XXI. INTRODUCTION
En i556, pendant la grossesse de la reine Catherine de Médicis, Henri II toucha, le jour de la Saint-Jean-Baptiste, les malades des écrouellesau château de Fontainebleau; Cl. Halon fut témoin de cette opération : «Ainsi que nous- mesmes le vismes de noz yeux, dit-il,' estans présens audit lieu de Fontainebleau ^ »En 1 558 y il était à Paris, à la cour, on ne sait à quel titre. Il assista aux mariages de Claude de* France, fille de Henri II, avec Charles II, duc de Lorraine (5 février 1 558), et de Marie Stuart avec le dauphin, depuis François II (24 avril i558). «Il me semble, dit-il en cherchant à rappeler à ce sujet ses souvenirs devenus confus, que pour le moings le banquet nuptial de Tung ou de l'aultre des deux princes ou des deux ensemble fut faict à Paris, dedans la grande salle du Palais, les bancs de laquelle furent ostez et portez aux Augustins de Paris, et les gens de justice là envoyez pour plaider, en attendant que ledict bancquet feust faict, et estois pour lors à la cour du roy à les veoir porter^. » Plus loin, après avoir raconté la tentative de meurtre faite par un gentilhomme nommé Caboche sur la personne de Henri II, et le mécontentement «de ce prince quand il apprit l'exécution précipitée de l'assassin, Haton ajoute: « A veoir tout ce discours^ estoit présent Tautheur de ces Mémoires qui a escript ce livre, lequel pour lors estoit à la court du roy, et estoit naguères de retour des AUemagnes, où il avoit entendu de grandes choses tendantes à rébellion contre le roy, le royaume et la vraye religion ^. »
la venue de ce prélat dans la Brie, Claude crement; • et il donne sur cette assem-
Haton dit : « De ce qui fut faict à Provins, blée des détails très -précis. {Mémoires,
je nen puis parler, pour ce que je n'y fol. lo r*.)
estois présent; mais bien sçai ce qui fut ^ Mémoires, fol. 18 v".
faict à Goix, où fut tenue une aultre as- * Ibid, fol. ^9 r^
semblée, le jeudi d'après la feste du S*-Sa- ^ Ibid. fol. 55 v*.
INTRODUCTION
M^^^Haton, on le voit, à vingt-quatre ans, avait déjà couru le pays; il était sorti du territoire de Provins, il. avait vu Paris et la coui" du roi et s'était avancé jusqu'en Allemagne ^ Pendant l'année 1 558, il revient à Provins, et se trouve, le jour de la Sainte-Colombe (17 septembre), dans l'église de Saint- Ayoul, au moment où la foudre tombe sur cet édifice, sans l'endommager et sans blesser les assistants^. Il est témoin de l'accueil fait aux gouverneurs de Provins, par le dauphin, le duc de Lorraine et Le duc de Longueville, lors de leur passage dans la ville ^. L'année suivante, il reparaît à la cour. Henri II, s'il faut en croire le chroniqueur, marqua une joie très-vive de la conclusion de la paix du Cateau-Cambrésis , si funeste à la France, « et cela, dit-il, pour l'amour et soulagement du pauvre peuple de Picardie, l'oppression duquel luy estoit si odieuse, qu'il ne se passoit jour ne nuict qu'il ne priast Dieu, les mains et yeux eslevez au ciel, de luy envoyer laditte paix, ainsi comme nous l'avons veu par plusieurs fois et sommes tesmoings^. »
* Il est certain aussi, inaisj*ignore à quelle date, qu'il visita la Normandie. En parlant du Mont Saint-Michel , il dit : c Les murailles de ladite ville sont de 4o piedz de liault pour le moings, ainsi qu'il me semble pour les avoir veues >. (1677; Mém, fol. 716 V*.) — En i568, il était allé plusieurs fois à Chartres : «De parler davantage de laditte ville, dit-il, du siège et deffense d'icelle, je ne puis, pour ce que je n'en ai sceu que par ouy dire, combien que je sçai bien l'assiette de la ville, sa forteresse et l'importance de quoy elle est, pour y avoir esté plusieurs fois.» {i568; fol. 357 V*.)
' « Sans porter ^ulcun dommage k laditte église ni aux personnes q«i estoient
dedans, qui estoient bien jusques au nombre de cent, desquels j*en faisois l'ung. ■ (Mém, fol. 5g v*.)
^ Les gouverneurs de la ville ayant porté au dauphin de^ présents de pain, vin , rq^es et conserves , « furent bien receus par ledit seigneur, qui longtemps parla à eux , comme je le vis , leur monstrant bon visage 0t s'excusant sur sa maladie. » (Mém. fol. a5 r*.) — Haton dit qu'il n*était pas à Paris au moment du mariage de Marguerite, sœur de Henri II, avec le duc de Savoie , et de la princesse Elisabeth de Valois avec le roi d'Espagne Philippe II. [Ihid. fol. 60 V* et 61 r'.)
* Mémami, fol. 60 r*.
XXIV INTRODUCTION
Ce passage et ceux que j'ai cités plus haut semblent indiquer que Claude Haton appartenait à la maison de Henri II et qu'il remplissait auprès de ce prince quelque fonction intime ^ ; au sujet de la mort du roy, il témoigne les regrets les plus vifs, l'affliction la plus profonde. Son livre contient de longues lamentations en prose et en vers sjir la perte que la France a faite, des rapprochements pleins d'amertume entre l'état du royaume sous le gouvernement de Henri II et sous celui de ses successeurs :
«Pleurez donc, la France désolée.
Maudissez le coup de lance.
Maudissez Lorge qui la branle, Maudissez la lice et les jeux Où fut frappé vostre roy piteux.
Pleurez » ^
Ces vers n'annoncent certes pas chez l'auteur un grand talent poétique; si je les ai rapportés, c'est que le sentiment qu'ils expriment est plus exalté que celui qui unit d'ordinaire les sujets au monarque, et qu'il confirme mes conjectures sur les liens personnels de Claude Haton et de Henri IL
Le récit du règne de François II manque dans le manuscrit des Mémoires que nous possédons. Lorsque le chroniqueur se retrouve en scène, c'est encore à Paris, en 1 56 1 . Il s'agit d'une délibération qui eut lieu entre le jeune roi Charles IX, ses gouverneurs, les princes du sang et les gens du conseil au sujet de la Réforme : « Il y avoit lors, suivant le narrateur, au palais de Paris^ tant es salles que la court d'en bas d'iceluy, plus de quinze mille personnes à attendre le roy et les princes sortir
' Au foi. 827 r* de ses Mémoires, Cl. Haton parie d!ung cirargien oa médecin qu'il avait veu estre au gage du feu roy Henry second, — * Mémoires, fol. 64 v* et 65 r^.
