I. xxvin
' Claude de Lorraine, duc d'Auinnlc.
naquit en iâa3 el mourut en 1573.
' François, dnc de Montmorency, 116 en » 53o , mort en 1679
* l'orrenol de ChrinlonDay. anibau*> dcor d*Eiipa^nc, ^^cri*nit A Philip[>e II. le 6scp[cnibre iâ6i : tFaidcscoiuiilequ'AO-
DE CLAUDE IIATON.
en tout et partout s'efforçoient de piovocquer à sédition contre eux lesditz catholicques, par quoy recommencèrent par le royaume les séditions en plusieurs villes, des huguenolz contre les catholicques et des catholicques contre les huguenotz.
Pour auxquelles séditions éviter, fut faict ung édict ou bien fut envoyé ung mandement aux juges des villes au nom du roy, par lequel il leur estoit ordonné de désarmer de toutes armes les catholicques desdittes villes, fust de harquebuses, pistoUes, hallebardes, espieux, pcrtuisanes el de tous aultres bastons, et de faire mettre icelles armes v.s maisons ou hostels commungs desditles villes soid)z la garde dos prociueur et eschevins d'icelles, et ce sous peine d'estre rebelles au roy et punis corporellement ^ Et fallut que les pauvres calholic([ues obéissent à ce commandement, mesmement ceux de la ville de Paris. Les armes des huguenolz demeurèrent en leurs mains et possession, et ilz alloient à leurs presches les pistolles es mains toutes bandées (»t chargées, sans que les catholiques en eussent osé dire mot qu'ilz ue se fussent mis au hazard d'estre par eux battus; et estoient lesditz huguenotz si audacieux qu'en allant et venant de leius presches ilz ne se feussent daigné destourner de la voye (rhonunc» qui fust poiu* le
jourd'hui ce qui csl loisible à Genève, tant quant aux presclics, administration des sacreniens que rhoses semblables, se peut iaire autant impunément par tout vv royaume (de France), commençant dès riiosle! mesme du roy; et est tenu pour l)esle qui n'y fait du pis (ju'il peut. » ( Mém. de iondé, t. 11, p. 17.) Catherine de Mèdicis envoya auprès de Philippe II Jacques de Monlbcron, pour justifier sa conduite. (Voy. de Thou, Ilisl. nniv. liv. XX VI 11.)
' Plusieurs ordonnances furent rendues dans le courant de l'année i50i pour le maintien de la paix publique : « Lettre de cachet du roy aux magistrat» des villes de son royaume, pour prendre garde qu'il ne Mjit faict /lédilions aux processions du S-
Sacrement. » loGi. mai i[\. [Mémoiirs ih Condcj t. 11, p. 300.) — " Edit sur la reli- ^'ion, sur le moyen de tenir le petq)le en paix et sur la répression des séditieux, n 1 50 1, juillet. (Isamberl, Bec. dns anr. lois franc, t. \I\ , p. I0(j.) — >= Edit du roy sur le faict de la police et règlement qu'il vrut eslrc nus entre ses subjects. » 1 r)() 1 , oct. 1 8. {Mdm. de Coude, t. Il, p. 520.) — « Edit jiour remédier aux troubles et sur la répression des séditieux. » i56i, octobre ào. [Fontanon, t. IV, p. 2G5.) — «Edit suile port d'armes à feu, la vente de ces armes et les formalités à suivre par les fabricants. » 1 56 1, oct. 2 1 . (Fontanon, 1. 1, p. G5i.)
loisser passer, ains qu'il rHiloît, stius peîae d'e«trc par aux bnlt» i oiillragc, so tlcstoumcr de devant eux pitu babUIctncnt tpic dsvant" un cliien foi et «urag^. Au ictour de leurs presches, il» alloicnt palier i-ucs chautaDt les psalnies maroUcqiics et hézicus, uvec aulti-e» chansons scaudalciiscs contre l'cglise calliolicfjue et les fiacrenions d'icelle, pour provocqucr les cathoUrqac^ ut pour prendre occasion de frapper sus, si aulcun en vouloît dire quelque rhosc. Da<ranlagB. lo3 jour» de vundredy, do jeiîue et karesiuc , clicmiuoient pni- les i-ues cl se préseiiloicut as place» publîuqueK inauguuns chair devant les jcatliolicques, les pruvocquant avec injures k sédition ou â luiir dire quelque chose qui leui- dépleust. alKn de les battre ou les accuser à juslito i!l les faire enipriKunner et punir par les juges de leur parlV- Ainsi fui faict k Jehan de Léans el à Moricp Gadineau du Provins, Ies({u<>l7. à diverses fois se trouvant l'ung après l'aultre avec des hugueuoti dudil Provins, qui faisoient et disoient telles insolences que dessus, mesdisans de la musse cl des aultres sacretneuo el mangeant chair puljlicquemenl avec injures pour provocqner les dei»9Uj(nonuiics, ceu-ï-ci eslans maris de telle audace buguonolicque , oc se puroul garder do les appeller hu^enoU, hûrclieques et mans comme nhiens, sans leur fairn aulU'e mal. Fut pur le hally dudit Provins, à la requeste du procureur du i-oy, informé conti-e eux; ilz furent prias prisonniers, on fit contre eux poursuite jusques iii icntence dilTatuatuire, et ils fiu'ent condempnez à faire amende honorable k Dieu rt justice, el aux despeus, cl déclarci séditieux contre lesédtctx du roy- Dc&qucllcs sentL-nces appellèrent les condempnej: pardevant messieurs do la court de parlement, qui les absolurent desdiltes sentences et dirent mal jugé el bien appelle; mais toulesfois les pauvres hommes ne furent récunipensex de leurs despens. dommages el intérestzet leur en eousta plus de chascun cent Iiv. I- Les catliolicqucs des villes de France, se vo^faul desarmez des armes de leurs maisons, entrèrent en ung plus grand double cl soubçou qu'auparavant, et voyant les huguenot» armez avoir toujours la pistoUe au poîng. ilz jugèrent loi-s qu'il estoit bcsoîng de se donner garde, et que telles menées ne tendoicnt
DE CLAUDE HAïON. 179
qu à une rébellion contre le roy et le royaume et au saccagenient des villes. Et pour ce, les plus fins cl rusez catholicques trouvèrent ni oy on de retirer leurs armes, pour les mettre en leurs maisons. (]eux qui ne les purent ravoir en aclieptèrent secrètement d'aullres pour fortifier leurs maisons et pour s'en deffendre quand il seroit besoing; ce qui n'arresta longtemps à advenir, ainsi qu'il sera veu en l'année prochainement venant.
Or en ceste année icy et tout à l'instant que les catholicques furent désarmez, advint une grande sédition par les luiguenotz en la ville de Paris, le jour de S*-Jehan de Noël, dans féglise mons. S'- Médart, en ung des fauxbourgs, tout joignant la ville, assez près du lieu que l'on appelle au Patriarche. Et fut icelle sédition faicte en la manière qui s'ensuit : les catholic({ues de la paroisse S*-Médail \ après midy, se retirèrent en leur éjjjlise, pour ouyr le sermon d(» la parolle de Dieu qui leur Tut presché par ung docteur ducht Paris; fault entenih-e que, dans un jardin du lieu dit le Patriarche, avoient les huguenotz de Paris, d(î leur autorité, soubz fassurance et ])rolection de mons. le prince de Condé, érigé ung presche pour faire fexercice de leur prétendue religion p*»u de temps après fadvénement du roy à la couronne, suyvant fédit de liberté donné par ses gouverneurs, et dans (*e presche ilz s'assembloient par chascun jour cl ([uand bon leur
' \ ov. \o Jouriinl do BrusJart dans l(>s Mcnioire» do (^oiido, l. I, j». i)H: — Le ni>c<»urs du sar( apcmc'iil des relises calljoli(jiirs, par (d. do Saincics, iol. /|M r";
— De Thou, Hist. universcllr , 1. \X\II1;
— « Ilisloiro vôritahlode la muliiiorio, liiiiiidtc ol sôdition faiclo par los probslros de S'-Môdarl rdiilro les fidèles, lo samcdv
xxvii* jour de déreini)re i5Gi •» (Mcm. de Condé, L II, p. r)4i ; et Archives curieuses de Ihist, de France, i" si rie, l. IV, p. /j(j);
— • Lcllres du rov et de la roviio m/in* au parlcmenl de Paris, au sujet du (uniultoarrivé à la porte S'-Anlhoiue de relie
vilio, et arrc^lz donnez par ceste <'<»ur par raj)port a ce (uniuite el à celui arrivé à S'-Mi'ilard n [Archives cunruses de l'histoire de France, i'* sôrie , t. IV. ]>. tiy); — n Arresl du parlement de Paris, portant qu'il sera iailune])rocessioii ^^énérale pour l'cxpialion de.*) Nacrilégo^ commis par les huguenot/, dans l'é^liso de S*-Médard>' [Ihid. p. <j9). — Voy. aussi Mémoires de Condé, t. II, p. r)/i9; l- III. p- là^, 2bb cl 4fp ; — Mémoires de François Grin, manuscrits (Uibl. imp. tonds Saint -Victor, n** loig) , fol. 10 r".
semhloit. Or ndvint-U que , ce jour de S'-Jcliaii de Xoël , iU huguenots pleins d'orgueil cl de préaumption, bien sçacliant que les calbollcquei dd liidiUe paroisse S'-Médarl s'assciitblcroiunl eu leur église pour vstrtf| au .sermon , se voulurent quant, et <piant assembler et à In niesme lieui ou tost après, aflln do provocqucr lesditz catliolicqucs à leuj- Taire ou4 dire quelqtie chose qui leur dcspleust, pour faire sédition, comme llàM leireul, sans y estre jirovocqucz, sinon justement, par Icsdîtz catho-W licfnies. Lesquels, après la fin du sermon faict par leur docteur, avanlir (|ue de se retîrc>r de laditte église, joiuct aussi que Theure ordinaire.! de chanter vespres cstoit venue, qui estoil sur les deus heures aprètJ raidy, feircut sonner lesdittes vespres avec les cloches, telle qu'est 1 manière des catholicques. Du son desquelles cloches se scaudalîsironll jesditz hugucnotz qui cstoient ii leurdit prcsche, et, pour le ïsàte cc»--fl ' »er, ilz envoyèrent quelques ungs de leur compagnie dire avccgrandes^
• nienaces qu'on ccssast de sonner lesdittes cloches jusques après qu'il*] I seroient partis de ieurdit prusche, qui ne suroît que sur les quatre I ' heures du soir.
