COMMIS SUR LE TERRITOIRE DE PROVINS. CONCILE DE TRENTE
L'an mil cinq cens soixante et ung, le loy, après avoir faict ses pasques à Fontainebleau, se retira à Paris avec ses gouverneurs et avec sa court, qui estoit fort grosse et pleine de gens, tant princes que aullres personnes. Mons. lecard. de Trivoulce, légat du S^-Siége apostolicque en France, et envoyé du pape au feu roy Henry, estoit tousjours à la court et es environs, ayant grosse suitle, à cause des expéditions apostolicques qu'il faisoit en vertu de ses facultez, qui estoit cause de faire croistre le nombre des courtisans de la suitte du roy.
Le roy séjourna à Paris, jusques après la feste mons. S* Jehan- Baptiste, vacant à l'expédilion du règlement des trois eslatz tenus à Orléans en Tan dernier passé, sans sçavoir déterminer avec ses gouverneurs et le conseil les ordonnances à faire pour ce règlement, à cause de Tempeschement et des requestes importunes que luy faisoient les huguenotz par mons. le prince de Condé, frère du roy de Navarre, affin d'autoriser en France la prétendue religion réformée, de laquelle s'estoit rendu protecteur ledit sieur prince de Condé.
La teneur des requestes desditz huguenotz estoit telle qu il pleu^^t
MI^.MOIRES i b iiiAJcatiV tlu roy de permeltro que par louics les villck et a de auti rujaunio la prélcDdiic rvligton feust eterc^e et let mq d'irrllo administi-c» )>ar tns préilicaiu el niinùtrus AnIl^ aulcan < liedil . «l qu'il luy pletul d'approuver les église* d'icelle préU retigton, ji dreubiiat en plusieurs ciidroicU el luvAniviiicnt en la l (le PatiB par In frrveur de ceux qui Ciitoifnl profcRfiion de Ud rrirgton, promcttaDI h S. M. qu'en r« faisant, U v«nt^ par tant de tviitpi celée «eroil vcuc ol CAcUircie au coattutemeul de sadiue ni«-. jesté et de lout le peuple de Franc«, et que Ioa tcaèbru qui. pliuiours aiméu. uni tenu le» jreui des Frauvoys eu uog si | uveufflcniunt . seroient décluuéeA, en vertu de U parole de Dieu { c\\èa |Hir les ministres, et tpie U vérilé estant d'un cliascun coj loiite idolAtrie ruynfe et abattue, toutes séditions el monopole sus, (ouïe aui>lié enlro les Fnnçoys relevée, et tonte lidclité et c sance « saditle majesté gardée, vicndroit tout le peuple de Fniiot] meilleure union, (aisanl cognoistre i veue d'ceil ceux de ladilte l tendue religion n'oslre en fairlt ui en dicU et conversation tell c •voit faict entendre i udïtle mkjesté '.
Or Tnalt-il içavoir que. combien que le roy feuat mineur i
' \'n»ci i'ituBcktinn de (|ud(|ue* ptiVr* »dn»mé*t p»r lea proieituib à Ch^Hn IX p| •■! rai ik Kivarre , pont te plaînilr» dM ponteutiom «t rMaoMr k libvWda cqIu ^ La rai|Hiitl« (irt*eiUée aa mj 1« 1 1 jning ■ S6t. p4r Im dépula dm AfliMM c^fm* f*nai )« njmtaat i(« Fru»«. ( Hl/mûim dt l'tuuU. L 11, (L 370.) 0» AntMtdmA un ewiurn de leur *>c vl de Inir doctrine, H lit intnplFMl pnjuvn ifu'il n'y > aucnn poini d» Inir ducirtnp qui cuMrvriamr k U pamte An Dira, ni au %jtaMt! de»
apAtm. Bt orfne uu pràdpaBi paànto d^ermiiiéa aii( qualra- |WHuim ooadlea.
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1^1. [Hii.f.uy)
bas âge, lesditz hugiienotz adressoient tousjours leurs reqiiestes de 1501. bouche ou par escript à sa majesté et non à ses gouverneurs, ou bien, s'Hz les adressoient à ses gouverneurs, si est-ce qu'elles estoient tousjours faictes au nom de sa majesté, affin que la response qu'ilz tiroient de luy ou desditz gouverneurs feusl mieux autorisée à leur prouffit; et combien que saditte majesté n'eust sceu, à cause de son bas âge, en matière de religion, discerner le vray du faux ni le faux du vray, si est-ce qu'ilz tenoient les responses qu'ilz pouvoient tirer de luy à leur vouloir estre bonnes et efficacieuses, comme s'il eust eu cinquante ans sur sa teste, et les faisoient approuver par ses gouverneiu's, qui, du tout, soubz le nom de faire vivre les habitans du royaume en paix, accordoient auxditz huguenotz tout ce qu'ilz dcmandoient par leur protecteur ledit sieur prince de Condé.