INTRODUCTION
dudit palais, pour sçavoir ce qui auroil esté déterminé à laditle assemblée; mais tous furent trompez, et moi comme les aultres, car à ce jour j'estois du nombre des attendans audit palais K »
En i56i, Claude Haton était prêtre et habitait Provins; il le déclare en racontant un vol commis à Blunay, paroisse de Melz-sur-Seine, au préjudice de son neveu Claude Gilquin ^. Les objets dérobés ayant été transportés à Provij^s chez un receleur nommé de la Roche, Haton les reconnut et dénonça à la justice les coupables. Ceux-ci, avertis par un sergent, prirent la fuite, et on ne put les saisir. De la Roche fut condamné par défaut au fouet et au bannissement, ainsi que sa femme, «à la diliigence^ et despens d^prebstre (c'est l'auteur lui-même), qui fut fort espié du soir et du matin par ledit receleur, qui se retiroit de jour en certaines maisons des parens de sa femme, ayant faict serment de ne point partir de Provins qu'il n'eust tué et mis à mort ledit prebstre, comme souvent luy fut rapporté par gens dignes de foy, et mesmement fut veu plusieurs fois en quinze jours de nuict es environs du logis dudit prebstre pour l'espier; mais ledit prebstre estoit si bien venu de toutes personnes que à toutes heures avoit adver-
* Mémoires, fol. 8i r* et v*. — L auteur ajoute : « Car je scai bien que je me rencontrai ce mesme^our aadit palais de Paris avec certains huguenotz, qui estoient là à attendre comme moy et les aultres. ■
* «Les gens quon soupçonna du vol prétendirent qu ilz n avoient faict ledit larcin et qu'ils avoient refusé de le faire, pour rhonneur et amytié qu*ilz portoient à ung certain prebstre, oncle dudit Gilquin, en la maison du père duquel prelMtre ilz
avoient longtemps esté serviteurs. Et estoit le prebstre Tauteur de ce livre et de ces présentes mémoires , qui pour lors et longtemps depuis demouroit a Provins ;/ auquel prebstre alla dire sa maulvaise fortune ledit Gilquin , qui n'eut de luy aultre cbose que une exortation à patience de sa perte, en attendant qu'il prebstre et se» aultres parens eussent advisé ensemble du moyen de le remonster de ses pertes . si aultres choses ne s'en po voient recouvrer. » [Mém. fol. i34 v'.)
XXVI INTRODUCTION
tissement pour se garder. Le prebstre , voyant que ledit de la Roche ne s'absentoît dudit Provins durant l'emprisonnement de sa femme et qu'il n'alloit que de nuict, présenta requeste au bally, affin de luy estre permis de porter et faire porter armes, comme espée, dague et pistoHe, par les rues dudit Provins allant à ses afiFaires, tant de nuict que de jour, pour la defiFeAe de son corps contre ledit de la Roche , qui cherchoit de le surprendre à (|uelque coing de rue; ce que ledit bally et gens du roy luy permirent, car ledit prebstre estoit fort habille et adextre de son corps, en l'aage de vingt six à sept ans, qui ne craignoit guères ung homme seul qui ne l'eust prins en trahison. Il prebstre présenta laditte requeste et permission à luy donnée par les gens |^ roy de porter et faire porter armes après luy au doyen de la chrestienté dudit Provins, qui estoit maistre Léon Garnier, qui, deuement informé et certioré des menaces dudit receleur, luy permist pareillement de porter et faire porter lesdittes armes, excepté en l'église, à la messe et au divin service, pour le regard de sa personne seuUement, mais trop bien , ausditz lieu et heure, de les faire porter par aultruy. Ce que bien sçachant, ledit receleur n'atenta plus de cercher ledit prebstre, ains, si tost que sa femme fust sortie de prison, s'en allèrent le chemin de la Franche-Comté de Bourgogne ^ »> On^a remarqué dans ce récit, peut-être avec quelque surprise, l'orgueilleuse satisfaction avec laquell^ l'auteur dés Mé- • moires parle de son habileté à manier les armes; quelques années plus tard, en 1671, il assiste à l'exécution d'un gentilhomme nommé Sérelle, et on le voit examiner en connaisseur l'instrument du supplice : « Toutes personnes et moy qui manièrent l'espée du bourreau, dît-il, jugèrent que oncques le-
' Mémoires, fol. i35 v**. ^
INTRODUCTION. xxvii
dit bourreau n'en sçauroit faire l'exécution , d'aultant qu'elle estoit trop légère et n'avoit pesenteur pour faire ce coup ^ » En effet, le bourreau frappa à trois reprises le condamné sans pouvoir le tuer, et fut obligé, après une horrible lutte, de lui trancher la tête avec un couteau. Si j'ajoute par avance que, dans plusieurs circonstances, qui seront relatées en leur lieu, Haton ligure comme faisant partie de la milice bourgeoise de Provins, j'aurai mis en relief une des faces de son caractère. Peut-être avait- il rempli à la cour une fonction militaire, avant d'entrer dans les ordres, et on pourrait expliquer ainsi son séjour auprès de Henri IL
Ce n'est pas tout : Claude^aton faisait entrer dans sa vie de prêtre, au moins durant le temps de sa jeunesse, des goûts et des pratiques encore plus singuliers. Voici comment il s'exprime, à propos d'un avocat de Provins, nommé Pierre Leblanc, qui, trouvant insuffisant le fruit de ses plaidoiries, s'était fait nommer maître des grandes écoles : a Le pauvre advocat sans cause, devenu féce-cul pour vivre, devint amoureux et tercha à se marier en plusieurs maisons de Provins, mais n'en put trouver une qui oncques le voulust retirer ni prendre en mariage; ce que voyant, les bons compaignons dudit Provins luy mirent le nom et l'appellèrent l amoureux des unze mille vierges. Ce ne fut faulie de beaucoup travailler pour avoir l'amour des dames et de bailler travail à plusieurs àultres jour et nuict, pour caresser et tascher à gangner lesdittes dames par petits présens honestes, par chansons jnusicalles , ballades et rondeaux, auxquelz travailla avec aultres l'auteur de ce livre ^, plus par mocquerie dudit pauvre féce-cul et de la bonoe chère .
' Mémoires, fol. 46 1 v*. Henri II. 0 a donné encore dans son livre
* J*ai déjà cité plus haut quelques vers d'autres vers , qui se rapportent aux n- ^0 de Claude Haton, relatifs à la mort de gueurs de lluver de ib'jà (fol. a5i r**).
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f J«Hi'l«' ILifon ;i-f il foiif 'lit. a-t*ii f^it sa roofcs5H>n tout en* lM'f«\ r|ii.iii«l il ;i ^i(;;ri;ii/; m's f/^-roi'liJies. rfr^ Fiabîtudes qnelqae |M II riiofirl«iifif-%, /lofil on r«'trom'r la trac^ «lans la complaisance ii\r# liMjiirllr il ;i r;fr:oril«' flans vs m'-moires certaines anec- \\\%\v% ^rivoivsi'.lf' n#r saurais rafliiriMT. I)'ailieurs, il parait être ilriiM'iiir n* i|ii'on a|i|i«'lait cl<« sin\ \v\\\^s un 6oii catkolii^me^ et l«"i liiiils f|iii Hi-nHiliMil l'arcnspr fK.'\ant notre sévérité orobra- ^;riini* iir |inHi\rnl f|iii* la faciliti* cl^s ma^irs au milieu des* i|iirllr«i il vivait. On Hrvinr qinl partageait envers les protesi.iiil''. liitlM'riiMis ou raUini.strs, TaviTsion des catholiques ses I iitil<*iii|ioiaiiis. .Il* donnerai df.s détails sur ses sentiments à 1 1*1 i*^.ird. f*n loi*««inl l'analyM* des Méiiioiros où il en a consî- ^ln• r«*\|irtvH.sion; je dois dire seulement ici quen dépit de %eN |iie\i*iili4Uis et de ses liaim^s, il n montré envers certains |H*iMiiiiia;;i*s du |Kirli r<*li^ieii\ <'<inlraire au sien» un esprit de uiot|t*r.ilioii 1*1 |ireM|ue une bienveillance dont on ne saurait lui l.iiie trop «riutniieurV
iieiilioiiH iLiiiN Ttudrc* rlironologi(|ue des faits. En IJÔ^, «oniMie en i .>tn . viul iiueliines voyages à Paris et quelques
INTRODUCTION
séjours à la cour\ Claude Haton resta, à ce qu'il semble, habituellement à Provins^. Jl était alors incorporé dans la milice bourgeoise, où il occupait le grade de capitaine d'une compagnie de cinquante hommes d'armes. On sait qu'au moyen âge les municipalités de certaines villes astreignaient les ecclésiastiques à contribuer au guet et à la garde; mais cette contribution se résolvait d'ordinaire en une somme*d'argent, qui servait à payer des soldats ou à réparer les fortifications. Au xvi* siècle, les passions religieuses et politiques, les besoins de la défense personnelle et commune mirent dans les mains du prêtre la dague et l'arquebuse^. En 1667, un mandement du roi et un bref du pape autorisèrent les ecclésiastiques à porter les armes contre les protestants. Claude Haton, en citant ce fait, dit que plusieurs moines quittèrent alors leur bréviaire pour aller à la guerre : « Il n'y alla, ajoute-t-il, que les plus jeunes et les plus éventez, moins dévostz et aymans leur religion, comme aussi des prebstres séculiers *. » Aillçurs il dépeint les
* Voyez un passage relatif aux efforts faiu par un chanoine de Provins, M* Nicolas Roussel, pour échapper aux poui^ suites qu*il s'était attirées en tenant des propos violents contre la reine mère et le jeune Charles iX, en i56a. «Et sçai, dit le chroniqueur, qu*en ma présence il donna à ung personnage courtisan la somme de 80 angelotz d'or pour liiy faire plaisir, en la maison de la royne et du roy, es mains desquelz estoient les informations. » (Mém. fol. 195 V*.)