Les catholicques, ayans receu telles nouvelles, rc-spaudircnt qu'il oo pouvoient tant attendre à chanter leurs vespres et qxi'à quatx heures du soir seroit la nuict venue, qu'on ne verroit clair en leur! t'^glise k les chanter, joincl aussi que l'heure ordinaire et accuuslumàel eu ce temps de les chanter par toutes les églises de Paris estoît l'heure I k de deux heures, et pour ces causes ne voulment cesser de sonner le»- 4
• dilles vespres une fois, deux fois et trois fois, selon leur manière a ' cousluraée. Après que les hugucnotz eurent ouy par leui-s messager?! ■ b response qu'uvoïent faicte les calliohcques , ilï huguenote, ouyaOtl
'les cloches recommencer à sonucr pour la seconde lois', du ixtosod-l » et licence de leur prédicant et ministre, s'eslevèrent on fureur, l rRjrans les armes au poing, comme gens foix et insenseï:, couriinufV] rd'une fureur et rage îocroiablc h laditte église, qu'îk sact
' D'aprèï le rétil de de Thuu, k» en- envoyés pour prier le cari do foire «MMr UiatiqiiM nommencércnt par massacrer un \t. bruil de» doclie.i. dot depuis iiue Ict prolesLanU avaient
entièrement, et feirent ungmeurtrc en iceUc des pauvres calholicques 1501 qu'ils y trouvèrent, fort cruel, inhumain et plus que barbare, sans pardonner aux qualitez des personnes, âge et sexe quel qu'il fust, mais se ruèrent sur les hommes, les femmes et les enfans, sans s'enquérir ([ui en estoit ou n'en estoit pas. Ils trouvèrent le docteur qui avoit faict le sermon, qui estoit à deux genoux devant le grand autel de laditte église faisant sa prière, et ilz le tuèrent et le desmembrèrent en plusieurs pièces. Hz ne pardonnèrent à prebstre ni clerc. Les hommes et jeunes gens des plus habilles se saulvèrent ainsi qu'ilz purent, mais peu eschappèrent sans estre blessez. Il y en eut de morts et de blessez bien ung cent, la moytié desquelz furent tout morts. Après avoir meurtry enceslc façon les pauvres brebis de la pasture de Jésus-Christ, prindrent prisonniers blessez et non blessez tant (ju'ilz en purent lier et prendre, et les menèrent es prisons du Chastelet grand et petit, de la Conciergerie, du Four-févesque, et aultres prisons de Paris, les traisnant par les rues conmie bestes qu'on mène à la voyrie, criant et hurlant ainsi qu'hommes hors du sens, esquelles prisons furent les pauvres catholicques fort tourmentez et estroictement resserrez pour quelques jours, jusques ad ce que la court de parlement y eusl mis la main. Plusieurs blessez y moururent faulte d'estre pansez et habillez. Le chevalier du guet dudit Paris, nommé Gabaston, garde desditz huguenotz, feit le pis auxditz calholicques, en les emprisonnant, massacrant, et appellant, comme aussi faisoient lesditz hugncnotz, séditieux, crimineux de lèze-majcsté et infracteurs des édiclz du roy. Hz huguenotz, non rontens du saccagemcnt et meurtre faict aux personnes, saccagèrent quant et quant laditte église, rompant les ymages, les verrières, les bans et sièges, le sainct cyboire, jettant le corps de Jésus-Christ et saint sacrement de l'autel aux chiens, montant des piedz dessus et disant milles injures contre riionncur de Dieu, Jésus-Christ et son Eglise; lompirent pareillement tous les livres qui estoient en icelle et les déchirèrent en plusieurs pièces, et si menu qu'il ne fut jamais possible de les refaire ni de s'en servir. Ilz pillèrent le linge, les ornemens, les joyaux d'icelle, croix, callices.
cbappes ûl auilres inciiblo&, et pour Imller meilleur courage tmt mocagour», ilG&basLOH, avec &on cheval tout armé à blanc, cr)'oità liaultfll voix en vulgaire de gascoo corrompu par telz iiiotz : * PiIIo tout, piU tout! > et sans porter lionoeiir k Dieu, k ses sainiz, ni nu lieu H&crii^ entra en icellc église avec son clieval jusqucs au grand autel. Kx ronv 1 pirent les Tons en plusieurs pièces et l'ung d'entre eux feit aoo ayse-a ment d« natui'e et ordure dedans le bassin où estoit l'eau bénùla. Dtf, cresme et des saincles liuilles en gressèrcnt leurs soullîers, et. conclure briesvement, ne demoura rien d'entier en laditte égliBi les murailles et hi couverture.
Non contcns d'avoir meurtry les paruission-s et saccag^^ l'ég^iwi I dndit S'-Médart, escbauffcz comme lions courancez, les armes sn*! I poing, coururent par les rues dudit Paris, frappant et massacnuil ceux J [ ipji ne se destournoyent de-leur voyc et criant i hauite vois : • rËvaii< fc gile! vive l'Evangile I » et ruèrent plusieurs personne» par terre depi [ laditte <^glise S'-M£dart jusque» à ia porte de S'-Antboine, où iU fuit rieur roupie pour anoncer aux {'r^ro» de leur évangile qui estoîent i r lieu de Popincourt le sacrifice qu'ilz venoient de faire. El n'y eut pei a sonne pour ce jour par la ville de Paris qui leur résistasl en sotte dti Fjnoftde, mais au contraire cbascun s'enfuyoit devant eux comme c Vforoit devant des chiens folz, cl tant fuDui qu'on leur résislast, . encore» n'cusl-on osé rien dire devant eus qui les courroussasl. i pein ■d'esire lue et mis par eux sur le carreau. Il advint à uue boneste I dame, femme d'ung appoticairu dudit Pari», estant en iw bolicqtie et [ ouvToir, de dire par grande compassion qu'elle avoit des pauvres catlio-^l [ lîques blessez et à deray morts qu'elle voyoil traisner par les rues t [prison par lesditz buguenolr (pii les battoieot et niutilloient, lelzM ■ motz : ■ Mon Dieu, voycy une grande pitié I Ne a-ll poincl d'ort [.en k viili de Parts? Vuylà une grande cruauté! » Lesquelles |>arullo»A l'entendues par les lions huguenotz escbaulTez , entrèrent en laditte Iw-'f , ticque, ou ils tuèrent laditte dauic et pilleront ce qu'ilz voulurent d'icelle bolicque, en renversant les boistes el drogues par terre et oromy la rue, et n'eust esté la nuict qui survînt incontinent, iU hnguc-
□ou s'estana tous alliez ensemble eussent saccagé ladillc ville de Parii>, sana aullro difficulté. De laquelle sédition, mcurlro et saccagemenl Eurent advouex lesditz iiiiguenotz par ta ro^-ne mère ot les gouvcniours du royaume, et le tort tut dooDé aux catholiques, qui furcut appelle/ aidiùeux cl rebelles aux éditz du roy, et (ul par eux dïct qu'on leur ikîwtt trop de grâce de ce qu'on ne les pendoit au gibbel, ce que je croy qu'Ile eussent G&lé , a cust esté la pîlié qu'en eurent les messieurs prétùdenN et conseillers catholicques de la court de Parlement, qui y meirent la maJn, pour en informer; auxquclz toutcsfois fut delTcndn de par le roy de n'en faire aulcunc instunce ni pourNuitle contre ireu:^ liugnenolit; quay veu par eux, feirenl ouvrir les prisons aux calUulicques pour en sortir et s'en aller en leurs maisons.
Ce saccagemenl demeuré impugni feit huuUer le courage des lutguenotz, tant en la ville de Paris que par le royaume et en devindrenl plus orgueilleux cl audacieux de la moytié. de sorte que mit catliolJcque, par les villes el par tes champs, n'eu.st esc bonnemeui lover l'œil devant eux, tant feust-il noble, voire prince, qu'il ne feusl en danger de la vie et d'estre saccage, comme il sera vtiu par ci-aprèit en la p«rsomie de mons. de Guise par les Intguenolx de Vassy. Et fui besoing auxdilz catholirques de France d'estre plus ou aultant patiens oue pauvres brebis qu'on tue it la boucherie, parccqu'ili n'avoieni aulcun support du roy k cause de son bas âge , et eocores moîuga des gouverneurs le roy de Navaire et la royne mère, lequel i-oy de fjavarre, pour l'amour du prince de Condé, son frère, connivoit à toute impiété bugtienoticque et oppression des caUiolicques.
Messieurs <le la ville de Paris, après avoir veu l'émotion huguenutioque de leur ville, advisèrent àse donner garde d'estre sa<:cagex, et au moyen de se fortilicr contre lesdile huguenote; ilz remunirenl loiu? maisons d'armes, pour se rendre forlz et pour se delVendre si besoing lem* en esloil, et conclureni qu'il leur estoit nécessaire dv s'allier de quelques princes et gi-auds seigneurs catboliojues. pour le» supporter, tant envers le roy que les gouverneurs du royatune, cl ati.*i9i pour les defiendre contre lesditi buguenotz, qui monopoluient
1561, et coDspiroient le saccagcmcnt de laditle ville et du royaume dn France, Pour auiquelz maux pourvoir et éviter, iU escrivircu! k mODi de Guise et au maresclial de S'-André le plus secrettemenl tpic fair le pui-ent, qui estoîeul hors de la court, et s'estoïenl retirez en ItMu* maisons pour estre en meillciue scurcté de leurs pcrsouncs, pX ili les prièrent de se rendre en la ville de Paris pour les secourir, qunod l)ftsoing en seroit, et pour les relever de l'oppression que leur laisoit leur gouverneur, qui estoit nions, le maresclial de Monniorancy, lequel, encores qu'il ne se feust déclaré huguenot, en tout el partout les supportoit Kt les catliolicques tbuîloit. Desquelz de Guise el maresclial de S'-André curent respouse fort consolalive et pleine de lionne espérance et de conseil du moyen qu'il?, dévoient tenir pour se rendre eu meilleure seureté contre lesdîtz huguenotz.
Par ce que nous avons parlé de Gabaston , chevalier du guet de Paris, qui s'cstoil ti'ouvé au saccagement de Téglise S'-Médart, fault eolcndrc que, parle moyen de mons. le prince de Condé, le&buguenotz ayans faict advouer leurs presches par les gouverneurs, obtîndrent (piaul et quant ung maodemcat desditz gouverneurs souba le nom et aucloritéduroy, adressant aux lieutenansdu guet, aux pi-évostz de5 niarcschaux, lieutenans criminel/, de courte robe et à leul-s archers, sergeus et juges des lieux, poiu- aller garder les prédicann et huguenotz, avec port d'armes, quand ilz estoienl i leur prescbe «t faisoient l'exercice de leur prétendue religion, de peur que les ca-
I ihoiîcques ne se jeltassent sur eux et les envahissent, et pour cmpcs- «her les séditions {jue les caUiolicques eussent peu faire sur eux'.
, Toutesfols, combien qu'il/, huguenotz eussent obtenu ce niandenicnl. nul juge uî ofîlcicr de la qualilû que dessus n'y voulut alisier, s'il n'estoil de la mesme prétendue religion, comme esloil ledit Gabaston, el pour ce advenoit que les séditions que les cathohcquos cuâsoqI
' S'agil-il ici de la diidaralion du i- JBnvicr i56i (i56a) sur la répression de» trouble» n&i n l'occasion de b religion râfonuée? {tismbiTt. HeemU des anmnnet
hit françaiset , t. XIV. [i. laA.) Celte nr ■Ioniiuni:e oblige, non pas le» ma^tnl* (1 garder les [ir^Iies, mais (et prolralnnU assemblas à recevoir loi ollidera du roi
DE CLAUDE IIATON. 185
peu faire contre lesditz huguenolz csloient empeschées par les susdilz 1561 . gardes, qui estoienl es environs de la trouppe huguenoticque , montez à cheval et armez de toutes pièces jusques aux dens, durant Texercice de laditte prétendue religion; mais telz n'empeschoient les séditions qu'ilz huguenotz vouloient et avoient machiné contre les catholicques qu'ilz appelloient papistes, ains leur aydoient à tuer, saccager, massacrer et voiler lesditz papistes catholicques.
