‹ Memoires de Claude Haton (volume 3)Chapitre 38 sur 44 · U MÉMOIRES · texte numérisé non relu

U MÉMOIRES

1562. qui, soubz ung faulx baillé a entendre, leur furent accordez par ledit comte palatin et aiiltrcs seigneurs d'Allemaigne.

(^e mot de rcisfres n'avoit oncques, du vivant des plus anciens, (îsté en usage en France, et n'en avoit-on jamais parlé qu'à présent, encores que de tout temps les roys de Franco se fussent servis en loutes guerres des AUemans, Suisses et lansquenetz, qui sont contenus soubz ce mot et nom de Germanie ou d'AUemaigne. J'ai falct tOTit debvoir d'enquérir à plusieurs personnes qui s'estimoient sçavoir toutes choses, que signifioil ce mot de reistres; mais n'ai sceu trouver homme qui m'en aye faict sage comme j'eusse bien volu.

J^e roy et la royne sa mère, par le conseil de nions, le connestable et du seigneur de Guise, après avoir deument esté advertis de la levée et partement desditz reistres de leur pays pour entrer en France au secours des huguenotz condéiens, despeschèrent mons. d'Aumalle avec ample commission de lexertous gens de guerre qu'il trouveroit par les champs des pays de Champaigne, Bric et Bourgongne, tant de pied que de cheval, et de faire sonnerie tabourin, pour en lever de nouveaux pour le secours du roy, si ceux qu'il trouveroit ne sufllsoient. et de tous faire ung camp gros et suffisant pour combatre lesditz reistres et les empescher de joindre le prince de Condé ni .ses huguenotz; duquel il fut faict lieutenant général pour sa majesté Ledit seigneur d'Aumalle, dès la Sainct-Remy, se transporta en son gouvernement de Bourgogne avec sa commission, pour s'enquérir et estre faict certain de la venue desditz reistres et du passage qu'ilz prenoient, et du tout ayant eu certaines novelles, lit sonner le tabourin , à noveaux capitaines, auxquelz il bailla commission pour lever des soldalz, pour commencer à faire son camp et anias. Toutes les compagnies qu'il trouva par les champs des pays susditz furent par luy arrestees à son secours, et parce cpi'il ne trouva gens par les champs que des gens de pied, manda à mons. de Guise, son frère, que du camp du roy envoyast certaines compagnies de cheval, ce qui fut faict; ot tant travailla qu'il assembla jusques à de hulct à neuf milles personnes en son camp pour aller au devant desditz reistres. Geste levée

uouvellc <1r gens de guerre porta img gros domiige aiisdîU pays de Brie et Chainpaigue , car lii tindiciil les villages plus de cimg snpmaines avant qup d'estre assemblez, et tonjoui-s reistres enlioient es pays cl gsngnoient la France.

Le camp dudit sieur d'Aumalle, assemblé nu delà de Chasions oit riittmpaigiif, l'ut par luy conduict jusqucs en Lorraine, en intention de cbocquer là lesditï reistres et de les combatre. pour les empescher de passer plus avanl; mais advint que, quand il lut prost de ce fairt*. I» royne mère luy envoya lettres signées de sa main, cachetées du cachet du roy. qu'il ne les combatisllà, ains qu'il les lalssast entrer plus «vanl Mn$ leur rien faire ; et depuis ce joui-, ledit sieur d'Aumallo. de denx en deux jours, recepvoit mandement de ladilte dame que nullement il n'aUquasl Icsditz reistres. Les soldats du camp dudit seigneur ne demandoïent qu'à frapper dessus les lif-lof de reistres, et combien que ledit seigneur ne les licenciast de se ruer sus, si esl-ce que, voyant ÎBur commodité, ne les iaissoient b. repos, et oe eussent osé lesdîtï reistres a'escarter de leur camp que bien viste ne fussent reserre?. , et en assommoit-on tous les jours quelqu'un. De quoy fut laditte dame advertie, laquelle derechef manda audit sieur qu'il continsl ses soldatz de se plus ruer sur îesdilR reistres. Lescpielz, se voyans en sanivegarde . s'acheminèrent par au-dessus de Langres, et de la par auprès de Dijon pour passer aisément ta rivière de Saône à Chanceaux, où elle prend sa souice. De Cbanceaux prindrent le chemin par au-dessus d'Auxerre pour faire le passage de la rivière d'Yonne, et d'Auxerre s'allèrent joindre avec mons. le prince de Condé auprès d'Orléans, à la conduitte du seigneur d'Andelot, qui estoit tousjours avec eux, qui sçavoit tous les portz et passages des rivières.

Mons. d'Aumalle avec son camp les costoya tousjours, une rivière entre deux, depuis la Lorraine ju.squcs k S'-FIorentin ou lea environs. Lequel, les voyant estre à toute seurelé près de leurs forces, bailla congé aux gens de son camp de se rafreschir par les villages, on allant i petites journées trouver le camp du roy la part qu'il seroit, qui pour lors estoit encores en Normandie. Auquel camp de Normandie

1562. s'alla pareillement rendre ledit seigneur d'Aiinialle, dire où il avoit conduicl lesditz reistres par le niandeinenl de la royne. Depuis caste heure-là, les princes et seigneurs du parly du roy appcrceurent la grande faulte qu'ilz avoient faicl d'avoir donné le gouvernement du roy et du royaume à ccsle femme, qui ne laschoit qu'à brouiller les cartes de part et d'aultre, affin qu'ayant mis les princes et seigneurs en dissention les ungs contre les aultres, et par la mesfiance qu'ilz prendcroient les ungs des aultres, elle seidle demeurast gouvernante de son fdz et du royaume. Il eust beaucoup mieux valu, pour le proufTit de la France et principallement des pays de Cbampaigne, Brie et Bourgongne, que ledit sieur d'AumalIe ni aultres fussent allé au devant desditz reistres; car ce fut la ruyne des villages où ilz logèrent. Après que ledit seigneur eutlicentié son camp de s'aller rafreschir, plusieurs bons soldatz, ayans veu les menées que dessus, se cassèrent et ne volurcnt plus suyvre, ains se retirèrent en leurs maisons, jugeant bien que le meilleur n'en vauldroit rien.

Le roy et ses gouverneurs, sçacliant à la vérité la levée des reistres, et voyans par cliascun jour novelles surprises des villes de France, envoyèrent mandement en toutes celles qui tenoient encores bon pour S. M. à ce que les habitans eussent à se bien garder nuict et jour, de peur d'eslre surprins. Et pour se tenir en plus grande sûreté, on leur bailla commission d'eslire un": îjentilhonune dlionnem* et de crédit non huguenot, pour estrc capitaine desdittes villes où il y avoit bailliage et des aultres qui seroient du ressort dudit bailliage; lequel auroit puissance de louer et entretenir quelques compagnies de gens d'armes, pour courre sus à ceux qui attenteroient de prendre les villes, ou qui tiendroient les chauïps par les villages desditz bailliages sans commission de saditte majesté. Ce mandement, venu à Provins, fut leu en l'auditoire à jour de plaiz, et heure fut prinse pour assembler le corps de la ville, et procéder à l'élection d'un gentilhomme pour estre capitaine. Au jour et heure déterminés, s'assemblèrent dans Thostel de la ville dudit lieu les gens de justice, avec les procureur et eschevins d'icelle et avec quelques habitans ; lesquelz esleurentmons.deRochefort, seigneur de

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Montmirail en Brie poiu' leur capitaine ^; car il estoit homme de grand 1562. crédit et riche de grands biens. Il fut esleu en son absence. Je ne sçai si j'équivocque poinct, en disant qu'il/ de Provins eslurent ledit seigneur de Rochefort pour leur capitaine, ou si le roy et ses gouverneurs l'avoient poinct faict capitaine de. Provins sans Télection deshabitans. Or, par qui et comment cela fut faict, si est-ce pour tout certain que ledit de Rochefort fut faict capitaine dudit Provins, du bailliage et ressort d'icehiy. Lesditz de Provins, suyvant le mandement du roy ou de leur auctorité privée, taxèrent leur ville, bailliage et ressoil d'jceluy à sept mille livres loiun. (festat par chascun moys de Tan audit Rochefort, pour subvenir aux fraiz de sa charge. Lesquelles 7,000 livres furent téméraireïuent imposées sur toutes personnes de toutes qualitez, exempts et non exempts (les gentilshommes qui estoicnt à la guerre poxu' le service du roy exemptez seullement), par M*^ Jehan Alleaume, bailly dudit heu, Denis Legrand, advocat du roy, Jehan de Ville, procureur du roy, Jehan Robinot, Nicolas Philippe, etc. procureur et eschevins dudit Provins, sans demander Tadvis et consentement des aultres villes et vilWes dudit bailliai'e et ressort, mesmement sans appeler les gens d'église dudit Provins, qui furenl par eux taxez et cottez à la taille qu'ilz en firent.

M. (le RocliororI l'ail son entrée à Provins, connue capitaine du la \ill(\ avecplus de cinquante? <\ivaliers: il es! reru en grande pompe. \a' bailli, les gens du roi, réclievinage et 1rs bourgeois notables von! le recevoir au \illag(.» de Voullon; deux cents ar(|uel)usi('rs sont mis sur pied; on lire le canon, etc. — La levée de la taille destinée au traitement de M. de Rochefort change bientôt cette joie en niécont(întement; les gens d'église de Provins se rendent tous (înseml)le opposants à cette mesure, et font citer le bailli et les gens du roi à la cour des aides, comme avant le\é des deniers sans commission rovale et sans le consentement des intéressés. — I.e bailli, craignant de» perdre le procès cri peut-être la vie, promet aux ecclésiastiques de leur rendre» Fargent payé par eux et de ne plus leur en demander; sur ces bases, un arrangement se conclut et le procès est mis au néant. — Les habitants de Provins payent le premier mois de la taille; quant aux

' Jacques, comte de Rochelorl. baron II était fils de Charles de Silly, s* de la do Montmirail, mort sans enfants en i .^)70 nuclioguyon, Rochefort, etc.

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1562. f^ens des villages, on leur fait payer deux mois, et le capitaine La Grue est envoyé avec sa compagnie pour contraindre les récalcitrants.

Mons. le prince de Condc, ayant receii ses reistres, fit sortir d'Orléans et des aultres villes qui tenoient encores pour sa cause les huguenotz qui estoient pour porter les armes contre le roy, tant de pied que de cheval, et dressa son camp, qui se trouva monter en tout au nombre de vingt-cinq milles personnes ; duquel estoient chefz et gouverneurs les sieurs admirai do France , d'Andelot son frère , La Rochefoucault et de Mouy, qui, après le seigneur de Guise, estoient estimez les meilleurs guerriers de France, avec le capitaine Lorge, dit Mongomery, qui s'cstoit saidvé à la prinse de Rouen, ainsi que l'avons dict. Ledit sieur de Condé fit sortir quant et quant soy plusieurs simples personnes d'Orléans, qui luy servoient de castadours, pour conduire quelques pièces d'artillerie qu'il avoit prins dans laditte ville. Son camp fut composé de environ dix milles piétons soldatz, et le reste de cavediers, fort en ordre et bien montez; la pluspart Françoys naturelz et des ordonnances du roy et gentilzhommes du pays, tous aguerris et qui cheminoient de courage. Ce camp dressé, ledit sieur prince, qui en estoit seul gouverneur, le fit cheminer d'Orléans à Pluviers, petite ville mal fermée et peu forte , dans laquelle il sçavoit y avoir deux ou trois compagnies de gens de pied pour le roy; laquelle il alla assiéger et sommer de se rendre à luy. Ce que ne volurent faire du preniier coup les habitans et capitaines d'icelle; au refus desquelz furent desbandez les canons et artillerie dudit sieur prince, qui, en peu de temps, firent bresche et abatirent les murailles, qui n'estoient que de menue pierre maçonnée de terre. Les habitans de la ville et les capitaines qui estoient dedans pour le roy, voyant les murailles de leur ville abbalucs, résolurent de se rendre audit sieur prince, leurs vies et bagues saulves, pour le regard desditz capitaines et soldatz, et, pour le regard des habitans, leurs vies et biens saulfz, sans estre pillez ni rançonnez d'aultre chose que de vivres qu'ilz promettoient foiu^nir pour la nouriturc et vie des gens de guerre dudit sieur prince. A laquelle composition les rcceut ledit sieur

prince, sans leur tenir promesse'; car, après quil et son camp furent 1562. logez dans laditte ville, irrité de ce qu'on luy avoil à sa première requeste refusé l'entrée, et qu'ilz de la ville avoient en se deffendant tué plusieurs de ses gens, fit prendre prisonniers tous les capitaines," tant de gens de guerre du roy que de la ville, lesquelz il lit pendre et estrangler au lendemain de son entrée en laditte ville, en la présence de leurs soldatz et desbahitans d'icelle. Au premier jour que ledit seigneur fut entré dans Pluviers, il fit séparer les soldatz du roy qu'il trouva dedans d'avec les gens de la ville, lesquelz il fil enserrer prisonniers dans des granges, où il les lit guarder toute la nuict; parmi lesquelz s'estoient saulvez les probstres de la ville et des villages qui s'estoient retirez léans, et au lendemain les alla tous visiter. Il tira les prebstres d'avec les soldatz, et les sépara à part pour les mener au gibet avec les capitaines, qui furent avec eux pendus, et donna la vie saulve aux soldatz, à ceste condition qu'ilz se retireroient cbascun en leurs maisons et que de leur vie ne porteroient les armes en lieu du monde contre luy ni la cause pour laquelle il combattoit, et de ce leur fit faire le serment, ce qu'ilz firent pour saulver leur vie; et, après leur serment faict, les fit desvaliser d'armes et des meilleures bardes qu'ilz eussent avec leur argent, et les envoya en cueilleurs de pommes hors de la ville, sans leur faire donner img morceau de pain, encores qu'ilz n'eussent mangé il y avoit près de trente-six beures.

Lesditz soldatz s'esmcrveillèrent moult de ce qu'il cboisit luy-mesme les prebstres qui estoient parmy eux esdittes granges, babillez comme eux et non en prebstres, et si toutesfois n'en laissa ung seul et les tira tous, sans qu'ilz apperceussent que aulcune personne les luy monstrast. Toutesfois, ilz eurent ceste oppinion que quelque huguenot secret de laditte ville les luy avoit enseignez et donnez à en-

* Pilbiviers ou Pluviers, dans la foret Tliou avance (jue les prèlres qui furent

d'Orléans, se rendit le 1 1 novembre. trouvés dans la ville lurent inbumuinc-

D'Aubigné, Tlist. univ. 1. Ill, p. iG3, dit ment massacrés, qu'on pendit deux capi-

que la garnison eut la vie sauve, « borsuiis taintîs, (|u'on désarma et dépouilla le» sol-

quclques preslres et deux capitaines, qui dat». {Ilist. univ. liv. XXXÏll. ) avoient manqué de foy au prince, r De

1562. tendre par leurs habitz desquelz ilz estoient vestus. Tous ne furent pendus; car il en échappa quelques ungs à rançon, par le moyen de quelques genlilzhomnies huguenolz qui estoient en la trouppe du camp, qui les saulvèrent. Les habitans de la ville furent fort mal traitez, pillez et rançonnez des gens dudit prince, et mangez jusques à tout, et ne leur demeura de meubles que ce que les gens de son camp ne volurent charger. Et furent falctes ces choses entre la feste de Toussainctz et celle de la S*-Martin d'hiver; car le dimanche d'après la S -Martin, qui estolt le quatriesme jour du moys de novembre, rapasscrent par Provins plus de /loo dcsditz soldatz, tous ung baston de vigne en leur main pour toutes armes, esquippez en la façon que dessus, qui s'en rctournoient en leur pays de Champaigne es environs de Reims, Chaslons et S*®-Menehoue , où ilz avoient esté levez au son du tabourin, par lo mandement de mons. d'Aumalle, pour aller au devant des reislres, ainsi qu'avons dict ci-dessus, et depuis mis en garnison en laditte ville de Pluviers par ledit sieur d'Aumalle, pour amuser ledit prince, en attendant l'exploict de Rouen et de la Normandie. Les pauvres soldatz demandoient Taumosne d'huis k huis par la ville et par les villages, et, parce qu'ilz estoient en grande trouppe, prcnoient le pain des maisons des villages esquelles on leur refusoit de leur en donner pour Dieu , Temporloient par force , et aultre mal ne faisoieni, faulte de meilleur moyen.