Fault pareillement noter que , incontinent que le roy fut venu à la couronne , les huguenotz de France , en vertu de Tédict de vivre en liberté de conscience, dressèrent en plusieurs villes du royaume, sans permission de S. M. et de leur auctorité privée, des presches, qu'ilz appellèrent des églises, où ilz s'assembloient au plus grand nombn» qu'ilz pouvoient, poiu* ouyr, ce disoient-ilz, la parole du Seigneur par les ministres etprédicans qu'ilz avoient faict venir de Genève; et, pour despiter et esmouvoir à sédition le peuple catholicque, ilz alloieni à leurdit presche avec ung orgueil incrolable, proférant des injures atroces contre iceux catholicques et la religion apostolicque, durant les messes, vespres et aultres divins offices. Aulcuns huguenotz, en plusieurs lieux, furent si audacieux d'entrer es églises des catholicques avec port d'armes, et par force y feirent cesser la messe et le divin office pour y faire leur presche; telz furent ceux de Meaux dedans le grand marché, lesquelz entrèrent es églises de messieurs S* Saintin et S^ Martin, et avec violence, en despit des chanoines et parroissiens catholicques, feirent leurs presches à la place du service de Dieu, dont advint audit lieu une grande sédition ^ Aultres huguenotz, s'ilz
* Toussaint Dupiessis, /iû/. de Vcglise du parlement de Paris, qui ordonne au de Meaux, t. I, p. 35. — Voy. aussi : Arrêt bailli de Meaux de mettre le curé de Ma-
lA8 MÉMOIRES
n'enlroient dans les églises des catholicque&, s'assembloieot aiut ( mutiêres ou aiiltres places proches de la portu d'icclltis ûgliges, Riisoîenl là leur presche et cbantoienl leur» psalmes niarolicmie8<H hnuUe voix pour troubler et cnipesclier lesditz catholictpjes de leur diviu service, comme fut faict dans la ville de Paris aux fauiiboui^ S'-Marceau, au lieu dicl le Palriarclie, tout joignant l'église de nions. S' Médart, dont advint grande sédition , ainsi qu'il sera dict ci-après en son lieu, et ainsi en plusieurs endroictz du royaume. Parquoy à la court ne se voyoil (jue plaintes de toutes parte envers le roy, ses gouverneurs et les princes. Les huguenotz se reliroienl à moDS. le prince de Condé, à l'admirai de France, à d'Andelot, son frère, el aux aultres seigneurs huguenotz. Les calholicqucs se retiroienl aux goiivemeurs, à la royne mère et au roy de Navarre, pour en avoir nioilieure raison; mais peu y proufitoient , car ilz penchoient plus du costé des hugnenot/. que de leur part, et pour ce furent ton- (raincUt iceux catholicques de se retirer à messieurs de Guyse, ati conestablc. à nions. le prince de Montpensier' et à mons. de Nemours^. Mons, de Guyse print gros travail et voluntiers s'employa A recepvoir les plaintes cl doléances des catholicques, et se rcodîl leur protecteur envers le roy et ses gouverneurs.
Le roy, les gouverneurs d les princes, se voyant avoir la i rompue par chascun jour de tant de plaintes qui leur vcnoieol d4 toutes partx du royaume, tant d'un costé que de l'aultru, à cause da séditions populaires pour te faict de la religion , prîndrent jour de s'a^M •sembler au palais de Paris, avec messieurs de ta court de pariement'iff
rmiil il l'Abri de» insullrJi dr-s hu^icnols; i5Gi (i5fia). iSnwrs [Mém. dr. Condé, i. !il, jj. 167}; — Lettres du roi. de In rvbiB mère et du rw de Navarre nu parlemenl des 1", a et & juillet i56a (ifriU p. 519 et 5a3)i — .^rfi du parlement [lour lu continuation du |iroci>ii de« gens de Mcaux: i562, aoùi 3 {îbid. p. ^177); —Lettre du roi pour i'exéculion de Titl»-
lition acr(ird4!ic pur lui «ux «édllloux d Mcnux; i56u. noùt a& {ibUl. p. 61a).