A cause de laditte sédition de Paris (ît du saccagement de Téglise àS*-Médart et aultres lieux par les villes de France, fut rassemblé le conseil du roy encores une fois à S*-Germain-en-Laye, pour pourvoir à empescher lesdittes séditions. Auquel conseil furent mandés et appeliez plusieurs princes et seigneurs officiers de la couronne, comme on avoit faict pour le collocque de Poissy, et fut ledit conseil assemblé au moys de janvier de ceste j)réscnte année\ où la cause des ungs et des aultres, c'est-à-dire des catholicques papistes et des huguenotz liéréticques fut bien débattue et defTendue de part et d'aultre par les princes et seigneurs de Tune et de faultre religion. Enfm, il fut dirt et arresté par les gouverneurs, qui tenolent du tout bon et estoient du costé desditz liéréticques à cause du prince de Condé, que les deux religions seroient tolérées en France, et qu'il seroit permis à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles fussent, de vivre en celle qu'elles vouldroient, sans s'injurier ni provocquer les unes les aultres à courroux ni sédition, en s'entre-appellant papistes, papaux, liéréticques ni huguenotz; ains que tous eussent à vivre en paix et amitié les ungs avec les aultres comme frères et bons citoyens, sous j)eine aux contrevenans de pugnition corporelle. Permission à ceux de laditte religion prétendue de faire en tous lieux de ce royaume, tant es villes que villages, l'exercice de religion en public ou en secret, feust en preschant et annonçant la parolle de Dieu par leurs minisires, qu'en administrant les sacremens d'icelle, aussi d'imprimer ou faire
' Voyez une lettre de : • Il card. di Fer- no, alli la di febbraio i56!ï. »{Bibl. iiiip. rara , legato apostolico in Francia , al card. Siippl. franc, n" 2 1 5, fol. 44 v*.) Voy. aussi Bf^rronieo, nipole di papa. Di San Germa- au fol. 50 v° du même volume.
1561. imprimer, vendre et exposer en vente en lieux publicqz tous libres enseignant la doctrine d'îcelle nouvelle religion; dclTen.se i toutes personnes, tant justiciers que aultres du royaume, de quelque quotité qu'ili: futiseni, do ne les empcsclier ni i*eUrder en quelque mauit-re que ce fust, directement ui indirectement , ain^ de leur bailler confort et jiyde s'ilx en estoïent requis. Voylà en sommaire ce que conlenoit l'édit que les hugueooU ont tousjom-H appelle lY'dit de janvier, et duquel ilï. ont toxisjours voulu jouyr'.
Cet édict ainsi fatct par le roy et ses gouverneurs Ait envoyé a messieurs de la justice du parlement de Paris, pour l'homologuer. publier et enrcgÏNtrcr en leur court ; lesquels , après l'avoir veu, refnsèrent de le recepvoir et homologuer, d'aultant qu'il estoît au dontmage du roy et du repos public du royaume, contraire A 1» foy calholicqtie, cl au mespjia de l'hoimeiu- de Dieu oi de son Eglise; parqtioy le solliciteur pour les bugutmolz retourna k niuns. lo prince de Condé et aux gouverneurs, qui luy baillèrent lettres de juesion contniinatoires adressantes auxdits sicm's de ladillc couil, pour les couti'aindro & le recepvoir, homologuer et faire publier. I..usi{ueb pour ce n'en voidiu'etit rien faire, et ainsi s'en rentouma le messager auxditJt gouverneurs, leur annoncer le refus faict par IcsditK eieurs; duiiucl refus moult furent indignes et courroucez, les gouvenieurs cl nommément la royne mère du roy, laquelle, en sa colère et fureur, monta à cheval audit S'-Germain-en-Laye, et courut la poste jusquosi Paris. et à peu tint qu'elle ne montast avec sou clieval justpies dans lu Palais
' • Dédnralion sur la ripressioii dsn trouliloD nés à l'occasion de la religion ré- I tormi-ci [56i (iStia). i7Janvicr. (haïutort, lîec. dm anciennet ioii/nmf. t. XIV, p. 1 9^. } — • Retnanitriuiccs faiclas nti roy an Prauce pur MM. de Ih court de [larlement do Paris , «ur lu pulilicaUun de l'édil de janvier. i56i (i56a)-. 13 février. [lUémoinade CatvU, 1. 111, p. li5.)— •IWciaralion interprétative de l'ordonnance do JBn>
vier. 1561 [i563).> \k CAmor.^'l.dlnv do jui»ion au parkmciit do l'arin, ^\oar cll^vgi^t^!^ le» ncUm du 1 7 jnnrier el àa i^février. i5Gi (i5Ra), li fiivrier 1. — • Déclaration l'uicto [lar les tninùtres cl depuloï deâ églises de France, . . . . snr l'intê» culion Pi ubservance de» prindpalçïcbiiie» de l'édicl Taict par te ro) le 17 de laavier i56i.> {Mim. <U Condé. t. III, p. gS et
el chambre dorée, pour mieux monstrer de quel désir elle, par puis- 1561 sance absolue, vouloit cestuy édicl estre enregistré, gardé et en tout et partout observé. Laquelle, n'estant refroidie de sa colère, estant entrée en la chambre avec messieurs les conseillers et présidens, commença à plaider et crier après eux connue femmes font quand elles sont couiToucées, injuriant et menaçant lesditz sieurs de parlement au possible; lesquclz, après Ta voir patiemment et sagement ouye, ruydèrent luy faire les remonstrances du mal et dommage ([ue pourteroit cestuy édict au roy son filz et au royaume, comment aussi il estoit faict au dcshonneiu- de Dieu et de la salncte église son espouse et contre le repos public du royaume, et que pour ces causes ilz ne pouvoient et ne debvoient le recepvoir, homologuer ni enregistrer. Lesquelles remonstrances et aultres sur ce ne voulut ouyr laditte dame, ains, persévérant en ses menaces, elle voulut et ordonna formellement (|u'il feust receu, homologué et enregistré. Ce que voyant, le premier président de laditte court se leva, et en s'en allant luy dist telz motz : " Madame, vous et voz enfans vous en repentirez les premiers; c'est le " n)oyen devons et eux faire perdre la couronne et royaume de France, « si aultre que vous ne s'en mesle. » Ce dit, sortit hors de la chambre, et s'en alla fort fasché en sa maison. Aultres desditz présidens et conseillers feirent le semblable, et ne demeura avec laditte dame que les conseillers par elle intimidez pour ses menaces, et ceux qui estoient bien ayses dudit édict et qui sentoient la farine huguenoticque; auxquelz, tant aux ungs qu'aux aultres, elle commanda, sous peine d'estre pugnis comme séditieux et rebelles au roy, de l'homologuer, enregistrer et publier, ce qu'ilz promirent de faire. Partant laditte dame s'en retourna à la court, dire à son amy mons. le prince de Condé le debvoir qu'elle avoit faict pour l'amour de luy.
Messieurs de la court de parlement estans rassemblés au lendemain en la chambre, à cause des menaces et commandemens à eux faictz, vacquèrent à l'homologation dudit édict, auquel ilz adjoustèrent telz mots qui s'ensuyvent : « Publié , leu et enregistré en nostie court de parlement de Paris, par l'importunité de ceux de la nouvelle
prétendue religion réformée, el ce pnr provision, ea allendaiU UJ majorité du roy, pouraultrenient en ordonoer. ainsi qu'il sera adyisJ par son conseil. > Lustjuclz niulT; d'addition moult dcsplureul auxdïtxJ gotivemeurs et liuguenolz de France; touteiJbis l'édiL demeura l cesie forme.
Si lost que iesdilx sieurs de parlement curent liomologué et e gisU-é iceluy édict, fiil î-ur l'heure publié en leur court, dans le Pal et par les carrefours de la ville dudil Paris, et par le soUîciieur Afu hugucnoU envoyé au\ aultres parlcniuus et à toutes lus vUles i France, pour estre enregistré, leu et publié en icelles, ce qui luLlaîdl fort diligemment, excepté en la ville ei paiiemeut de Thoulouse. Lh^ ledit édlcl ne (eut admis ni enregistré, mais fut par les sioura P""*^ j sident et conseillers renversé , et dirent que : sur les plainrtes, pemoni trances et doléances faîctes de ce que plusieurs séditigus et pertui^J bateurs du royaume de France et du repos public, soubt le nom etj couleur de nouvelle prétendue religion, tenoicnt des a^^emblées publicques et secreltes pour faire exercice d'iccUe, et par ce moyen. empeschoient le repos public, iroubloient la religion calbolicque, âpostolicque et romaine, renversoienl toutes loix civiles et divines, corrnnipoieut les bonnes niœur& et ancîcnues disciplines, dcsbaucbaut toutes personnes de toutes qualitez, âges et sexes, pour ces causes et aultres à ce mouvans, delTenses esloienl faictes de par le roy auxdilz de la nouvelle religion prétendue de ne s'assembler pour faire exercice d'icelle religion, direclemenl ni indireclement, sous peine de la vie, de ne ti'oubler ni empescher, uî aussi injurier les calliolicques ni le service divin, et ce par provision, en attendant ta majorité du roy, qui en ordonneroil ce qu'il adviseroit avec son conseil. Kl feul cesluy édict publié awbt Tlioulouse et par toutes lea villes du ressort de son parlement, et fallut que les buguenotz du pays le gardassent, encores que ce feust malgré eux, justmes en l'an i 363 que le roy se transporta en personne an pays, en faisant la visitalioû de son royaume, et permist des presches en certains lieux dudit pays et non par tout, comme il y avoit en ce pays icy.
Après la publication dudil édict de janvier faicte par toutes les 1501 villes et bailliages de France, excepté audit parlement et ressort de Thoulouse, prescbes furent dressez par tout où il y avoit des biigucnotz en nombre pour entretenir des ministres et prédicans. Il y avoit presse à les aller escouter, et pour ung huguenot qui estoit en France s'en feil six, tant pour la liberté de conscience qu enseignoient lesditz prédicans, cjue pour la faveur qu'on leur portoit et le bon recueil qu'on leur faisoit, mesmement les gentilshommes et justiciers, lesquelz, encores qu'ilz fussent babillez richement, faisoient place auprès d'eux aux artisans de tous mesliers et les importunoient, fcussenlilz porcbers et vacbers, de s'asseoir auprès d'eux, avec leurs guesdrcs et habitz de liretaine et treslis, et, pour leur donner courage de retourner, leur bailloient à boire du vin en tasses d'arijent ot à man<i:er des meilleures viandes qu'ilz eussent et (ju'ilz pouiloient aux piescbr^. lesquelz ordinairement ne se faisoient que environ fbeure (!<; miilv et après desjeusner. Et furent ceste frlandie et bon accueil causes d'en faire arrester beaucoup; aultres, quand ilz eurent veu ([ni et (juo\. s'en retirèrent et n'y voulurent plus aller.
Ceux de la vilb; de Provins pour ceste année n'eurent moy(;n dv dresser ung presche public ni d'entretenir ung prédicant en lom ville, pour le petit nombre quils estoient et pour la craincte qu'ilz avoient de nions, de Guise; mais alloient au presche es niaisons des gentilslionmies les sieurs de S*-Svmon, seij^neur de Cbantalous, rt «l'Esternay, seigneur de la Motte-Tilly-lez-Nogent, connue faisoient ceux des villes de Bray, Nogent et Pons-sur-Seine. Hz de Provins s'asscmbloient quelques fois au soir ou de jour es maisons des Barengeons, mais non publicquement, de peur d'estre saccagez.
