‹ Memoires de Claude Haton (volume 4)Chapitre 36 sur 44 · CHARLES IX · texte numérisé non relu

CHARLES IX

L'an 1662, après Pasques, les affaires de France se portèrent de mal en pis touchant les mœurs, la religion et la paix d'entre les princes, lesquelz princes de plus en plus entrèrent en grande mesûance les ungs des aultres, et principalement les princes de Bourbon contre ceux de Lorraine, combien que les ungs et les aultres dissimuloient assez et cachoient leurs intentions poiu* les réserver à la nécessité et quand l'occasion se présenteroit. Pour ce temps, n'y avoit que les huguenotz qui eussent bon temps et crédit tant à la court et suite de S. M. que par tout le royaume, combien que M. le connestable, qui n'estoit huguenot, l'empeschast le plus qu'il peust. Madame

la royne mère du roy, selon le bruicl commun, clocboit des deuï-i coslez et penvboit plus du caste de l'hérésie et huguenotteric que d% i'aulu-e. Le roy estoil sur son imziesnie an de son âge pour le plus, taschoit-on à le cuthcchiscr eu lu prétendue religion rcfomiéL'; qui, par la grâce de Dieu et du connestahie, en fut préservé et non imbu; et d'auJtant qu'où laschoit à luy faire apprendre et aynier ladîttc prétendue i-eligion et les buguenotz, d'aultant plus les baïssoît-il et n'en vouloit veoir ni ouyr parler. Toutesfois, pour la minorité où il estoil, n'avnil aulcun commandement qu'on voulust exécuter, s'il u'cstoît au proulît de laditte prétendue religion, i laquelle estoient fort enclins le roy de Navarre cl la royne mère, qui luy bailloient advanccmeol plus qu'il ne falloîl, pour complaire à muns. le prince de Condé, quî estoit faict chef et protecteur de la cause. Lequel prince , avec les ' aolliciteufs do ladillo cause, bastissoicnl ung nouveau mesnagc conlro I rauctborité du roy et sa personne, pour se saisir de S. M., le faire .'prisonnier et avoir le gouvernement de luy, Tostaot du tout des f mains du roy de Navarre et de la royne mère, et ne ccrcboieni I plus que l'beure opportune pour se ruer sus à main année, l'ayant I trouvé k despourveu. El, pour y mieux parvenir, avoicnt gangue IcsdicU gouverneurs, roy de Navarre et royne mère, qui avolent faict Lsi grise mine aux aullres princes que force leur avoit esté de se re- , tirer de la court, et en eussent voluntiers cbassé le connestable. [•'n'eust esté la crainte qu'ils avoicnt qu'il ne se joignist avec mons. de I Guise, contre lequel le roy de Navarre et la royne mère souilroient Lpoursuitte eslre faîcte au conseil privé, comme ayant enfrainct les '■'édiclz du roy sur les buguenotz de Vassy, lequel de Guise s'estoil retiré en sa maison de Joînville avec sa mère.

lin mesme temps, lesdictz huguenolz et prince de Cundé baslissoicul et praticquoient ung aultre mesnage avec les juges et gouverneurs des villes de France, et principalement des meilleures et fortes villes de renommée, comme Paris, Meaux, Orléans, nouen, Bourges, Lyon, Tours, Angers, Vemlo.sine et aullres principales, de toutes lesquelles leur fut assez facile l'accez, excepté celle de Paris,

de laquelle ilz ne purent chevir, pour la sagesse des hommes qui 1562. avoient le gouvernement d'icelle, lesquelz ne voulurent obéyr pour promesse qui leur fust faîcte.

Mons. le prince de Condé et les solliciteurs de la cause, voyant qu'ilz ne pouvoient composer de la ville de Paris et la tirer à leur dévotion, reculèrent leur entreprinse de se saisir du roy, jusques à ce que par subtil moyen ilz eussent la maîtrise de laditte ville. Hz pensoient v parvenir par la force et grand nombre d'hommes qu ilz eussent mis et logez en icelle sans dire ni sonner mot, et, lorsque le nombre en eust esté suffisant avec les huguenotz d'icelle, se saisir de nuit des portes et des murailles, comme aussi des rues de chascun quartier d'icelle ville et en avoir la maîtrise à Timproviste. Et pour ce faire, furent envoyez hommes audit Paris bien montez et enhamachez, les ungs après les aultres, à divers jours et par toutes portes et endroictz, affin quilz Parisiens ne s'en aperceussent sitost, qui se logèrent les ungs es tavernes et hostelleries , les aultres es maisons des huguenotz de laditte ville.