' Pran^oi.i de Bourboo, duc da Monû-J pensîer, lit» de Louis M de Bourbon, i quil on i53(p et mournl od lâga-
' Jacques de Savoie, duc de NeinouM, naquit en i5.3i et mourut en tbSi.
^ L<»fl»nnI)l(«»tcnuesaaP(iiiut.et !c chancelier réunit le con*cil d'i/M et
pour meuremcnf délibérer d'iing moyen commode pour retenir le 1561 peuple de France et faire cesser telles séditions, ce qu'ilz feirent certain jour avant la feste de mons. S' Jehan-Baptiste du mois de juing, dès les sept heures du matin, et ilz furent jusques à unze heures passées dans la grande chambre dorée à disputer des moyens de restablir l'union en France entre les citoyens d'icellc. Mais la contention et dispute fut si forte des deux costez que rien ne se peut admeclre en ceste matinée. Il y avoit lors au palais de Paris, tant es salles qiM' dans la court d'en bas, plus de quinze mille personnes à attendre le roy et les princes sortir dudit palais, pour sçavoir ce qui anroit esté déterminé à laditte assemblée. Mais tous furent trompez, et juov comme les aultres, car à ce jour j'estois du nombre des attendans audit palais. La cause fut fort agitée cl débattue de part et d'aullre, et furent les princes en grand altercat les ungs contre les aultres en la présence du roy. Les gouverneurs du roy penchoient fort du costé des huguenotz, et ne demandoicnt aultre chose que leur advancement et celui de leur religion prétendue. Le roy, en son bas âge, tint le party des catholicques avec les sieui's de Montpensier, de Nemours et de Guise, contre le vouloir de ses gouverneurs et de mons. le prince de Condé, qui moult reculla le coiu:age des huguenotz et de ceux qui tenoient leur party. Messieurs les présidens et conseillers de la court qui estoient catholicques tindrent ferme avec le roy el le.s princes catholicques susditz, qui fut cause de tenir Tespéranee des huguenotz en suspens. Car je sçai bien que je me rencontrai ce mesnie joiu* audit palais de Paris avec certains huguenotz qui estoient là à attendre comme nioy et les aultres, pour viîoir quelle en seroit la détermination, lesquelz se tenoient comme assurez qu'en laditte assemblée leur cause seroit admise, et leurs requestes entérinées, suyvant les promesses que la royne mère et le roy de Navarre avoie»nt faictes audit sieur le prince de Condé; et, passant plus oultre, Tung
parlement, commencèrent le 23 juin et el lea Mémoires de Condé, t. 11. p. .H96 durèrent plusieurs semaines. (Voy. THis- et suiv.) loire universelle de de Th"u, liv. XXVIII,
d'eux disoil que la résolution seroit de ne plus avoir ni admett en France aullre religion c(iie leur prélcnduc, de laquelle les gou-^ vcroeui'S debvoienl faire profession en icelle assemblée devant leroys| et l'aHsistanec; ce qui toutcsfois ne se trouva vray, combien qu'il < bailloit de grandes conjectures, suyvaol ce qu'il en avoil entendu pu> 1 la bouche des prince» et grands seigneurs de leur parly.
Il fault croire que pour ce lenips et quelque aullre après n'y avoïl \ de bien venu k la court du roy et des gouverneurs que ceux qui fai-.
k soient et vouloîcnt faire profession de cestc ditle prétendue re)igion| ] ntoult de calboiicques de toutes qualitcz, de Ions sexes cl âges, se ■ desbaucbèrent de la religion npostolicque et romaine, à cause des laveurs et crédit qu'avoient les buguenotz, lesquelz , quelque mal, meurtre, sédition, larcin, vollerie, assassinai qu'ilz eussent faicl A aullrcs personnes <jue de leur prétendue religion bugUtinolij:<|uc, avoient grâces, pardons et rémissions de leiu-s forfaîclz, sans satlsfiiction à partie aultre que selon leur volunté. 11 n'y avopt en France juge ni justice contre eux; il n'y avoil aulcune prison enfermée pour eux; et pour ces raisons Iceux huguenotz inontèrcuL en une si grande
■ audace, présumption el orgueil, que le reste du peuple ne les eu5t osé regarder ni rien dire contrairement k leur volunlé.