Les hu«'uenotz de la ville de Sens et des environs érij^èrent uuii presche hors de leur ville et fauxbourgs, pour faire l'exercice de leui ditte religion, et obtindrent lettres de sauvegarde pour leur assistance audit presche, et, pour y estre en plus grande seureté, feirent venir audit Sens ung capitaine gascon avec quelques gens pour les veiller et garder durant qu'ilz seroient audit presche. Il se trouva audit Sens
lUO MÉMOIflES
asser. grand uoiitbrc de buguunolz, tant de la ville que df?s nclîlcs ' villaccs des environs, et taschoient à se prévaloir de ladittc villi* do Sens, pour s'en saisir quand il seroit tt^inps. ol pour la sarc-ager el piiler, i cause desgrans trésors qui sont tant en la grande ^lise qu'es monastères d'îcelie, et n'aiieodoioni que le mol du guet des protecteurs de leur prétendue religion et cfaefz de la convncation. Or advinl-il en ung certain jour et moys de cesle présente année que je ne puis cotter, pour ne m'en cstre voulu Inrurmcr, que les catholîcqucs de la ville firent une procession générallc & nng dimanche, et allèrent en l'église de nions. S' Saviaicn, pour là prier Dieu, ouyr sa saincte parolle, qui y fust cathoUcfpiement prcschéc par ung prcscbeur cordelier ou jacobin, et aussi y ouyr la messe qui y fut chantée, le tout en bonne dévotion. De laquelle dévotion et procession furent indignez ot maiTis les huguenotz de la ville, lesqueiz, pour disputer el esmouvoir à sédition Icsdîtz catboiicqucs, voulurent à tcllo heure faire et aller à leur presche, et advisèrenl de passer par le milieu des catholicques eslans à. laditte procession, qu'ili, auyvnni leur coustume, injurièrent en les appelant papistes, tisons du purgatoire du pape, idolâtres et pauvres gens aveuglez et lourdement al>u5ez par les oalfars de prebstres, el plusieurs aultres injures; desquelles injures pour la pi-emière fois ne se soulcièrenl pas beaucoup Icsdilz catholicques. Ce que voyans iceux huguenotz et poiu-suyvans leurs injures. s'approchèrent, en passnnt par la me, d\iucun& catholicques, qu*iU poulsèrent avec les bras et espaulcs fort rudement . jusque» à faire tomber quelques ungs par terre; et fut ce cause de esmouvoir les catholiques qui estoient préseus k veoir cesle audacieuse cnireprinse, lesqueiz, avec parolles rudes, s'attacquèrent auxdita buguenolz ol leur rendirent injui*e pour injure, et fiit dès lors commence la sédition. Toulesfois, pour cestepi-emièreentrée, n'yeutaulcunscoupsdoanot do la part des catholicques. qui n'avoienl que leurs livres ou heures en leurs maios, tandis que les huguenotz avoient des pislollcs, tous pi-eslz k tirer. »i lusditz catliolicqiies se fus.icnt revanches. La proctHtsion ne cessa pour ce d'aller son train par les rues et de suyvrc
les prebstres qui marchoieni tousjours chantans. Ce jour- là cstoienl 1561 arrivez audit Sens plusieurs hommes et femmes des villages d'alentour en pèlerinage , pour faire leurs prières et dévotion es églises dudit lieu, qui veirent une partie de Taudace desditz huguenotz, et indignez de ce ne demandèrent, connue aussi ne faisoient plusieurs personnes de la ville , qu à se ruer sur eux pour les exterminer. La procession catholicque arrivée en laditte église mous. S* Savinien, et celle des huguenotz hérélicques à leur presche, qui n'esloient trop loing les ungs des aultrcs, fut le sermon faicl aux catholicques par leur docteur, et le presche faict aux héréticques par leur prédicant et ministre. Lequel prédicant, comme fut rapporté par quelques curieux qui se disoient encores catholicques, et qui avoienl esté au commencement de son presche, incitoit fort ses huguenotz auditeurs à sédition contre les catholicques, jusques à dire que d'exterminer ceste vermine papalle seroit ung grand sacrifice faict à Dieu, en mesdisant de toutes les cérémonies de Téglisc desdits catholicques, qu'il appelloit papistes, et de leur ditte procession.
Le prédicateur desditz catholicques n'en disoit guères moins à sfs auditeurs que le ministre des huguenotz, non toutesfois qu'il les enseignast ni incitast à se jetter sur lesditz héréticques, ains, en leur defi'endant les séditions, les exhortoit à estre patiens en la deilence de l'église catholicque de Jésus-Christ, comme avoient été mon^. S' Savinian et ses compaignons à la planter audit Sens; lequel S* Savinian avec ses compaignons avoient esté envoyez de Rome audit Sen.s par le prince et chef des apostres, mons. S' Pierre, pour y preschef et annoncer le sainct Évangille de Jésus-(]hrist, non avec la pistoUe. la haulte harquebuse, ni aultres armes invasives, non avec injureh, menaces ni mocqueries comme faisoient les huguenotz, mais avec toute modestie, humilité et patience, confirmant leur doctrine par miracles, exercice de toute piété et exemple de toutes bonnes mœurs, sans faire sédition, ni provocquer aulcun à courroux, comme faisoient iccux huguenotz, tant de leur ville que les aultres qui estoient par la France. Toutesfois, advisoit ses auditeurs d'une chose, qui estoit
)02 MÉMOinES
fl'cstre vigilans ûl provîdes pour se donuer garde d'cslrc surprîas «Il saccagez par iceux huguenot! ; remettant devant leurs yeux et en leui mémoire les séditions jà advenues en certains lieux et vïUfs du royaume et noniménient en la ville de Paris, capitale de toute la France, et du saccagement de l'église mons. S' Médart d'icelle; les exhortant (pi'en cesle procession et assemblée ilz priassent Dieu pour la manutention de l'Eglise universelle, espouae de Jésus-Christ, du p«lil roy et du royaume; lesqueU Eglise dt; Jèsus-Chrîst, roy cl royaume cstoienl en grand hasard d'estre en hrief saccage», perdus et ruyncz, si Dieu n'en prenoit pitié meilleure cl plus grande que les f^onvemeurs d'iceux.
L&t (jrédicateuni deH catholiques, comme proplièlas de Dieu, nul eti Ican «ermous toujours prédit et prêché à haute voix les sédition!) cl subver»(His àv toutt^N choses en bricf devoir advenir en la France coutre l'Église, le rai cl le I rttyiiuiiie par les hugueuolx.
Cependant que le prédicateur cathûlicque de Sens admonesUÛl I ses auditeurs à se donner garde d'estre siit^rins et saccagez en toute j patience et modestie, sans faire sédition ni émotion, si ce n'estoit ^ I pour sedeffendre; et aussi que le minislie prédîcanl enhardissoit i I encnurageoit les siens k toute hostillité et saccagement, soubi \iM ■ nom de piétf' et de sacrifice parfait; tout en nng moment, sans yl , penser, furent assaillis en leurs presches par gcus încognua de&l villages et fauKbnurgs, qui, si vivement se ruèrent &ur eux à coMpAjl dp pierres et de hastons, comme pieux de haycs et leviers, qu'ilz bu-j giienotz n'eurent le loysir de mettre k heure la main k leurs pistoUef cl harquebuscs les premiers. Lesquelz, estans surprins, n'ayans t jour-là leur capitaine gascon et ses gens à leur garde, fut la meali fort grande au désavantage du prédlcant et de ses audacieux huguenoir., qui en assez bon nombre furent sur le champ tuez cl Iciu- halle abattue et du tout ruynée en moings de ilemy-lieure, Rans Y domcit- I rcr bois entier couché ni debout; et fut ce faict pendant nue les caiholicques esloient au sermon ttt messe de leur procession; lesquels.
DE CI.ADDE KATON: lO.Î
CD s'en relournant de laditte procession , veircnl la sédition qiii csloU vn leur vjllu , les rues pleines du gens tout cd fitrear, courans lu& ung9 sur les Bullrcs. Et advint que les IiugiienoU qui s'estoient saulvez de lear presche h ta Tuiltc, syaos moyen de bander leurs pistolles cl (■arquebuses, les dcslilchèrcnt par les rues sur losditz catholïcques. aulcuns dcsquclz furent blvssvi : qui fut cause d'empirer la sédition ; car les calbolicqwes, se voyans attaquez, s'employèrent pour leur dcffense, el fut le reste du temps la journée si furieuse qu'audit Sens ne dâmcura nul bugueoot, que ceux qui eurent le moyen de se bien cêlor et cacber; et cstoit nions, le liugiieoot bien heureux qui pouvoil gagner la uinison de quelque prebstre son ainy pour s'y saulvcr. I.e meurtre fut grand desdïlz buguenulx, el ne fut pardonné qu'à ceux qu'on ne peut avoir, sans dislinclion d'bomme, de femme, de prebstre, moyne ni clerc. Mais il ne fut point faict de mal à leurs petits enfans. excepté k ung . qui fut tué entre les bras d'ung advocat nommé maistre Jcban Halou , et qui receut le coup qu'on pensoil donner â son père. La mort du petit enfant saidva la vie au père, qui eschappa de ladiUc sédition et ne fut tué. par le moyen de ses parens et amys eatholïcques. qui le saulvèrent en le recelant en leurs maisons, jiLsques après la sédition cessée et appaisée. Il se trouva plusieurs prebstre» et nioynes. nommément de l'abbaye de S'-Jeban. morts et traisnei en la rivière d'^onnu, qui furcul trouver et tenus buguenolz. Maisirc Mathieu de Charlemaison , doyen de l'église dudit Sens, et grand vicaire de l'arcbevesque, escliappa de laditte sédition, àt cause de son absence, car audit Sens estoit estimé comme buguenot . et si à la cbaulde eust esté trouvé, il fcust allé évitaillcr ïvs poissons de la rivière dTonnc comme les Bultrcs. Le massacre fut grand, el si n'a-on pou sçavoir par qui. Sur le soir arriva en la ville mons. le gascon, capitaine el garde des buguenotz sénonois. revenant de Troye en Cbampaigne, où il estoit allé f-eoir les frères buguenotz dudit lieu et monopolcr avec ctu. Sur !<!£ chemins il avoit esté adverty du massacre faici à tau subjectz; lut el SCS gens voulurent faire vengeance de leurs ministre el frères, ruant !t grand.<> coups de pistolles et autres basions sur ceux qu'ils trouvèrenl
IStil. cncorcs par les nies, sans s'unquérir qui ne quoy. Mais ÎU n'allèrent I ioing sans esire charger et mis par lerre de dcRsus leurs chevaux, et I il ne leur fui faicl pardon , non plus qu'au prédicant. 11 gasron , à dcmjp 1 morl. fut prins par les cnfans dudil Sens après qu'il fui abattu At% l dessus son cheval , auquel mcirent. une corde en xmg de ses pîeiU et I Jambe» et le iraîsnércnt par les rues de carrefour en carrefour, IJusanl j uie ban et cry, en diiwnl; • Gardei; bien voz pourceaux, nous I rio porcher. ' Et h cbascun carrefour fatsoicnt du feu de feurre ) nson corps pour le brusler. IU appcUoienl ledit capitaine le porcfaer,! h et \es buguenotx de Sen» les pourceaux, d'aullant que leur prusch»-! bestoit dan» le marché aux pourceaux. Hz enfans, après avoir bien*! tlraisné et pounnené ledit capitaine par les rties, rallèrcnl jetu»- nverl [.«es aultres pourceaux en la rivière d'Yonne. Cependant la nuict vinl,T [qui impo.sa .silence h la fureur, et au lendemain, en la ville de Sei
! se trouva homme, tant fust<il audacieux ni hardy, qui s'osast pré-^J Raenter par les rues et dire qu'il fusl huguenot*.