Après que Icdil seigneur de Condé eut fait piller et manger la petite ville de Pluviers, il fît marcher son camp à Estampes, ville assez grosse, mais mal peuplée et peu forte; dans laquelle il entra sans aucune résistence et y trouva les portes ouvertes et sans aulcune garde. De laquelle ville estoient deslogez la compagnie de mons. le marcschai de Saint-André, avec cpielques compagnies de gens de pied, que mons. de Guise y avoit mis en garnison de par le roy pour la garde de laditte. Lesquelz, ayans eu novelle du maulvàis traictement que ledit sieur de Condé avoit faict à ceux de Pluviers, escampèrent avant sa venue et s'allèrent saulver en la ville de Paris. Les ecclésiasticques et riches bourgeois dudit lieu n'atendirent sa venue, ains, avec les

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finances des églises et de leurs maisons, s'allèrent nioltre en saulve 1562. g<irde audit Paris, distant dudit Estampes de quinze petites lieues pour le plus. Ledit prince et son camp s'arrestèrent audit Estampes quelques dix ou douze jours, pour la piller et pour donner ordre aux aflaires de son cntreprinsc. Durant lequel temps il (il saccager la petite ville de la Ferlé-Alex \ et brusler les portes, alTm qu'à luv et à ses gens leur fust libre d'entrer et sortir à toutes heures, et pour y recevoir les vivres qu'il faisoit avaller par la rivière qui passe par icelle, qui vient de Pluviers et au-dessus. Il fit saccager et piller l'église et le prieuré fhulit lieu, où il trouva encores à butiner, mais non le meilleur. Le seigneur de Mouy fut logé en icelle avec les gens de sa conduitte, disant le temps qu'ilz séjournèrent auxditz lieux d'Estampes et la Ferté-Alex. Ils peiisoient jà estre roys du royaume, parce qu'ilz ne trouvoient personne qui leur résistât, car le roy et son camp estoient encores en Normandie. Hz tentèrent de trouver passages sur la rivière de Seine et de passer en la Brie, affin de se saisir des rivières de Seine et de Marne, pour empescher les vivres qui se menoient par icelles rivières à Paris, et afl'amer cette ville. Le prince fit explorer le pont de Chamois ou Samois^, qui est sur laditte rivière de Seine, entre les villes de Montereau-Fault-Yonne et Melun, qui est l'ung des plus beaux pontz de pierre qui soit sur laditte jivière; mais en vain travailla. (]ar uïons. de Guise y avoit mis de si bonne garde et fidelles capitaines que les explorateurs ne s'en retournèrent tous luy dire les nouvelles, et si avoit donné commission ledit seigneur aux capitaines qu'il avoit envoyé en garnison audit Samois, qui est au bout dudit pont, du costé de Gastinois, et à cestuy qui estoit dans Hé^icy^ qui est au bout dudit pont, du costé de la Brie, que, au cas qu'ilz fussent forcez de lever ledit passage, ilz, en se retirant, fissent rompre ledit pont au millieu de la rivière, au lieu le plus dangereux

* La Ferlé-Aleps, département de Seine- de Fontainebleau, c.sl sihic sur la rive et-Oise , arrondissement d*Etampes. gauche de la Seine.

* Le village de Samois , déparlement de ^ Seine-et-Marne» arrondissement de Seine-et-Marne, arrondissement el canton Fontainebleau, canton du Chàtelet.

1562. et périssable. Ce quilz firent, après avoir entendu que ledit prince y vouloit faire cheminer son camp pour passer, et se retirèrent tous dans Héricy, au bout dudit pont qui est du costé de la Brie, pour attendre là ledit sieur prince, qui, ayant eu nouvelle de la rupture dudit pont, ne s'en approcha. Ledit sieur de Guise envoya mandement aux villes et bailliages qui sont depuis la ville de Nogent-sur- Seine jusques à Rouen de garder et faire garder les poutz et passages qui sont sur laditte rivière, pour empescher lesditz huguenotz d'y passer et aussi de enfoncer et effunder en l'eau tous les bacz , bateaux et nacelles qui estoient sur laditte rivière, ce qui fut faict.

Ledit sieur prince fut en délibération d'aller passer à Montereau- Fault- Yonne; mais fut adverty qu'il y avoit une garnison pour le roy, comme aussi y avoit dans les villes de Melun et de Corbeil. Parquoy résolut avec son conseil qu'il estoit pour eux plus expédient d'aller tenter la fortune au passage de Corbeil qu'à ccluy de nulle aultre des villes dessus dictes, affin de ne perdre temps et de n'esloigner de trop loing la commodité qu'ilz prétcndoient de trouver quelque passage au dessoubz de Paris, pour passer la rivière de Seine, et fuyr au Havre de Grâce, où le camp du roy n avoit esté, ou bien de ne s'enserrer entre deux rivières, de peur qu'estans pressez par nécessité de bataille ou rencontre ilz ne pussent regangner leur tesnière, qui estoit la ville d'Orléans. Avant que de se présenter devant la ville de Corbeil, mons. le prince de Condé employa tous ses moyens de faveur et amytié pour gangner mons. de Pavans, qui estoit en laditte ville lieutenant pour le roy, et taschcr qu'il luy livrast et rendist icelle ville \ ce que ne voulut faire ledit de Pavans, pour promesses ni offres qui luy furent faictes fort avantageuses et opulentes. Quoy voyant ledit sieur prince, forcené de despit, fit mener son camp devant laditte ville, qu'il assiégea et bâtit de son artillerie; mais trouva aultres murailleç et forteresses qu'il n'avoit faict à Pluviers. Il fut fort bien receu dudit sieur de Pavans à coups d'artillerie, qui des tours de

* Charles de Coules, s' de Pavans, chevalier de Tordre, lieulenanl de la compagnie du duc de Lorrahie.

la ville et des églises fit escarmoucher les gens dudit prince, en telle 1562. sorte qu'ilz furent contrainetz de se loger dans les maisons des fauxbourgs pour se saulver des canonades catholicques, et n'en eussent osé sortir hors de jour, de peur d'estre tuez. Ledit de Condé demanda à parlementer audit de Pavans, pour veoir s'il le respect eroit et obéiroit mieux à sa personne qu'aux messagers qu'il luy avoit envoyé pour avoir ledit passage, promettant ne faire aulcun desplaisir à la ville, aux habitans d'icelle, ni aux gens de guerre qui y estoient, lesquelz fort il pria d'accepter son parti et de quitter celuy du roy et du prince guisien. Desquelles requestes fut refusé par ledit de Pavans, qui, pour sa récompense, fut dudit sieur prince fort menacé, pour veoir si, par lesdittes menaces, il obéiroit poinct mieux que par amytié; mais travailla en vain, et eut pour response ledit sieur prince qu'il, avant que d'avoir la ville de Corbeil, fauldroit qu'il eust la vie de luy de Pavans et de plus de cinq cens nobles gcntilzliommes guerriers, tous féaux et loyaux serviteurs du roy, et conséquemcnt de tous les habitans de la ville, qui estoient en icellc bien résoluz de s'emploier pour le service du roy et de la religion catbolicque jusques à la dernière goutte de leur sang. De laquelle response fut fort mal content ledit sieur prince, qui, en se retirant, dit audict de Pavans que tost ou tard il en auroit sa raison. Ledict sieur prince, pour son honneur, n'osa encores ce jour-là, ni huict après, lever le siège de devant laditte ville; mais au contraire fit rassembler et camper son camp devant les wiiurailles, qu'il fit canoner assez rudement, selon le peu de moyens cjn'il avoit, et donna la charge de la conduittc de l'aflaire à ung capi- 't.aine de sa troupe des plus signalez et renommez qu'il eust, le sieur cie Briquemaux lez-Chastillon-sur-Loin, homme aussi meschant que ^"edoubté. Lequel, en faisant trop du bon mesnager en ceste afiaire, ïut par ung canonier de la ville tué d'ung coup de fauconneau et mis ^3n plusieurs pièces. De la mort duquel fut fort marry ledit sieur prince, c^omme aussi fut l'admirai de France, qui estoit avec luy. Ledit sieur "prince, après avoir perdu son capitaine et bien deux ou trois cens «ommes de son camp, honteusement leva le siège de devant Corbeil,

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1562. et lalia camper près les fauxbourgs S*-Marceau de Paris, où il fui à séjourner Tespace de trois sepmaines toutes entières, en intention (fassiéger laditlc ville de Paris, qu'il pensoil prendre d'assault ou par suiprinse, à cause des intelligences qu'il avoit avec les huguenotz de laditte ville, ([ui par tous niovens travailloient à le mettre dedans, si les gouverneurs d'icelle ne s'en fussent donnez de garde.

l/audace dudit sieur prince espouvanla aulcunemenl les Parisiens, quand ilz le virent campé devant leur ville. Lesquelz, pour remédier au\ inconvéniens, en attendant le roy, mons. de Guise et le camp, muent grosse garnison de gens de guerre (pi'ilz avoient levez dans les maisons des huguenotz de leur \ille, pour les tenir de court et quasi connue prisonniers, et les empescher de sortir desdittes maisons et de ne parler les imgs aux autres. Hz Parisiens firent sortir de leur ville toutes gens incognus et sans aveu, et fallut que tous ceux qui ne \oulurent partir de laditte ville se lissent advouer et donner gens qui respondissent d'eux; et firent ce poiu' obvier aux traïsons et au feu qu'ilz craignoient estre mis en leur ville par telles gens. Mons. le prince de Condé fit lascher plusieurs voilées de canon devant et par dessus la ville; aussi fit faire plusieurs courses à ses gens de cheval jusques aux portes d'icelle, pour tascher à tirer lesditz Parisiens au combat hors de leur ville, en intention d'exploiter la traison qu'il avoit dedans; mais oncques ne voidurent lesditz Parisiens sortir hors leurs barières; ilz aguettoient lesditz coureurs si proprement et si à poinct que, à cliascune course quilz faisoient, y demouroient toujours en la place mortz ou bien blessez, hommes ou ihevaux, des coups d'arquebuses et canons qu'ilz laschoient siu- eux. Parquoy furent lesditz assailliuis contrainctz de se tenir aux escartz et de ne plus approcher la ville de si près. Durant le siège, les garnisons pour le roy qui estoient dans Corbeil, Montlehéry et Dordan faisoient toujours quelques courses sm- les huguenotz du camp qu'ilz irouvoient aux escartz, et en escarmouchèrent assez bonnement, faisant quasi plus d'exploict sur iceux la nuit que le jour, poiu* ce que les nuitz esloiont en leurs plus grandes longueurs et les joms aux plus

petis de Tannée, qui estoit au commencement du moys de décembre; 1562. et pour ce furent contrainctz iceux hugucnotz de se camper tous ensemble, sans plus oser s'écarter les ungs des aultres.

Le roy et mons. de Guise, ayans receu nouvelles de Tassiégcment des villes de Corbeil et de Paris par lesdictz buguenotz, laissèrent, comme nous avons dict, le voyage du Havre de Grâce, pour aller au secours desdîttes villes et pour faire teste à Tennemy buguenol; et pour ce faire, ledit sieur de Guise lit acheminer le camp du roy à Paris, qui ne fut sans grande incomodité, pour la difficulté du temps d'hiver et des petis jours, qui n estoit temps propre pour le charroy de Tartillerie. Toutesfois, pour l'urgence de l'affaire qui pressoit, tout le camp print courage de se retirer vers les bons vins françoys, eslans tous hodez et lassez de boire le cydre de Normandie; et tant fut faict, qu'environ le vingtiesme jour du mois de décembre, le roy, la royne sa mère et mons. de Guise arrivèrent dans la ville de Paris, au grand reconfort et contentement des habitans d'icelle, le camp de S. M. estant es environs dudit Paris , entre le port de Neully , le pont S*-Clou, Poissi et Mante sur Seine, pour s'approcher de l'ennemy et l'empeschcr de ses desseings.

Dès au lendemain que le roy fut arrivé à Paris, la royne sa mère en partit pom' aller veoir le prince de Condé en assez petit train. Si elle en demanda congé au roy, je croy que non; si elle en print l'advis de messieurs le conncstable , de Guise et mareschal de S*-André , encores moings. Mais, de son auctorité particulière, voulut faire ce voyage, soubz la couverture d'aller parlementer de paix et de retirer ledit sieur prince de ceste rébellion. Avec lequel elle demoura en son parlement l'espace de cinq heures, seulle avec luy dans sa tente, sans estre veuz de personne. De ce qu'ilz firent, dirent et traictèrent ensemble, nul n'en ouit oncques parler ^ Sur les quatre heures du soir,

* Sur les conférences de Catherine de ment de Paris, par Jaqucllc elle annonce

Médicîs avec le prince de Condé, voy. de un accord fait la veille avec ceux qui por-

Thou, Histoire universelle, \iy. XXX. \o)\ loienl les armes contre le roi. i56a,

aussi «Lettre de la reine mère au parle- juin a5. » (Mém. de Condé, 1. 111, p. 567.)

1562. laditle dame se retira dans Paris, aux fauxbourgs duquel Tattendoient cinq ou six cens hommes armez, tant de pied que de cheval, avec ses gardes, qui montoient à pareil nombre, quelle n'avoit voulu passer plus avant avec elle.