Or estolt-il fort faciile d'estre huguenot en ce tenips-U, cl n'es- (nient les fondemens de leur prétendue religion malaisez k apprendre : il ne lalloit qu'estre meurtrier, voleur, larron, sacrilège, paillard, adultère, voleur d'églises et de temples, briseur d'ymaîgcs, mesdire
► du pape, des cardinaux, évesques, prebstres, nioynes et ecclésiasticques, estre meurtrier de telles gens, haïr el mesdire de la messe
I et du sainct sacrement de l'autel et dire que c'estoit Jehan le blanc,
f bailler l'hostie â manger aux bestes cl chiens, graisser ses bottes cl xoidbcrs du cresme cl des sainctes huilles, faire son ordure fécalle dans l'eau bénîste des caubenoîstiers et des fons, manger chair les vendredis, samedis, karesme et jours de jeusnes, prétendre qu'il n'est point de pm'galoire en l'aultre vie, blasmer les pèlerinages, dire qu'il ne faull prier !a viei^e Marie ni les sainctz, ni dire bcuijes ni ma-
DE CLAUDE IIATON. 151
tines, ni aultre ofîicc divin, sinon les psalmes de David traduicts en 1501 vulgaire et rime Françoise par Marot et Théodore de Beze, et dire qu'il ne fault faire nulle bonne œuvre pour avoir la vie étemelle et paradis, ains que c'est assez de croire en Dieu et en Jésus-Christ, lequel, par sa mort et passion, a tout faict pour nous en ce monde avant que d'en partir : voilà ce que faisoient les Françoys desbauchez de la religion catholicquc pour se mettre de la prétendue huguenoticque et cstre bien venus des princes, seigneurs, gentilshommes et juges de justice qui estoient de ceste faction.
Au contraire, aux catholicques de l'église apostolicque et romaine estoit voulu tout mal, dicte toute injure, faicte toute oppression par meurtres, batures, saccagemens, larcins, emprisonnemens , fers et liens rigoureux, mespris de leur personne et de leur religion, sans estre ouys en justice en la deffence de leur cause; on les appelloit séditieux et idolâtres, papistes et âmes du purgatoire du pape, et fault croire que, dès ceste présente année et dans les suyvantes, les catholicques soutinrent beaucoup pai' les huguenotz; je dis mesme les princes et aultres grands seigneurs, comme le commung populaire de France. Et furent finablement les princes et seigneurs catholicques en tel mespris à la court du roy parles huguenotz, qu'ilz furent contrainctz se retirer en leurs maisons pour vivre sûrement, excepté le connestable, qui n'abandonna la court, vivant tousjours comme le roy catholicquement, non sans estre mocqué et par plusieurs fois vieil renard appelle.
A la sortie du roy et des princes du Palais, chascun des deux costez, tiint des catholicc|ues que des huguenotz, tendoient les aureilles pour ouyr et sçavoir ce qui avoit esté déterminé touchant le faict de la religion, et ne se trouva de bien faschés que les huguenotz à ceste sortie, ayant entendu par les gens de leur party que leur cause n'avoit sceu estre parle roy et le conseil autorisée, combien qu'elle eust esté fort débattue; que la messe avoit là trouvé tant de support qu'il n'avoit esté possible de l'aboUr, comme entre eux avoit esté proposé, et qu elle estoit pour tousjours demeurer, veu co qu'en avoit dict le roy.