hiirrible , ijue cnoores niuiiiU'nniil ii Pnn», J dialSDt (le Sens eovirou >iugt licuet, MKm voit «n grand nombre le» corp» moru je iFX nu rivage de St^ine par hn floU it'ititllai^ cummc l'ilx rci]uëi'uienL «^iiuiturit, ou r^ prochoienL aux (lutsara leur cninuKe. um reprochoiont pltia tos( vengsuicQ île DûmBI cl de» liommes. ou senloieU ptua i(Up£ une punition de Dieu ot des hominet. ' — 1 • Où «ont, (TuL-ii dit dam udo ronioqt-] (nncc uu r»y .lur lu fuel dnt idoliM r tueji et dcjel^i luira des ttutiplca {HfiHL i ComU.Ulll, p. 3âo], où «onllMO forcées, rompues, bmâes. «ccagéo ( bnulécs?Quodcviendronilc»ciitnipriD)f^fl Ali couper lu f^orgc on une tiutct ik Uni* U chntHtitm» ? Où M)nt]Mmouiani», les \ttm cbcHes dca luHnuu» piutaei nu ttl d« l'npd par l'capsce de neuf joun en la ville ilr' Scn» ; ïoire jusque» à fendre et ouvrir les r«inni'?<gro«iuspleini;iidoviu?Qucl*nonu
' Le mniUBcrc de Sens cxl raconLâ id
■«vaut t'dui da VasKy, niui.'i eo réidilé d
I n'eut lieu qu'après, hu milieu d'avril i bSi ,
I^D'itprF.K un piunpklvl du temps [Mém. de
I Co'uU. t. III, p. 187). il durn deux joun;
r Won d'autres écrits contemporaine, il se
T proliingeapendantqualre elmâme pendant
[•neuf jours [Jbiii. p. i33 cl 36o). DeTLou
u dit iiuel(|ucs mutii dons son Histoire
ïcrselle . lîv. XXIX. On crut que le cnr-
ndinal de Guise, alors arclievf^que de Seu»,
1 nrnil âlâ intbrmé; quelques pcrsonue»
I l'imputèrent au m&réebsJ do Seinl-André.
Viii réiidnit alnr* h son chAtenu de Vnl-
Mry. Voici co qu'on lit duis une letlre des
ninisiresproleslantsdu/imai i5()a [JVftfm.
WihContli, t. m, p.à33) -. • La cruBuliï com
à Sen» a c»i6 telle, que quatre Joui^
oniiers ont esté cuniuniexàmeurtrir et mas-
Mcrcr tant liommea, fL-nimcs, que pclil!i
mW*; ie massacre ayant esl6 si )^nd et
I^s bugucnoli qui csdiappircnt tlo UtUtte sédition furent fort di- ibOI. ligens de s'aller pintndre aux gouvemetirs. lesquels ne furent paresseux de discerner une commission et ung commissaire huguenot, qui, pour lors estoït le prévosi de l'iiostc], pour informer contre les babitans dudit Sen&, en intention de les bien cbasticr. Mais lesdiU babilaos furent si bien instruicti de leur faict, que oncques ne Bil po&sibic de sçavotr & qui s'en prendre, ne qui avoicnt esté ceux qni avoient commencé la ftèdîtion Mir lesditz bugueDOtz estans i \û\vr presche. Bien Fut prouvé qu'ilz huguenotit avoient les premiers provoqué les catboliqucs . en lus troublant vt injuricusemenl poul»aat, pendant qu'ilr estoient en leur procession; et aullre ehose n'en fui. combien que du coslé des catbolicques fut par lesditz bugucnotz accusé un jciuie advocat nommé Brasart, contre lcf{uel fut informe et faict cpielque petite poursnittc qtii ne fut suffisante pour le convaincre du faict. Toutesfois, pour éviter la fureur de jnMice, il se deslourna pour quelque temps, jnsques à ce qu'il fusl rendu certain que aulcun domage ne luy en adviendroit , joinct aussy que les buguenolz restant audit Sens demciu-ércnt si foibles de biens et de nombre qu'ils n'osèrent en faire poiu'Guitte davantage, de crainte (|u'on ne recommançast de jour ou de nuict à se jclter sur eux pour les envoyer nager eu la rivière d'Yonne après les aullres, et oncques depuis n'y eusl prescbe public île prédicaus audit Sens.
En la ville de Troye en Champaigne y eut sédition gi-ande pareillement entre les catbobcques cl buguenolz bérétïcques, où lesditz buguenols eurent du pire, cl print bien à Tévesque dudit lieu, nommé
I tel* lioni. K tels barbiru. h CCS ligrcs alléféa du aang des chrcilicns? Vous <m nvei beu. bc»tc»
bnilvs, i [•Icinlmnap, et loutcsfoii loslro *oif n'a pnint cêii c»UnnWc. tiinl anf tudrur |)crp6lurl)c iwit ciiil, vuun bniilc et tout cniuiomiDe. Que v»u!i rtstmt'ii davantage, bourreau, sinon (|ue vou»
nipwitrc de inan coips, et mander Wur
cliatr niDsy que vou» en avn beu le sang 7 • — Lettre du prince dv Condé i la rnno m6rr >ur )f mniucro des liugucndts bii il Sut*. i56s. avril 19. [Mém. d* Cmiié. 17^3, t ni, p. 3oo.) — Arrfl du parl#roeni de Paru, qui nomme trois commia- MÎrea pour inronnectde la s^îliou arriver en la ville de Sens. i&6a. avril ai. (AfMdeCondi.t.in,p.Sib.)
le seigneur de Melphe, de sa saulver. combieD qu'il fus! parent de la!^ royne mère , gouvernante du royaimie avec le roy de Naviirre. Depuîï. J il n'osa se tenir en ladite ville de Troye de peur d'eslre saccagé, etT il fut contrainci de se desraîre dudii êvesché de Troye, et de le rési-l gner à ung aullrc, qui ne fut loué du monde, ayant accepté ledîl*' évescbé par la résignation dudit de Melphe, et eurent pliuïeurft per-;' i tonnes ccstc opinioa qu'il l'avoil acbepté k beaux deniei-s cointjin3.'J j Toulefibis, il se comporta si bien eu sa cliai^c . qu'à la Gd fut accepti^jf ; Iceluy de Melphe, d'évesque devint prédicantel ministre dos bugue-'« É noix de Paris, quelques deux ou trois ans après, ayant dressé sa sint-^ kgogue, qu'ilK appelloient église, à Brie-Comte-Robert, à «ix Ueunu I dudit Paris.
Il ne fatill icy laisser en silence ce qui advint audit Troye ei^Â
\ Champaigne en reste annép sur la fin du mois d'aoïisl, et les miracles J
> et merveilles supernaturellcs que Dieu le créateur voulut nioiistrer J
en ladittc ville pour la confirmation de sa saincte église caUioltcqutJ
I son espouse et pour la réduction des iiugucnoUt et desvoyei d'icellpt.
\ qui ocutairement furent veiiz et cognuz de tous tes babitans d'iceltea
L, ville et de plus de quatre milles personnes, estrangers et forains noArf
ré«idans en icelle, tant catbolicqucs que buguenoix. Ces rairaclcfli
furent faïctz par la vertu de Dieu au signe de la croix qui est dressée J
en icelle ville au mitan de la grand' rue que vulgairement on appella
• ta belle croix, et qui aultres fois fut Iji érigée en Thonneur de Dieu.-,.]
I« pour mémoire perpétuelle du feu qui, brusiant la ville du Tniyc au j
' temps des boutefcux, cessa au lien où est ladilte croix, assez près de'l
I Téglise mons. S' Jehan. Cette croix est fnicte à pilliers de cuyvre^J
xomme columnes d'église, et au-dessus d'elle il y a ung chapiteau faio) » en forme de pavillon, qui jette l'eau de costé et d'aultre, lequel p&-4 ï Villon est soustenu de huict ou dix piltiers de ciiyvre, chose fort bien-i Ijâicte et de riches estoufîes. En la croix fiit veu ung changement dftij I couleur par plusieurs et diverses fois; lantost elle laissa sa couIetirJ naturctlc pour prendre uue couleur de feu ardent, une aullre foùl ceste couleur fut cliangéc en couleur blanche comme neîgo, tantoi
DE CLAUDF, HATON.
après en couleur pcr&c et Jnde, ung aultre jour d'après cd une aullre couleur. Ces cliangemttnts eurent lieu aussi sur les pilliors d'alentour, lesqueli souvent od oyoit clacquer, comme s'iU eussent esté dans le feu; oultrc ce, rcodoicnl l'eau de toutes parts h grosses gouttes (|u'on cu.tt bien recueiUy et amassé en ung ayscment nvec ime plume , et fut certains jours et nuictz en ccst estât. Le peuple de la ville, voyaot ceste merveille, crièrent k Dieu mis^iricordc, et furcDl faicte* procc&stOQS générallcs audit lieu; et pour monslrcr ceste men'eillc cstrc de Dieu, plusieurs malades et impolens de leurs membres, après avoir là faict leur dévotion et prières on ferme foy, s'en rcloumèrent sains et guéris de leurs maladies. Telz y furent à potences avec toute difEculté, qui s'en retournèrent sans haston et à leur ayse; aidtres, fébricitans de toutes sortes de fiebvTcs, s'en retournèrent en santé. El davantage oie fut fidcllcmeot certifllé que des muolz et aveugles recouvrVtrent là l'usage de parler et de veoîr clair, et dura ceste merveille de Dieu eu ladîtte croix quelque» trois scpmaint's ou ung moys pour le plus. Plusieurs huguenolz, tAut de Indllte ville de Trayeque d'aidlres lieux, furent fort esbranlez pour délaisser leur hugucnauderie et se réduire ï l'église catbolicque. et.de faici plusieurs entièrement la quittèrent, après avoir certainement veu ce u'cstre faict par artifice ni incantation d'hommes ni par vaudoisic, comme iU pcnsoient. Les obstinez bugucnotz béréticqucs dcmetu^rcnt eu leur perfidie, et De vouhirent pour ce se convertir.
Par rioflucncc d'au épine de la couronne du Christ, dca malades *oni gué> rû. de» rofoDls morU rcssuscîtiinl , en ibby m pendant les années «uîvanlcs, au village de la Sainle-Épine, i-ntrc ToniiiTre et Sâinl-Flon-ntiii. I.ea miradea cessent par la mauvaise conduite de» habilanls et de» ecdétia»ti(|un du lieu.
Dedans tes villes d'Orléans, d'Auxcrre, de Bouen et aullres villes par la Fi'ance y eut grandes séditions et saccagcmcus de biiguenolE et de catholicques les ungs sur les aultrcs; mais tousjours advenoit que les liuguenolz avoient du pire, pour n'eslre les plus fort» ni en aSuSeï grand nombre, et tousjours s'esicvoieut Icsditles séditions par
l'orgueil, l'audace et les raocqueric» d'îccux hugucnou envers lesdiu catholicques. Entre tes plus grandes fut celle qui nd%int.eD ia viUv de MoDlai^is entre les huguenoU et les calholicquea d'icelle. qui se frottèrent ïvs aureillcs au conte nlcinent de ceux qui y recciireni le plus de mal. Ceste sédition fut esmene par rentreprinse de M" Ilonie. Clic du feu roy Louys douïicsmc, princesse du sang royal do France, vefvc do mons. le duc de Ferrarc', et mère de M°" Anne d'iiist, femme de nions, de Guise. Icelle d«me Renée estoit huguenolte il y avoil plus de trente ans et de longtemps avant le ti'espas dudît duc de Ferrare son mary. Elle estoit raaistrcsiMï par droîct héréditaire en manière dVpanage ou aultremenl de ladilte ville et duché de Montargi». à cause de son p6re le feu roy Louys douiîesrae.