* Les Mémoires offrent plusieurs témoignages de la présence de Claude Haton à Provins en i56a. Un soldat protestant, converti par la vue des restes intacts d'une comtesse dont les réformés de Bourges avaient violé le tombeau , se retire dans
sa maison et montre une poignée de cheveux de cette dame à Cl. Haton « qui les mania et visita. • ( Mém. fol. 1 63 v*. ) — Voyez aussi , fol. 176 r*, les détails donnés par le chroniqueur sur une troupe de sol-, dats, forcée par le prince de Condé de sortir de Louviers, et qui passa à Provins.
' L'ahbé Lebeuf , dans son Histoire de la prise d'Auxerre par les huguenots (1723, in-8% p. 168), raconte qu'un jeune chanoine , qui avait concouru k la reprise d'Auxerre par les catholiques, le a 5 avril 1567, allait encore par les rues pendant le mois de mai muni d'une arquebuse. — « Les chanoines , dit Brantôme ( Vie de François /"■), s'àydoient aussy bien de l'espée que du bréviere. »
* Mémoires, fol. 3ii v*.
** •••'•'i ...^;</. ja nruteslaiil qui pass^iil '; un
Il * * ' * ^
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•c -•/•>• "" cordrlier de Provins iai.s«int. ,if; /v l>r.îv assiég«T, des prodi^is d«» vii- ,^ «ai j* '^^*' Traint'l sVnrnlant, aprî's Ir inrnn- .,., .vafpaiitHtMriioinmes d*arines^; un rliapolain i.iH.-^ïu-^ j|« siddal dans la mnipagnir du sifMir de? ..MCtMLit coniinr trophée* à son cliapcan ron*iilr d'un .. ..V . (u li S4^ vantail davoir tué\ etc. •^. «.'M qualtte do cin(|uantrnirr qui* (il. iiatnn rut ruera- ..^ii JolvM'r^or tout à son aise un and)assad(Mir turr, (pii, duaiit l'anniV i .*>()'.<, |>assa par Provins avec sa suite*, vu allant .1 la cour du roi Charles l.\ : » II9 lurent, dil-il, arrr^^lc*/ à la |M»rte de CJiau<;y bien ung quart (rin^ure par lautrur dt* rv pnvsent livre, qui estoit lors de la j^arde de la ville, a\ir sa dizaine, de laquelle il a\oit charge, roninir au^si de «piatrc aultn'S, car il estoit cincpuintenier, souh/ le ra|iitainr Jtdiaii Lerov, capitiine de ladilli* porte et quarli«*r dr Clian^x . pour les mieux conteuiph*r «mi leur parler, liahit/, ^c*>t«*.s et manières de* faire. » Le prrtre-soldat a donnt* de minutieux d«*tail> sur les circonstanciés di* TarrÎM-e dr ^'i»^ rtran<;ri.s, sur Irurs allures et leur costume, sur 1rs ruse> qui* sa curiositi* lui .^u^- };ern pour acepierir h leur égard le plus de rrnseignrm«*nt> possible. On h* \oit interroger leur truchemi'nt, >*inlurmi'r du lieu de leur départ el di* la routi* qu'ils avait*nt sui\it*: d sr lit montrer le sauf-conduit qu'ils trnaic*nt du (Irand Srigneui et que personne* m* sut lire ni enirndre; il deu)anda au*^>i Ir
Mrmttir^y, fui !ttû\ % WrifioifTJ, l"l ii I »'
/M Inl (fiS r* rl% Ibld fui ^^\ ^
//.|./. |ii| î'jii «
XXXIV INTRODUCTION
Paris de temps à autre. Sous l'année i56g, il décrit avec détails Teffigie de Famiral Coligny, qui, en vertu d'un arrêt du parlement, fut attachée par le bourreau au gibet de la place de Grève, et qui resta jusqu'à la conclusion de la paix en cet endroit, « où je la vis plusieurs fois, dit le chroniqueur, estant alors audit Paris ^ » Il se vante aussi d'avoir assisté, en juillet 1 569, à l'exécution de Tarcher écossais Stuart, qui fut pendu en place de Grève ^. Enfin, en parlant des personnes qui travaillèrent à l'institution du collège de Provins, il affirme qu'il les vit (en 1670) «fort empeschez à ceste affaire, estant pour lors à la court du roy, qui estoità Paris ^. »
Revenons à l'an lôGy, L'armée protestante , vaincue à Saint- Denis {10 novembre), s'est jetée sur la Brie et sur la Champagne; elle a occupé le bourg de Courions, pris et pillé la ville de Bray-sur-Seine, et elle menace celle de Provins. Les Provinois, informés des mauvais traitements que les protestants ont fait subir aux habitants de Pont et de plusieurs autres lieux, sont en proie à la terreur; ils songent, s'il faut en croire les assertions peut-être un peu malveillantes du chroniqueur, à livrer, comme rançon, au prince de Condé, chef de l'armée protestante, leurs prêtres, • dont le nombre s'élève à plus de deux cents. Les ecclésiastiques, dans ce péril, veulent quitter^ la ville; on les en empêche. Cependant quelques-uns s'évadent clandestinement, et, entre autres, Claude Haton*. Par diverses circonstances, le siège ne fut point mis devant Provins, et les protestants abandonnèrent bientôt le pays pour se porter audevant des reîtres qui devaient les joindre.