Mons. de Guise et mons. le card. de Lorraine, qui estoient l'ung à Reims et laullre à Joinville, comme nous avons dict, ne dormoient pas, et ne se tenoient oysifz en leurs maisons, ains veilloient miict et jour à despescher hommes de toutes partz, tant dans le royaume que dehors, pour les envoyer sçavoir toutes nouvelles, tous desseings et praticques secrettes qui se démenoient tant contre eux que contre le roy et le royaume ^ Lesquelz, estans bien certains de la prompte rébellion future contre le roy et son estât, escrivircnt à S. M. ce qu'ilz en sçavoient et à la ville de Paris, sans l'advertissement desquelz laditte ville estoit perdue.

Les gouverneurs, le roy de Navarre et la royne mère, ayans receu les lettres dudit sieur de Guise, commencèrent à regarder l'ung Taultre et à entrer en mesfiance l'ung de Taultie. La royne mère, contre la volunté du roy de Navarre, monstra au roy son filz les

' Voy. sur les espions des Guises la Légende du cardinal de Guise, dans les- Mémoires de Condé, l. VI, p. Uk-

lâtlres dudit sieiir de Giiise, comme aii^si an coiuiQsUkle, qui lou fiirtïnt esmt-'i-vcUlcï de lelle* nouvelles. Or n esloh pour lors inoas. Iffl prince de Condé à la courl du roy, [{ui cstoit à Footouay ou Moa c«aux-lez>Mcaiu en Brie, lieu Fort commode pour le prendre, si J Iraïson n'cust esté dcscouverle.

Le roy et mens, le connestable, ayaus veu les lettres dudit xieur' du Guise, n'solurcDl avec te roy de Navarre et la roy ne mère qu'il I faJIoit mander letlit sieur de Guise à la court, pouj' l'ouyr parler. Le Froy de Navarre ne s'y vouloit accorder, qui, par tous moyens, tai- ■«cltoît à persuader au roy et à la compaigoie qu'il n'estoil rien de T telles entrcprinses, de«iuelles II advciliroil son fri^rc le pnncc i [ Coudé. Toutesfois, ne fut ouy en son dire, ains tout sur Theurc ( l'du«puscbée une poste, pour aller audit sieur de Guise et le fain * venir à la coiu^.

Il de Guise, bien sçacbant qu'on poursuivoit contre luy par justice I devant le roy pour le faïct de Vassi, el aussi que le protecteur de 1 ! cause, avec tous les hugueuotz de France, lui vouloieut courre suSiJ

aV-stoit armé et assui'é contre eux pour fie deflcndrc, ayant à son coa F jnandemuut douze ceus cbcvaux bien armez sans 50D train, qui toai j Uiy avoicnt faict foy de loyauté et de mourir avec luy si besoin ( l-estoit; lesquelz il mist aux cbamps pour l'accompaj^aer jusque» i l'Ia maison du roy, s'il cuhI o&té nécessaire pour ta garde et detTeasol [ de sa personne.