Ladittc dame de Fen-arc estant revenue d'Ylalio demeurer en France après le trespas de son mar)', avoil quant et elle amené ses prédiuans et niinistres, qui tasclièrent, souht son auclorité, de reitrerser en ladittc ville de Montai^is l'église cstholicqiie et de tirer chascun couimc par contraincte il la hugucnoticquc. Pour cela ilt allentèi-cnt plusieurs fois d'aller faire leur presche dans l'é-glise qui est assez prés du chasteau de laditte dame, lorscju'il falloit chanter la grande mesâe aux festes et aux dimanches; elle-niesnie auctorisoit cette entreprise, en allant audit presche. Les catlmlicquc^ de laditte ville portèrent plaincte auprès d'elle, et fort doulcvment la
' Renie de Prenco , deuxième fille d« Louis XII , néo à Bloi» le 3 6 octobre 1 5 1 o . lui mariée a Hercule irMit, duc du Ferrarc. Elle tl-loit insLrutlc dans lo laugitci , liam riiiitoire. It» DinCb^aliijuCii . l'nstrolo^e et la iLénlogte. (lulviii Iruuvii nhex «Ue un refuge, et elle eut Marot pour ne- AnttAÎrc. Convertie aux doctrines proiesluiim, ullc se retira en France nprc» la mort t\f. non mari, cl de non diiilcnu d*: MonlargÎ!! protégea le» rélomié,» ; elle ^c^m• (liojTB pour te prince de Condé. lorsqu'il fui mi* en prison. Cllomourul à Monlar^s
le 13 juin iS^S. On trouve duni lai»kUeation Béliiuoe , à k Qibllolh^ue imptritlo, de nombrousea lettres ilc lu d(ic])c*!W de Ferrarc ci des pi^c* <\w *e rapportent i celte daniK. {Voy. \kv vol. 8f)33. p. 5o: 8643, p. 8i ; Sfigi. p. 'û et 3o; 8708; 8731.?. io6et laiiSyaa.p. û4;87a6.
p. 83; 8731-8733, p. A<|! 8734, p. 38 et 8418737. p. 7.61 cte«ir,;8738,p &»l; 8739; 8744. p. 5 et 130; 87A5, p. 91; 8740, p. I ; 8769. p- 87: 885o. p. ^o: 8859. p. lO; 8935. — Voy. auMi dnn même bihliotb SoppltoL frejn;. 9799. 1.^
prièrent (jiiu .son plaisir feust i\e. ne les troubler ni faire troubler en tell jours fin la ci-lébralioa du service de Dieu, auquel ilx, h Y'imilaiion (le leurs pères, vouloient assister selon ce qu'ils estoicnl toiiuii de Tairo et avoient dès leur jeunesse csIl^ enseignez. I^ditle dame, après les «voir asscx patiemment oiiys. leur feil bonne respoDse^ jusques â leur promettre qu'elle ne les empescheroit plus ui fcroil enipcsclier; elle deiTendil qu'on alla&l d^jioniiai.s faire le preschc es lemples et églises dudit Monlargi», et elle ordonna qu'on le feist en son eliasteau. Les catholicques de la ville s'en retournèrent bîeo conlens de ladiUc dame et de la rcsponse qu'elle leur avoil faiclc; mais, si tost qii'iU furent partis d'avec elle, ses prédicans el m-iistre d'ostel lujf persuadèrent du contraire, en luy disant f|u'eUe ne dcbvoit obéir k ses subjclz, mais que c'esLoil à faire k eux subjeclz d'obéir à elle. el partant luy démonstr^reol qu'ilz ne debvoient cesser d'aller faire leurdit presche esdilles églises. De sorte qu'au dimanche d'après il/, huguenots et prédicaiis rctourm^rcnt en ladilte église à l'heure du divin service, pour y faire le presche seulz sans ladiUe damo. qui, t!C jour-lù, feignit d'eslre mal disposée et dict qii'elle ne vouloit sortir do son chastcau. Le^ calbolicquos, voyant le prédicant voidoir entrer en chaise pour faire son presche, lu requirent de se déporter, suyvaiil la promesse que leur dame leur avoît faict, lequel n'en voulut rien faire. Quoy voyant, ilz calholicques feireot chanter leurs prebstres, «(En d'cnipeschcr ledit prédicant, et à ce moment les huguenote du L-basteau el de la ville commencèrent à menacer et à oullrager les calholicques et à les provoc([uer au combat. Dieu sçalt quelle messe el que) pesche il y eut pour ce jour audit Montargi.s. Le sacrifice de ce jour-l& fut de se tuer, meurtrir et saccager tes ungs les aidtres, combien que le nombre des nioriz des deux jiarts ne fût si grand que le combat et la noise avoieni esté violens. Les huguenoU gagnèrent leur vie saulve pour s'esli-e retire» de bonne heure dans le chaslcau. sans taquelln retraicte n'en eust échappé ung seul. l\t lureat poursuyvis jusques aux portes dudit cbasieau. et là tenus assiégez qu'ilï n'eussent osé sortir toute la journée.
Ludillc dame, indignée de ce, par le conseil de ses gens , susdlu p de jours aprts une plus grande sédition en ladittc ville, en voulanlj; usurper et prendre par force le <^melière de la ville, pour l'enclon dao les pourpris de son chasteau, le pi-ofaocr à usage comiuung^ Y l'aire des jardins ou bastiniens et en foiu'banir les habitons. EIIé^ mcist un grand nombre d'hommes en besongne, tant ma&sons quai aultres manouvricrs, pom' avoir plus lo&t faîcl son cnLrcprinjfc qu'on i ■ ne les nuroit empescbcz. Ce que ne voulurent endurer lea habitant-jj L de ladittc ville, lesquels allèrent aniiablement parler & elle pour lia
I plier de se déporter; maïs elle ne le voulut faire, estant eacorcs f \ lionde de ta sédition devant faicte, de laquelle elle ta^olinit à en iàii*4«
■justice sur les r^tholicques, saos pouvoir y parvenir faulte de bouue.| ^preuve, joinct aussi que l'édit de janvier, l'aict en faveur des liugufr^
) noiz, ne permettoil aius deffcndoit de prendre les églises et temples!
k des catbolicques, et de troubler ceux-et en la célébration du dîriii
II service. Lus babitans dudit Monlargis, voyant que ladiito dame i Lae vouloil déporlur de son entreprinse, ré.Holurent de rumpcscbotJ [en rompant et gastant tout ce que ses ouvriers feroient, ce qu'ibi
[ feiieut. Les ouvriers, se voyant empescliez en leur ouvrage, le déaoïl; I eérent à leur dame, qui les renvoya à leur besongne et leil armer A ligcns pour les aller garder et faire besongner. Ceux de la ville, voyantfl Mes bugucnotz armez pour garder et faire besongner les ouvriers, s'ai^ t nièrent quant et quant pour les empcscher, cl ÏU se ruèreut h grand I coups les ungs sur les aultres. El fut lu mesiéc plus grande qu'en 1 f première .sédition , et y eut des morts de pan et d'aultre , et tant fein I les catliolicques qu'ils furent les maistres et rccliassÈrent les buguçinulx et ouvriers, et rompirent tout ce qui cstoit fRicl: k peu tiulqii'ill I ne rompissent le chasteau et tout, ce qu'ilz eussent faict s'iU y eusseatl i sceu mettre le feu. Desquelles première et seconde séditions fureniJ I idvertis les gouverneurs de France el du roy, qui eovciyèrenl de» com-^ ^ inissaires huguenots audit Monlargis pour en informer et pour chlu tier les catholicques qu'on appelloit sédîtteus, fust qu'ilz eussent tor|l ou qu'ils eussent di'oicl. Lesquels commissaires, estant audîl Uoarl
targis, sans aiiltre information que raccusation que leur firent les 1561. huguenotz restez desdittes séditions, emprisonnèrent une vingtaine de catholicques pour le moîngs, tant de ceux qui avoient esté auxdictes séditions que de ceux qui ny avoient esté, contre lesqueiz fut poursuyvi tout chaudement. La plusparl furent j)endus et estranglez à la colère, et en eust-on pendu davantage, n'cust esté le recours que eurent les habitans à mons. de Guise et à messieurs de la court de parlement, qui en voulurent prendre cognoissance, aflin que tort ne fust faict à Tinnocent. Les hugucnolz, voyant que la court de parlement s'estoit saisie de la cause, et qu'ilz ne pouvoicnt plus rien faire de leurs commissaires, laissèrent le tout là et se contentèrent de la justice qu'ilz en avoient faict, et oncques depuis n'en fut parlé; qui fut mort demeura mort, tant ceux qui furent tuez aux séditions que ceux qui furent exécutez par justice. Plusieurs habitans dudit Montargis, qui s'esloient absentez depuis les séditions pour éviter la fureur des huguenotz et de leurs commissaires, s'en retournèrent en leurs maisons, où ilz ont depuis vescu paisiblement. Procès fut faict de Tentreprinse et usurpation dudit cymetière entre les habilans et madame Renée, où fut dict que laditte dame récompenseroit lesditz habitans et achepteroit de ses deniers une terre et place propre pour leur faire ung cymetière qu elle feroit bénistre à ses despens, et la cause hors, sans fraiz ensemble de tout ce qui s'en estoit ensuyvi. Je ne me suis depuis informé si laditte dame avoit prins ledit cymetière et en avoit achepté ung aultre ou non. Je veis trois hommes dudit Montargis, qui, à la suitte desdittes séditions, s'estoient retirez à Provins es maisons de leurs parens, duquel Provins ilz estoient natifz, mais mariez et habitans audit Montargis.
A cause de tant de séditions et émotions populaires que avoient esmeu Tédit de janvier et aultres de liberté de conscience pour le faict de la religion par toute la France , plaintes infinies se rapportoient de toutes partz aux princes et gouverneurs, qui moult se trouvèrent empeschez pour y mettre ordre.
Les protestants qui prennent part aux troubles sont favorisés à la cour et
1561. obtiennent des juges Timpunité; les catholiques sont traités au contraire avec une rigueur excessive. Ils adressent leui-s plaintes aux princes de la maison de Lorraine et se confient spécialement en Tappui du duc de Guise.
Mons. de Guise, voyant tant de plaintes par chascun jour aller à soy de la part des catholicques, cscrivit au roy et aux gouverneurs (ju'ilz entendissent aux affaires du royaume, pour trouver le moyen d'apaiser le peuple de France et de faire cesser les séditions et émotions populaires, qui en brief temps tireroient le royaume en grande misère, si n'y estoit remédié; que le remède qui luy sembloit le plus convenable pour ce faire estoit de toUir les prcsches des huguenotz et de renvoyer les prédicans à Genesve, et du tout interdire l'exercice de la prétendue religion réformée, et qu'en ce faisant les citoiens des villes n'auroient plus d'argument de s'attaquer les ungs les aultres, n'y ayant plus que la religion ancienne receue et approuvée depuis mil cinq cens ans et plus. Davantage escrivit une lettre au roy jeune enfant, et trouva le moyen de la luy faire tenir, comme aussi il feit k la royne sa mère et au seigneur connestable; par lesquelles il leiu donna advertissement de la rébellion qu'on monopoloit contre leur estât es assemblées et presches des huguenotz, tant dedans le royaume que deliors, aiïin qu'llz s en donnassent garde, et qu'ilz vueillassent de peur d'estre surprins, les assurant que, dès le commencement de l'année prochaine et sitost que la feste de Pasques seroit passée, la résolution estoit prinse par les huguenotz, chefz et protecteurs d'iceux de se mettre aux champs les armes au poing, après qu ilz se seroicnt saisis de plusieurs villes avec lesquelles ilz faisoîent practicques et avec les principaux habitans desquelles ils avoient intelligence.