Claude Haton n'eut pas à se louer d'avoir écouté les conseils de la peur. Les protestants le surprirent dans la forêt de Sour-
' Mémoires, fol. 388 \\ ' Ibid. fol. 43 1 v\
' Ibid, fol. 389 v^ * Ibid. fol. 3a5 y\
INTRODUCTION. xxxv
dun, où sans doute il s'était caché, et remmenèrent avec eux. Voici comment il raconte celte fâcheuse aventure : « Entre les prebstres qui furent prins prisonniers par lesditz huguenots, fut l'auteur de ce livre, qui fut prins dans la forest de Sordun et mené prisonnier à la Fontaine-au-Bois par le capitaine Fleury, chargé de la garde dudit prieuré^ ; des mains duquel fut délivré sain et saulve, sans payer rançon, à la faveur du prieur dudit prieuré et de ses frères, le bally de la Fertésoubz-Jouarre, et Nicolas Pisserel, gendre du feu conseiller Truflé, présidial de Provins, à telle^condition que ledit auteur . leur prisonnier ne rentfferoit audit Provins ni ne donnerôit advertissement à aucun catholicque par parolle ni escript de Testât desditz huguenolz qui esloient audit lieu de la Fontaine, mais que, estant tousjours leur prisonnier, seroit délivré sur sa foy, pour se rendre à Nesle lez Chasteau-Thierry, y portef nouvelles de eux et de leur camp , et y demeurer jusques après leur partement dudit Provins; duquel partement luy fut faict assavoir pour se retirer, en liberté et sans rien payer, la part que bon luy sembla^. »
Je laisse de côté quelques passages contenant des mentions de Claude Haton peu importantes ^ pour arriver de suite à Tannée lôyô, où il apparaît de nouveau Tépée à la main et Tarquebuse sur Tépaule. Une troupe de reîtres, appelée au secours de Tarmée royale, s'avançait à travers la France, malgré la paix conclue et Tordre de rebrousser chemin; pour Tempêcher de traverser la Seine, un camp, composé d'une réunion de milices bourgeoises, fut établi à Noyen-sur-Seino. Le 1 1 mai,
' Mémoirei, fol. 839 v^ Tauleur et Jean Poitevin , avocat à Provins ,
* Ibid. fol. 33 1 r**. aux héritiers d*un vieux prêtre, nommé
* Voy. entre autres, le fol. 399 v% ou il Jean Angenost, qui avait été condamné est question de conseils utiles donnés par comme usurier ( 1 ^69).
XXXVI INTRODUCTION
deux cents arquebusiers de Provins, pris par égale part dans chacun des quatre quartiers de Provins, cent autres de bonne volonté et cinquante cavaliers, tambours en tête et enseigne déployée, arrivèrent à Noyen et furent chargés de garder les rives de la Seine. Le lendemain, cent nouveaux arquebusiers furent conduits à Noyen, «pour rafreschir ceux qui estoient lassez d'y estre dès le jour de devant; avec lesquelz cent harquebusiers (dont l'auteur de ces Mémoyres qui a faict cette histoire en estoit ung) furent menez douze harquebuses à crocq, et ung fauconneau pour enforcer le camp ^ » Il n'y eut point de lutte; les reîtres se retirèi^nt au bout de quelques . jours.
C'est la dernière fois que les Mémoires présentent Cl. Haton remplissant l'office de soldat. Après la campagne de Noyen^ il n'est plus mentionné que comme clerc de Saint-Ayoul ou chapelain de Notre-Dame-du-Val et agissant en vertu de ses attributions ecclésiastiques. Le registre des naissances de la paroisse de Saint-Ayoul-de-Provins de 1 564 à 1 584, conservé à la mairie de cette ville, contient des signatures de lui, depuis 1 676 jusqu'à i58o. Lors du jubilé de 1576, le mandement d'exécution du vicaire général de Sens ayant imposé aux fidèles de Provins et des environs l'obligation de visiter quinze fois certaines paroisses de la ville, et cette prescription ayant paru inexécutable pour les pauvres, les malades et les prisonniers,
* Mém, fol. 656 y". — A cette époque , que je le veia et parlai à luy entre ledit Fon-
Claude Haton se met plusieurs fois en laine-Riant et ia porte de Provins, où il
scène, entre autres, à propos des villa- alloit pour se faire panser par le barbier,
geois retirés à Provins avec leurs bestiaux , — Enfin, fol. 676 r**, il raconte laven-
par crainte des reîtres (fol. 673 r"}. — Un ture d*un nommé Lambert, de Melz-sur-
peu plus loin (fol. 676 v** y, pariant d*un Seine, qui, parvenu à s*échapper des mains
honmie de Noseaux auquel des gtns de des soldats , • s*alla saulver dans le cloistre
guerre avaient coupé les jarrets, il dit : deN.-D.-du-Val,enla maisondeTautheur
«Je n*ai retenu le nom d'iceluy, combien de ce livre, 011 il fîit toutcf la journée. >
INTRODUCTION
Haton travaille et parvient à obtenir en leur faveur une dis^ tribution de stations plus commode ou la commutation des stations en certaines œuvres pies : «J'ai bien volu^ ajoutet-il, mettre ce discours par escript, comme chose digne de mémoire perpétuelle, affin que, si Dieu permect que le peuple d'après nous ayt des pasteurs et gouverneurs spirituelz qui leur procurent ung tel bien, qu'il sache comment nous en aurons usé en nostre temps*. » — Il assiste le i'^' mars de Tan 1677, dans une assemblée du clergé de Provins, à la discussion des articles de la Ligue présentés par M. de Rosne, chambellan du duc d'Alençon, et quand il s'agit d'avoir au sujet de ces articles l'avis du chapitre de Sens, c'est lui qui en fait écrire la copiê^. — On le voit, avec les marguilliers, quêter de maison en maison dans la paroisse de Saint-Ayoul, pour couvrir les dépenses que la réparation des orgues de cette église avait occasionnées^. — Il s'efforce de déterminer l'évêque de Césarée, sufFragant de l'archevêque dé Sens, pendant un voyage à Provins, à faire la dédicace* de l'élise de Saint-Ayoul ^. — 11 découvre la fausseté d'une bulle d'indulgence qu'un prêtre avait présentée aux curés de Provins comme émanée du pape Grégoire XIII, et au moyen de laquelle ce prêtre extorquait l'argent des fidèles*. — Enfin, il
' Mémoires, fol. 706 t".
* Ibid. fol. 707 r\
' Ibid. fol. 761 r*.
^ «Le curé et le clerc de Téglise
de M. S* Ayoul de Provins, qui estoient II** Jehan Leclerc, curé, et Claude Haton, derc, allèrent parler audit évesque le di*manche après disner et conférer avec luy pour faire la dédicace de leur église S*- Ayoïd , qui n'estoit dédiée , et adviser avec luy du temps et impenses convenables et
nécessaires pour dédier laditte église.» ( Mém, fol, 983 V )
' ibid» fol. 7^9 r". — Claude Haton, prélre, chapelain et vicaire de N.-D.-du-Val, se met encore en scène à Toccasion d*un vol commis par M* Augustin de Forest, archi-diacre de Provins, qui lui vendit sa maison claustrale k N.-du-Val (fol. S5o v*, 833 v** et 834 r") . — Il raconte , sous Tannée 1 58 1 , qu*après la prise du Cateau-Cambré* sis et le ravitaillement de Cambrai, Tar-
INTRODUCTION
prend une part active à des processions faites d une ville à une autre, et qui avaient pour objet de détourner la colère céleste et de sauver les fruits de la terre des rigueurs des saisons.
Ces processions étaient fort en vogue dans la seconde moitié du XVI® siècle^; si en vogue, qu'au bourg de Courions, les paroissiens jetèrent dans TYonne leur curé, pour avoir refusé de les accompagner où ils voulaient dans Une cérémonie de ce genre ^. A Provins, en avril 1678, la sécheresse et la gelée persistaient d'une manière effrayante et menaçaient de détruire les semailles; pour obtenir de Dieu une pluie favorable, le clergé et le peuple partirent avec leurs reliques les plus précieuses, pour la ville de Nogent-sur-Seine, située à 18 kilomètres de distance, Claude Haton a raconté avec de grands détails les circonstances diverses de ce voyage religieux; c'est lui qui portait, avec l'organiste de Saint-Ayoal, le chef du patron; quatre marchands s''étaient engagés à faire restituer au trésorier cette relique vénérée dans tout le pays, et les marguilliers de Nogent demandèrent avec prières à la porter à travers leur ville ^. Les Nogentais vinrent, quelque temps après, en procession à Provins; ils furent reçus et harangués par M* Claude
mée française ayant été dissoute, et plusieurs compagnies ayant passé par les environs de Provins , les paysans fîirent saisis de frayeur, et qu'il vit lui-même ceux de Sourdun prendre la fuite à la vue des soldats, avec leurs chevaux et leur bétail (fol. 978 v**). — Cl. Haton était à Provins en Tannée i58a. Parlant d'un homme blessé par un loup , qui vint se faire soigner à Provins,' il dit qu'il « le veit habiller et mettre à poinctt (fol. 996 v'). — Consultez aussi les feuillets 996 et 997 v"*.
