‹ Memoires de Claude Haton (volume 4)Chapitre 3 sur 44 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

arrivés hors de leur temps, les particularités de la culture, de la pousse des grains et des fruits. 11 s'étend sur le fameux hiver de i564S où le pot mis devant le feu pour cuyre la chair honlt devant et si a de la glace derrière, où ung muid de vin, après le tonneau rompu, est saulvé en ung sac de toile, etc. 11 donne le détail des processions qui se faisaient d'une ville à une autre pour empêcher la destruction des fruits de la terre menacés par la rigueur des saisons. 11 décrit les comètes survenues de son temps, qu'il appelle estoiles à la grande queue^^ les éclipses^, les aurores boréales* , les signes célestes de tout genre, les dragons de feu, les guerriers brillants se combattant dans les nuées ^, et il a soin de noter les événements humains que ces signes annoncent ou avec lesquels ils concordent. Imbu des croyances de son époque, il signale avec un grand sérieux les apparitions d'esprits, de loups- garous, de bêtes qui parlent, les mouvements extraordinaires de certains poissons pris de la rage , les possessions , etc. ^

En résumé, et sous ces quatre points de vue, les Mémoires de Cl. Haton me semblent dignes d'une attention particulière. Il ne faut point y chercher les secrets des intrigues de cour, les finesses de la politique intime; mais on y trouve un tableau fidèle de l'influence que les actes du gouvernement et cepx des grands seigneurs ont eue sur la marche générale des affaires publiques, sur l'état de la France, sur le bien-être des populations; ils font connaître la manière dont les faits ont été appréciés et jugés, dans les provinces par les contemporains, la nature des impressions que les événements ont laissées dans

' Mémoires, fol. aijy r*.

* Ibid. fol. i6 v'.Sai V, 997 v*.

* Ibid, fol. 938 Y*, etc.

* Ibid. fol. 64o V*.

* Ibid. fol. 64o r* et ▼*, 997 y*, 1018

• Ibid, fol. 677 y', 745. 79a Y% 863 V", 864 Y*, etc.

uv INTRODUCTION.

les masses. Le récit de Claude Haton est une sorte de version populaire de l'histoire des quarante années de luttes intestines dont la France a été le théâtre au xvi® siècle, un écho des bruits répétés par les mille voix de l'opinion sur les acteurs du drame , pendant les règnes de Henri II , de Charles IX et de Henri III. Sous la date de 167 6, en pariant des guerres civiles de cette époque, le chroniqueur dit : « Le peuple de France eust sceu meilleur gré au roy, s'il fust allé à la guerre en propre personne , qu'il ne fiaisoit de le veoir aller et d'ouy r dire qu'il alloit à la procession. Car sa présence en laditte guerre eust servy de mille hommes; ^mais n'en vouloit ouyr parler, et avoit bien changé de condition depuis qu'il fust roy^» Des traits de ce genre, expression naïve des sentiments et des opinions de la foule, sont fréquents dans l'ouvrage du curé de Mériot.

Il serait dangereux d'ajouter une foi absolue à la partie de la chronique de Cl. Haton où l'auteur relate les grands faits politiques et dépeint les personnages importants de son époque. Plusieurs de ses assertions \ dont il n'a pu , dans l'état d'éloignement où il était la plupart du temps du théâtre des événements, vérifier toujours l'exactitude, ont besoin d'être confrontées avec des témoignages contemporains authentiques. D'ailleurs, homme de parti, suivant l'impulsion de ses passions religieuses et politiques, esclave de ses préventions, il croit ce qui flatte ses idées, et il pèche tantôt par exagération, tantôt par atténuation. On le voit quelquefois attribuer sans preuve aux ennemis de sa cause des intentions ou des actes odieux, tandis qu'il cherche à écarter des vrais coupables le blâme qu'ils méritent; mais il n altère point sciemment et volontairement la vérité, il s^ trompe, voilà tout. Il sait, dans diverses

^ Mëmoiréi, fol. 645 v'.

INTRODUCTION. lv

occasions, être sévère pour les gens de son parti et bienveillant pour ceux du camp opposé; en parlant de Tédit de janvier lôya^ il n'hésite pas à convenir que cette ordonnance «réprima quelquement Taudace des gentilshommes, tant ca* tholicques que huguenotz, et signamment des catholicques, lesquelz se rendirent plus obéissans et moins nuisibles que devante» Il faut, qu il se croie bien sûr des faits pour les affirmer avec décision. On rencontre à chaque page de son

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