Le roy, la royne mère et mons. le connestable. ayant receu les lettres dudit sieur de Guise, pour la première fois n'en tinrent aultrc compte et ne luy firent aulcune response. Ce que ledit seigneur ne voulut prendre à injure. Fault noter que pour lors il s'estoit retiré en sa maison de Joinville en Lorraine avec sa mère, et avoit abandonné le roy et la court depuis le coUocque de Poissy, quand il veit la
liberté donnée aux prédicans et aux buguenotz, et durant le temps qu il 1561. estoit en Lorraine, avoit, comme aussi son frère mons. le cardinal de Lorraine, gens atiltrez pensionnaires et à gages es AUemaignes, où praticquoient fort les huguenotz de France , pour estre soustemiz et deffeAduz , secouruz et aydez en la rébellion qu ilz méditoient contre le roy et le royaume. Hz avoient semblablcment, es maisons des plus grands huguenotz de France , hommes qui se Irouvoient es assemblées publicques et secrettes, mesmement es délibérations et résolutions qui s'entreprennoient contre le roy et le royaume dans les assemblées huguenoticques, lesquelz du tout fidellement les advertissoient. Et ne plaignoient lesditz sieurs de Guise or ni argent pour entretenir telz hommes, et si leur estoient si fîdelles que jamais ne les voulurent accuser ni nommer, par ce qu'ilz en avoient à faire plus d'une fois. Par le moyen desquelz hommes ledit sieur de Guise fut rendu certain de la conspiration faicte par les séditieux huguenotz de France et de la rébellion qu'ilz mettoient sus contre la personne du roy pour le prendre prisonnier. Qui fut cause que ledit seigneur renvoya encores lettres et messages au roy et aux gouverneurs, qui estoient lors à Fontenay-lez-M eaux , qu'ilz eussent à se donner garde. Il escrivit pareillement une lettre à messieurs de Paris, qu'ilz eussent à se donner garde d'estre surprins par les huguenotz , dont la délibération estoit de surprendre leur ville, pour la saccager et piller, et d'y tenir le roy prisonnier, après s'estre saisis de sa personne pour mieux jouer leur roUct par toute la France. Cette nouvelle espouvanta fort les Parisiens, lesquelz, par leur prudence et par l'advertissement dudit seigneur, s'appercevant bien du danger où ilz estoient, se donnèrent garde subtillement, et de tout ce qu'ilz purent descouvrir du faict des huguenotz et aultres choses en advertirent par chascun jour ledit seigneur, qu'ilz prièrent estre leur protecteur et du royaume.
La royne mère, le roy de Navarre et mons. le connestable, ayans receu lettres dudit sieur de Guise pour la seconde fois , tindrent conseil ensemble de ce qui estoit bon à faire. Depuis les premières lettres dudit sieur de Guise, la royne mère avoit baillé charge à ses gens de
J561. descouviir de toutes paris, pour sçavoirVil estoil quelque nouvelle de ce cjue liiy avoll cscript cl au roy ledit sieur de Guise, et fut descouvert quelque chose, mais non si perfectement que ledit sieur de Guise avoit mandé; alors ladille dame entra en soubçon contre ^ prince de Condo, qu'on voyoit avoir esté, comme encores estoit, protecteur des luiguenolz de France, et elle ne se peut garder d'en descouvrir sa j)ensoe au roy do Navarre, qui feit semblant qu'il ne sçavoit que (*'estoit. Il lascha à persuader à ladltte dame et au connestable qu'il n'en estoit rien et qu'il en parleroit à son frère ledit sieur de Condé, ce que n'eusl pas voulu la royne mère, car elle craignoitque les deux fjères joinclz ensond)lc ne s'emparassent de la couronne de France et que par eux elle et ses enfans ne fussent expulsez hors du royaume. Pour auquel danger éviter, elle manda audit sieur de Guise qu'il allast vers elle et le roy son (ilz, pouj- de bouche leur faire entendre ce qu il leur avoit mandé par escript, et de ce faire luy en esrrivil le roy.
Mons. (le Guise, estant parly de sa maison de Joinville et allant au mand(;mcnl du roy et d(î la royne sa mère, avec son train, sa femme et aulcun de ses enfans, passa au bouig de Vassy en Lorraine, où il veil hors ladilte vilhi de Vassy une grande nndlitude et turbe de peuple assemblez ensemble, hommes et femmes, tous chantans à haulte voix et menant grand bruicl. Ignorant que c'estoient les huguenotz qui estoient là réunis, il envoya img de ses hommes sçavoir que signillioit cesle tunudlueuse assemblée, et, après avoir parlé à quelques uns d'entre eux qui luy dirent que c'estoient les huguenotz qui estoient à leur presche, le messager s'en retourna pourter la novelle audit sieur de Guise, qui n'en tint pour lors aultre compte que de faire lousjours cheminer son train. Les huguenotz, sçachans que c'estoit mons. de Guise qui avoit envoyé vers eux pour les descouvrir et connoitre qui ilz estoient, prindrent grand soubçon sur luy, et estimans qu'il leur volust courre sus, inq>acientez qu'ilz furent, après avoir cesse leurs chansons et leur presche, ilz s'armèrent de pierres pour assaillir ledit seigneur et son train, et luy faire prendre la fuitte, ou
le tuer, s'ilz le pouvoient joindre. Or falioit-il que ledit seigneur et 1561. tout son train passassent par auprès et tout joignant lesditz huguenotz, pour ce que leur assemblée estoit tout sur le chemin, et ne se pouvoit ledit seigneur destourner par aullre lieu , parquoy luy estoit force de passer par là. Hz huguenotz furent si orgcuilleux qu'ilz ne daignèrent desplacer de là pour la venue dudit seigneur, mais, l'attendant de pied quoy, chargèrent à grands coups de pierre sur les hommes qui cheminoient les premiers, ayans jà frappé et battu plusieurs de ses lacquetz qui estoient passez devant. Ces premiers hommes qui par iceux huguenotz furent assaillis rebroussèrent chemin droict à leur maistre ledit sieur de Guise, pour Tadvertir de se tenir en garde desditz huguenotz, et luy récitèrent ce quiiz leur avoient faict et l'équipage auquel ilz estoient. Ce que bien ayant entendu, ledit sieur de Guise résolut qu'il falioit passer, deffendant à ses gens de ne rien faire ne dire auxditz huguenotz, moyennant quilz huguenotz ne leur fissent ne dissent rien, et pour estre en meilleure seureté, ledit seigneur feit alte pour attendre tous ses gens et cheminer en trouppe, affin que nul d'eux n'eust mal et qu'ilz n'en fissent poinct auxditz huguenotz.
Ceux-ci, voyant M. de Guise attendre ses gens pour les ranger en troupe, pensèrent que ce feust pour les assaillir, et sans avoir aulcune patience, fichèrent le pied, en intention de ne desplacer, de contraindre ledit sieur à retourner d'où il venoit, ou de luy faire prendre le galop à travers champs et suivre ung aultre chemin. Il sieur de Guise, voyant ceste turbe mutinée, pour éviter toute sédition, marcha le premier droict à eux sans armes, pour les desmouvoir de leur entreprinse; lesquelz, pour parolle ne signe d'assurance qu il leur donnast et dist, ne se voulurent désister de leur dessein, et, sans le vouloir escouter, chargèrent sur luy à grands coups de pierre, trois desquelles tombèrent sur sa teste et sur son corps, jusques à faire tomber par lerre son chappeau, et eut ledit seigneur assez de peine à se garder d'estre par eux accablé. Il seigneur entra en grande collère de ceste injure, et ne la put pour sa grandeur porter pacicmment. Parquoy se minsJ
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1561. et ses gens en deffense contre lesditz huguenotz, qu'il chargea si rudement qu ilz ne sçavoient où se saulver, et en fut tué ung grand nombre; et en eust-on tué davantage, si ledit seigneur n'eust faict arrester ses gens, parcequ'il craignoit que les huguenotz ne se jettassent à sa femme, qui estoit fort grosse d'enfant et quasi sur son terme d'acoucher. Toutcsfois la sédition fut si grande que de part et d'aultre en fut tué bien le nombre de deux cens, desquelz peu y en eut de la part dudit sieur de Guise^
Les huguenotz qui eschappérent de laditte sédition furent bien tost à la court du roy, pour se plaindre de Toutrage que ledict seigneur •
* ■ Descripcion du sarcagcnienl exercé lesquelles la grande chambre est commise
rrueilemenl par le duc de Guise et sa coiiorlc en la ville de Vassy, le i' jour de mars 1 56i . Caens, 1 562. » [Airh. carleuses fie VhisL de France , t. IV' , i " série , p. i o3. ) — « flelalion de Toccision du duc de Guvsc. exécutée à V'assy en Champagne « composée par un huguenot.» (Méni. de Condé, t. III , p. III.) — u- Di.scours au vray et en abrégé de ce qui esl dernièrement advenu à Vas.sy, y passant M' le duc do Guyse. » (Ibid. p. i if), et Arcli. curieuses, t. IV, p. 111.) — « Mémoire dre^^ié par un huguenot au sujcl (Ui lumiille de Vassy. » {Mém. de Coiuid, t. 111, p. 122.) — u Disr(ïurs entier de la persécution et cruauté fxercée en la ville de Vassy par le duc de Gui.se, le 1 " de mai\s. » ( Ibid. p. 1 24, ol Arch. curieuses» I. IV, p. i23.) — - «Lellre d'un huguenot de Paris. * ( Méni. de Condé, t. III , p. 220.) — *- Court récit en latin du massacre de Vassy.» (Bibl. iinp. Coll. Dupuy, vol. 333.) — Lettres patentes qui cominetlent la grande chambre du parlement de Paris pour connaître des désordres et «ixcès faits à Vas.sy. 1562, 22 avril. (Mém, de Condé, t. III. p. 3 16.) — Arrêt du parlement de Paris, portant enregistrement des lettres patentes du 22 de ce mois, par
pour connaître des désordres cl excès faits à Vassy le premier de mars i56i. (Mém, de Condv, t. III, p. 354.) — Discours faits dans le parlement de Paris par le duc de Guise et le connétable de Montmorency, sur renregislrcment de la déclaration du 1 1 (Uavril 1 562 sur le tumulte de Vassy cl sur ce qui esl arrivé depuis. {Mém. de Coudé, t. III , p. 273, et Arrh. curieuses de Vhist. do France, T' série, t. IV, p. 159.) — Arrêt du parlement de Paris qui ordonne que les informations faites sur le tumulte arrivé à Vassv seront continuées, et qui déclare (pie dans celles qui ont été faites le duc de Guise n'est point charge des exc<4s qui y ont été commis; et qu'en cas qu'il n'y ail point charge contre lui dans les nouvelles informations qui seront faites, elles le déclarent dès maintenant absous et innocent de tout ce qui est arrivé à Vassy. i563, la et i3 février. (Mém. de Condé, t. l\\ p. 23o.) — Voy. aussi de 'Hiou, l XXÏX; Théod. de Bèze, l IV.
p. 721-726; Castelnau, I. III, ch. vu, p. 8 1 ; et Le Laboureur, 1. 1 , p. 760 ; Brantôme, t. III, |i. 221; d'Aubigné, 1. III, ch. I, p. i3o; Davila, 1. III, p. 86.