* G. Haton, parlant d'une procession qui eut lieu de Provins à Nogent, affirme
qu'au dire des aaciens c'était la première fois qu'une pareille chose avait lieu (fol. 30 v°). A cette date, les villages de sept à huit lieues de Paris , « pour obtenir de la pluye . allèrent en procession à S** -Geneviève de Paris ; ceux de Melun allèrent à Corbeil ; ceux du Gastinois et de la Beauce, à Étampes, etc. » (fol. ao r"). — Voy. sur les processions de i58a et i583 le Journal de l'Estoile , l'Histoire de l'église de Meaux, de Toussaint -Duplessis, le Mémorial manuscrit d'Eust. Piedmont, etc.
* Mémoires, fol. 85 1 r".
* Ibid. fol. 783 et suiv.
INTRODUCTION
Moissant, doyen de la chrétienté, que le clerc Ha ton accompagnait ^ En 1579, les gelées survenues au mois d'avril ayant fait craindre encore la perte des grains et des vignes, Haton présenta aux religieux de Saint-Ayoul les vœux exprimés par les gens du peuple, et les pria de faire une procession pour appeler sur le pays la miséricorde divine. Je n ai pas besoin de dire qu'il prit part à cette procession , qui eut lieu dans la nuit du 22 au 2 3 avriP.
Le récit d'un événement qui date de la même année met en relief la raison , l'énergie et la modestie de Claude Haton. Il s'agit d'un officier de la maréchaussée, nommé Thibault* Trumeau, qui avait été tué à Arce-lez-Sens dans une expédition contre des voleurs qu'il avait poursuivis avec sa troupe. Trumeau, en mourant, avait demandé que le curé de la paroisse Saint-Ayoul, où il demeurait, et celui de la paroisse Saint-Pierre, où il voulait être enterré, vinssent le recevoir à l'une des portes de Provins, la porte Saint-Jean, en procession avec croix et bannière, et le conduisissent à sa maison. Les archers ramenèrent dans une charrette le cadavre de leur chef, et les gens d'église de Saint-Ayoul et de Saint-Pierre allèrent à sa rencontre hors de la porte Saint- Jean, située sur la paroisse Saint-Quiriace. Ce fut notre Claude Haton , qui, en l'absence du curé de Saint-Ayoul et comme clerc de cette église, reçut le corps et le cortège. La compagnie s'étant arrêtée près de la porte
' Mim. fol. 888 r*.
* Jb, fol. 849 r* et v'. — L'auteur se plaint quelque part) (fol. 5 1 9 et 5ao) de Tesprit peu religieux que Ton apportait à ces sortes de processions : t Auidittes processions de Provins, dit-il, il ne s'en trouva pas ung des trois estatz qui entrast par huuiilité en pénitence de ses péchez (ny moy le pre-
mier, aflBn que on n'eçtime pas que je fusse meilleur quales aultres» (ann. i573]. Il fait à ce sujet des réflexions très-judicieuses sur les cérémonies où les ecclésiastiques doivent se couvrir de vêtements simples, et sur celles où ils doivent les avoir brillants et magnifiques.
XL INTRODUCTION
Saint-Jeaii, liaton commença par interroger les archers sur l'état du défunt et sur la manière dont il avait clos son dernier jour. De plus, comme le corps, couché dans la charrette qui Tarait amené, était couvert de paille, il demanda que le défunt lui fût montré : « Messieurs, dit-il, je ne doubte poinct que ce que vous diltes et rapportez de la mort de M. le lieutenant Trumeau, vostre maistre, ne soit véritable, et qu'il ne soit présent en cette charreltç, au grand regret de moy et de toute la ville de Provins. Touteffois, à cette fin que nostre ministère ne soit vilipendé, avant que de commencer à faire les prières et oraisons *que Téglise de J.-C. faict sur ses fidelles trespassez, faictes-moy veoir le corps dudit deffunct. » « Lesquelles parolles finies, ajoute le narrateur, ung d'entre eux monta en laditte charrette, qui descouvrit le corps et le monstra audit Haton et à toute la compagnie. Sur ce faict, arriva le curé ou vicaire de Saint -Quiriace avec la croix et l'eau béniste, accompagné de quelques gens d'église, qui prétendoit empescher ledit Haton de recepvoir ce corps mort; après avoir ouy ledit vicaire en sa harangue, ledit Haton luy fist response que le deffunct estoit paroissien de S*-Ayoul, et que, comme tel, il le recepvoit et s'en saisissoit, selon son droict, comme estant une. brebis de son bercail, et qu'à nul curé n'appartenoit la cognoissance des brebis qui n'estoient de son trouppeau, ainsi qu'il est amplement déclaré es saincts canons et constitutions ecclésiastiques. Toutesfois, il Haton déclara n empescher ledit curé ou vicaire de S*-Quiriace ni des aultres paroisses d'accompagner ledit corps et de présider sur leurs limites, si à ce faire estoient appelez par les parens dudit deffunct, et que, pour le regard des honneurs du monde, qui n'est que une follie envers Dieu, ne s'en vouloit empescher, ains lesquittoit à tous qui les vouloient prendre, estant content
INTRODUCTION. xli
d'avoir recouvert une des brebis de son trouppeau et du curé de S*-Ayoul, Toffice duquel faisoit la fonction. Ce que ayant bien entendu, ledit vicaire de S*-Quiriace se déporta du droit prétendu, mais accompagna ledit corps jusques en son logis, comme aussi feit le curé et aydes de l'église de S*-Pierre dudil Provins, où il est enterré. Et fust le tout faict sans dispute ni controverse, ains paisiblement, chascun desditz gens d'église estant plus curieux de cheminer les premiers que les derniers, après avoir ouy ledit Haton, lequel, pour monstrer qu'il n'estoit curieux d'honneur mondain ni de présider, se meist au ran des aultres gens d'église selon son degré et anticquité, et par ce moyen ne peut-on juger qui présidoiten ceste compagnie de gens d'église ^ . »
Claude Haton a laissé dans son livre, ainsi qu'on le verra plus loin, des témoignages nombreux de sollicitude pour les intérêts des pauvres gens, et de compassion pour les souffrances populaires, si multipliées, si cuisantes à son époque. Ces sentiments expliquent le zèle qu'il déployait dans des cérémonies considérées par ses contemporains comme propres à prévenir les maux que ressentaient surtout les classes plébéiennes de la société. Il se peint lui-même de la façon la plus honorable, en racontant les ravages d'une de ces maladies épidémiques ou contagieuses que l'on désignait indistinctement sous le nom de peste. Au mois de juillet^ i58o, la peste, qui régnait depuis quelque temps à Paris, ayant éclaté à Provins, les gouverneurs de la ville défendirent que les enfants d'un chapelier, morts les premiers de celte maladie, fussent enterrés pendant le jour. «Ce qui ne fut faict, dit le chroniqueur, car M* Claude Haton, prebstre et clerc de l'église monsieur S*-Ayoul, à la prière et pleurs de la pauvre femme si
^ itémoires, fol. 864 r* et suir.
