'elle ne craignist plus le mauvais air pestilencieux et quelle n'auroit aucun mal, mais que quant à luy n'y avoit aidcun remède qui le peust saulver. Pendant ung jour ou deux après, la pestilence le frappa si vivement qu'il mourut. Mais avant que de mourir, meit ordonnance à toutes ses affaires temporelles et spirituelles. Fault noter qu'il estoit huguenot, en sa santé, des plus fermes qui fussent en France , et y avoit plus de deux ans qu'il dogmatisoit en la religion luthérienne et calvinienne, sans plus aller à la messe, confesse ni à la table Dieu, pour le moings ny avoit esté au jour de Pasques de ceste année , et faisoit grands troubles en laditte. parroisse pour le faict de la religion, et jà ^ peu avoit tenu par diverses fois qu'on ne l'eust tué et massacré, pour le scandale et blasphèmes qu'il disoit de la religion catholicque, durant sa santé. Le galant, se voyant frappé à la mort qu'il sçavoit luy estre certaine à cause de sa maladie, en cinq ou six jours qu'il vescut en icelle, tascha à réparer la faulte cpi'il avoit faicte touchant la -religion au temps qu'il estoit en pleine santé, et publicquement, devant tous les parroissiens, à là sortie de la grande messe du dimanche, demanda pardon à Dieu et à eux du scandale qu'il leur avoit faict en mesdisant de la religion catholicque, pour tascher à donner advancement à la religion héréticque, requérant au vicaire du lieu de se transporter en ung champ qu'il luy nomma loing des personnes , pour l'ouyr en confession et luy bailler l'absolution de ses péchez , ce qui fiit faict, et par mesme

moyen requist ledit vicaire, qui esioit messire Jehan Estancelin, et les 1561. parroissiens qu ilz permissent qu il feust enterré dedans le cymetière de laditte parroisse, combien que tant ae fois devant eux et publicquement il eust contemné ledit cymetière et aultres, disant la terre n'estre plus saincte là qu es aultres lieux prophanes et emmy les champs, ce quil n'avoit deub dire et aussi peu croire , exhortant lesditz parroissiens estre fermes en leur religion catholicque, laquelle il confessa estre la meilleure pour estre saulvé. Et quant et quant, après que lesditz vicaire et parroissiens luy eurent accordé saditte sépulture au cymetière, fit faire sa fosse devant soy, dans laquelle il descendit luimesme sans ayde de personne, et s'estant couché tout de son long en icelle, y rendit son esprit à la volunté de Dieu, et y mourut; en y descendant, bailla charge à sa femme de se donner garde de sa mort, ' pour jetter la terre sur luy et remplir la fosse, ce qu'elle fit. Il avoit, avant qu'entrer en icelle fosse, faict enterrer son lict, ses draps, ses habiliemens et couverture pestiférée, par sa femme en son jardin, pour les laisser pourrir .et perdre , deffendant à saditte femme de ne les réclamer, si elle ne vouloit moiu^ir de laditte maladie; mais elle ne le voulut faire , et, après qu'il fiit mort et qu'elle eut remply sa fosse , alla redesterrer son lict et ses bardes pour les nétoier, ainsi qu'elle disoit, où elle print la mort de la mesme maladie, ce qu'elle n'eust faict, si elle eust creu le conseil de son feu mary. Voilà comment l'avarice faict hasarder les personnes à tout danger, mesme de la mort.

La prévôté de Provins, en vertu de Tordonnance d'Orléans (art. i5), est supprimée et annexée au bailliage. — M* Hugues de Romenelles, qui tenait la charge de prévôt, s*ojppose à cette suppression; les catholiques et le clergé le soutiennent en haine du bailli Alleaume, qu'on regardait conune huguenot. Cependant Tannexion est prononcée et Romenelles est nommé lieutenant du bailli. — Suppression, à Provins, de Toffice de lieutenant de robe courte. — Grand nombre de voleurs et audace des bandes de larrons dans le bailliage de Provins. — Larcin cônunis au mois de juin , par un nonuué Claude Guignet et ses compagnons, dans la maison de Claude Gilquin, paroisse de Melz- sur- Seine. — Claude Haton, oncle de Gilquin, ayant dénoncé à Provins le receleur des objets volés, est obligé de porter des armes pour sa sûreté. — On ne peut s'emparer