Ce voyage et parlement donnèrent moult de souJ^çon à toutes personnes, tant princes, seigneurs que Parisiens, et fut laditte dame taxée de déshoneur par le commung peuple et autres personnes de réputation, pour ledit voyage et aultres qu'elle avoit faict audit prince jusques dans la ville d'Orléans et les environs, depuis ceste guerre commencée et la mort de sa femme, avant qu'aller à Rouen. Et avoiton d'elle ceste oppinion quelle estoit amoureuse d'un fol amour dudit sieur prince (ce que je ne croy). 11 s'est mcsme trouvé des hommes, tant d'ung party que de l'aultre, lesquelz n'ont eu honte de dire et assurer qu'il estoit yssu lignée bas tarde de eux deux; et, au retour de ceste visite audit prince, fut crié par les fenestres d'une juaison dudit Paris par quelqu'un mal vueillant de ladite dame telz motz qui s'ensuivent, c'est assavoir : « Que regardez-vous ceste putain, qui vient de se faire fourbir à son

puttier et ruffien de prince de Condé! » Auxquelles paroles haulsa la teste laditte dame droict aux fenestres de la maison d'où elle pensoit venir la voix de telles paroles, pour remarquer la maison et les personnes; ce que bonnement elle ne put faire, pour estre jà la nuict serrée et pour la multitude du peuple qui estoit par les rues et fenestres des maisons, et, sans dire aiJcune chose, passa oultre pour s'en aller en son logis. Il fut grand bruict, durant ces troubles et depuis, que laditte dame se vouloit marier avec ledit prince, chose à quoy oncques ne pensa, comme j'estime, car elle estoit trop honeste pour ne pas garder son honneur royal, comme il en est apparu. Toutesfois, sans mal juger d'elle, moult de gens nobles et sages l'eussent mieux réputée qu'ilz n'ont faict, si elle n'eust si souvent escript et fréquenté, tant en public qu'en secret, ledit seigneur prince durant les troubles de ceste guerre, et a-on eu ceste oppinion d'elle qu'elle entretenoit les princes de France en que-

DE CLA[iDE HATON. 307

relies et soubçon, ou, pour mieux dire, en niesiiance les ungs des 1562. aultres.

Or, dès la nuict ensuivant que ladilte daine eut parié audit prince, il leva son camp de devant Paris, cl s'en recuUa bien de six à sept grandes lieues, tirant droicl à Dreux pour s'aller rendre en Normandie et gangner le Havre de Grâce, où il espcroit de recevoir une Irouppe d'Anglois qui descendoit là pour son secours, et que la royne d'Angleterre luy cnvoyoit, à la diligence du cardinal de Chastillon qui les estoit allé mendier. Chascun des huguenotz, au descamper, mint le feu en sa loge, ce que bien apperceurent les gens du roy et de la garde de Paris, qui faisoient le guet sur les murailles. Qui fut occasion de redoubler la maulvaise oppinion cju'on avoit contre la royne, et creul-on pour tout vray qu'elle luy bailla conseil de descamper ceste nuict, pour ce qu'elle savoit bien mons. de Guise se préparer pour les combattre pendant deux jours pour tout délay.

Au lendemain de la nuict de son partement de devant Paris, mons. de Guise envoya baster le camp, auquel il fit passer la rivière de Seine, par les pontz et passages dessus dictz, ce jour mesme, pour aller faire teste audit prince et son camp, pour ne le laisser esloigner de la campaigne qu'il tenoit, et pour Tempescher de passeï laditle rivière de Seine et d'aller en Normandie; ce de quoy ne se doubtoit ledit sieur prince, (jui, s'estant arresté aux paroUes de la royne, n'avoit envoyé ses espies pour descouvrir véritablement la routte que tenoit le camp du roy. Lequel incontinent eut en teste ledit prince, ([ui n'eut moyen que de cercher lieu advantageux pour se serrer et attendre le combat , qu'il apperçut bien (pi'on luy vouloit donner et qu'il ne pouvoit éviter, sinon avec le danger de perdre tous ses gens, combien cjue le camp du roy estoit en assez maulvais ordre pour combattre, estant tout barrasse et fatigué du travail de la guerre qu'il pourtoit il y avoit plus de sept mois. Lequel camp du roy, estant encouragé et persuadé par ledit sieur de Guise, s'apresta au combat, et s'approchèrent les deux armées si près Tune de l'aultre

1562. qu'il ne leur estoil possible de fuyr devant son ennemy, sinon avec danger de tout perdre.

Mons. le prince, se voyant serré de si près qu'il ne pouvoit fuir, ordonna son camp de tout ordre requis pour combatre, et monstra signe de vouloir assaillir celuy du roy, qu'il espéroit vaincre, tant pour avoir de sa part les meilleiurs et plus bardis guerriers de France que pour Tintelligence qu'il avoit avec aulcuns chefz et capitaines du camp du roy. Les meilleurs et plus hardis guerriers de France qui estoient de sa part cstoicnt MM. de la Rochefoucault, l'admirai de France, d'Andelot, les deux plus expertz en guerre qui fussent possible en chrestienlé avec mons. de Guise; Telligni, gendre dudit admiraP; Mouy, gendre de feu mons. de Luze, seigneur du Plaissie aux Brébans, aultrement le Plaissie aux Toumelles lez Provins^; Genlis^; le vidasme de Chartres, Columbières, Movans et le capitaine Lorge, appelle le conte de Mongomery, tous suyvis d'ung nombre de gentilshommes de France fort expertz au faict des armes. L'avant-garde fut donnée à conduire audit sieur admirai, la bataille audit sieur d'Andelot, en laquelle estoient les reistres qu'il avoit amené d'Allemaigne, et l'arrière-garde fut conduitte par ledit sieur prince de Condé. Les ministres et prédicans desditz seigneurs estoient armez et bien montez avec leurs maistres en laditte guerre; lesquelz à cheval faisoient la preschc chascun d'eux en son quartier, en chantant leurs psalmes de Marot en vulgaire françoys ou bien les psalmes de David, comme ilz disoient, traduitz en françoys; et chantoient avec une si haulte voix, que le camp du roy les entendoit bien. Hz exhortoient ung chascun de combattre vertueusement pour l'honneur de Dieu et de sa saincte religion réformée, pour laquelle ilz disoient avoir les armes au poing et aussi pour l'advancement de l'honneur de

* Louis , sieur de Téligny, de LicrviUe , en secondes noces à Guillaume de Nassau ,

de Chalelier, de Monireuii-Bonin , gcn- prince d'Orange.

tilhomme ordinaire de la cliambre du roi, * Charles-Louis de Vaudray, sieur de

lieutenant de la compagnie de l'amirai, Mouy.

épousa, en mai 1571, Louise de Coligny ' Jean d*Hangest, sieur de Genlis.

(]ui, devenue veuve en 1673, fut mariée

moDS. le prince, protecteur du roy, du royaume et de laditte religion réformée, et par leurs doulces et enmiélées paroUes, taschoient à encourager leurs gens de guerre, leur promettant paradis dès ceste heure-là.

Mons. de Guise, cpii les poursuivoil, ne voulut passer ccste bonne occasion de les combalre qui se» présenloit; lequel voiant ses ennemys et du roy d'ung si hault courage, cncores qu'ilz semblassent eslre plus fortz que luy et leur camp en meilleur équipage que le sien, dressa ses gens au combat. Il print la charge de mener l'avant-garde pour résister aux ruses de Tadmiral, qu'il sçavoit mener celle du prince. Il donna la charge de la bataille au sieur mareschal de S'-André, pour résister au sieur d'Andelot, qui conduisoil celle du prince; il laissa à mons. le connestable la conduitte de Tarri ère-garde, pour tenir bon à mons. le prince de Condé, s'il l'attacquolt.

Les deux camps mis en ordre pour combatre, fallut tirer l'ung Taultre au combat. L'artillerie commença à desbander des deux costez les ungs sur les aultres^ Dès le matin, mons. de Guise avoit faict chanter la messe dans le camp, à laquelle chascun assista, et à la fin de laquelle fut baillée l'absolution en général à toute l'armée catholicque, par le prebstrc qui chanta laditte messe. Quelques salutz et anthiennes furent chantées par les soldatz et gens de guerre catho- Hcques, en Thonneur de Dieu et de la vierge Marie, en se recommandant corps et âme soubz leur protection et saulvegarde, et se mint chascun au meilleur estât qu'il put. Les catholicques n'eurent

' • Discours de la bataille de Dreux dicté par feu M' François de Lorraine, duc de Guy se. » [Archives cuneases de Vhist, de France, t. V, p. 97.) — <« Brief discours de ce qui est advenu en la bataille donnée près de la ville de Dreux , le samcdy 1 g* de ce mois de décembre i56a. » (Cette pièce paraît être de Coligny. — Mém. de Condé, t. IV, p. 178.) — Lettres contenant des relations de la bataille de Dreux. [Ibid,

p. i83 et suiv.) — D*Aubigné, Hist. univ. t. I, 1. III, cil. XIV, p. 166. — Addil. aux Mém, de Castelnaii, t. Il, 1. IV, p. 71 ; — Mémoires de Lanoue (collect. Micliaud, i" série, t. IX, p. 6o5. — Mémoires de Vicilleville (Ibid. p. Sai); — De Thou, Hist. univ. 1. XXXIV. — L*année catholique , à Dreux , était commandée , non par le duc de Guise, mais par le connétable.

1562. plus lost faicl leur oraison, qu'incontinent les charges se commencèrent les ungs sur les aultres.

L'ordre de la bataille fut tout au contraire qu'on ne pensoit; car i'advant-garde du prince, que menoit l'admirai , alla attacquer l'arrièregarde du camp du roy, que menoit mons. le connestable, oncle dudit admirai. Lequel connestable ni ses* trouppes ne voulurent oncques moi'dre; mais au contraire, sa compagnie la première tourna le dos avec quelques aultres, et à brilde avallée picquèrent à Paris, où ilz chevauchèrent sans regarder derrier eux, tant ilz eurent peur. Ceux qui tindrent bon de ladittc arrière-garde du costé du roy furent pour la pluspart taillez en pièces et prins prisonniers. Le premier desqueiz lut ledit sieur connestable. Les huguenotz saisirent l'artillerie du roy et furent maistrcs quelques heures; et à la vérité, à ceste première charge, ilz avoient tout gangné par la trahison dudit connestable et de mons. d'Estrée, maistre de l'artillerie, de laquelle artillerie il ne ses canoniers ne firent aidcun emploi, et fut dict que la plus grande partie des pièces qui furent lascliées n'estoient chargées que de foin. Ce pendant que l'eschec se donnoit avec le connestable, certaines compagnies tenoient messieurs de Guise en son avant-garde et le mareschal de S'-André en sa bataille à l'abboy, faisant mine de les attacquer. Et ne s'apperceut ledit sieur de Guise de la fortune trompeuse de ceste bataille, jusques ad ce qu'il ouit chanter victoire! Victoire de l'Evangille sur la messe! et qu'il vit quasi tout son camp en désordre et s'enfuir. Car à la vérité, ainsi que l'ai ouy réciter à gens des deux partis qui se trouvèrent à ceste bataille, ce premier assault fut fort rude. Il de Guise, voyant ce désordre, tascliea à joindre le mareschal de S*- André, et avec une prudence incroiable et quasi impossible, rallia ce qui luy estoit demeuré de reste de son camp d'une bonne manière. Lequel reste, encouragé par ce prince guisien, print cœur en soy, et, toute crainte de mort mise bas, se ruèrent de courage sur le camp huguenot d'une telle fiu:eur qu'il huguenot, après avoir bien soustenu, fut contrainct de prendre la fuitte pour se saulver la part qu'il pouvoit. Mons. le prince de Condé fut prins

prisonnier pai* ledit sieur de Guise et Tadmiral fort blesse; le sieur 1562, d'Andelot se saulva à ia fuitte , ayant perdu quasi tous les gens de sa bataille et une bonne parlie de ses reistrcs. Le roy avoit en son camp des reistres d'AUemaigne aussi bien que les huguenotz; lesquelz s'estrillèrent bien les ungs les aultres. Les Suisses du roy tirent ung terrible carnage desditz huguenotz, quand ilz les eiu-ent vaincuz, comme aussi firent les paysans du pays qui estoient aux escartz.

La bataille fut si cruelle que, par le rapport de ceux qui eurent charge de visiter et enterrer les mortz, en fut trouvé de compte faict, tant d'ung costé que d'aultre, le nombre de douze mille et plus. Vingt- deux enseignes du prince de Condé furent trouvez sur le champ, lesquelles furent recueillies par les gens du roy et envoyées par mons. de Guise à S. M., qui les fist poser dans la grande église de Nostre-Dame de Paris. La perte de gens fut plus grande du costé du prince de Condé, pour le regard de mortz, qu'elle ne fut du costé du roy. De ce costé, y eut beaucoup de gentilshommes prins prisonniers, comme aussi de blessez. Mons. le mareschal de S -André, après avoir moult courageusement combatu et faict grand exploict, fut à la fin contrainct de se rendre prisonnier, auquel fut faict ung traître et malheureux party; car, tout aussi tost quil fut cognu, fut misérablement massacré et tué par ceux qui le prindrent prisonnier et auxquelz il s'estoit rendue De quoy furent fort blasmez tous les huguenotz, qui jamais n'ont honestement sceu excuser ce faict. C'estoit, après messieurs de Guise, Tadmiral et dWndelot, fung des meilleurs guerriers de France, et qui tout son temps avoit honorablement scrvy le roy comme aussi fidellement. Il fut fort regretté du roy, de mons. de Guise et de tous bons capitaines, (jui avoient expérimenté ses vertus. Messieurs de la ville de Paris le

* Sur le maréchal de Saint- André , sur Additions luix Mémoires de Caslelnau, t. 11.

les causes et les circonstances de sa mort, p. 81 ; et Vieilleville, Mémoires, dans la

voy. de Thou, liv. XXXIV; Branlôme, collection Micliaud. l. IX. p. ',\ii. Vies des hommes illustres; Le Laboureur,

1 562. pleurèrent fort. Entre les gens de remarque blessez , des gentishommes de ce pays de Brie, y fut fort navré en Tespaide d'un coup de pistoUe nions, de Beauvais, seigneur de Nangis, Guicy et Amilly, lequel quant et quant fut prins prisonnier et mené dans Orléans*. Après avoir payé grosse rançon, il fut renvoyé en sa maisou, où il mourut après avoir traisné quelque demy-an, et ne put-on jamais trouver le moyen de le guarir de ce coup, daultant que la balle de laquelle il avoit esté attainct, comme rapportèrent les cirurgiens et médecins, estoit empoisonnée. Tous ceux qui furent prins prisonniers du costé du roy furent menez par les huguenotz dans la ville d'Orléans, et ceux du costé du prince furent menez à Paris, excepté la personne de mons. le prince de Condé, qui fut par le commandement du roy envoyé dans la tour de Loches. Geste bataille fut donnée le jour de la feste mons. S -Thomas l'apostre, trois jours avant Noël, qui sont les plus petis jours de l'année, dont bien en print aux huguenotz qui en reschappèrent, veu le courage que les catholicques avoient à les combatre. Heiu^eux fut le huguenot qui put faire une croix sur ses habillemens pour se saulver ce jour-là et lendemain, combien qu'audit lendemain les gens du roy n'en piu*ent plus trouver par les champs, parce qu ilz s'estoient saulvez la nuict, chascun à sa commodité. Les huguenotz de cheval, toute la nuict galopèrent pour gangner la ville d'Orléans, où ilz s'allèrent rendre en sûreté.

