TOLERANCE DU TAPE
Le duc de Guise ayant pénétré en Italie à la tête d'une armée ^ le pape s'ar- 1557. range avec ses ennemis, sans comprendre les Français dans le traité. — Influence du cardinal Carafla, neveu de Paul IV. — Le duc de Guise, se voyant trahi, met le siège devant Civita-Vecchia. — Maladies dans Tarmée. — Retour en France.
Le pape certiffia au duc de Guise que Boturnus, aidmosnier de sa femme, cstoit Tung des plus meschans et grands héréticques de la chrcstienté , et luy en déduisit par le menu tout ce qui en estoit à la vérité; de quoy beaucoup ne s'émerveilla ledit seigneur, qui, dès auparavant plus de deux ans y avoit, se doidjtoit bien et le roy aussi qu'il Boturnus estoit tel, et toutesfois fut bien ayse d'en avoir entendu la vérité par la bouche du pape. Et estoit ce la cause que ledit Boturnus n'avoit voulu faire ledit voyage avec ledit seigneur, dont bien luy en prinst, car, s'il eust esté présent, pour tout certain eiist esté bruslé tout vif, tant ledit seigneur liayssoit les héréticques. Lequel, tout à l'instant, escrivit à sa femme qu'elle enchassast de sa maison et de son service ledit Boturnus, son aulmosnier, sous peine de s'en repentir elle-mesme, mes qu'il feust de retour en France, et luy avec, si encores y estoit trouvé.
Ausquelles lettres obéit voluntiers ladite dame, laquelle escrivit audit Boturnus, qui estoit à Pj ovins, qu'en diligence il l'allast trouver la part quelle seroit, ce qu'il feit. Auquel elle communicqua lesdites lettres, en luy bailLont congé doulcement, l'exhortant de se
Mémoire du voyage de mons. de Guise collect. Michaud. l. VJ . i" série, p. 3a 3 . w Italie. (Mém journ. du duc de Guise, et t. VIII, p 689.)
1557. retirer hors du royaume de France pour saulver sa vie, le plus tost qu'il pourroii ; ce qu'il fcit en moings d'un moys depuis ledit congé, et se retira à Gcnefve, où il ne se peut asseoir ni avoir place à sa commodité, et pour ce s'en alla demourer à Basle en Suisse, où il achepta une maison, et s'est tenu là jusques à la mort, vivant héréticquement tel qu'il cstoit, car la ville de Basle est quasi toute héréticque, dedans les murailles de laquelle ne se chante plus messe. Et sçai tout ce discours estre vray, pour en avoir faict les diligences tant en la maison de ladite dame de Guise en sa personne, que aultres lieux du royaume et dehors, mesmement audit Basle et plus loing. Avant que ledit aulmosnier partist de Provins, il résigna l'Hostcl-Dieu à frère Denis Leroy, religieux d'iceluy, en recordation du tort qu'il luy en avoit faict , quand il en feust pourvcu par la mort de frère André Lecourt, son prédécevsseur.
Revenant à parler encores du voyage d'Italie, nous dirons ce que vulgairement on dict par la France en commung proverbe , qui est tel que « Bon cheval et meschant homme n'amanda jamais d'aller à Rome; » re que nous avons veu avoir esté praticqué aux hommes qui ont faict ce voyage avec ledict seigneur, et principallement en ceux qui n'avoient le cerveau des plus fermes et mieux rassis. Lesquelz, estans de rctom-, cstoient beaucoup pires en leurs consciences et mœurs qu'ilz n'estoient avant que partir; la plus grande partie d'entre eux partirent de France bons cathohcqucs, et en revindrent plus de demy-hérétîcques, pour avoir veu, ce disoient-ilz, les abuz qui se commettoient dedans Rome, où ilz pensoient que feust demeurée la plus grande saincteté do vie. Ilz raportèrent qu'audit Rome on y mangeoit chair en karesme et y avoicnt veu les boucheries ouvertes, fournies de chair comme aux temps de charnage; ilz avoient pareillement veu le bourdeau public de femmes et filles que toUéroit le pape, duquel ilz disoient tirer argent à son proffit par chascun moys. Davantage voiront les juifz dedans ladite ville qui commettent usures, fraudes et tromperies au veu et sceu du pape, deisquelz il tire tribut. Desquelles choses se sont tellement scandalisez qu'ilz ont eu pour
ce en raespris la saincte Eglise et les commandemens d'icelle, mon- 1557. tant d'erreur en hérésie parfaicte et obstinée , de laquelle plusieurs n'ont sceu resortir, au grand mespris de leur âme, bien et honneur. Toutesfois les choses susdites ne les ont tant provocquez à tomber en hérésie , comme a faict la praticque qu*ilz praticquèrent en revenant tout à loysir par les Allemagnes et par GenefVc, où ilz veirent la messe et les sacremens de la S**^ Eglise cessez en plusieurs lieux, manger de la chair en tout temps mieux qu'à Rome, et vivre les gens en toute liberté de conscience, sans aulcune repréhantion , et ouyr parler les prédicans et gens de leur séquelle, qui scavent si proprement mesdire du pape et des ecclésiasticques, qu'en les blasmant, ilz blasment quant et quant le ministère de la S**^ Eglise , qui de soy est tousjours sainct; la saincteté duquel ne despent de la bonté ni malice des hommes, ains de la seuUe bonté et puissance de Dieu.
