PRISE DE THBROUANNB ET D*HBSDIN PAR CHARLES-QUINT. BATAILLE DE RENTT
MISERE DU PEUPLE EN PfCARDIE.
155/i. Suite des guerres entre Charles-Quint et Henri H. — L'empereur s'empare de Thérouanne et d'Hesdin *. — Le roi de France rassemble son armée à la Fèreen-Tardenoîs; cette armée, dirigée sur la Picardie, rencontre les troupes de l'empereur près de Renty.
Audict Renty y eut des coups donnés des deux camps Tung
contre i'aultre, et fut ce combat appelé la journée de Renty, en laquelle plusieurs hommes furent tuez, aultres bien blessez, et les aultres prins prisonniers^. Monseigneur le duc de Guyse, Françoys de Lorraine, qui menoit Tavant-garde , fut jette à bas par quatre fois de dessus son cheval et à la fin fort blessé, ayant ung coup de lance au travers de la cuisse qui lardoit sadite cuisse avec le cheval; toutesfois ne demeura arresté, ains se saulva et ne fut prisonnier. Avec ledit seigneur de Guyse estoit le bastard de Monmçrancy, filz illégitime de monseigneur le connestable, qui, après avoir ver-
^ Sur la prise de Thérouanne et d'Hesdin , voy. les Commentaires de François de Rabutin. (CoUect. Michaud et Poujoulat, t. VU, i" série, p. 449 et suiv. et Brésin, Chron . de Flandre et d'A rtois , ms. Bibi. imp. fonds Gaigaiéres, n* 684, fol. 647-667.)
* La bataille de Renty fui livrée le i3
août i554. (Voy. les Mémoires de Sauk- Tavannes , 1 554 1 coUect. Michaud , t. VIII , p. 189.) — M. Leroux de Lincy a publié, dans son Recueil de Chants historiques français , a* série , p. ao3 , une chanson sur la bataille de Rçnty. Je n ai pas retrouvé le texte de celle que Cl. Haton cite plus loin.
tueusement combattu, fut tué sur le champ; de la mort duquel ne 1554. furent fort marrys les habitans de Provins, pour les grandes insoUences qu'il avoit faict en leur ville.
Monseigneur le connestable , qui conduisoit la bataille , fut taxé de n avoir faict son debvoir à ladite journée , et estoit le bruict par le camp et depuis par la France que, s'il eust faict son debvoir d'employer les gens de sa conduitte, l'empereur eust esté prins prisonnier. Car l'escadron dudit empereur estant rompu, commançoient à fiiyr en grand désordre, ce que bien véoit ledit connestable, pour estre en ung lieu hault et fort avantageux; mais, au lieu de courre sur eux et au devant pour les arrester et combatre, il se destourna pour leur faire passage, qui fut cause de faire saulver l'empereur qu'il ne fût prins. Lequel empereur, du grand dueil qu'il avoit d'avoir perdu la journée, tomba en grosse maladie, dont il cuyda morir. Et fut faict par les Françoys une chanson de ladite journée au vitupère dudit empereur et son camp, de laquelle chascun couplet se terminoit ou reprenoit par telz motz : 0 Jehan Gippon et la royne de Hongrie. Et pour lors, en France, on appelloit ledit empereur Jehan Gippon, en manière de vitupère et hayne qu'on luy pourtoit.
Depuis ceste journée de Ranty, plusieurs personnes chargèrent l'honneur de monseignexu* le connestable, disant qu'il avoit esté traître au roy et au royaume. Et en parloient principallcment ceux qui veirent manier l'affaire, lesquelz tenoient pour tout certain que ledit connestable avoit intelligence avec ledit empereur, et eust mieux aymé estre son prisonnier que ledit empereur eust esté le sien;' et depuis ce temps-là jusques à sa mort a esté taxé de ce crime, non du roy, car on n'en eust sceu mal dire à Sa Majesté, tant il la sçavoit bien entretenir et faire croyre à ses dieux.
Plusieurs furent prins prisonniers à ladite journée, et des grans seigneurs de part et d'aidtre. De la part du roy, fut prins monsieur le mareschal de la Marche, appelle monsieur de Sedan \ et avec luy
^ RobertdelaMarck,IV'danom,s'de dit qu*il fut pris à Hesdin, le 18 juillet Fleurangea, né en 1^90. Le P. Anselme i556.