Mons. de Guise et le reste de son camp se logèrent ce jour-là où ilz purent pour prendre leur repas; la pluspart desquelz n'avoient encores beu ne mangé. Ledit sieur de Guise, avant que de manger, fit sa prière pour rendre grâce à Dieu de la victoire que sa miséricorde luy avoit donnée; lequel aussi quant et quant envoya une poste au roy, qui estoit à Paris, pour luy annoncer ceste glorieuse victoire contre l'ennemy, qui estoit plus tost venue d'en hault que de la force des hommes; et arriva ce messager audit Paris entre unze heures et minuict, qui fut moult joyeusement receu, après

* Voy. plus haut, p. 34.

qu'on l'eut ouy parler. Car les fuyars de la compagnie de mons. le 1562. connestable , qui , au commencement de Tattacque de laditte bataille , avoient,.sans vouloir frapper, tourné le dos et s'estoient enfrii à Paris, avoient poiu^té nouvelles en laditte ville et au roy que la journée estoit perdue pour S. M., et que le prince avoit tout gangné. Le roy, ayant receu les nouvelles de la victoire gagnée par mons. de Guise son lieutenant, et comment mons. le prince estoit prins prisonnier, en fit sonner au lendemain la trompette par les carrefours de la ville de Paris, afiin que chascun eust à en louer et remercier Dieu. Et luymesme, avec la royne sa mère, allèrent remercier Dieu dans la grande église de ceste victoire et firent chanter l'hymne et canticque de joye qui est Te Dcum laudamas, qui fut chanté avec une singulière mélodie et une grande alégresse de cœur. En chascune église de laditte ville de Paris fut chanté ledit Te Deum, et pour monstrer la singulière joye que chascun rendoit et debvoit rendre à Dieu, furent quant et quant sonnées toutes les cloches des églises dudit Paris quasi par tout ce jour.

Mons. de Guise traicta fort honorablement mons. le prince de Condé durant le temps qu'il fut entre ses mains, et luy donna ses serviteurs pour le servir fort révéremment, comme il appartenoit son excellence, en attendant que le roy l'eust chargé pour l'envoyer à Loches. On lit courir le bruict par la France que ledit seigneur de Guise demanda audit sieur prince la question qui s'ensuit : « Hé déa ! mon cousin, vous ne faictcs poinct bonne chère; je vous prie de me dire quelle chère et traictement vous m'eussiez faict, si je fusse tombé prisonnier entre voz mains, comme vous estes entre les miennes. » A laquelle question ne voulut faire response ledit sieur prince; et alors ledit sieur de Guise luy dist ; « Mon cousin, je vous prie de vous resjouyr et faire bonne chère, tant que vous serez entre mes mains, esquelles n'aurez aulcun mal, et vous promectz que, si

ce n'estoit le debvoir que je doibs au roy pour luy rendre compte Ç

de ma charge, je vous délivrerois présentement pour aller en vostre liberté, et vous baillerois compagnie d'assurance pour vous y con-

1562. duire; mais vous sçavez quil faut que j'obéisse au roy, ainsi que je suis tenu. » Et depuis n'eurent aultre parolle ensemble*.

L'admirai et d'Andelot son frère, qui avoient esté blessez à laditte bataille , se retirèrent à Orléans avec le connestable leur oncle , qui estoit leur prisonnier, qu'ilz menèrent quant et eux, réallièrent le reste de leurs gens qui leur restoicnt de laditte bataille , et les enserrèrent avec eux audit Orléans. Ledit sieur admirai se pourta chef et lieutenant pour les huguenotz, en l'absence de nions, le prince de Condé; il envoya postes et courriers de toutes partz du royaume aux villes qui tenoient encores pour eux, et leur fit entendre que, combien que mons. le prince fust prisonnier, il ne falloit perdre courage pour cela, d'aultant que mons. le connestable estoit prisonnier entre leurs mains, comme aussi estoient plusieurs aultres seigneurs du camp du roy, qui seroit l'occasion que le faict de la cause et de la religion de leur costé ne se pourroit mal porter. Et pour ces causes, les pria de tenir bon et de ne se rendre au roy, ains d'avoir bon courage et fiance au Seigneur, qui les délivreroit avec les moyens que la cause, ou en général ou en particulier, pourroit trouver et inventer contre le prince guisien, leur capital ennemy, des mains duquel il espéroit qu'ilz seroient délivrez en peu de jours. Ce néantmoings, ilz huguenotz de France ne furent pour ce guères assurez, ignorans encores le moyen d'invention duquel ledit sieur admirai leur parloit. Les huguenotz sérieux, qui estoient épars en leure maisons, tant es villes rebelles que aultres, furent fort esbranlez pour se réunir avec les catholicques , combien que peu desditz huguenotz sérieux qui n'alloient à la guerre fussent dans les villes de ieiu* habitation, mais en avoient escampé de peur d'estre saccagez; et où il en demeura de telz, retournèrent à la messe avec les catholicques, faisant bonne mine, disant qu'ilz n'en estoient pas. Et de telz s'en trouva ung à Provins, nommé maistre Ânthoine

* « Letlresdu roi, par lesquelles il charge (Mém, de Condé, t. IV, p. i8i.) Voy. aussi ie maréchal de Dampville de la garde du une lettre de la reine mère, du 3 janvier prince de Condé. 1662, ai décembre.! i563. (Ibid. p. 190.)

Barengeon, médecin, homme doux et paisible, mais huguenot des 1562. premiers ; lequel , ime partie par les prières de sa femme , qui estoit fille de Chauvet, de la ville de Bray, bonne catholicque, Taultre pour ce qu'il n'eust osé aller par les champs, tant il estoit timide, demeura en sa maison, contrefaisant le catholicque à son possible. Ses deux frères, Tesleu et l'enquesteur, avoient absenté la ville de Provins, qui sembloient quelque peu plus hardis que luy pour se trouver en toutes compagnies, mais non guères. Durant l'absence desquelz mourut ledit médecin, qui, par fintise ou de bon cœur (ainsi que Dieu le sçait), receut les sacremens de l'église catholicque et fut enterré au cymetière de S*-Ayoul avec les cathoiicques.

Ledit médecin, avant que mourir par l'esté de ceste année, fut au dangier d'estre massacré par les enfans de Provins, à cause de sa huguenotterie ; car il et ses frères furent la cause de mettre hérésie et huguenotterie en la ville de Provins, ainsi que l'avons jà dict en quelques endroictz de nostre premier livre et de cestuy-cy; qui estoit la cause qu'on luy en vouloit, et n'eust osé ledit médecin aller seul par les rues de la ville, fust à la messe ou à ses autres affaires, sans compagnie de maistres hommes et de deffense, pour le saulver de l'injure et danger desditz enfans; et falloit, par chascun dimanche, que ses amys et voisins l'accompagnassent pour le mener et ramener à la messe et vespre, ou aultrement l'eussent jette au trou Bilotte, qui est ung conduict soubz le pavé de la rue et coing de Changi, par lequel passe l'eaue du ruisseau de la Pinte.

Après que la bataille fut donnée et les mortz enterrez, mons. de Guise fit reposer son camp l'espace de trois sepmaines, pour le rafreschir et se racommoder, par les villages depuis le lieu de la bataille jusques devant la ville d'Orléans. Il bailla congé à plusieurs compagnies de pied et de cheval, il en fit aller d'aultres en leur place, de sorte que le plat pays, à trente lieues dudit Orléans, fut fort mangé et grevé des gens de guerre qui alloient et venoient audit camp. Toutesfois, villes et villages prenoient courage en leur perte, pour la resjouissance que les cathohcques avoient de la victoire que Dieu

1562. avoit donnée au roy et à l'armée catholicque. Laquelle victoire, si elle eust esté favorable aux huguenotz et que les catholicques Feussent perdue, cestoit faict en France de Téglise catholicque, apostoiicque et romaine; car moult de gens de toutes qualitez natendoient que Tyssue de ceste guerre pour se déclarer du costé que la fortime donneroit. Plusieurs huguenotz se réduisirent après icelle à l'église catholicque, qui oncques depuis n'en partirent; aultres vacillans en leur religion, qui encores ne s'estoient déclarez, demeurèrent en icelie catholicque, et du tout furent refroidis de la huguenoticque; aultres firent bonne mine et contrefirent les catholicques, allant à la messe pour saulver leur vie et bien, attendant l'yssue du remède promis par l'admirai contre le prince guisien , et contribuant secrètement à l'entreténement de leur guerre.

Dans plusieurs villes, les curés célèbrent des services solennels pour les soldats catholiques tués à la bataille de Dreux.

La cour de parlement décide que , à la requête du procureur général , il serait obtenu des évoques de France des lettres de sentence d'excommunication portant que, dans toutes les paroisses, ceux qui connaîtraient des huguenots seraient tenus de les dénoncer dans l'espace de neuf jours à leurs curés, sous peine, le terme passé, d'être déclarés excommuniés.

Geste sentence fut impétrée et décrétée par mons. l'official de Sens, suyvant le mandement du roy à luy adressé, lequel officiai envoya icelle sentence en chascim doyenné de son diocèse, pour la faire publier et fulminer en chascime ville et village où on se doubtoit qu'il y avoit des huguenotz. Et à celle fin que laditte sentence fût publiée et fulminée partout, fut envoyé mandement du roy aux juges des villes qu'on sçavoit n'estre huguenotz , pour en poursuivre Texécution et recepvoir des mains desditz curez et vicaires les déclarations qui leur auroient esté faictes par les révélans, et pour ce que M® Jehan Alleaume, bally de Provins, et Jehan de Ville, procureur du roy en icelle ville, estoient suspectz et tenus pour huguenotz, le roy ou son procureur général ne leur voulut adresser son mandement, aina

Tadressa à M* Hugues de Romenelles, lieutenant dudit bally et conseiller au siège présidial dudit Provins, bon catholicque; lequel s'acquitta d'icelle chaîne envers les curez et receut d'eux les révélations qui en furent faictes audit Provins.

A la publication et fulmination de ceste sentence d'excommuniment se trouvèrent fort troublez maintes personnes, tant hommes que femmes, de laditte ville de Provins, lesquelz estoient faschpz de se laisser excommimier, comme aussi d'acuser ceux qu'ilz cognoissoient estre telz que le texte de laditte sentence portoit, les aulcuns pour la proximité de linage et parenté. Ce néantmoings, aulcuns furent scrupuleux jusques à ce qu'ilz accusèrent père et mère, enfans, parens, amys, bally, procureur du roy et aultres qu'ilz cognurent estre coulpables, aymant mieux perdre l'amitié de telz que d'estre excommuniez et perdre la gloire de Dieu pour les amys et faveurs de ce monde , et révélèrent devant les curez et tesmoings ceux qu'ilz cognoissoient estre telz que l'excommuniment portoit. Lesquelles révélations furent levées et mises es mains dudit lieutenant Romenelles, pour les envoyer à Paris, audit procureur général du roy ^

Les huguenotz publicqz et secretz de Provins, qui n'avoient encores prins la fuitte , escampèrent de leurs maisons et pays pour la pluspart; aultres retournèrent avec les catholicques. Parmi ceux qui escampèrent dudit Provins, l'esleuBarengeon, l'enquesteur, son frère, s'allèrent rendre dans la ville de Montbelliar, à une petite journée de Basle en Suisse; M^ Jehan Saulsoy, médecin, s'en alla es AUemagnesl Jehan Couvent, apoticaire, qui estoit attainct de maladie

* On trouve à la bibliothèque de Provins, dans les MisccUanea manuscrits de M. Ythîer, p. a6 1 et a 6a , les listes des personnes soupçonnées d*être de la religion prétendue réformée, pour n*avoir pas satisfait à leur devoir pascal, listes qui furent fournies par les curés de Sainte-Croix , de Saint- Ay oui et de Saint -Quiriace, les a a et a3 août i56a. M. le docteur Michelin

possède les originaux de ces pièces. — Voy. aussi des arrêts rendus par le parlement , pour ordonner aux membres de TUniversité (i 56a , 9 juillet) , aux officiers royaux (i3 juillet], aux juges des seigneurs justiciers ( i4 octobre) , de faire profession de foi catholique. {Mémoires de Condé, t. III, p. 535 et 5Âa , et t. IV, p. 4a.)

i562. podagre, s enfuit à Genefve; il estoit filz du vieil Jehan Couvent, bon catholicque; Marc Boyer, procureur, se retira es maisons d'Esternay; M® Richard Privé, advocat, à la Croix en Brie, pour attendre quelle seroit Fyssue de tel affaire. Le bally et le procureur du roy, comme aussi Léon Godard, procureur, n'absentèrent poinct la ville, combien qu ilz sceussent qu on les avoit accusé; mais, contrefaisant les bons catholicques , estoient aultant à la messe et divin office que les prebstres.

Catherine Chemin, chambrière d'André de Gramond, qui était prieur de Saint- Ayoul et doyen de la chrétienté de Provins, sans avoir même reçu les ordres mineurs, disparaît subitement du prieuré ; elle avait manifesté l'intention d'accuser d'hérésie son maître, qui se trouvait alors à Paris. — La justice fait des recherches; on ne trouve rien , ni corps, ni sang. — Un serviteur, qu'on croyait être le fils bâtard du prieur, est accusé du meurtre de la chambrière, mis en prison, puis relâché , faute de preuves. — André de Gramond fait donner de l'argent à la famille de la défunte, pour la désintéresser; et, afin de dissiper les soupçons d'hérésie qui s'élevaient sur son compte, il prend les ordres de prêtrise, puis il se retire à Sens et est nommé chanoine.

Après la prinse de mons. le prince de Condé , Tadmiral se pourta protecteur et lieutenant général pour les huguenotz\ lequel estoit l'homme tenu le plus fin et cauteleux en guerre et aultres affaires qui fust en France , homme de grand conseil et d'invention merveilleuse. Lequel, avec les huguenotz restez de la bataille, s'estoit retiré dans la ville d'Orléans, pour se sauver et fortiffier en icelle contre le roy et sa puissance. Et n'y avoit plus en ce pays que laditte ville d'Orléans qui fust occupée par les dictz huguenotz. Par quo'y furent requis de la rendre au roy, ce qu'ilz refusèrent faire; et fut contrainct le roy d'y envoyer mons. de Guise et son camp, pour tascher à la reprendre et dompter ledit admirai et aultres huguenotz qui estoient dedans. Le camp y arriva environ la my-janvier de ceste

' • Arrêt du parlement de Paris , por- et autres seigneurs rebelles au roy, contutanl condamnation de mort contre le sei- maccs. 16 nov. i56a. • {Mém. de Condé, gneur de Chastillon, admirai de France, t. IV, p. ii4-)

année, et se campa au lieu le plus avantageux qu il peut, pour enserrer 1562. la ville et la tenir en subjection. Mons. de Guise , avant que faire les approches poiu* dresser rartilleric devant les murailles, la fit sommer de se rendre au roy avant qu'estre batue et canonée, ce qu'ilz ne voulurent faire. Partant, furent dressées les tranchées et l'artillerie posée et furieusement tirée devant les murailles, jusques à y faire de grandes bresches. Les huguenotz de dedans se deflendoient aussi courageusement que furieusement estoient assaillis, pour ce quilï voyoient que là estoit leur consummation, si le remède qu'ilz pratîcquoient en peu de jours ne sortoit son efiect, duquel nous parlerons avec grand regret tout incontinent. Or, ainsi que jentens, la rivière deLoyre, du costé devers Paris, est entre le fauxbourg et la ville, et passe laditte rivière tout joingnant les murailles. Et convint audit sieur de Guise de battre icelle ville par-dessus laditte rivière , qui est assez large et profonde, mesmement en la saison d'hiver, comme c'estoit. L'admirai avoit rempli les fauxbourgs de gens de guerre huguenotz et principallement celuy qui estoit sur laditte rivière; lesquelz faisoient leur corps de garde et forteresse dans ung molin qui est sur laditte rivière qu'on appelle portereau. Duquel portereau et molin arrestoient l'eaue et la laschoient quand ils vouloient, et portoient ce portereau et molin grande incommodité au camp dudit sieur de Guise. Lequel de Guise les fit assaillir et battre d une si dextre manière qu'il s'en fit maistre et y fit donner assaux si rudes que les huguenotz furent contrainctz de les quitter, où quasi furent tous tuez au tranchant des armes, et noyez à la miséricorde des poissons'.