Ce pendant qu'on alloit faire venir à la court ledit sietir do Guised

Lia roync mère ordonna des cspies et aguets de toutes paris, pou

I dcAcouvrir ce qu'elle pourroit des nouvelles enireprinscs et traîsotu

I qui se brassoient, et quaul et quant fit approcbor du roy les capl-

1 taines de ses gardes, ausquel/ fiecrettemcnt elle donna cbarge de

[ (àirc approcher et armer leurs soldatz nuicl et jour, et de se tenir

tous prestz de faire le service et devoir de leur cbarge s'il ou esloit

besoing, sans en rieo dire ni descouvrîr au roy de Navarre, lequel,

par tous moyens telz qu'on pourroit penser, il falloil amuser, affin

qu'il n'entendist avec son frère M. lepriucc de Condé. El ont c&té

quelcfiies ungs du royaume si hardis de dire et escrire en ung certain 1502, livret qui est intitulé, La vie de Katherine de Médicis \ qu'elle luy avoit mis entre ses mains et livré la plus belle damoiselle d'honneur qu'elle eust, pour abuser d'elle à son plaisir; ce que je ne croy, car ladille dame estoit si sage et honestc qu'elle sçavoit d'aultres moyens plus honcstes pour amuser ledit roy d(» Navarre que cestuy-là, lecjuel de Navarre estoit aussi aisé à manier qu'un simple homme, tant il esloit débonnaire et courtois, ou, comme plusieurs ont dict, aysé à abuser. Durant ces menées, mons. le prince de Condé alla à la court pour mettre ordre à l'entreprinse de la cause, et conféra avec messieurs Tadmiral de France, d'Andelol, colonel de l'infanterie de France, et le cardinal de Chaslillon, qui suyvoient tousjours le roy et la court, principaux solliciteurs de laditte cause, et les plus lins et nisez qui fussent en France. Il prince de Condé n'alla aucunement saluer le roy, ni le roy de Navarre, son frère, conime aussi ne fit la roync mère, ains fut assez empesché de recevoir et envoyer pacquetz, messages et postes de toutes partz, et faisoit la mo}tié plus d'affaires que le roy ni ses gouverneurs. Ce voyant, la royne alla parler à luy pour le saluer et poiu^ luy faire entendre une partie de ce qu'elle avoit entendu dire de la future rébellion, |)ai lant de ce avec luy moitié à jeu, moitié à certes. De laquelle ni de ses dictz ne fit grand conle ledit sieur prince , qui monstra à laditte danie ung visage triste et plein d'orgueil; toutesfois, elle monstra semblant devant luy de n'en estre courroucée, et le plus amiablement qu'elle put se recommanda à sa bonne grâce, en luy disant telz motz, « Mons. le prince, je vous recommande la pauvre vesve et ses petis orphelins, >» parlant d'elle et de ses enfaus *-*. 0^" empescha ledit sieur prince d'aller saluer le roy de

' Voy. plus haut, j». i nj, la note sur Condv» t. III. p. ai 3.) — Il y a sepl lettres

(^atlicrine de Mé«liris. sur ce sujet; les Mémoires de Condé n'en

Lettres «le Catherine de Médicis au renferment que quatre. Jacques Spifame .

prince de Condé, pour le prier de prendre envoyé par le prince de Condé à la diète

«•n rniisidrrntion « Testât de ce royaume, de Franci'orl, y présenta et y fil sceller

la vie du roy et la sienne, et entreprendre du sceau de Tempire la copie de rcs

la deiïense contre ses ennemis. » (V.vm. de lettres.

Navan*c son frère, fut une je ne sçai quelle meâfiance qu'il avort de | lii^, cl niatiioit avec les hugucnolï, admirai, ses frères el aullres l'cntreprin^c de la cause le plus secrt'ttcnicnt qu'ÎIz pouvoîcnt, et na s'en voiiloient descouvrir k luy, d'aiiltanl qti'il roy de Navarre estoit ung avec la royue mère et le connestablc , qui en tout et partout eussent einpcschL- à leur pouvoir taditre eolrepriosc. Ledit sieur prince fut , de ce voyage, si peu k la court que ledit roy de Navarre, emppsclié à ses plaisirs avec celle qu'on a dict luy avoir esté baillée pour l'amuser, telle que dessus est dict, ne put paiicr à son iHrc ledit prince, et A peine sceut-il bien qu'il avoït entré à la court.

L'entreprinse de se saisir de la ville de Paris par les fatig^enotz savançoit fort, et tasclioicnt lesdictz huguenolz de tenir le tout prest, tant la surprinse d'icclle ville que la prinse du roy tout en ung jour et une mesnie heure, de quoy bien s'appercevoienl les Parisiens; lesquck, par le conseil que ledit sieur do Guise leur avoit baillé n'y avoit pas longtemps, avant que s'en retourner en Lorraine, se donnoicnt garde secrettement jour et muet, de peur de laditte surprinse. Lcsqueli, voyant le nombre desdilz huguenolz croistrc en leur ville et se loger es maisons des hugiienotz d'icelle, après (|ue les tavernes et hostelleries furent pleines, envoyèrent en poste audit siear de Guise pour l'adverlir du tout, et pour se hasler d'aller à leur secours comme il leur avoit promis, et ainsi mcnoîent leurs affaires les Parisiens envers ledit sieur do Guise, comme faisoienlles huguenotz les leurs avec ledit sieur prince de Condé, et taachoicnt les deux parlys à qui prèvîcudroit son compaignon.

La royne, voyant les aiTaires s'empirer, ne se put garder d'en parler avec affcclicm au roy de Navarre, moytîé à jeu, moitié à certes, avant que mons. de Guise fust arrivé !i la court, et pria ledit roy de Navarre de faire lever la court hors de Monceaux ou Fonlenay-lez- Meaux, et de mener le roy et elle à Paris, lieu de plus grande sûreté. Lequel roy de Navarre rapaisa laditte dame de belles paroles. sans en vouloir rien faire; ce que voyant Icelle danic, quasi comme en ptorant, dist audit roy de Navarre, comme elle avoit faict à

mons. le prince de Condé, son frère : « Je vous prie, dist-elle, gardez, 1562. je vous prie, la couronne du roy mon filz, sa personne, la vefve et les orphelins. ■ Qui causa la royne de dire telz motz au roy de Navarre fut la multitude de gens armez qu elle voyoit abbonder et croistre de plus en plus à la court, et quasi tous incognus, qui tenoient une chère et manière orgueilleuse au possible, haultains en parler et monstrant le signe de gens qui ne demandoient que sédition et noise pour commencer leur entreprinse, qui fut cause de renvoyer à mons. de Guise pour le haster d'arriver à la court.