155&. monsieur de Momberon, appelle Robert de Momberon\ demourant à Tourvoys, paroisse de Sordun-lez-Provins, et plusieurs aultres Françoys. De la part de Tempereur et des Bourguignons, fut aussi prins prisonnier le duc d'Ascot^, allement, grand seigneur, dont la prinse resjouit beaucoup le roy et le royaume, car c'estoit l'ung des principaux gouverneurs du camp de Tempereur et des meilleurs entrepreneurs qu'il eust; de cette prinse et de la journée gangnée furent faictz à Paris feuz de joye, en signe de grande allégresse et réjouissance. Peu de temps après, le duc d'Ascot fut amené prisonnier à Paris et mis à la Bastille, et depuis au chasteau de Vincenne lez Paris , où il fut jusques à sa fuitte
Plusieurs des provinces de France ne se sentent des guerres que parce qu'elles sont obligées de fournir des farines et des pionniers. — Le bon ordre est prescrit et observé dans farmée du roi. Il ne se trouve pas un homme de guerre qui ose loger de force chez les laboureurs ou prendre quelque chose sans Tavoir payé.
Les pauvres gens de Piccardie , depuis Soissons jusques aux frontières de Flandre, avoient fort à faire, car ilz soustenoient le faiz de la guerre, et principailement ceux des villages et villes de frontières, qui furent contrainctz d'abandonner leurs maisons et pays et de se retirer en ce pays, hommes, femmes et petits enfans, desquelz on estoit fort pitoiable ', mesme le roy, qui leur faisoit donner argent pour
^ Robert de Montberoa, seigneur de Tourvoye, lieutenant des cent-suisses de la garde, mort le ^ septembre i56i.
* Philippe, sire de Croy, troisième du nom, duc d*Ârschot, prince de Chimay, mort en 169 5.^
' On Ut dans un mémoire de M. Taillandier (Extraits des registres du parlem. de Paris, nouv. série, t. VI, p. 44^ des Mémoires de la Société des Aâliquaires de France) : « i552. 11 paraît qu'alors il existait à Paris un très-grand nombre de pauvres venus de Picardie et d'autres provinces. Des commissaires étaient chargés
de mettre de Tordre dans cette population turbulente. Les pauvres domicihés à Paris étaient inscrits sur un rôle dressé en chaque paroisse. Il fut enjoint , le 1 8 janvier i55a , à tous les mendiants étrangers de quitter la ville dans les trois jours , à peine de prison et autres plus grandes peines; > et ailleurs (p. 45i), sous la date de 1 557 : t Les pays ravagés par l'a guerre voyaient leurs habitants les abandonner et arriver en foule à Paris. Il y eut, le 3 décembre 1 557, une ordonnance rendue par le parlement pour que le dimanche suivant il se tint à Thôtel de ville une assem-
vivre, quant ilz se présentoient à luy, ainsi que je Tai veu de mes 1554. yeux; et n avoit le roy rien en plus grand ennuy que la misère de ces pauvres gens, pour le repos desquelz il désiroit fort qu'il pleust à Dieu luy donner la paix, pour laquelle avoir, souvent se recommandoit au peuple de France et Texortoit de faire prière à Dieu de la luy donner. Mais estoit contrainct par chascun an de relever les armes pour se deffendre contre ledit empereur, qui ne faiiloit de Tassaillir et le royaume par ledit pays de Picardie, combien qu'il empereiu* y eust tousjours du pire.
Voyant l'empereur qu'il perdoit son temps contre le roy de France, avec sa perte et courte honte , suyvant sa coustimie quant il n'estoit le plus fort, demanda trêve au roy pour trois ans, laissant les affaires en suspens touchant la guerre , durant laquelle trêve chascun jouyroit de ce qu'il tenoit et avoit conquis sur son ennemy, en attendant le moyen de faire la paix Tung avec l'aultre ; à quoy le roy voluntiers s'accorda pour le repos des pauvres gens de Piccardie et poiu* l'honneur qui luy en demeuroit, avec le prof&t, car sa majesté avoit beaucoup plus sm* le pays dudit empereur et ses alliés qu'il empereur et les siens n'avoient sur luy.
Les impériaux et les Français laissent dans les villes prises de fortes garnisons. — La guerre cesse en Piémont, où Henri II avait aussi obtenu des succès.