La prinse de ces molin et portereau fut ung grand avantage audit sieur de Guise et camp du roy et ung grand désavantage aux huguenotz de la ville, lesquelz commencèrent à entrer en désespoir de leur salut et de leur vie, si le remède praticqué par ladmiral ne sortoit son

* « Lettres du duc de Guise au maréchal (Mém. de Coudé, t. IV, p. iili el 12b.) —

de Montmorency et à M. de Gonnor, par Sur le siège d'Orléans, voy. Additions aux

lesquelles il leur mande la prise du Por- Mémoires de Castelnaa, t. II, p. 180. tereau d'Orléans. i563 (i563), 7 février. ■

1562. effect en briefz jours, pour lequel faire exécuter il admirai se travailloit grandement.

Depuis que mons. de Guise fut maistre dudit portereau, il bailla cours ou retenue aux eaux, selon sa commodité, et plus à son ayse s'approcha des murailles de la ville, qu'il fit abatre à grans coups de canon , en divers endroitz par où il prétendoit de faire donner assaux à la ville, et il fit faire des pontz de bateaux liez les ungs aux aultrès, bons et bien arrangez pour en toute sûreté aller à la bresche. L'admirai, voyant les brcsches si larges et spacieuses qu'il ne pouvoit faire réparer, et les pontz de bois des bateaux prestz à mettre sur la rivière pour l'assaillir, envoya ung messager à la royne mère du roy, qui estoit au camp, pour la prier de saulver et prendre à mercy la ville, avec composition honeste et advantageuse pour eux, mons. le prince et leur prétendue religion, et les empescher de tomber es mains de ce Guisard (car ainsi parloient-ils de mons. de Guise) » en faveur du debvoir qu'ilz avoient faict et faisoient pour la maintenue de sa grandeur. Quelle fut la response de la royne, personne n'en sceut rien, car, soubz le manteau de parlementer et de faire réponse audit admirai elle-même poiur le faire rendre et la ville au roy, icelle dame entra dans Orléans.

Depuis que les bresclies fiurent faites larges et spacieuses, ledit sieur de Guise différa de donner l'assault à la ville poiu* deux causes, dont mal luy advint, ainsi que dirons tout maintenant : partie pour le regard de la royne, qui, comme elle disoit, praticquoit à faire rendre laditte ville sans coups frapper; l'aultre partie estoit en attendant plusieurs compagnies de gens de pied et de cheval qui tenoient les champs et n avoient encores esté au camp, affin de les emploier à la prinse de laditte ville, si les assiégeans eussent esté repoulsez.

L'admirai, se voyant au danger d'estre à la miséricorde des armes ou du roy, diligenta fort à faire mettre en exécution le remède qu'il espéroit estre la délivrance de luy et des huguenotz de France contre son Guisard. Le remède qu'il avoit estoit le massacre dudit sieur de Guise qu'il avoit practicqué avec plusieurs hommes de leur religion ,

bien sçachant que, s'il pouvoit advenir à ce faict, leur cause se pour- 1562, teroit bien. Et avec tant de gens travailla qu'à la fin en trouva ung qui marchanda à luy de tuer, niassacrer et assassiner ledit sieur de Guise, ce que plusieurs de son party avoient refusé de faire, encores qu'ilz fussent de la prétendue religion.

Le marché faict d'assassiner ledit sieur de Guise avec l'admirai et le prédicant Th. de Bèze, furent délivrés argent et cheval à l'assassineur, lequel fut mis hors de la ville d'Orléans par ledit admirai et envoyé au camp du roy pour explorer le moyen de faire le coup le plus vifvement et habillement que faire se pourroit, l'affaire luy estant fort recomandée pour le salut de son âme, pour le los de son nom, qui, par ce murtre, seroit rendu immortel, pour le salut et prou£Bt de la religion réformée, et pour la délivrance de mons. le prince de Condé et de tous les seigneurs et fidelles frères de laditte religion, qui estoient en si grand danger.

Le marchant, estant arrivé au camp du roy, se présenta audit sieur de Guise, et luy offrit et au roy son service. Il fut le bien venu dudit seigneur, celuy-ci l'ayant recognu avoir aultresfois esté son page , aux enseignes que ledit marchant luy a voit dict; et tousjours depuis il suyvit ledit sieur de Guise partout où il alloit, en le considérant en ses faictz et dictz , qu'il trouvoit estre si sages et prudens que le courage de luy mal faire se passa en luy. Aussy, estant repentant de son entreprinse, sans luy mal faire pour ceste fois, trouva moyen de rentrer dans la ville d'Orléans, pour faire comme fit Judas après avoir vendu Jésus-Christ. Il vint parler audit admirai et luy rendre l'argent et cheval qu'il avoit prins de luy, en s' excusant de ce faire, par les meilleiurs moyens qu'il pouvoit, et en disant qu'il estoit impossible de faire mal audit seigneur de Guise, tant à cause de sa bonté que de la bonne garde qui estoit nuict et jour avec luy. Laquelle excuse ne contenta pas l'admirai, lequel envoya appeller en son logis le prédicant Bèze, pour prescher et mieux persuader le compaignon de retourner faire l'exécution de leur volunté. Lesquelz , voyans la difficulté qu'il faisoit d'y retourner, le taxèrent de couardise , et luy dirent qu'il

1 562. y avoit cent gentishommes par les champs , lesquelz avoient juré de ne jamais dormir à leur ayse qu'ilz n'eussent tué ledit Guisard, et si n'en demandoient pas ung denier, ains estoient mus seullement d^un franc courage et du zèle qu'ilz portoient à Thonneur de Dieu et salut de tant de nobles gens, comme aussi à la religion réformée, et que celuy qui en viendroit à fin le premier seroit à jamais le mieux venu devant Dieu et les hommes. Et tant persuadèrent lesditz admirai et Bèze audit malheureux, qu'il promist de retourner et d'exploicter le faict, quelque péril qu'il en pust advenir. Et, pour le mieux encourager de retourner, le prédicant Théodore de Bèze, en riant, dist à l'admirai telz motz : « Monsieur, je voy bien que ce bon seigneur a bonne volunté d'exécuter son entreprinse, mais il vouldroit encores quelque cent d'escuz. » Auquel respondit l'admirai : « Ne tient-il qu'à des escuz ? A-t-il peur d'en avoir disette avec nous? Tenez, voilà encore cent escuz. » Lesquelz cent escuz furent prins par ledit assassineur, avec mil escuz qu'on luy avoit promis , desquelz jà en avoit reçu cinq cens. Le pauvre misérable, ainsi séduit par escuz et promesses, retourna au camp et se représenta au logis et suitte dudit sieur de Guise , Taccompag^nant en tous lieux, en cerchant l'opportunité de faire son coup.

Ce coup fut faict sur la fin du moys de febvrier au soir, ledit seigneur s'en retournant en sa tente ou logis , venant de visiter les tranchées, l'artillerie et son camp, et estant désarmé de son corps de cuyrace, ce qui n'avoit esté depuis le siège dudit Orléans. Ce que bien voyant le murtrier qui le suyvoit, par derrier le dos luy deslàcha entre les deux espauUes sa pistolle pleine de bouletz d'acier et de plomb, duquel coup tomba à terre ledit seigneur ^ Ce coup faict.

* Le crime eut lieu le i8 février i563. Guise mourut le a^. Voy. • Relation de la blessure et de la mort du duc de Guise. » (Mém. de Condé, t. IV, p. a^o.) — « Lettre de Tévesque de Riez au roy, contenant les actions et discours de M. deGuyse , depuis sa blessure jusques à son trespas. » (Ibid.

p. 2^3.) — «Récit de la mort du duc de Guise. » (Bibl. imp. collect. Dupuy, vol. 333.) — «Lesainct et pitoyable discours comme ce bon prince Françoys de Lorraine, duc de Guyse, se disposa à recevoir le S* Sacrement de Tautel , etc. • (Mém. de Condé, t. IV, p. a68.) — Voy. aussi un écrit

le murtrier picqua son cheval et se saulva de la trouppe qui estait avec ledit seigneur et absenta le camp, tant il estoit bien monte du cheval que ledit admirai luy a voit donné pour se saulver, et si avoit la nuict, qui estoit encores longue, pour courir et faire beaucoup de chemin. Mais Dieu, qui ne put permettre que tel coup demourast sans punition, troubla tellement Tesprit d'iceluy murtrier, que, combien qu'il courust toute la nuict avec son bon cheval, et qu'il pensoit avoir faict beaucoup de chemin, le matin se trouva à une petite lieue du camp du roy, si lassé et son cheval aussi qu ilz n'eussent [sceu aller plus loin].

Il y a ici une lacune dans le manuscrit.

Arrestation de l'assassin. C'était un gentilhomme de l'Angoumois, nonuué Jehan Poltrot. — Eloge du duc de Guise. — Procès de Poltrot. Interrogé sur le meurtre qu'il avait commis, il accuse l'amiral Coligny et Théodore de Bèze de l'y avoir excité et de lui avoir donné et promis de l'argent pour l'exécuter ^ Il est condamné à être tenaillé et écartelé ^.

Cependant qu on faisoit le procès dudit Poltrot, on embausmoit et ensevelissoit-on ledit sieur de Guise. Le coi'ps duquel fut mis en ung cerceuil ou coffre de plomb, avec ung de bois par-dessus, qui fut posé sur ung char ou branquart de harnois à quatre roues, estelé de quatre gros chevaux, bardez de fin drap noir, et enharnachez de mesme hongris et colliers noirs. Il fut donné en garde à ung capitaine du camp, avec les maistres d'hostel de sa maison, accompaignez de cinq cens pistolliers et harquebusicrs à cheval et de quelques compagnies de harquebusicrs à pied, pour conduire ledit seigneur à

très-violent au sujet de Tassassinat du duc de Gxiise, sorte de réquisitoire et de cri de ▼engeance contre les promoteurs du meurtre, dans le vol. Sàà de Dupuy, foi. 9^ , a la Bibl. imp. et diverses lettres dans le vol. 54 1 • ' On a imprimé en i562 (i5G3), «Interrogatoire de Poltrot , » avec une lettre de l'amiral à la reine. — Vov. aussi « Ré-

ponse à Tinterrogatoire , etc. par mons. de Chastillon, admirai de France, et autres nommés audit interrogatoire. A Orléans, 1 563. » (Mém. de Conii, t. IV, p. a85.)

* « Arrêt du parlement de Paris , portant condamnation de mort contre Jehan Poltrot. 18 mars i56'i (]563). » (Mim. de Condé, t. IV. p. 309.)

1562. Paris avec ledit Poltrot, qui fut chargé sur les hamois, lyé et garoté, assis sur le corps ou bière d'iceluy deflfunct.

Les Parisiens, estans advertis de Farrivée du corps dudit sieur de Guise \ luy allèrent au-devant jusques assez près du village du Bourgla-Royne, pour Juy faire honneur, tout mort qu*il fust, et pour le conduire dans l'église Notre-Dame de Paris, toutes les églises et ecclésiasticques de laditte ville estans revestus de sourplis et aultres ornemens, chascun de Tordre qu'il estoit, messieurs de la justice dudit Paris présens, comme aussi estoient messieurs les prévost, eschevins, gouverneurs et bourgeois en grand nombre. Le roy pareillement, accompagné de ses gardes, alla au devant du corps dudit seigneiu* jusques à la porte Saint-Marceau, par laquelle il entra dans la ville, et le receut à grand regret et doléance de sa mort. C'estoit une chose fort pitoiable de veoir le roy, les seigneurs, gardes et officiers de sa suitte, avec les habitans de la ville, tant hommes que femmes, tous plorer avec grandes larmes et souspirs ledit sieur de Guise; et en le plorant si fondement, chascun jettoit son œil au murtrier Jehan Poltrot, qui estoit lié et garoté sur le corps dudit seigneur, auquel Poltrot ne se purent garder plusieurs femmes et jeunes gens de luy jeter de la boue des rues au visage, avec grandes injures.

Après que le corps fut posé dans l'église Notre-Dame, fut son service commencé à faire fort solempnellement, et furent seullement chantées les vigilles ce jour-là à toutes les heures du reste du jour et de la nuict, par les ecclésiasticques de tous ordres et religions qui sont audit Paris, les ungs après les aultres, Jehan Poltrot tousjours présent et assis ou couché sur le corps, à la veue de chascun, auquel on bailloit à boire et à manger à ses heures , quand il en avoit nécessité. Au lendemain matin, fut le service parachevé, auquel assista le roy et, je croy, toute la ville de Paris en grande dévotion. L'oraison et

* « L*ordre des cérémonies et pompes très magnanime prince François de Lorfunèbres tenues en la ville de Paris, pour raine, etc. » (Archiv. curieuses de Vhist, de la réception du corps de très vertueux et Fixincc, t. V, p. 207.)

sermon funèbre sur la mort dudit seigneur fut faicte par ung docteur 156:2. fort sçavant et éloquent, qui moult doctement sceut déclamer les vertus dudit seigneur, ensemble la perte et domage que auroient Dieu, son église, les catholicques , le roy et le royaume en la mort d^iceluy. Il exorta ung chascim estât de la France avoir recours au Dieu omnipotent, pour luy recommander la cause de son honneur, son espouse la saincte église, la religion apostolicque et romaine, le roy et le royaume, pour lors destitués de secours et avde d'hommes, à luy Dieu et au roy iidelles, comme estoit ce seigneur trespassé; lequel ayant mesprisé sa femme, ses enfans, ses biens, son repos, son ayse, pour flionneur de Dieu et de son roy, avoit exposé son corps, sa vie et son sang au danger qui Favoit amené où on le voyoit; le sang duquel, sans aucun doubte, est soubz Fautel de Taignau sans macule, qui est Jésus- Christ, en paradis devant Dieu, criant vengeance, laquelle en sera faicte sur ceux qui sont cause de sa mort et qui ont induict ce pauvre malheureux qui estoit présent à faire le coup. Pour consoler le peuple de Paris, qui estoit comme en ung désespoir de la maintenue de la vraye religion, et qui estoit en ce doubte, comme aussi estoient tout le reste des catholicques de France, que la religion catholicquc et romaine seroit par les huguenotz héréticques abatue en France, faulte d'homme prudent et sage qui espousast la cause d'icelle, en attendant la majorité et grandeur du roy, qui n'avoit encores douze ans, auquel on avoit grande espérance, ledit prescheur dist qu'il y avoit encores en France moult de milles personnes qui n'avoient encores poinct esté inclinées ni faict le petit genou devant fidolle Baal, et que Dieu en susciteroit quelqu'une pour prendre la place du deffunct, et pour espouser la cause de Dieu, de sa saincte religion, du roy et du royaume. Dist davantage que, au cas que nul homme de ce monde ne voulust espouser la cause de Dieu et du royaume, luy Dieu la prendroit et empescheroit les méchans héréticques, murtriers et assassineurs de prospérer, assurant le peuple que, où ayde humain deffault en quelque chose que ce soit, Tayde divin en est la force ; exortant ledit peuple de recourir du tout audit

1562. du jeune roy et repos public de son royaume. Ce que sçachant la roync mère, furibonde quelle fut, courut .la poste depuis Orléans jusqucs à Paris, pour intimider lesditz sieurs de parlement, avec menaces de leur faire perdre la vie, au cas qu^ilz n^acceptassent , publiassent et enregistrassent icelle paix. A laquelle ilz voulurent faire toutes honestes remonstrances sur chascun article, et luv monstrer le mal qui adviendroit au roy et à la France par icelle paix: mais elle jamais ne les voulut escouter, et plustost redoubla ses menaces. Eniin, par grande importunité, obéirent lesditz sieurs, à leur grand regret et comme par force; ilz adjoustèrent à laditte paix, que, eu parlant de la religion réformée, seroient mis par escript ces motz. De la trligion prctendae réformée, et dirent davantage que icelle paix n'estoit accordée que par intérim, en attendant la majorité du roy« qui en feroit alors à sa volonté, cl avec résene pour S. M. de casser, interpréter et modifier les articles d'icelle, sans y appeller aultres que les gens de son conseil, à laquelle cassation, interprétation et modification seroient tenus d'obéir lesditz de la religion prétendue.