un la présence des princes, de ses gouverneurs ai de toute Tassein bléi'i mais loulesfois que pour cela ne falloit qu'ilz perdissent coui et. que tout n'csloit ciicorcs perdu. d'auJlaut que les princes et t gneurs de leur party avoieut lion courage et esloienl résolus tpie de' litiu gré ou de force ladittc prétendue religion seroit par le roy cl ses gonvenieurs iiuclorisée, et la papauté déboulée (ainsi appelloicnt-ilt l'église catholicque), et qu'àladitle assemblée avoît esté ordonné de se rassembler après disner pour poursuivre l'afFaire jiisqnes à diffinitivc. Les calholicques ayant entendu que les huguenoti n'avoient eu en ladille assemblée gain de cause, inoull se esjouyreni, mais cvste joye par après fut tournée en une grande tristesse, comme il sera veu cy-après. Au partir de la chambre dorée et à la levée du conseil, fui dici par le roy et les gouverneurs que la cause se contînueroit ce nie.smi' jour après midi . et fut dict à messieurs les princes et gens du conseil qu'iU eussent à se rassembler audit lieu sur les deux heui'es après midi, pour poursuivre l'eutrepriusc ; ce que les uugs feirenl, et les aultres nou. Les huguenotz sçaclianl que les princes et conseitlern calboticques se t-assembl oient audicl lieu à Theure assignée, ne s'y voulurent trouver, de peur que la cause ne se difliiiisl à leur désavunlage, ains y envoyèrent quelques-ungs de ceux qui nageoieot entre deux eaux, qui nVsloient encores eutîèrenienl héréljcques, ni parfaieleraenl catholicqties, pour ouyr ce qui se diroil et fcroil pour deffendre et requérir pour eux et s'opposer à ce qui se feuat peu fairn coniraire à leur voiunté. Davantage sollicitèrent les gouverneurs d'empescher le roy de retourner après midi i ladittc assemblée, ce qu'ilz feireut, aflîn que, si les princes et conseillers qui dcbvoieol retourner au palais eussent attenté de diflJnir la cause en l'absence du roy cl d'eux, ik hugucnotz n'en eussent rien tenu; et partant rien ne fut faict ni airesté à re jour, ains demeura la cause en suspens jusques à une aultre fuis ; et par ainsi les presches que les hérélicque»appelloient églises, par eux plantés sans auctorité aullrc que d'eux, demeurèrent comme ilir esloienl par le royaume, et les séditions comme devant.
Les princes el conseillers catholicques, voyant que le roy ni ses 1561 gouverneurs ne se Irouvoient à rassemblée d'après midi, comme ilz avoient promis, feirent demander à S. M., à la royne mère et au roy de Navarre s'ilz ne vouloient poinct aller au palais suyvant Tordonnance du matin. Mais leur fut faict response que S. M. se trouvoit mal et qu'elle ne s'y pouvolt rendre, et pour ce leur fut mandé de continuer la cause et l'assignation à quatre mois de là, au chasteau de S*- Germain en Laye \ el que lors on adviseroil d'ung lieu propre pour faire une convocation des évesques et prélalz de France et des prédicans et ministres de la prétendue religion, pour, en la présence du roy, des gouverneurs et princes de France, disputer les ungs contre les aultres des matières de la foy et de la religion qui entre eux estoient en controverse; pendant lequel temps le roy feroit assavoir aux ungs et aux aultres de s'y trouver, sous peine aux deffaillans d'eslre convaincus pour leur absence , et par ce moyen se leva l'assemblée d'après midi sans rien faire, non plus qu'à celle du matin. Geste délibération fui faicte et inventée par les huguenotz du conseil des gouverneurs et par mons. le prince de Gondé en disnant, allin de lasser et desbauclier les princes et seigneurs les mieux affectionnez à la religion catbolicque, et pour bailler temps aux buguenolz de se fortilTier.
Incontinent après la S*-Jelian, les gouverneurs, soubz le nom du roy, escrivirent à maistre Jehan Calvin, pape des huguenotz de France, demeurant dans la ville de Genefve, et aux gouverneurs d'icelle, qu'il/, choisissent des ministres de leur ville ou aultres lieux des plus experiz et sçavans en leur religion, et qu'ilz les envoyassent en France à la court du roy pendant qualre moys, et plus tost s'il estolt possible, affîn de faire une dispute contre les évesques et prélatz de l'église
* Voy. sur rassemblée des présidents et dans celle assemblée, les Mémoires de
conseillers des parlements de France, le- Condé, t. II, p. 606. — V^oy. ausai : Advis
nue à Sainl-Germain-cn-Laye en janvier touchant les images, présenté au roy par les
i56i (1562), de Tbou, Ilist. univ. liv. minis très de la parole de Dieu, le i^i de février
XXIX, el, pour les discours prononcés i561 (i562). (Ibid. t. 111, p. 101.)