XLii INTRODUCTION.
désolée, \es alla querre sur les six à sept heures du soir,^ qui estoit encores plein jour, le soleil non couché, et plus de ircÀs cents personnes par les rues à \eoir que Ton en feroit, les mena en terre au cyraetîère dudît S*-Ayoul, cheminant non trop loin desditz enfans mortz et de celuy qui les portoit, qui estoit ung jeune filz, aagé de vingt ans ou environ, serviteur de la maison . • . . . ^ n
Les extraits suivants compléteront le portrait de Claude Haton. En Tannée i58i , un marchand de Provins, nommé Gaspard Billot, tomba mortellement malade, et, songeant qu'il allait laisser une nombreuse famille chargée de dettes, « il cuyda entrer en désespoir de la miséricorde de Dieu, disant qu'il seroit dampné. » On appela pour rassurer sa conscience un cordelier du couvent de Provins, et M* Claude Haton, «lesquelz, ensemblement et parfois séparément, le redressèrent, et signamment ledit Haton, encores qu'il ne fust si estimé en science que ledit cordelier, à l'espérance qu'ung chascun doibt avoir, de quelque péché qu'il soit attainct, en la miséricorde de Dieu, par le mérite de Notre-Seigneur J.-C, de la Vierge Marie Notre-Dame, des saincts et sainctes qui sont en paradis, et de la congrégation des fidelles de ce monde présent. Le patient se trouvoit mieux satisfaict de l'exortation dudit Haton que de celles des autres, quelque sçavans qu'ilz fussent, qui fut cayse que les assistans, qui y estoient en grand nombre, estimèrent, comme aussi fit ledit cordelier,
' Mém. fol. 918 r". — Ci. Haton signale Ayoul. allèrenl dan» la maison du défunt
encore Tinvasion d^une peste , eh 1 682 , à et y restèrent imprudenunent à boire et
Provins; il raconte qu'un nommé Pierre à manger; mais que lui et un aide de Té-
Farouet étant mort sans qu on soupçonnât glise de Saint-Ayoul refusèrent de dîner
qu'il était victime de la maladie régnante, dans la maison , pensant que Farouet avait
plusieurs personnes, et, entre autres, le succombé à la contagion (fol. ioo3 v*). curé, le vicaire et les prêtres de Saint-
INTRODUCTION.* xuti
ledit Haton, qui, la larme à Tocil, bailloit une grande espérance de la miséricorde de Dieu à tous pescheurs qui sont contrictz et repentans de leurs péchés, et au contraire décla*roit la rigueur de la justice de Dieu aux pescheurs obstinez qui moroient en leurs péchez sans contrition , repeatance et pénitence d'iceux^ » — Voici enfin quelques réflexions prises au hasard dans les Mémoires. Un notnmé Lecourt, qui pas*sait pour lépreux, ayant fait un legs à l'église Saint-Ayoul de Provins, à condition qu'il serait enterré dans cette église, ou au moins dans le cimetière, les paroissiens refusèrent de l'admettre, • chose qui me sembla estre barbare, dit Cl. Haton; car, depuis que ung corps est mort attainct de telle, maladie, il ne peult plus infecter On ne doibt jamais refuser
la sépulture à ung fidelle qui a catholiquement vescu et qui n'est excommunié, de quelque maladie qu'il soit attainct, moyennant que son corps ne puisse infecter les personnes^. » — Il dit ailleurs : « Il n'est homme plus cruel et moins piteux quun gueux refait^. » Je n'insiste pas; je reviendrai plus loin sur ce point.
Une partie d^ la vie de Claude Haton a été occupée à la rédaction des mémoires où il a raconté l'histoire de son temps, et qui fournissent les éléments de sa biographie. Ces mémoires, dont je donnerai une notice spéciale, s'arrêtent à Tannée 1682, et depuis ce moment jusqu'à l'année i6o5, époque à laquelle Haton fit son testament, on ignore complé-
' A/^moirv^, fol. 986, 987. — Le chro- son trespassement. Et ne l'abandonna
niqueur, parlant ensuite de la maladie ledit Haton qu'il ne fust mort. U morut
d*un voisin de Billot, qui mourut six joyeusement, en parlant jusques au der-
jours après lui, s'exprime ainsi : «Ledit nier souspir de la mortt (fol. 988 r*). Haton fut par luy et ses parens appelle ° Mémoires, fol. 89a r*.
pour le confesser et luy administrer les ^ Ibid. fol. 5a i v*.
sarreroen», comme aussy pour assister à
xuv INTRODUCTION.
tement ce qu'il devint. En i6o5, il était curé du Mériot, village voisin de celui de Melz, lieu de sa naissance ^ et que sans doute il habitait depuis longtemps. Par cet acte olographe, il déclare qu'il veut être enterré dans l'église du Mériot, s'il meurt dans la paroisse, et fixe les cérémonies qui devront être observées à son convoi; il laisse ses biens, qui paraissent avoir composé une honnête afeance, partie à ses parents et à sa servante, partie aux églises du Mériot et de Melz-sur-Seine , et à l'hôtel-Dieu de Provins.
On ne sait rien sur le temps où mourut Claude Ha ton , qui était, en i6o5, âgé de soixante et dix ans. J'ai vainement fait chercher les registres mortuaires de la paroisse du Mériot, qui auraient pu donner des lumières à cet égard.
* Il est question, dans le testament de transport eut lieu sans doute à Tépoque Claude Haton , du transport des meubles où il passa à la cure du Mériot. de ce prêtre de Provins au Mériot; ce
INTRODUCTION. xlv
Le manuscrit des Mémoires de Claude Haton, écrit tout entier de sa main, est conservé à la Bibliothèque impériale sous le n** 2o36^^ du Supplément français. Il a été, en i834, acquis d'un particulier par cet établissement. C'est un gros volume in-A"* en papier, avec couverture de parchemin, portant au dos en écriture moderne :
Manuscrit contenant un grand nombre de détails relatifs à la ville de Provins et lieux circonvoisins , avec l'histoire des événements arrivés en France dans la dernière moitié du xvf siècle^ par Claude Haton, prêtre y an 1601.
Il se compose de mille dix-huit feuillets de texte numérotés \ d'une table ^ et du testament olographe de l'auteur. L'ouvrage n'est point complet, et les cahiers dont il se compose ont été réunis avec une extrême négligence. Une pagination, d'une date peu ancienne, se continue, il est vrai, sans interruption de 1 à 1018; mais elle indique seulement la suite des feuillets et non l'enchaînement réel des matières. On sait, par certains restes encore visibles de la pagination primitive, que quatrevingt-seize feuillets manquent au commencement; il y a,
' Plus quelques feuillets non chiffrés oi^ des pages du livre, ne contient qu'un résur lesquels le même numéro se trouve sumé fort imparfait des Mémoires de Cl. répété. Haton. Au moment où elle a été rédigée .
* Cette table, qui occupe vingt -neuf le manuscrit n*avait pas, au commencepages, et dans laquelle on a repris quel- ment et à la fin, plus de feuillets quauques-uns des sommaires écrits en marge jourd*hui.
INTRODUCTION
en outre, des transpositions et plusieurs lacunes dans le corps du manuscrit \ le règne de François II manque, et la fin du IIP livre est perdue.