I.a royne mère reporta au prince de Condé ces conditions de messieiu's de la coiut dudit parlement, qui en rien n y voulut accorder; parquoy retourna laditte dame auxditz sieurs, leur commander qu^ilz publiassent laditte paix es termes qu elle estoit, sans y rien adjouster ni diminuer. Lesquelz luy firent response qu'ilz ne pouvoient et n^en feroient aultre cbose , pour Tbonneur qu'ilz debvoient à Dieu et au roy, et qu au pardessus elle tîst de leur vie, corps et biens ce quelle vouldroit. Laditte dame, voyant n'en pouvoir mieux chevir, s'en retourna et commanda que lesditz sieurs la fissent donc publier en ces termes qu'ilz avoient mis et corrigés, ce qu ilz firent avec grand regret.

Les trompettes, crieurs et chevaux qui en firent le cry et la publication par la ville de Paris furent au danger d'estre tuez par la commune, qui s'esleva contre eux, auxquelz fut jette de la boue des rues au visage , et fallut qu'ilz eussent patience. Le procureur général du roy de Paris s'opposa à fenthérinement, publication et criée de laditte paix pour le roy, qui estoit mineur et en bas âge, en ce que

DE CLAUDE IIATON. 32»

laditte paix luy pouvoit préjiidicicr, et demanda aclc dr son oppo.si- ll)i'r2 tion. Toutesfois, le tout, par la volunté de la royiie, ne; laissa de s'en aller son grand chemin. '

Depuis ceste paix faicle et publiée à Paris et par les nuhres villes du royaume, il fut moult mal dict et rapporté d(; In royne inènî ef. dr mens, le prince de Condé , et courut ung grand hriiicl par la l'Vnnee qu^ilz se vouloient marier eux ensemble, et cognul-on i^i vene d'cril que laditte dame avoit faict le faict et le desfaicl de loutfî la guerre qu'on avoit menée, et fil-on plusieurs escriptz et placartz contre son honneur par la France.

Durant le traictcment de la paix susditte, M. le prinre de (>>ndé fut accusé, comme aussi fut l'admirai, de la mort de M. de fîuise, et fui requis de respondre à laditte accusation, ce que volunliers dist vonloir faire. Il se purgea de laditte mort, qu'il dist estre advenue à son grand regret, et, pour preuve qu'il n'en estoit cause, déclara avoir escripf trois paires de lettres à la femme dudit sieur de fiiiise, â res fins que laditte dame taschast à le retirer de son enireprinso et de la poursiiitte qu'il faisoil contre luy et ceux de la religion, craignant qu'il n advint ce qui en est advenu, ce que confessa larlitte dame estre vray. /)avantage se rapporta à la déposition du murlrier qui favoit tué et. qu'on avoit exécuté en son alisence et durant sa prison; et, pass'int oïdtr^. déclara qu'il s'en rapportoit au premier qui en vouidroit parler, de quelque religion rpiil fust, habandonnant sa vie, son honneur et hien«i à la miséricorde du rov et d^r justice, où il se tiouveroit aui^un digne de fov qui l'en pust accii.ser. Par ^es déclarations et sid>rriîf;<;ion4, fut absoult ledit sieur prince de la rnort. dudit de Ouise; et en dern^'iira la charge sur le seigneur admirai, rpji prinl tf^rrjpi pour s^n [»urg^*f, qui luv fut octrové, et s en ^^^uvi par après, ainsi fpM- !'• poiirrrins déclarer en fan prochain^ rrr rit vf^nant.

Sous prétexte ''i^ ''OJ . rlr I' > U^i<f\f \.tt/u*rr*- f Iij/imi^/- . /.ti,ifl/-<< IX it-ti*\ iiii édit' prpsrrivari* U v^o*^-. au pr'ifjf 'lu u^^iftf, 'l<s «;# ij/n/ un* s ri /mkpv^'m 'I^H

1 562. ayde divin , qui sera et est plus fort que la force de tout le monde ; car, quand toutes les forces humaines du monde, qui est bien grand, seroient assemblées ensemble, ne seroient rien, si Dieu, qui est Tayde divin , n y mestoit la main ; prouvant le tout par belles exemples et ligures de l'Escriture saincte et par les histoires prophanes du temps passé. — C'est une chose toute certaine, que, du vivant dudit sieur de Guise, durant ces troubles, moult de catholicques avoient quasi du tout leur espérance en luy et sa prudenze plus qu'en Dieu, et ne faisoit-on si grand debvoir de recommander la cause à Dieu qu'on a faict depuis sa mort; et a-on apperçu depuis sa mort que le dire dudit prédicateur s'est trouvé véritable , et que Dieu ayant tiré à soy ledit sieur trespassé, il a pris la cause de sa divinité, de son espouse l'église, du roy et du royaume en sa protection.

Poltrot est tenaillé avec des tenailles ardentes, et ensuite tiré à quatre chevaux eu place de Grève. L'exécution terminée, le corps du duc de Guise est emmené à Joinville, en Lorraine, où sa mère vivait encore. Le clergé et le peuple de Paris raccompagnent jusqu'à la porte Saint- Antoine.

Le corps passe à Provins, dont François de Guise était seigneur du chef de sa femme, à laquelle Henri II en avait fait présent. Les capitaines de la ville, les compagnies d'arquebusiers, les gens de justice et le clergé vont à sa rencontre.

« Les ecclésiastiques et commung peuple estoient si dolens et avoient le cœur si mary, qu'avec toute difficulté pouvoient-ils chanter les prières et oraisons des trespassez qu'ilz faisoient à son intention, à la pluspart desquelz tomboient les larmes grosses comme pois. >

Le cercueil, mené par quatre chevaux, entre par la porte Saint-Jean, est déposé sous le portail des Gordeliers et gardé par deux cents arquebusiers de la ville; les prières, les vigilles, les messes, et le sermon, qui fut prononcé par un jacobin, se succèdent jusqu'à dix heures du lendemain matin; à ce moment, le cortège se remet en route dans le même ordre que la veille, et quitte Provins par la porte de Changis.

Au partir de Provins, fut ledit defTunct conduict au giste à Nogentsur-Seine , où pareillement arriva le corps de mons. le grand prieur de France, son frère, cpii estoit mort dans son chasteau de FAulnay-

lez-Sens, ayant esté empoisonné, ainsi qu'en fut le commungbruict, par la practicque des huguenotz de France, pour la craincte quilz avoient qu'il ne succédast à la place et authorité de lieutenant du roy, pour leur mener la guerre au lieu dudit deffunct de Guise, son frère ^ Et pour ce, travaillèrent à les faire mourir tous deux ensemble.

Douleur de la duchesse douairière de Guise, à l'arrivée de ses deux enfants morts. — Le cardinal de Lorraine reçoit au concile de Trente la nouvelle de la mort de ses frères, moins d'un mois après avoir reçu les lettres quî lui annonçaient la bataille de Dreux. — Des pourparlers pour la paix s'engagent pendant la maladie du duc de Guise. Le roi repousse les conditions présentées par les protestants, comme trop rigoureuses. — Nouvelles conférences. — Le prince de Condé, mis en liberté sous caution, ainsi que le connétable, montre, pour rendre raison de sa conduite, les lettres par lesquelles la reine mère et le roi l'excitaient à la guerre et le priaient de les délivrer de l'oppression du duc de Guise. — Traité conclu à Amboise entre la cour et les protestants, le 12 mars i562 (i563 nouv. style). D'après cet acte et l'édit auquel il sert de base (19 mars], l'exercice de la religion réformée est permis aux gentilshommes dans leurs maisons avec leurs familles, et aux hauts barons avec leurs vassaux, et restreint, pour les bourgeois des villes, à une seule ville par bailliage ou sénéchaussée; les arrêts rendus pour fait de religion sont abolis; le prince de Condé et ceux qui l'ont suivi sont déclarés bons et fidèles sujets du roi; la mémoire des offenses commises par les deux partis l'un envers l'autre est éteinte, etc. ^

Geste paix faicte , fut par la royne mère envoyée à messieurs de la court de parlement de Paris, pour l'homologuer, l'enregistrer et la faire publier au Palais et par la ville. Ce que refusèrent faire lesditz sieurs du parlement, d'aultant qu elle estoit faicte du tout au désavantage de l'bonneur de Dieu, de la religion catholicque et de Tauthorité

* François de Lorraine, grand prieur et général des galères de France , né le 18 avril i53â* mourut le 6 mars i563.

' Edit de pacification, qui permet le libre exercice de la religion réformée. 1662 (i563], mars 19. (Isambcrt, Rec. des anciennes lois franc, t. XIV, p. i35.) Voy. des actes de confirmation et d*interprétation

de cet édit ( 1 6 août , 1 4 décembre 1 563 , 4 août i564)i dans le même recueil, et dans Fonlanon, t. IV, p. a 79; les articles convenus à Amboise le 12 mars, dans les Mémoires de Condé, t. IV, p. 3o5, et diverses pièces relatives à la même pacification , dans les Mémoires de Condé , t. IV, p. 333, 356, 498 et boà»

1562. églises de France. Les gentilshommes des provinces achètent à bas prix les biens ecclésiastiques; en réalité, la reine mère recueille seule les fruits de cette opération financière, soi-disant destinée à soutenir la guerre contre les protestants. — Les chanoines de Saint-Quiriace de Provins font racheter leurs seigneuries de Bonsac, de Saînt-Martin-Channetron et de Boisdon. Le chapitre, malgré Topposition d'un chanoine nommé Nie. Roussel, qui soutient que le roi n'a pas le droit de disposer du temporel des églises sans lautorisation du pape, se procure de l'argent en faisant briser le chef de saint Quiriace. Cet acte est vivement blâmé dans le pays. — Détails sur le chanoine Roussel, homme riche, paillard, gourmand et fort libre dans ses propos.

Ung jour, estant en une assemblée de plusieurs personnes, ayant beu du vin jusques à en estre surprins plus qu'à sobriété n apartenoit, commença à détracter de la mère roync, qu'il appella mère ruyne du roy, du royaume et de toute piété et religion; et, passant oultre, dist grandes paroUes au déshoneur de sa pudicité, et l'appclla paillarde, putain et ribaude et des plus qui fussent en son pays de bogrinerie d'Italie, ni en France, et non content de s'attacquer à son honneur, y voulut comprendre la personne du roy, qu'il par plusieurs fois injuria de telz motz en disant : « Ce petit filz de putain, ce bastardlà, ce sera ung petit messère bogrinot d'Italie, qui ne vauldra rien ne que sa mère, et qui perdra le royaume de France. »»

Un avocat, appelé Pierre Leblanc, ayant entendu ces paroles, les dénonce aux gens dejustice. Le chanoine ne se tire d'affaire qu'en donnant de l'aident, d'abord au bailli et au procureur du roi de Provins, ensuite à certains courtisans qui font disparaître les pièces du procès. — Détails sur Pierre Leblanc.

Le roi établit pour six ans une nouvelle gabelle sur l'entrée des vins et de la vendange dans les villes et bourgs du royaume; le taux en est fixé à 5 livres pour chaque nmid de vin , et à 6 sous 8 deniers pour chaque queue. La ferme de cette gabelle est mise à prix et adjugée, à Provins, à un tailleur, moyennant la somme

aux Archives inip.) Une déclaration du des remontrances des nobles et des gens

mois de janvier i563 [ibGà) permit au du tiers état à ce sujet. Au mois de mars,

clergé de racheter dans un an les biens le clergé racheta la portion aliénée de ses

aliénés en vertu de l'édit de mai. Voyez biens, moyennaiil 3,a3o,ooo livres. {Joar-

dans les Mémoires de Condé, l. V, p. 6, nul de Bruslart, p. i^i.)

de six cents livres. Les habitants de Villenauxe s'opposent à l'exécution de l'édit, 1562. en soutenant que la vigne et le vin sont leur unique bien et leur seul moyen de vivre.

Pour le temps de ceste présente année, les vignes jettèrent des grappes et raisins aultant habondammcnt qu elles avoient faict il y avoit plus de six ans pour une année, et estoient lesdittes grappes et raisins aux moys d'apvril , de noay et de juing fort belles et longues et quasi tout atirées, ayant plus d'ung pied de roy de longueur au moys de juing, quand elles furent près à florir, et espéroit-on de recueillir tant de vin en ceste année, qu'il eust convenu enfoncer les cuves, baguoircs et tonneaux; mais Dieu, qui gouverne toute la terre, ne pennist pas qu'il fust faict ne qu'il advint. Car, dès le commencement du moys de juing, que Ton entroit en l'esté, la saison se porta au plus mal, par pluies froides et continuelles, qui fut cause de faire deschoir tous les biens de la terre. Et se pourta Testé plus mal la moytié que n'avoit faict le printemps, lequel printemps, dès son commencement, s'estoit adonné à challeur, qui avoit ainsi bien faict croistre et advancer les biens de la terre; lesquelz du depuis, tant les grains que vins ou vignes, allèrent de mal en pis, et empirèrent tant, que l'on ne fit recueil d'iceux biens à la moytié de ce qu'on pensoit et que la terre avoit monstre apparence, lorsque les vignes entrèrent en fleur. Les pluies continuelles qu'il faisoit par chascun jour estoient plus froides que glace, et advint que , le jour de la feste de mons. S' Jehan- Baptiste, qui est au 2^'* jour de juing, il plut et neigea tout ensemble pluie et neige si froides que les mieux vestus ne pouvoient durer de froict par les rues et hors des maisons ; et fut constrainct tout ce jour de faire feu pour se chauffer es maisons qui ne voulut endurer beaucoup de froict. Cela fut cause de faire couler les vignes, qu il ne demeura pas une tierce partie. Les bleds pareillement en ceste année coulèrent, pour lesdittes pluies froides qu'il fit au temps de la fleur. Toutesfois, il fut des grains assez compétamment, mais furent germez aux champs et gastez au temps des moissons, de sorte qu ilz ne rendirent à farine comme par beau temps. Les saisons

1562. de Tannée se trouvèrent toutes changées en ceste présente. Le beau temps du printemps se trouva estrc en yver, au printemps Testé, en esté Tautomne et en autonme Tyvcr. Toutesfois, quasi toute Tannée, les eaues furent grandes et dérivées; elles furent plus grandes Testé que Ty^^er, et recueillit-on sur la prairie de la rivière de Seine du foin assez, quand on put le saulver et fanncr. Et advint le tout en punition de Dieu, pour Torgueil et péchez, qui de longtemps régnoient en France, et ne se voulurent amender les mondains du royaume, tant des villes que des villages, pour prédications et remonstrances que leur faisoient les prédicateurs et curez, et se vouloit chascun estât excuser sur ung aultre. Le commung peuple, comme aussi plusieurs aullrcs qui présumoient d'eux-mesmes, rejectèrent les maux, causés par le renversement des saisons de Tannée et par le meschant recueil que Ton fit de vins et d'aidtres biens, sur ceste nouvelle gabelle d'entrée de vins et vendanges es villes, et bailla-on plusieurs malédictions au roy et à la roync sa mère et à leur conseil, qui avoient mis en avant ceste nouvelle imposition.