15*1 m^moTres
catholicque île France, cl de prouver par laditte dispuie laquelle Afâ dciix religions seroit la nriL'illuure pour uslre gardéu ot observée radvfiiir. Calvin el les gouverneurs de la ville de Generve, a^ant roci les lettres patentes àc$ 'gouvcmcui-s de France soubs le uuiu du royM niDuh s'esjouyrent. pensant l'église callioliccpie el romaine devoir eslreT on briof oMeioctc en France, comme elle est nudict Genelve. Touteffois Calvin ne s'en resjouîssoit taot que falsoicot les cyloîciu, losr|ueU prétendoient, comme dupuiz ilz feireut, sn dcscliarger du granil nombre des Françoys qui habitoient leur ville, dont ilz se sentoienl fort grevez. Calvin sijavoil hien que ceux qui seroient envoyé* de leur i'party auroicnt fort à faire en la dispute, et qn'en France y avoit des [ prélat», cardinaux, arche vesques, évesqiies, prebstres el tlocleurs en toute science mieux fondei: que luy ni les siens. Les gouverneurs de France luy escrivoienl de se transporter en France, pour se Lrouvcr à la t-onvocation, avec saiif-cnnduit ut toute seureté de sa personne, connue aussi de tous ceux qui seroient avec luy. Mon», le prince de Coude, par ses lettres. le requéroil l'oi-l instaiument. Mais aux ungs »î aux aultrcs ne voulut ohéir, ni sortir hors de sa lasoiére Genévienne. En s' excusant de venir, reqnist mons. de Spifame, naguéres évesqiift do Nevers, qui s'en estoit fuy de France audit Gcncrve, lequel pareillement s'excusa de icUc chaîne. Parquoy eurent recours lesdilz Calvin el gouverneurs de Genefve A ung auilrc par eux eslimé forl Kullisanl. après ledit Calvin, qui estoit ThéodoiT de Ileie, n.itif de France . qui . avant que de se desbaucher de la religion apostolicquc . cstotl prebstre, prieur du prieuré de Longj»meau-iès-Paris, el qui, plein dVu^iieil et d'audace , lut bien aysc d'accepter ceste charge. Avec I Bexc furent envoyez dudît Genefve, l-auzannc et pays savoisieo : I Pierre le Mailir, cordwUer renié de In nation françoyso, Mato, parcîlleoiCDt cordelier renié, des Rosiers, de Spina, Maloral' ut quelque douzaine d'aullres^; lesquelx, aux despcns du roy de France, furent
' Marlorut (Augusiin). né on i5o6.
inoiiH> il« U règle de saùit AuguaUn , jiuii prHra, (Q maria enâiiisse. devinl minisifc
rlc h réforme H fui cx^cnl^ i (Ipucti le Ha ncliibre 1&61.
iVaprèn uu iviuiDuin oinnufcrit de cv
flesfraiez par les chemins de leur despense, oiiltie laquelle leur furent haillés grosgaiges, jusques à ce qu'ilz fussent pourveuz et receuz en la maison des princes et seigneurs de France faisant profession de laditlc prétendue religion. Estant arrivez à la court, ilz y furent mieux accueillis que n'eust esté le pape de Rome, s'il y fusl venu. Le roy dr Navarre les ayant veuz et humainement receuz, conmie aussi feil la royne mère, leur fut haillé logis pour se retirer, en attendant ({uon les eust instruit de ce qu'on vouloit faire d'eux et qu'on leur oust
<lonné charge.
qui b'esl laid à Poi.ssy cliiranl l'asseinblci' [liihl. iinj). Collecl. Dupuy, vol. 64 i), \vb noms clos proU\slanls qui sv Irouvaienl au colloque sont : .Icliaii de la Tour; Nicolas de Galles; Jehan Réniond, alias Merlin:
t'iançoY» de S'-Paul ; I^Vançoys de Mar(»l ; Aupnsfe Marloural ; Théodore de lieze ; Joliannes de Spina; Nicolaus Lollion; Jeiian Malhol; Claude Bussyère; Jeiian Bocquin : I^a I\oche, pour l'Isle de France; Jeiian l^alUer, pour Troyc et Clianipagne; Barl)an<^on, pour Picardie: Synion de Precréan, pour Normandie ; Gervays le Barbier, pour T(Uireine; Dumas, pour Provence:
Jehan Galbel, pour le Daupliiné; Georpe de Falme, pour Languedoc; Du Bois, pour Brelaij^ne; Bléreau, pour Guienne:
(jcrnaull, pour Lionnois; Béniond, j»our Bioys et Orléans. — Avec eux était un \ieu\ Florentin, nommé Pierre Martir, cl quelques personnes qui les conduisoient entre autres un genlilhonnne de Nonnan «lie, nonnué Monncville, <jui parla le premier, et pria le roi de leur doimer congé de parler, ce qu'il octroya
Voici une autre version de celte liste tirée du vol. io33i de la Bibl. im[)ériale :