Il a existé un autre exemplaire des Mémoires de Claude Haton, sur lequel nous avons quelques renseignements. Louis Ruffier, apothicaire et maire de Provins S qui était possesseur de ce manuscrit dans la seconde moitié du xvii* siècle, le donna, dit-on, à M. deMénars, intendant de la généralité de Paris; il paraît ^tre sorti de cette collection avant 1720, car il n'est pas mentionné dans le catalogue de la Bibliotheca Menar* siana, publié cette année-là à la Haye^. Dans le courant du XVIII* siècle, il entra dans la bibliothèque de Thôtel Soubise, où Fevret de Fontette en signala l'existence dans son édition de la Bibliothèque historique dû P. Le Long, publiée en 1 768 et années suivantes. Voici le titre sous lequel il est désigné :
N"* 34373. Manuscrit. Recueil de l'histoire particulière de plusieurs cas advenus en nostre temps au royaume de France et principalement en la ville de Provins et bailliage d'icelle, desquels l'auteur a eu connoissance selon les temps et les saisons qui seront déduits ciaprès, depuis 1543 jusqu'en 1586, in-fol. 6 vol.^
^ Je signalerai des lacunes après les feuillets 5, 39, 34, Sg, 66, 116, i64, 187, 309, 318, 3^3, 35i, 439, 583, 696, 760, 893, 943, 976, 983. — Les transpositions sont après les feuillets 361 et 407.
' Louis Ruflier naquit à Provins le 1 6 février 1 64a ; il fut maire de Provins de 1686 à 1689. ^^ ^ composé une généalogie des comtes'de Champagne , une histoire des monnaies de Provins, et il a recueilli des documents relatifs à cette ville.
^ Bibliotheca Menarsiana, ou Catalogue de la bibliothèqtte de feu messire Jacques Charron, chevalier, marquis de Menant, pré-
sident à mortier à la cour de parlement. La Haye, Abraham d# Hondt, 1730, in-8*'.
^ Il n*en est pas question dans la première édition de la Bibliothèque historique publiée en 1719, 1 vol. in -fol. — Cl. Rivot, médecin, conseiller au bailliage de Provins , qui a rassemblé plusieurs volumes de documents sur Fhistoire de cette ^ille, dit : «Le manuscrit de Cl. Haton, qui est écrit avec une grande exactitude , a été donné par Louis Ruffier, apothicaire et maire de Provins, a M. de Ménars, intendant de la généralité de Paris, qui Ta mis dans la bibliothèque de M. de Thou, dont
INTRODUCTION
XLVIf
Fontette ajoute que quatre seulement des six volumes possédés jadis par Louis Ruffier, et qui contenaient en entier l'ouvrage de Cl. Haton, avaient été donnés à M. de Ménars, et que deux volumes demeurèrent entre les mains de M. Niverl, conseiller à Provins ^
Le manuscrit de la bibliothèque Soubise fut vendu sans doute avec les autres livres qui composaient cette collection, soit lors des affaires scandaleuses du cardinal de Rohan, soit au moment de la révolution^, et depuis lors on cesse de pou-
il avail fait Tacquisilion. Il a passé depuis dans ia bibliothèque de l*hôtel de Soubise ; j*ai demandé s*il y était encore, et on ne l'a point trouvé. • (Histoire civile de Provins, ms. à la bibliothèque de celte ville, l. II, p. 869.) — Voy. aussi Ythier, Histoire des illastres de Provins, manuscrit, à la même bibliothèque, p. 187. — La circonstance signalée par M. Rivot et aussi par Fontette, que M. de Ménars aurait mis le manuscrit de Claude Haton dans la bibliothèque de M, de Thoa, est -elle bien exacte? La bibliothèque de de Thou a, comme on sait , été acquise par M. de Ménars pour le compte de Colbert, son beau-frère ; or, la bibliothèque de Colbert a passé tout entière à la Bibliothèque du roi , où cependant il ne paraît pas qu'il y ait eu , avant 1 834« de manuscrit de Cl. Halon. * Voici la note mise par Fontette à la suite du titre du manuscrit 3ii373 : « Ce recueil est de Claude Haton, prêtre, curé du Mériol, à deux lieues de Provins, du côté de Nogent- sur -Seine; il a écrit avec une grande exactitude tout ce qui s'est passé de son temps. — L. Ruffier, apothicaire et depuis maire de Provins , a donné la plus grande partie de cet ouvrage ' [à vol.) k M. de Ménars, intendant de la
généralité de Paris, qui l'avait réuni k la bibliothèque de M. de Thou, qu'il avait achetée (et qui est aujourd'hui à l'hôtel de Soubise). M. Ni vert, conseiller à Provins, en [avait] deux volunjes. »
* J'avais d'abord pensé que le manuscrit Ruffier et Ménars et celui que possède aujourd'hui la Bibliothèque impériale étaient une seule et même chose; mais j'ai reconnu bientôt que c'étaient deux manuscrits distincts. Le manuscrit de la Bibliothèque impériale esi in -4''; celui dont parle Fontette était in-folio. Le premier ne présente aucune trace de division en volumes; ce qui en reste est formé d'une série de cahiers, qui paraissent avoir toujours été réunis et qui ne correspondent point aux divisions du texte ; le commencement et la lin manquent, il est vrai, mais il est visible que ces lacune;» irrégulières ne proviennent pas d'une séparation du genre de 'oelle que Fontette indique. — Il peut sembler étrange néanmoins que la mention d'un double manuscrit ne figure nulle part, et que M. Rivot, qui a reproduit des fragments de Cl. Haton, et qui annonce avoir cherché vainement le manuscrit de la bibliothèque Soubise, soit resté muet à l'égard de l'autre.
INTRODUCTION
voir le suivre ^ On ignore également ce que sont devenus les deux volumes laissés à M. Nivert.
Il ne reste donc aujourd'hui que le manuscrit autographe de la Bibliothèque impériale; le titre du volume a disparu avec les quatre-vingt-seize feuillets dont j'ai signalé la perte; mais il est évident qu'on en retrouve les termes exacts dans l'indication donnée par Fontette à propos du manuscrit de la bibliothèque Soubise. On sait aussi par cette indication quelle est l'importance des lacunes que j'ai signalées au commencement et à la fin de l'ouvrage. Le récit de Claude Haton devait s'ouvrir à l'année i543^ et s'arrêter à l'année i586. Ce que l'on possède aujourd'hui commence pendant le cours de 1 553, et finit dans le cours de lôSa; il manque par conséquent quatorze années^.
Le manuscrit est divisé en trois livres : le premier s'étend de i543 à 1559; le deuxième de i56o à i574; le troisième de 1 575 à 1 586. Le premier livre, qui paraît avoir été plus soigné que les autres, parce que sans doute l'auteur l'a écrit d'un seul trait postérieurement aux événements, est partagé en chapitres, dont trente-huit et demi sont perdus. 11 y a en outre, dans ce livre et dans tout le reste de l'ouvrage, des divisions de matières par années. L'auteur a indiqué au haut des pages
Quant à moi , mes recherches pour retrouver soit les fragments détachés du texte de la Bibliothèque impériale , soit le second manuscrit, sont f^stées tout à fait infructueuses.
^ Voy. le passage cité de l'Histoire civile de Provins , de M. Rivot. — Voy. aussi M. Ehival, Séance publique de la Société d'agriculture, sciences et arts de Provins, 1807, p. 81. — M. Pasques dit dans son Histoire de Provins manuscrite (tom. I,
p. i6), en parlant du manuscrit de Haton : « n est probablement perdu. » (Voyez aussi id. ibid. p. a 6 a.)
' Voy. ce que dit à cette date Tauteur lui-même, fol. 66 v*.
* Le texte de ce mani|scrit présente un certain nombre de ratures; on y rencontre de plus, en divers endroits, des phrases qui n'ont pas été terminées, comme par exemple, fol. 54 v*, 67 y*, etc. des mots passés, des mots répétés.