]56L de Guignet. — Un archer du prévôt des maréchaux de Champagne et Brie, appelé La Grue, de Villenauxe, met un grand zèle à la recherche des voleurs, en arrête et en fait pendre plusieurs. — Le gibet de Provins est abattu parle vent et la foudre, à la mi-novembre. La maison du bourreau de Provins et les gibets de plusieurs autres lieux sont gâtés ou renversés dans la même nuit. — Ces accidents , pour les gens sages , offrent le pronostic de maux publics. — Corruption et vénalité des gens de justice. — Le seigneur de la Sanssotte tue sa chambrière, grosse de ses œuvres, prend la fuite, est condamné à mort par le bailliage de Provins, con* trefait le fou, et sa peine est réduite à une amende par le pariement de Paris.

Nous avons faict mention en nostre premier livre de frère Nicole Privé, jacobin du couvent de Provins ^ qui, par les cordeliers dudit ProvinSvUng jour de feste de la Magdelène, en faisant le sermon au peuple, fiit publicquement reprîns de prescber hérésie audit ser* mon; dont advint grand scandale et inimitié quasi irréconciliable entre lesditz jacobins et cordeliers, ^i dura jusques à ceste présente année, que Dieu permist que ung cordelier dudit couvent de Provins se desbaucha de la vraye religion catholicque et de celle de S* Fran-

çoys, pour se faire hérétique, nommé frère Lamberty, natif

de Provins, homme d'assez bon sçavoir. Lequel toutesfois ne manifesta son hérésie et pervers dogmat dans la ville de Provins, comme avoit faict ledit jacobin Privé, ains Talla déclarer au village de la Motte de Tilly lez Nogent-sur-Seine , auquel village de la Motte résidoit pour la pluspart du temps le seignetu* d'Estemay avec sa mère, dame dudit lieu, des plus meschans héréticques huguenots qui fiis^ sent en France , et qui poiu? lors haîssoient plus Téglise catholicque et romaine que gens qui fussent en France. Ledit cordelier se déclara héréticque et huguenot par les moyens et* occasions qui s'ensuivent. Fault noter que de la maison de la Motte dessus diite y avoit une fille , sœur dudit d'Estemay, qui dès ses jeunes ans avoit esté rendue religieuse au monastère des dames cordelières dudit Provins, où elle s'estoit fort bien comportée, jusques au temps que, par les livres d'hérésie, ses frères, ledit d'Estemay et ung aultre appelle mons. le Vidame , la desbauchèrent et l'imburent de la liberté

' Voyez plus haut, p. 19 et suiv.

charnelle par la religion luthérienne et calvinienne, dès cinq et six ans 1561. avant ceste présente année, quelle s'abandonna à toute liberté. Depuis lequel temps de liberté, elle délaissa toute pudicité et continence religieuse, pour faire amytié audit frère cordelier Lamberty, et dès auparavant qu'elle sortist dudit monastère des cordelières. Pour duquel la faire sortir, sa mère et ses frères trouvèrent le moyea de luy faire avoir ung prieuré de femmes religieuses, nommé SMIlyr au Vau de Galie, et quant et quant d'obtenir pour elle dispense du pape de sortir dudit couvent des cordelières et d'aller demeurer au prieuré de S^-Cyr. Laquelle estant là, vescut selon la religion calvinienne et luthérienne, sans aucune répréhension de personne, jusques au temps de ceste présente année, qu'elle quitta du tout et la religion romaine catholicque et la monasticque, et se retira audit lieu de la Motte avec sa mère et ses frères. Ce que bien sachant ledit Lamberty cordelier, se souvenant de l'amitié monastique et frateniello de religion qu ilz avoient aultresfois eue ensemble, demanda licence à son gardien à ung certain dimanche de ceste année pour aller prescber par les villages, partie pour se récréer et prendre l'air, partie pour aller gangner quelques aulmosnes, tant pour luy que pour le couvent. Ayant obtenu licence de ce faire, s'alla rendre au village de la Motte (combien qu'il y faisoit jà assez périlleux pour gens de son estât et habit) , pour et afin de sçavoir nouvelle de sa sœur de religion laditte cordelière, quîil espéroit de veoir. Toutesfois, estant audit village, n'alla au chasteau pour en demander nouvelle, ainsse retira en la maison du vicaire, où il fut bien receu, et demanda licence audit vicaire pour prescher et faire le sermon à la grande messe, ce qui voluntiers luy fut permis.