avoit faict sur leur église, car ils apelloient leur assemblée église, la- 1561. quelle il avoit aultant que ruynée; et tant sceurent bien discoiu*ir et faire leur faict bon que ledit sieur de Guise se trouva fort empesché, quand il fut arrivé à la court, tant les gouverneurs, la royne mère, le roy de Navarre et le prince de Condé estoient animez contre luy; et à peu tint qu'ilz ne femprisonnassent, partye à cause de laditte sédition , Taultre partye pour les nouvelles qu'il avoit mandé au roy et à eux gouverneurs, quilz jugeoient et pensoient estre mocqueries, combien que le roy de Navarre et le prince de Condé sçavoient bien qu'elles contenoient vérité, mais furent marris de leur secret découvert. Ledit sieur de Guise fut contrainct de prendre quelques compagnies pour le guider avec son train jusques à la court, de peur de trouver embuscbe par les chemins. Estant arrivé à la court, il fut fort mal carressé par les gouverneurs et par mons. le prince de Condé, lesquelz luy firent assez entendre le malcontentement qu ilz avoient de luy et ne se purent garder de l'appeller séditieux, comme ilz appelloient tous les catbolicques de France, et de luy dire qu'il s'en repentiroit. Hz gouverneurs, par leur faux baillé à entendre, l'avoient mesmement mis en la malegrace du roy, qui luy feit d'entrée assez petit accueil.
il de Guise, estant bien adverty de son faict, feit entièrement le discours de la sédition au roy et auxditz gouverneurs , et montra par escript le procès-verbal qu'il avoit faict faire par les gens de la justice dudit Vassy, et par lequel apparroissoit Icsditz huguenotz l'avoir assailly sans qu'il leur en eût donné l'occasion ; avec ce il leur montra les marques en son corps de coups qu'ilz luy avoient donné. Le roy, après avoir ouy ledit seigneur en son excuse, n'en fit que rire et luy pourta bonne amytié; les gouverneurs non. Mais, comme ilz persistoient de plus en plus dans leur accusation de sédition et leurs menaces, il leur fit response qu'il n'estoit besoin de tant de paroUes pour des cocquins séditieux qui troubloient le royaume et le repos public, et que justice régnoit pour en avoir sa raison et s'en purger publicquement avec honneur. Ce qui luy fut commandé de (aire, sous peine
1561 . d'eslre rebelle el contredisant aux édiclz du roy, et plus ne le vouluton escontcr; et pour ce so partit de la court ledit seigneur, qui s'alla rendre à Paris, pour conférer avec les Parisiens du moyen de conserver leurs ville, corps et biens, suyvantles advertissemens quilzavoient donné les ungs aux aullres.
Ledil seigneur fut fort ])ien receu audit Paris, et estant logé en son liostel en la rue du Temple, fut à l'instant carressé et salué de messieurs les procureurs, écbcvins, prévost des marchans et sieurs du parlement de Paris; et, après les salutz donnez, advisèrent lesditz sieui's du moyen de saulver la ville de Paris d'eslre pillée, saisie et saccagée par les buguenotz, qui pour ce faire arrivoient et se logeoient d'ung jour à l'aultre en icelle, et y avoit jà grand nombre qui nattendoient que l'beure et le jour qu'on leur donnast le mot du guet. La résolution de leur conseil fut que chascun d'eux se debvoit donner de garde (festre siuprins, qu'ilz ne debvoient plaindre or ni argent pour gangner dos bonmies à eux loyaux et fîdelles, qui leur donneroient advertissement de toutes entrcprinses qu'ilz buguenotz prétendoient de faire, et que par ce moyen estant advertis d'ung jour à l'aultre des buguenoticquos entrcprinses, en moings de vingt-quatre beures on poinroit remédier au danger futur jà préparé. Le ducpromist aux sieurs de Paris qu'il s'omploieroit vie, corps et biens pour les secourir et le royaume contre lesditz buguenotz, et, après avoir prins congé les ungs des aultres, il partit de la ville de Paris, et s'en retourna en sa maison à JoinviJle en Lorraine. Ce pendant les buguenotz poursuivoient contre luy au privé conseil du roy pour avoir raison du massacre du- (bl Vassy, et empescbèrent fort ledit sieur de Guise; et fut telle heure qu'ilz buguenotz s'attcndoient à le faire déclarer séditieux et crimineux de lèze majesté, mesmement à le faire mourir et exécuter par justice. Ce que bien sçacbant, ledit sieur de Guise eut recours à Dieu et aux boiumcs, et pour ce lit j)réparer à son commandement quinze cens bommes bien armez et équipez pour le secourir et deffendre quand il en seroit besoing, lesquelz luy firent tous le serment de fidélité et promirent de mourir pour la deffense de l'église catbo-
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licque et de luy , quant il en seroit besoing. Cependant ledit seigneur 1561 descouvroit tousjours tout ce qui se faisoit par les huguenotz contre luy, contre le roy et le repos public, comme aussi faisoient messieurs de Paris, qui estoient en ung grand espoventement, pour la multitude des huguenotz qui se retiroicnt en leur ville, et les tenoient en une si grande subjection qu ilz Parisiens n'eussent osé lever l'œil ni rien dire contre eux; et ne demandoient lesdilz huguenotz que d'oppresser lesditz Parisiens, et d'avoir occasion de faire sédition pour saccager laditte ville. Maïs en tout lesditz Parisiens furent patiens, suyvant le ccyiseil dudit sieur de Guise, excepté leurs prédicateurs, lesquelz et aultres des catholicques de tout le royaulme ne cessoient à tous leurs sermons de crier contre lesditz huguenotz et de prescher à haidte voix qu'ilz huguenotz ne fcroient faulte de s'eslevcr et en brief contre le roy, le magistrat et contre toute la France, et prédisoient les maux qu'ilz huguenotz practicquoient de faire aussi sûrement que s'ilz eussent esté à la détermination de leurs conseils, admonestant tousjours les catholicques des villes de France de se donner sur leurs gardes d'estre surprins desdllz huguenotz. Tous lesquelz advertissemens estoient reportés aiixditz huguenotz, lesquelz prindrcnt lesditz prédicateurs et ecclésiasticques en si grande hayne qu'ilz depuis ne cessèrent de procurer leur mort, fust par saccagement, prisons, exécutions de justice et aultrcment.
Hz huguenotz, voyans que les prédicateurs les peignoient si bien de toutes leurs couleurs, oblindrent derechef lettres du roy et dos gouverneurs, portans que, sous peine de la vie, ilz prédicateurs, curez et aultres ecclésiasticques qui cnseignoient tant en public qu en parliculier, se gardassent d'osmouvoir leurs auditeurs et paroissiens à sédition aulcunc pour le faict de la religion ni aultrement, et que, sous les mesmes peines, ilz n'eussent plus aulcunement à parler des huguenotz, ni d'user de ce mot de huguenot, ni de plus nommer ni parler de Calvin, de Bèze, de Pierre le Martir, de Malo, ni aultres prédicans, ministres de la prétendue religion réformée, ains qu'ilz eussent à prescher l'Evangile à leurs paroissiens et auditeurs, si bon leiu*
1561. semblolt, sans invectiver contre ladittc prétendue religion, ceux qui la tenoient, ni contre les ministres d'iccUe. Et furent lesdittes lettres, en forme de mandement royal , adressées aux juges des villes *, avec commandement à eux de les faire lire, publier et enregistrer en leurs juridictions et crier au son de la trompette par les carrefours de leurs villes, et davantage de les faire signifier particulièrement auxditz prédicateurs, ciu'ez et vicaires qui enseignoient en public. Ce qui fut diligemment exécuté en sa forme et teneur par lesditz juges huguenots de toutes les villes, à la poursuite des surveillans de laditte prétendue religion, tant en la ville de Paris qu'aultres; et par des isergens fut signiffiée aux docteurs et curez de la ville et faculté de Paris, de cpielque ordre qu ilz fussent, et aultres estans par toutes les villes du royaume, la teneur desdittes lettres, avec commandement à eux d'y obéir et de n'y contrevenir aidcunement , sous les peines portées en icelles.
Les prédicateurs catbolicques , ayans receu ce commandement, furent fort esbays , veu les menaces y contenues , et ne purent aultre mieux faire que de se prosterner avec larmes et gémissemens en dévotes prières et oraisons à Dieu , pour le prier de conserver son église françoise et gallicane et les pasteurs d'icelle et eux aussi , aflEn que, parle moyen de son ayde et du Sainct-Esprit, ilz fussent inspirés de ce qu'ilz debvoient dire en leurs sermons qui fust utile à saditte église et salutaire aux catbolicques d'icelle. Aulcuns desditz prédicateurs semblèrent caler la voille et cesser de plus si hardiment descouvrir les ruses huguenolicques des héréticques prédicans et de confuter leurs doctrines; mais peu s'en trouva de telz, lesquelz toutesfois ne furent intimidez fort longtemps. Les aultres prédicateiurs se confirmèrent en eux-mesmes, par le moyen du Sainct-Esprit qu'ilz avoicnt invocqué, et se rendirent plus hardis que devant à prescher contre la prétendue religion, les prédicans et huguenotz, et, passant
L'arliclc 1 1 de la Déclaralion du dicalioiis d'injures cl invectives contre les 17 janvier i^Gi (1502) défend à lous ministres et leurs sectateurs. (Isainberl. prêcheurs d'user en leurs sermons et pré- Rec. des anc. lois franc, t. XIV, p. ia8.)
plus ouhre, blasphémèrent à haulte voix en leurs sermons les gou- 1561 vemeurs du royaume qui avoient donné ledit mandement. Et furent par lesditz prédicateurs, tant dans la ville de Paris que par tout le royaume, taxez et mesprisez soubz les noms du roy Âcab et de sa fenune, la royne Hyésabel, meurtriers et ennemys des prebstres et des prophètes de Dieu en l'Ancien Testament, et protecteurs comme aussi fauteurs des faux prophètes de Baal , disant jusques à ces motz qu'au royaume de France lesditz Acab et Hyésabel sembloient estre ressuscitez. Et longtemps depuis ne faisoient sermon qu'ilz Acab et Hiésabel et leurs persécutions ne fussent mis par eux en avant, à rencontre de la vraye église et des prophètes, appropriant le temps d'iceux Acab et Hiésabel au temp présent soubz le gouvernement des gouverneurs, le roy de Navarre et la royne-mère, lesquelz, comme aussi tous les huguenotz, cuydèrent perdre patience; mais ilz prédicateurs sceurent si proprement dire, qu'ilz n'eussent osé bonnement mettre la main à eux pour leur mal faire, combien quilz feirent enlever de nuict ung prédicant de la ville de Paris et mener à Saint-Germain-en-Laye pour le chastier, ainsi qu'il sera dict incontinent ci-après.
Les huguenotz de Provins ne firent faulte de publier les lettres et mandement du roy susdicts, et de les faire signifier aux prédicateurs de la ville, et nommément à nostre maistre frère Jehan Barrier, cordelier, docteur en théologie et curé de S*®-Croix dudit Provins, qui pour ceste présente année preschoit le karesme au couvent des cordeliers, homme de grande érudition et sçavoir^; lequel, aux commandement et deflfensesqui luy furent faictes, ne feit aulcune response qu'il ne feust en chaire pour prescher, et après avoir faict son préambule et avant qu'entrer en matière de son sermon, leut au peuple le commandement qu'on luy venoit de faire à l'entrée de la chaire par le mandement du roy et l'ordonnance des gens du roy, procureur et bailly de la ville, et, après avoir faict ceste lecture, dist telz motz : « Ores çà, messieurs de Provins, que dois-je, et les aultres prédica-
' Voy. plus haut, p. ia3.