INTRODUCTION. xlu
le chiffre de Tannée ainsi que le numéro du livre, et de plus, pour le premier livre, le numéro du chapitre. Des notes marginales indiquent d'une manière sommaire les sujets contenus dans les alinéa; mais ces résumés sont quelquefois inexacts et manquent en beaucoup de points.
La disposition des matières dans chacune des années que comprend l'ouvrage est assez '^arbitraire. On remarque néanmoins que le chroniqueur commence en général par des détails sur l'état des saisons, sur le prix des denrées, etc. Les faits politiques appartenant à l'histoire générale, et ceux qui se rapportent à la ville et aux environs de Provins sont mêlés les uns aux autres, selon l'occurrence et sans règle adoptée d'avance. D'ordinaire, l'auteur a réuni ensemble tQus les meurtres, vols, rapts, incendies, exécutions, accidents qui ont eu lieu pendant le courant de chaque année.
On peut diviser en quatre catégories principales les renseignements que contient l'ouvrage de Claude Haton : faits d'histoire générale; faits d'histoire locale; indications météorologiques; anecdotes.
Disons quelques mots de chacune de ces catégories.
La fin du règne de Henri II, le règne de Charles IX (car, comme je l'ai dit, le règne de François II a disparu), une partie du règne de Henri III, telles sont les périodes historiques sur lesquelles porte le récit du chroniqueur. Les guerres, les troubles civils, les massacres, les mariages et morts de princes, les assemblées politiques, etc. qui ont signalé ces diverses périodes, prennent, dans les Mémoires de Cl. Haton, la place qui leur appartient. Je signalerai , comme contenant des faits d'un intérêt spécial, comme offrant des détails nouveaux, les passages qui se rapportent à un assassinat tenté sur la personne de Henri III, en i558, par un nommé Caboche; à cer-
L INTRODUCTION
taines oircon&tances de la jeunesse de Charles IX et de ses frères; au massacre des protestants dans une assemblée de k rue Sâint'Jacques; aux scènes de la Saint-Barthélémy; au prédicateur Jean de Hans, qui fut arrêté à cause de la violence de ^^^ sermons, et relâché sur l'ordre exprès de Charles IX; à divers autres prédicateurs et à leurs discours politiques; à Durand de Villegagnon , voyageur, guerrier et polémiste ; à la marche des troupes royales, de l'armée protestante et des reîlres dans la Champagne et la Brie pendant les guerres civiles; au décri des monnaies et à l'eflFet produit par cette mesure sur les populations, etc. L'auteur, homme intelligent, soigneux et sincère, tantôt résidant à Paris, tantôt habitant la Brie, a vu par iui-même beaucoup de choses; il a lu les écrits et les pamphlets du temps; il a eu sous les yeux le texte des actes les plus importants de l'autorité, et il s'est fait raconter par des témoins oculaires les événements dont il n'a pas été personnellement témoin.
Passons à la partie qui concerne l'histoire de la ville et du territoire de Provins. Là, chaque fait est raconté avec pleine connaissance de cause; là, presque toutes les indications sont neuves et fournissent des lumières qui ne se trouvent point ailleurs. En lisant les Mémoires de Claude Haton, on voit, durant près de trente années, se mouvoir, vivre de la vie agitée du xvi^ siècle, une ville du centre de la France, autrefois éminemment commerçante et populeuse, alors importante encore et fermée de bonnes murailles. Les magistrats de cette ville, siège d'un bailliage et d'un présidial, son nombreux clergé, ses bourgeois, ses artisans, paraissent tour à tour.- L'état de ses édifices, les phases de son administration, les manifestations politiques et religieuses , le3 passions bonnes ou mauvaises, les mcBurs intimes de sa population dans toutes
INTRODUCTION. u
les classes, sont mis en relief. Oo assiste à la naissance, on suit les développements du protestantisme à Provins et dans les lieux environnants. En général, le peuple d^s campagnes résiste à la séduction des nouvelles doctrines; beaucoup de petits seigneurs s'y laissent entraîner» Claude Haton fait connaître, à différentes époques, les noms des gens du pays réputés huguenots, leurs efforts pour obtenir Tautorisation d'établir un prêche, lorsque les édits royaux ont laissé un peu de liberté à la religion réformée. Le ministre installé, on voit les catholiques accabler d'injures les protestants qui se rendent au prêche; ceux-ci, de leur côté, injurient les catholiques allant à la procession. Des luttes s'engagent; la guerre civile renouvelle sans cesse ses terreurs et ses désastres. Les armées des deux partis, les reîtres au service des uns et des autres, s'abattent tour à tour sur le pays comme des nuées d'insectes malfaisants, pillent les maisons, rançonnent ou tuent les habitants, violent les femmes et laissent derrière eux la désolation. Les villes et les bourgs fermés refusent de recevoir les troupes même de leur parti , et servent d'asile aux paysans , qui s'y réfugient à l'approclie de l'ennemi avec leurs meubles et leurs bestiaux. Les citoyens aiment ijSieux se gaixler eux-mêmes que de confier leur défense aux gens de guerre, qui ne veulent que leur argent. Ceux de Provins forment avec les hommes des villages un camp à Moyen pour empêcher les reîtres de passer la Seine. Puis la Ligue s'organise, et, en 1677, M. de Rosne, que Mayenne nomma plus tard maréchal de France, tente en vain de faire
entrer les Provinois dans cette association
Tout cela compose un tableau bien sombre, et pourtant plein d'intérêt. Que de précieux enseignements, que de rapprochements curieux! Quelle place ces traits d'histoire locale ne méritent-ils pas d'occuper parmi les éléments qui servent à
LU INTRODUCTION
apprécier le caractère d'une grande époque! Ces terreurs, ces misères, ces déchirements d'un coin de la France, ce sont, en raccourci, les terreurs, les misères, les déchirements de la France.
Il y a dans l'ouvrage de Claude Haton des anecdotes assez piquantes, quelquefois même un peu grivoises. Nos ancêtres avaient dans le langage moins de réserve que nous, et n'en étaient pas pour cela plus pervers. Je citerai le récit des gestes et de la mort d'un gentilhomme nommé Sérelle, qui fut exécuté à Provins, en lôyi, par un bourreau inhabile dans son métier*; F Histoire plaisante de soldats, de jacobins et de la dame de l'enseigne de l'Aventure, dite la dame des trois marchés^; lanecdote de l'arche fendue, qui porte sur une équivoque cynique, et où l'on voit des soldats citoyens prendre, la nuit, une allée de saules pour une troupe d'ennemis^; l'Histoire plaisante de la dame et du routisseur, où une femme et son mari, après avoir vécu aux dépens d'un rôtisseur amoureux, l'attirent dans leur maison, le battent et le volent^; le jugement prononcé et exécuté par des enfants de Provins contre le cadavre d'un condamné mort sans confession^; le récit des ruses bizarres inventées par de pauvres gens pour forcer les soldats qu'ils logeaient à sortir de bon gré de leur rtaison^ etc. Chacune de ces petites histoires, racontées sans recherche et avec une certaine finesse, prend, au point de vue des mœurs du XVI* siècîe, une sorte de caractère historique.
Les faits météorologiques forment une partie intéressante des Mémoires de Claude Haton. L'auteur marque, pour chaque année, le cours des saisons, le prix des denrées, les tremblements de terre, les chaleurs et les froids excessifs ou
' Mémoires, fol. 4^9 et suiv. * Ibid, fol. 3iA r\
* Ibid. fol. 699 v', 701, 70a. ^ /6i<£.*fol. 5o6 et suiv.
' Ibid. fol. 697 y* et suiv. * Ibid, fol. aa4 r'.
INTRODUCTION