L'éternel Dieu omnipotent, voulant démonstrer à la France Tyre de son courroux, oultre les guerres qu'avons dict ci-dessus, le renversement des saisons de Tannée, la diminution des biens de la terre, qui fut ung présage de cherté, permist régner encores ung aultre fléau, qui fut la mortalité qui advint quasi en toutes les villes de France, par maladie pcslilenclcuse et contagieuse; qui fut cause de les despeupler et de grandement diminuer le nombre des habitans desdittes villes, et nommément en celle de Paris, où laditte maladie eut cours plus d'un an entier, et rapporta-on qu'en laditte ville de Paris y en morut plus de vingt-cinq milles.

Les villes où laditte maladie contagieuse eut cours furent : Paris, Pontoise, Gisors, Rouen, Beauvais, Meaux, Compiengne, la Fcrlésoubz-Jouarre , Chasteau-Thierry, Soissons, Reims et Chaslons en Champaigne, Troyes, Chastillou-sur-Seine, Langres, Dijon, Toumu, Chaslons-sur-la-Saône , Beaune, Mascon, Lyon, la Charité, Bourges en Berry, Gien, Auxerre, Sens, Bray-sur-Seine, Melun» Corbeil,

Estampes, Orléans, Tours, Vendosme, Potiers, la Rochelle, Mo- 1562. lins en Bourbonnois, Sancerre, Vezelay et Montargis, et ainsi quasi toutes les aultres villes de France. Provins fus! pour ccste année exempté de ceste maladie contagieuse, mais en avoit esté ung peu agité Tan dernier passé, ainsi que nous Tavons dict, et estoit une chose fort dangereuse que d'aller par les champs, et avoit- on milles peines de trouver logis par les villages et les villes mesmes dans lesquelles avoit cours ceste maladie, cpii dura jusqucs après la S'-Picmy de ceste année.

Le poète Pierre Ronsard adresse à la reine mère une élégie sur les misères de la France, avec une remontrance en prose ^

Non-seulement la France fut agitée en cesle année de guerres, diminution des biens de la terre et de peste, mais aussi fut remplie et fort tormentée des voleurs, larrons et sacrilèges, qui de nuict et de jour tenoient les champs etforçoient les églises et maisons, pour voiler et piller les biens d'icelles pour vivre et s'entretenir, et le tout soubz le nom et couverture des huguenotz et de la guerre qui avoit cours en France.

Or advint-il que, dès le commencement de ceste présente année, que les huguenotz se rebellèrent contre le roy et se saisirent des villes de France , les voleurs et meschans garnemens des villes et des villages, pour la pluspart gentishommes , ou, pour mieux dire, genspille-hommes, et leurs serviteurs, s'adonnèrent à piller et desrober toutes partz où ilz pensoient faire prouffit et butin, fust es maisons des riches gens ou dans les églises de villages, et le plus ny alloient

* La remontrance à la reine mère, dont Cl. Haton donne le texte, est une lettre d'envoi qui paraît se rapporter à la pièce intitulée , « Discours des misères de ce temps. A la Royne, » et «Continuation du discours des misères de ce temps» (Ronsard, ÛCuviif 5, 1571, in-18, chezG. Buon, p. 4 et i3) , où Ton trouve la prière à Th.

de Bèzc de ne pas prêcher en France :

Une évaDfpllc armëc ,

Vn Climt cmpistollû toul Doircv de fumée, Portant un morion en teste et, dans la main , Cn large coutelas rouge de sang bumain.

Un morceau autographe de Ronsard, sur l'Envie, est conservé dans les manuscrits de Dupuy, à la Bibl. imp. vol. 558-559.

1 562. que de nuicl , aflin de n eslre veuz et cognus et de ne poinct tomber,' ou en déshoneur, ou es mains de justice. Desquelz voleurs estoient: ung de TEschellc, nommé le sieur de Graves, filz de TAlbanois dudit lieu, Sinado de Besancourt, filz de la femme du sieur S'-Symon de Chantalous, paroisse de Bauchery; Prinsaut, gascon ou provençal, jadis serviteur dudlt S*-Symon, demeurant à Bauchery; Chastcaubon, gentilhomme de la suitte du sieur d'Esternay; ung aultre nommé d'Averly; et ung aultre qui demouroit au chasteau de Flaiz, nommé le sieur du Mez, tous jeunes gentilastrcs, et pour la pluspart non mariez; lesquelz eurent la renommée d'avoir pillé et voilé les croix et calices, ensemble les meilleurs orncmens de l'église de TEschellelez-Provins, de Téglise S-Fregel-lez-Chalaustre-la-Grande et de plusieurs aultres lieux.

A rcxeniple des gentilshommes ou pour leur service, plusieurs roturiers se font voleurs, enlèvent dans les églises les croix, calices et autres objets précieux, s'introduisent dans les maisons des particuliers et les dévalisent. — Un reliquaire appelé le Chef de saint Georges, les calices et la croix d'argent de l'église de Villiers-Saint-Georges sont dérobés la nuit dans le château de ce bourg, où les habitants les avaient enfermés pour plus de sûreté. Un laboureur qui tenait le château à ferme, et qui Thabitait, est accusé de complicité dans le crime et mis en prison à Provins. Le seigneur de Besancourt est soupçonné d'être l'auteur du vol. Au bout d'environ quinze jours, le Chef de saint Georges est retrouvé dans un étang voisin de VilJiers; les habitants transportent le reliquaire dans l'église de Saint-Ayoul de Provins, après avoir mis à part les ossements sacrés qu'il renfermait et les avoir confiés à la garde de leur curé. Le fermier est élargi, faute de preuves.

Jusques à côstc année et au temps des sacrilèges, le sieur de Besancourt ne s'estoit entièrement retranché de Téglise catholicque et ne s'estoit déclaré huguenot ennemy d'icelle et des ecclésiasticques , et commença en ceste ditte année à délaisser la messe et les sacremens d'icelle église, et, pour son commencement à la huguenotterie , persécuta les gens d'église et vicaires de Bauchery, qui estoient messires Jehan du Ru et Pierre Paillard, auquel Paillard couppa ung

jarret d'ung coup d'espée qu'il luy donna en desrobant par force et 1562. violence les grains qui estoient dans la grange ^desdilz vicaires et en plain jour; lesquelz furent contrainctz d'habandonner leurs biens et maisons, l'église et les paroissiens, pour se saiilver à Provins, oif mourut ledit Paillard du coup d'espée, environ trois moys après, et n'en fut aullre cbose. Ledit du Ru fut rcmandé par le seigneur de S^-Synion , beau-père duditBesancourt, pour chanter la messe aux paroissiens, combien qu'il fust huguenot, je dis ledit S*-Symon; lequel s'empara du revenu du curé et pareillement des dixmes dudit Bauchery, appartenant audit curé et aux chanoines des églises de Notre- Dame du Val et de S^-Quiriace de Provins.

Dans Ja paroisse de Bauchcry, y avoit ung vieil prebstre, nommé M* Jehan Angenost, demourant au Plaissié de la Tour, homme riche de huict muidz de blé de rente pour le moings, grand ennemy des huguenotz héréticques, lequel eschappa des mains desditz Besancourt et ses compaignons, desquelz jà par plusieurs fois avoit esté battu, pour ce qu'il preschoit et parloit contre eux et leur prétendue religion. Et se saulva en une nuict à Provins, ayant esté adverty que pendant vingt-quatre heures il devoit de nuict estre par eux prins, pillé, voilé et saccagé de corps et de biens. Lesquelz huguenotz, au lendemain de son partement, estans advertis de sa retraicte, furent fort faschez et ne se put Prinsault garder de dire telz motz : « 0 cas de Dieu! le prebstre nous est cschappé; quelq'un a révélé noslre secret; nostre butin est perdu. » Car ilz espéroient de trouver beaucoup de finance en sa maison.

Les prebstres de la paroisse S*-Fregel-lez-Chalaustre-la-Grande furent par ledit Besancourt et ses compaignons si tourmentez en leurs corps et biens, que les plus riches furent contrainctz de partir les premiers pour se saulver, et leurs biens furent prins par iceux huguenotz comme pillage. Non seuUement les prebstres dudit S*-Fregel, mais aussi tous aultres, de quelque lieu quilz fussent, n'estoient assurez quand ilz se rencontroient devant eux, fussent-ilz cordeliers, moynes, jacobins ou prebstres séculiers, et en eschappoit

1502. bien peu de leurs mains sans avoir maints coups de baston. Les cordeliers ni les jacobins n'osèrent plus aller prescher par les villages où ilz savoient lesditz Besancourt et ses compagnons se trouver; et furent - contrainctz, comme aussi les aultres prebstres, de se faire tondre, porter longue barbe, ne plus faire leur couronne et se desguiser de leurs liabitz.

Hz buguenolz n'en vouloicnt seullen)ent aux prebstres et ecclésiasticqucs, mais aussi à tous riches gens, les maisons desquelz estoient assaillies de nuict, pillées et voilées, et estoit une merveille des voUeries qu'ilz faisoient jour et nuict sur les cbemins aux passans, et de nuict es maisons, sans que de tout cela justice ni les justiciers en fissent aulcune poursuilte, quelcjue plaincte qui leur en fust faicle, conmie s'ilz eussent esté parlicipans au butin.

Hz allèrent assaillir au village de Coefrans, le jour de la Toussainctz au soir, la maison de Symon TEscouflier, laboureur demourant audit lieu, pour la piller et saccager, d'aullant qu'il estoit tenu et estimé le plus riclie laboureur de l'élection de Provins; mais travaillèrent en vain. Car ledit Escouflier s'estoit muni en sa maison de bastons, grès et pierres pour se deflendre contre eux, se doublant bien quelque jour d'avoir Tassaidt de ces nouveaux cbrestiens réformez; lesquelz furent bien receuz à coup de grès et pierres audit logis, dans lequel ne sceurent entrer, pour le bon guet et deffence qui y fut faict par ledit Escouflier et ses gens et non par aultres. Les frères réformez se trouvèrent à l'assault de ceste maison en nombre d^uue douzaine et plus, tous à cheval, bien montez et armez, avec courage d'entrer dedans de bon gré ou de force, sans guères tarder. Car ilz j)ensoienl qu'avec leurs plstolles ilz romproient les serrures en deslaschant contre, ou bien qu'ilz eschelleroient laditte maison, qui estoit assez loing des aultres et de secours, mais ne considéroîent qu'elle estoit forte et fermée de l)onnes murailles. Estans arrivez à la porte, frappèrent assez doulcement pour appeller les gens de la maison, pour les faire sortir affin de leur ouvrir laditte porte pour parler à eux, et avoir moyen d'y entrer;, ce que ne voulurent faire

ledit Escouflier et ses gens, qui ne leur respondirenl aulcun mot. 1562. Quoy voyant, iccux frères en voUerie montèrent les aulcuns par dessus les murailles pour ouvrir ladilte porte, laquelle ouverte, environnèrent le corps de logis, qui navoit qu'un seul huys qui estoit faict de grosses membrures et bien espesses; pour lequel ouvrir, ce leur sembloit, tirèrent coups de pistolles dans la serrure et à Tendroict des verrous, pour les rompre, comme ilz pensolent. Mais se trouvèrent trompez; car ledit huys estoit fermé par dedans avec trois grosses barres qui estoient enclavées dedans les murailles et traversoient ledit huys, lequel estoit encores renforci de gros coffres, que ceux de la maison avoient mis devant Thuys. Ledit Escouflier, bien garni par dedans, fit monter tous ses gens en hault et luy aussi pour se saidver et tous ses meubles, comme linge, habitz et estain, espérant y tenir bon, si d'avanture Thuys eust esté rompu et que les voleurs eussent entré dedans, car il eust fallu qu'ilz eussent monté après par la montée, qui leur eust esté chose hasardeuse. Il Escouflier et ses gens, estans montez, advisèrent de deffendre que Thuys ne fust rompu et, à coups de harquebuses et de pierre assaillirent les frères voleurs, qui se trouvèrent assez empeschez à se deffendre ; sur Tung desquelz fut jette et laissé tomber ung gros grès, de la pesanteur d'une quaque de vin, qui ne luy reigla que les espauUes, mais toml^ant sur le train de derrière du cheval où il estoit monté, les accabla tous deux par terre. Duquel coup furent bien espouvantez messieurs les nouveaux chrestiens voleurs, qui, de peur d'estre cognus, tirèrent l'homme et le cheval hors de la court pour eux saulver, et habandonnèrent la maison. Le cheval alla mourir à demie lieue de là enmi les champs, et l'homme n'eut que ung peu le dos el les espauUes meurtris et escorchés, d'aultant que ledit grès ne l'avoit faict que reigler. Plusieurs d'entre eux receurent plusieurs coups de pierre , desquelz ilz portèrent les marques assez long temps ; mais ne se vantoient où elles leur avoient esté données. Ledit Escouflier, se voyant délivré de cest assault, si tost qu'ilz furent partis des environs de sa maison, ouvrit son huys poiir aller fermer sa porte qu'ilz avoient ouverte, et,

ir)6!2. ce faict, chargea ses deux liarnois de linge, coffres, habits et meilleures haï (les, el chassa dioict à Provins, où il se rendit au poinct du jour à l'ouverture de la porte, et entra dedans la ville pour cercher maison à louer où il piU descharger ses harnois et aller demeurer. Il trouva rhostel de TAnge en la rue de Culoison, où il se logea, et ayant deschargé le jour des Mortz, lendemain de la Toussainctz, relourna querre le reste de ses meubles, et ne cessa poinct qu'il ncusl vuydc saditto maison de Coefrans, en laquelle oncques depuis ne demoura.