A l'heure acoustumée, il cordelier entoa en chaire et prescha le sainct Evangile fort cathohcquemqnt, admonestant les paroissiens dudit lieu de demeurer fermes en la foy apostolicque et romainp et de ne point adhérer à l'hérésie, combien qu'ils en pussent estre requis et admonestez par ceux qui dans leur village mesme en faisoient professiouk Son sermon faict et la messe dicte, le seigneur d'Estemay,

1561. estant adverty par sa sœur laditte cordelière quHl cordelier estoitlà, renvoya querre pour disner avec iuy en toute sûreté, comme aussi luy manda laditte cordelière. Aux requeste et message desquelz obtempéra et alla au chasteau, où fut bien receu et festoie à disner, à son grand contentement. Quelz propos eurent ensemblement ledit cordelier et lesditz d'Estemay, je n'en ai rien sceu; mais bien ai sçeu quV vaut que partir dudit chasteau et d'avec lesditz sieur et dames, il jura et fit promesse de renoncer à la religion catholicque romaine et monasticque de S* Francoys, et de vivre selon la nouvelle prétendue religion réformée; il promist davantage de se retrouver le prochain dimanche ensuivant audit lieu de la* Motte, et de monter en chaire dans Téglise dudit lieu pour se desdire de tout ce qu'il avoit presché au contraire de laditte prétendue religion réformée, et de dire qu'il et tous les cordeliers, gens de religion et prebstres, estoient et avoient esté des séducteurs et abuseurs de peuple, et que la religion romaine estoit le commencement de l'Antéchrist. Ce qu'il fit, et furent présens ad ce ledit sieur d'Estemay et toute sa maison , dans l'église dudit lieu, dans laquelle n'avoient entré il y avoit plus de trois ans. Lesquelz se tindrent moult contens dudit sermon et dudit cordelier, qu'ilz remenèrent disner au chasteau avec eux, où il fut achevé de cathéchiser en laditte prétendue religion.

Les prebstres et parroissiens catholicques dudit village se trouvèrent moult esbays d'ouïr ce cordeher prescher tout au contraire de ce qu'il avoit faict le dimanche de devant. Et à la vérité, si leur seigneur n'èust esté présent à son sermon poiu* le garder, l'eussent porté dans la rivière pour le noyer, et ne se purent garder de luy dire injure dans l'église et en la présence de leur dit seigneur. Mons. le cordelier, ayant ainsi renoncé à la religion catholicque et romaine, pensoit avoir assez gangné et pensoit pour cela qu'il demeureroit audit lieu de la Motte quotidiennement près de sa sœur cordelière, pour mieux entretenir leurs vieilles amours. Mais fut esbay que au lendemain on luy bailla congé et le renvoya à sa bonne aventure, l'exhortant de persévérer à prescher la vérité de l'évangile réformé, comme il avoit

commencé. Le pauvre diable, se voyant ainsi trompé, se repeûtit 1561. d^avoir obéi, et sans contraincte, à la volunté de sa dame etdesdictz d'Esternay, De retourner à Provins aucunement, jugea bien qu'il n*y faisoit pas sûr pour luy, et que Ton sçauroit bien en peu de temps sa faulte, ce qui fiit vray; de se représenter à la religion n'osa, de peur d'estre trop rudement chastié, et, estant en tel désastre, quitta Thabit gris et se retira à Genefve ou aultre lieu de sûreté pour avoir sa vie saulve, et oncques depuis ne fiit veu audit Provins. Aulcuns, à qui il se descouvrit après sa faulte, dirent qu'il leur avoit recognu que, si ce n*eust esté la vaine espérance qui le trompa d'estre marié ou de jouir du plaisir de laditte cordelière, il ne se fust oncques desbauché de la religion catholicque et romaine. Quand les jacobins de Provins sceurent que mons. le cordelier avoit faict ceste esclandre à la religion de S^Francoys, forent bien ayses, pour avoir de quoy se deffendre contre les aultres cordeliers dudit Provins, qui avec hault courage se vantoient d'estre plus fidelles et catholicques administrateurs du sainct Evangile que lesditz jacobins; et au contraire moult furent dolens lesditz cordeliers de ce scandale advenu en leur religion par ledit cordelier de leur couvent. Et du depuis, lesdictz cordeliers et jacobins dudit Provins se réalièrent en amitié et fraternité monasticque Tung avec Taultre, se voyans tous estre malades d'une mesme maladie. Ledit cordelier Lamberty n'avoit aprins ceste doctrine de feu son oncle, nostre maistre Ayoul Lamberty, docteur de Paris des plus fameux et sçavans de son temps