Une permission que donna le pape audit seigneur de Guise et à ses gens d'armes, pour ung soulagement de leurs corps, les esbranla à moins croire à l'Eglise et auctorité d'icelle, qui fut telle que , en considération que audit Rome et plusieurs pays d'Italie le pays y est assez stérille pour le regard des viandes de karesme , qui ne se trouvent pas aysément, comme en ce pays, il leur bailla congé de manger de la chair, des œufs et du formage trois fois la sepmaine , qui fut cause de les effriander de telle sorte que oncques depuis estans en France, sans dispence, ne cessèrent d'en manger.
Quant au premier poinct que noz Françoys disent qu'à Rome on y mange chair en karesme et que les boucheries y sont ouvertes et fournies de chair comme en aultrc temps , ne leur desplaise , bien est vray qu'en certaines maisons de bouchers qui fournissent les hospitaux dudit Rome on y peut veoir quclquesfois ung peu de chair pendue pour les pauvres malades desdits hospitaux qui ne peuvent manger aultre chose, ausquelz on en faict cuire et manger, par per-^ mission du pape, mais non aultrement, et où ilz en auroient veu en plus grande habondance es boucheries dudit Rome auroit esté en celle des juifz, qui mangent chair aulcuns jours de la sepmaine de
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1557. karesme comme es aultres temps. Mais, pour le regard des chrcstiens catholicques , n'y a chair appareillée pour eux audit Rome, et nen mangent non plus que les catholicques de France ^
En second lieu, les Français se sont scandalisés de ce que le pape tolérait à Home les femmes de mauvaise vie et de ce qu'il en tirait tribut. Mais cette tolérance n'avait lieu que pour éviter de plus grands maux, le ravissement et subornement des femmes honnêtes, et le péché de sodomie, auquel les Italiens sont enclins.
Quant à la liberté laissée aux juifs de vivre a Rome, elle s'explique par cette ronsidération que la nalion juive ne peut être exterminée avant la (in du monde, fît qu'elle est une manifestation peiTOÎse par Dieu de la loi mosaïque.
;il y a ici une lacune. Dans les fcuiilelsqui manquent était sans doute le récit de la bataille do Sainl-Quontin*, qui so donna le lo août 1657. ^^ ^^® ^^ prise de Calais par le dur de Guise, qui cul lieu au commencement de janvier loSy (i558 nouveau style) '. )
' Dans un sommaire d'aucunes choses notables faictes à Ronmie au moys de juillet i555 [^icm. joiim. du duc de Guise, coll. Miohaud, 1" série, t. VI, p- 1^2), on lit :
« Nostrc S' Père le pappc a faict une
bulle de jubilé et plénière rémission pour jcusncr troys jours vi comm micr le dimanche ensuy vaut , }K)ur la paix et miligatiun de l'ire de Dieu. — A faicl une autre bulle contre les juifs de cesle ville, ordonnant qu'ilz se retireront tous en un^ lieu qui sera seur, comme en Avignon, porteront bonnotz jaulnes comme à Venise, et ne pourront prendre plu.s grande usure
que 1 a pour cent On n'attend <lc luy
que réformalion, et au premier jour publiera le décret de la résidence dos cvosques en leurs diocèses. ■
* Sur le siège et la bataille de Saint- Quentin, voy. Discours de Gaspard de Coligny, amiral de France, où sont sommaircmenl contenues les choses (jui se sont passées durant le siège de Saint -Quentin
en 1557, ouvrage plusieurs fois imprimé;
— le récit de Mergey, qui avait assisté à la bataille. (Além. de Mergey, collect. Michaud, t. IX, 1" série, p. 56 1 et suiv.);
— Brésin, Chron. de Flandre et d'Artois, Bibl. imp. collect. Gaignicres, n" GSà, fr)l. 724 v% etc.
' \ oy. le Discours de la pûnse de Calais , faicte par nions, le dac de Guise. Tours, J. Housset, i558. {Arch. curieuses de l'hist. de France, t. III, 1" série, p. 337); — De motibus Galliœ et expugnalo rcccploque Itio Calctorum, per G. Paradinum. Lugduni, ap. .I.Tornesium, i558; — (Chanson sur la prise de Calais, à la suite de l'épitaphe de cette ville, par .\. Fauquel. Paris, Cavcillcr, 1558, in-S'*; — Hymne au roj sur la prinse de Calais, avec quelques autres œuvres sur lo mesme suhject, composez par J. du Bellay. Paris, F. Morel, i558: — Brésin, Chroniq. de Flandre et d'Artois, fol. 733 y\