Puisque nous sommes tombez à parler des volleurs huguenotz dessus nonuuez, nous poursuivrons à parler dudit sieur de Besancourt et des vols quil avoit renommée de faire, tant en particulier sur les chemins, quen général quand il estoit avec ses compagnons. Il Besancourt, pour ceste année et assez d'aultres depuis, faisoit quasi tousjours sa demeurance au village de la Sausotte-lez-Nogent , où il avoit une maison et quelcpie peu de bien, avec celuy du curé dudit lieu dont il s'estoit emparé, comme des terres et prez appartenant à la cure dudit lieu. Advint ung jour de ceste année que deux hommes « bouchers de leur estât, de la ville de Nogent-sur-Seine, se transportèrent pour leurs affaires au village de la Saussotte, où trouvèrent ledit Besancourt, accompagné de son assommcur de gens qu il appelloit son serviteur, honmie gros et puissant, Allemand de nation, qu'il menoit tousjours avec luy. Lescpielz, je ne sçai pour quelle raison, se ruèrent sur ces deux bouchers, quilz oppressèrent fort de coupz de poing et du fusl de leurs pistoUes, el, non contens de ce, leur ostèrent leur argent qu'ilz avoient sur eux et les renvoyèrent en meschant équipage et avec grosses menaces. Lesquelz, estans de retour en leurs maisons audit Nogent, se phiignirent à justice et à tout le monde dudit Nogent de cest oultrage; duquel furent csmuz les habitans dudit lieu contre ledit de Besancourt, qu'ilz menacèrent de punir par justice ou aultremenl. Desquelles menaces fut adverty iceluy Besancourt, qui renforça sa rage et malveillance centime lesditz de Nogent, qu'il guettoit et espioit en tous lieux par les chemins.

DE LLAIDE HATON 35v

pour les bâttrr ot oiiltrrf^er. ..-. -lu'il fit. duqi-vi ?ii::::îi:- :ui:iin> iJr? moururent. El n.*':! ..ntent ce lo? e-ji-zr p.tr ir- .iMmii^. i--» àii::t. avec son All-?m:jnd. l'iiis r'ivux montez .î .liovrtl. c^ici:-.:- vt iirurier jusques aux p'-rtes .lu«iiî .V/^renî. et v jlïx rar p!u?:':u:> {'is tirer des coups de pi>toilvs 111^:^1:5 nu pie d:- 1-^'ir p::*-.-. p":.:r !-:> d-espiter. mais n"v .irre^tcit ioiu' t-nips depiii-^' i-f eoup d'.nne. Inr to:s entre les aultîrs. n'-v:nî trouva personiie lîii î t \-.\:-îîî -m >a \ovpour le brittre. pas- 1 <i ràc? s^r lima^re de l:» 1 oiiv d.-iiio i:- \ier^e Marie, a la'jiielle il Ij^rhj un:; roup dv pi-î-jî-o a'.i vi>:i^e. 'luq-iol lux emportèrent d^M\ '.>c!à*z le> bouletz qui estoient en saditt? p^istoUe. sans luv fjire rinltre inal. (^;ux de Notent, qui ;i\cient ost^ adverli< de sa venue, ne se vonhirent pr*"'>enter devant lu\ pour \: tuer publicquenïent : nirds lun:: d »rnlre ►-ux ialia espier en une niiii-on p'.v> laditte vma^'e. d*- itqu^dle muison. par entre d»m\ thuillos. luv tira ung coup d'- harquebuse qui peu le blessa par le ventre, en i^lissanl. et nentia poinct dvdan^ b «orps: qui moult espouventa ledit Desancourl. lequel print la iuitte a bride avallee. pour se saulvi-r le lonç de la chaus>;e droict au port dudit No::»?nt : t-n luvant. il apperceut quatre honmi',':^ dudit Nof^ent en une nacelle, qui na^eMient avec toute forée pour biv coupper le rbemin sur laditte chau>see. et le prendre \if ou moit: qui lut cause de biy faire doubler le pas et prendre l:i poste pour ^f saulvcr. ce qu'il lit. Quov vovant, lesditz de Notent se ru»:rent *<u[ son Allemand, qu'ilz attrappèrent. n'avant couru si fort qu'- son maitre. lequel ilz mirent en blanc, et. après l'avoir battu de conps de baston et tué sa jimient d'Espaigne, le renvoverent audit Ijesancourt sans luv faire aultre mal. avant iu^ïé en eux que ledit Allemand ne lalsoit que ce quf luv faisoit faire son maistre. Ce^^te pourMiitte et le foup de barquebuse refroidirent ung peu l'audace dudit iJevjnrourt. qui rmcques depuis n'alla assaillir ni provocquer le^^ditz de .\o;.'ent a leurs portes.

Estant \enus a ee piopos a parler des babitans de Nogent-sur-Seine. ne fault laisser en sibrncf unj^ cas qui advint en ceste année audit lieu, qui fut t^ I : \d\int eu ung joui oi inovs de l'esté de ceste année,

3/iO MÉMOIRES

1562. environ sur riieine do vespres, que ung Irain de grande dame que je ne puis nommer, pour n'avoir proniplement escripl ces présentes mémoires, passa de Provins à Nogcnt, estant en nombre de quinze à vingt personnes, tant de pied que de cheval. Lesquelz, passanspar devant Tymagc de la belle dame, ne lirent aulcun honneur ni révérence à la vierge Marie que représente ceste ymage, ains passèrent oultre, anlcuns sans dire mot, les aullres, avec mocqueries, se gaudissant de ladite ymage et du peuple dudil Nogent, qui estoient, alloicnt et venoient en dévotion devant icelle pour prier Dieu et saluer la vierge Marie qui esl au ciel , représentée par ceste ymage. Lesquelz , partie par zelle de l'honneur de Dieu, de la vierge Notre-Dame et de la vraye religion cathohcque, aussi partie par coUère de la mocrpierie que leur faisoient ces nouveaux chrestiens huguenotz, furent esmeuz et leur rendirent injure pour injure, mocquerie pour mocquerie, et tant fut faict que les ungs et les aultres s'ataquèrent à belles injures, et des injures en vinrent aux coups et armes. Une partie du train de la dame estoit jà passé dans la ville, qui ne virent rien de Tatacque, et n'y en avoit qu'environ la moytié avec laditte dame, qui estoit en sa litière. Celle-ci, au lieu de imposer silence à ses gens, les provocquoit à prendre les armes pour battre et oultrager ceux dudit Nogent; lesquelz de Nogent, esmus à la garde de leur porte du bruict et plaincte de ceux de leur ville qui querelloient avec les gens de laditte litière, ayans tous mis la main aux armes et entendu la cause pourquoy, se ruèrent sur ledit train, qui fut en grande peine de se saulver, ayans tous habandonné leur dame et sa litière. Laditte dame, voyant ceste sédition, se jetta hors de sa litière, ce pendant quon chassoit ses gens pour les tuer et jetter en la rivière, et se saulva dans la ville, ce que n'apperceurent les gens de la porte, lesquelz pensans qu'elle fust encores dedans, jettèrent laditte littière et tout ce qui estoit dedans au milieu de la rivière de Seine. Toutesfois advint qu'il ny avoit en icelle aulcune créature qu'un petit chien et plusieurs bardes de laditte dame, ensemble sa bourse, dans laquelle, comme elle dîsoit, y avoit de quatre à cinq cens escuz d'or. Laditte dame n'eust

aultre moyen ni ses gens que de s'enfuir en la maison du bally de 1562. iadiite ville, qu'ilz cognoissoient, et qui estoit tenu pour huguenot comme eux; lequel les saidva de ceste sédition, et n'y eut aulcune personne de tué, et furent mis hors de la ville au lendemain, avec si bonne garde et à telle heure que laditte sédition ne fut recommencée ^ Mais fut par ledit Lally informé, à la requesle de laditte dame, contre ceux de laditte ville qui avoient esté à laditte sédition, et fut trouvé que ung barbier dudit lieu, nommé Laurent Gravier, estoit le principal auteur de tout ce maL Lequel, sçachant quon informoit contre luy, se serra et absenta la ville pour ung temps; mais à la fin fut prins prisonnier et son procès faict jusqucs à estre pendu et esti^anglé. Et pour ce faire, fut mandé le bourreau de Provins, qui eut la peine de s'en retourner sans rien faire; car ledit Gravier, ayant esté averty de sa sentence par ses amys, en plain jour se jetta du bault de la couverture des prisons à bas, après s'estre recommandé à Dieu, à la vierge Marie, pour la deffence de l'honneur de laquelle ceste sédition estoit advenue, et à M. saint Laurent, son patron et parrain, ciymant mieux se mettre à leur miséricorde et vohmté, au danger de se tuer ou de se saulver, que d'estre pendu honteusement à ung gibet. Il tomba de plus de 35 piedz de hault sur le carreau, sans se beaucoup blesser ni demeurer en la place, ains se saulva jusques à la nuict en la maison de ses amys, de laquelle il partit et de la ville en une nacelle , et se saulva par la rivière. 11 eut depuis grâce de ce faict par le roy et retourna en sa maison audit Nogent.

Une prébende de Téglise de Notrc-Damc-du-Val de Provins étant devenue vacante par la mort du titulaire, M* Claude Moissant et Charles Olivier, précepteurs des grandes écoles, la font amortir, en vertu de lordonnance d'Orléans, pour le revenu en être consacré à Técole de la ville.

En ceste année, des ambassadeurs du Grand Turc, infidelle en-

* De Thou (flist. universelle» 1. XXIX) versant Lisy-sur-Ourcq (Scine-el-Marnc) , raconte une anecdote à peu près semblable le jour de Pâques i r)6a . arrivée à la princesse de Cond«», en Ira-

1562. nemy de Jésus-Chrisl et de tous les chreslicns de la chrestienté, vindrent de leur pays en France pour parler au roy, lesquelz passèrent par ce pays icy en allant à S. M., qui esloit pour lors à Paris ^ — Hz Turcz prindrent terre à Venise, en Italie, et d'Italie passèrent les montagnes pour se rendre à Lyon; de Lyon prindrent leur chemin pour aller audit Paris par Dijon, Troycs en Champaigne et Provins, où ilz arrivèrent sur les dix heures du matin, ayans party de la ville de Nogent-sur-Soinc où ilz avoient couché. Hz estoient environ quinze chevaux tiucz et non plus, les hommes habillez de divers haliitz et diverses couleurs; et estoient de deux qualitez pour le moings, les ungs, gentilshonmies ou princes séculiers et laiz, et les aultres ministres et prélatz de leur faulse religion et loy macométicque. Les séculiers estoient habillez de courtes robbes et chcippeaux d'aultre façon que les ministres el prélatz, entre lesquelz séculiers y en avoit ung qui avoit son chappeau de la haulteur d'ung pied et demy de roy plus hault que tous les aultres, duquel chappeau sortoit ime pomme d'or, grosse comme ung petit œuf de poulie, qui luy couvroit le front, avec une platène, la queue de laquelle remonstoit par dedans ledit chappeau, où elle estoit attachée. El estoit cestuy-là réputé et le mieux respecté par les gens de sa suitte. Les prélatz estoient habillez de longues robbes, l'ung desquelz avoit une longue robbe rouge à cheval, et chaperon de mesme sur ses espaules, avec ung chappeau à gros bours entrelassez de diverses couleurs, beaucoup plus gros que la coelTe dudit chappeau. L'aultre estoit habillé de blanc, de la mesme manière que cestuy qui estoit habillé de rouge. Ilz avoient tous espées à leurs cynctures et pongnards sur les reins, aux pommeaux d'or.

Hz furent arrestez à la porte de Changy bien ung quart d'heure par l'auteur de ce présent hvre, qui estoit de la garde de la ^ille pour ce jour avec sa dizaine, de laquelle il avoit charge, comme aussi de

* Pour les relations de la France avec FrYinccc/rtrtA/cLfra/î/, publiées par E. Charla Turquie pendant les règnes de Henri II rièrc (Paris, i85o, in-/i\ lomc II). et de Charles IX, voy. Négociations de la

DE CLAUDE IIATON. 34:1

quaires aiiltrcs, car il esloil cinquentcnier, soubz le capitaine Jehan 1562. Roy, capitaine de laclitte porte et quartier de Changy, pour les mieux contempler en leur parler, liabitz, gestes cl manières de faire, en interrogeant leur truchement, qui parloit bon franroys; lequel, respondant aux questions dudit cinquentcnier, dist qu'ilz s'estoient embarquez sur la mer en Conslantinoble, ville principalle de toute la Grèce, et que de là avoient prins terre à Venise en Italie, et prins le chemin par terre tel que nous avons dict ci-dessus. 11 monstra les saufcouduictz et passeportz de leur seigneur le Grand Turc, pour faire foy quilz esloient envoyez de luy; mais nul que ledit Iruchement ne put lire ni entendre ledit passeport, qui, en vulgaire françois, disoit que le grand seigneur, monarcque et empereur de toute la terre, prioit tous roys, ducz, tous barons, seigneurs, capitaines, communaultez , villes, portz et passages, de nempescher, troubler ni retarder ceste présente compagnie, ses bachats et ambassadeurs qu'il envoyoit au roy des Francoys en son royaume de France, pour entretenir Falliance qu'il avoit avec Sa Majesté, et pour traicter avec luv une nouvelle alliance, si faire se pouvoit. Requis par ledit cinquanlenier de monstrer le passeport du roy de France, et la permission qu'ils avoient de Sa Majesté ou de ses gouverneurs des provinces de passer par la France, respondit que nul capitaine ni aultres à l'entrée des portz, passages ni villefs, ne les avoit requis de montrer ledit passeport ou permission, lecpel toutellois estoit dans ung de leurs coffres que portoient deux chevaux en croppe, et que descharger à laditte porte pour le monstrer leur eust esté une grande peine. Quoy ouy par ledit cinquantenier, leur ouvrit la barrière de la porte et les fit entrer en la ville et conduire en rhostellerie de TEscu de France, où ilz arrcstèrent pour disner, les ayant bien veu, ouy et contemplé à son gré et contentement. Il y eut grande presse à les aller voir, contempler et ouyr parler, audit Escu, où fut veu quilz ne l)urenl vin ni mangèrent lard ni chair de pourceau, mais encores refusèrent à manger la chair roustie, lardée de lard. Car boire vin, manger chair de pourceau ni d'aultres bcstes qui ont le pied fendu et ongle

1562. divisé, si elle ne rumine et rebroye sa viande, leur est interdit et delFendu par leur loy de Mahomet. Hz avoient prins ung bomme de cbeval à Nogent pour les guider et conduire jusques à Provins. Au partir de Provins en prindrent ung aultre pour les conduire jusques à Nangis, et ainsi de traicte en traicte. Il fut grandes nouvelles par la France qu'ilz ambassadeurs estoient envoyez au roy pour traicter et baslir le mariage de Sa Majesté avec la fille dudit Grand Turc. Mais le truchement n'en parla aulcunement. Hz furent à la court du roy à Paris quelques six sepmaines avant que partir pour s'en retourner. Hz repassèrent par Provins et reprindrent pour s*en retourner le mesme chemin qu'ilz avoient tenu à venir. Hz retournèrent bien joyeux et contens du jeune roy, qui les avoit fort humainement receuz et faict traicter, et qui leur fit de grans dons.

Le pape envoie en France des ambassadeurs et y entretient des gens d'armes pour secourir le roi contre les liuguenots. — Le roi d'Espagne fournit à Tarmée royale six mille Espagnols et deux mille F'iamands.

// est probable qail y a ici ane lacune dans le manuscrit.

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GONOB. LE DÉr.lUENT DE M. DE CIIARKT INSTALLÉ X PROTIflâ ET AUX ENVIRONS.

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