Convocation du condle de Trente ^. — Noms des légats , cardinaux , archevêques , évéques, abbés, docteurs, orateurs laïques et principalement de ceux de France qui y assistèrent. — Charles IX envoie deux lettres au concile, la seconde pour annoncer le succès de la bataille de Dreux. — Noms des princes et rois qui y furent présents, -r- Décrets sur les époques de la célébration du mariage; sur les empêchements apportés au mariage par les liens de parenté entre les époux; sur les bréviaires; sur lès livres d'instruction religieuse.

' Le concile de Trente dura depuis Tan nouvelle convocation fut fidte, le ag noi545 jusqu*à Tan i563. Après Finterrup- vembre i56o, pour le jour de Pâques de tion qui avait suivi la xvi* session, une Tannée suivante.

1561. Ledit sainct concile fut levé et déterminé en Tan i563, et receu et publié à Rome, en toute l'Italie , en Espaigne, en Portugal et en toutes les terres et royaumes catholicques, excepté en France, à cause des troubles et guerres civiles qui avoient et ont eu longtemps de<puis cours au royaume,

Aulcuns archevesques et évesques taschèrent à le &ire observer, à faire résider les curez de leurs diocèses, et à tollir la pluralité des bénéfices incompatibles, mais n^en purent venir à bout, d'aultant que le roy n avoit faict publier ledit concile par son royaume, et ne voulut remettre les élections en Téglise , qui estoit et est le principal poinct et le plus nécessaire en Téglise gallicane.

Mons. le card. de Lorraine se retrancha ung peu de la pluralité de ses bénéfices et s'en deschargea stu*ses familiers. Il donna Tévescfaé de Metz en Lorraine à mons. le card. de Guise, son frère; il ne retint i soy que son archevesché de Reims , avec les abbayes de S^-Remy dudit Reims et de S^-Denis en France. Tout le reste fut par luy résigné.

Il régla les chanoines de son église de Reims en meilleure forme et assistance qu'ilz n'estoient et faisoient au service divin, les dota sur son revenu d'ung pain et une pinte de vin, et les exhorta de quitter les cures qu ilz avoient par son diocèse et aultres heux aux prebstres qui n'avoient aucun bénéfice, affin que les ungs et les autres eus$»t moyen de vacquer aux charges requises par leurs bénéfices.

Mons. Tarchevesque de Sens, après son retour dudit concile, exhorta ses* chanoines de faire le pareil; mais ny voulurent entendre, ne luy à augmenter leur revenu. Toutesfois, partie par amitié, partie par menaces, les induisit et contraignit de Êulre meilleure assistance aux heures canoniales et grand messe qu ilz ne faisoient auparavant.

n archevesque et son officiai attentèrent de donner des dispenses du quatriesme degré de consanguinité et affinité à ceux qui se vouloient marier en tel degré, et disoient que le concile Tavoit permis, ce qui toutesfois se trouva faux, et, après en avoir usé quatre et cinq ans , se déportèrent et n*en voulurent plus bailler

liTAT DBS AFFAIRES EN FRANCE. — LE BUG DE GUISE SE REND X PARIS. — TENTATIVE AYORTl^E DBS PROTESTANTS POUR S'EMPARER DE LA PERSONNE DU ROI. — GONDS SB

REND HAhUB D'ORCl^ANS. SACGAGEHENT DE MEAUZ. CRUAUTES COMMISES X

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