Mons. le connestable se trouvoit fort empesché de telz troubles, pource que cela le regardoit à cause de sa charge. Il a voit assez longtemps eu du grouin et male-chère de la royne , qui estoit cause qu il n'alloit quaultant qu elle le poulsoit; pareillement estoit empesché de veoir ses nepveux les Chastillons, qui estoient le card. de Chastillon, l'admirai de France et d'Andelot, estre de la conjuration huguenoticque et de i' entreprinse séditieuse. Toutesfois, entrèrent en conseil ledit connestable et laditte dame ensemble secrettement, sans le sceu du roy de Navarre , où résolurent qu'il n'y avoit moyen de se saulver, sinon par l'ayde de mons. de Guise, lequel il falloit haster d'entrer en court.

Mons. de Guise, ayant iterato receu lettres de la royne V de mons. le connestable et des Parisiens, fit mettre ses douze cens chevaux aux champs, à ses despens et sans qu'ilz mangeassent le bon homme; il en envoya une partie par dessus la rivière de Marne, et l'aultre partie par la rivière de Seine, et leur bailla jour et heure de se trouver es environs de la court du roy et de la ville de Meaux, où audit joiu: il se debvoit trouver et arriver, ce qu'il fit aux derniers jours du mois d'apvril, et estoit fort temps qu'il y arrivast, cai*

^ Le rôle que Cl. Halon fait jouer à la du duc de Guise et du triumvirat. Ses

reine mère à Tégard du duc de Guise dans lettres au prince de Condé, ses hésitations

cette circonstance n*est conforme ni aux avant de se décider à ramener Charles IX

autres récits ni à la vraisemblance ; Calhe- à Paris , en font foi. rine tombait malgré elle entre les mains

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lô'iâ. le jour as>i};nê cjini los linfjni'iMil/. ;ivi>i(Mil «loniu'* pour sni^ir la pcrsoiiiH' du loy et la \ill(: (lo P.iiis cstoii \c pit'inicr j<>nr du iiu)i.s dc

iiiav. I^t'dil .siciir dtj (jiii>e alla s iliin* Ir mv, le rov do Navarn* cl la

l'Orne iiKM'i', >i tt»«^l (|im1 mit mis It* pird à tiTii*: il i'iit niieiix (]uc \o. bioiuniu «-l Iiiv lut |):ir Ii'> uu;;'^ c\ I**s aui(rL*s des des>us nouiinc7. tlirt cpril t'stoil |)lus que h* hiriiviiiu. Sans tenir lon^; propos, fallut advisoraux altairus du royaume, (|ui dc toutes part/, hastoient au plus mal, iiK'suiivs pour ji* regard ilu lov, â la majesté duquel ledit sieur lie Guise munslra l<'lti<-.s dis entrfpiiusrs «pTou laisoit routro ni pcrsoune et auituntr: «li- (pifty moult Tut atlonut* le jeune rov, qui du U>ut se reroniMi^tud 1 audit sieur de (jui>»', vu liiy di'^ant jusquos i tel/ m(»lz : ■ Mims. di- (juisi», mou amy, sauUe/.-moy ol me srrve/. de pèri , comme \oit>a\e/. lairt au Ji-u nw mon fri'-re, et je serai uioult tenu à \ous el au\ y.istifs. • Aiupiel lit irspo'isf Iniit sieur de (juisc quil \ohm!it is e.xpM.sfioil lorps, \ir el luiiis piiur siui srrvin», et (pu* ilt'S a pri's*'iit il avnit don/.f f us dii'vaux aux ('lianq)s â ses di*s|}ens |)i)Ur luv r^Mic sdMie; dcsrpiil/., s il piaisuil â S. M., il t*n li-rnit fuirei pentl.inl d''?i\ liiMUt^s le noudire d<' ( inq rt'u^ .1 "^a fduil. prrtz a lu\ i.nic s'-iXiiL' litl''ll"iiii'nt. !)(' Liqu'llr pi'oiucssf i-t ollrt* nitndt s es^ |niiii U' jfuiH- iii\, qui ( Miiiiu.ind.i •judu Ii'n li'^t approrjii'i t-t l<i|<^'fr le plus j»r«'N ili" «^nx qu d si'r«iit jm^^^dili». Or a n'.sle \tMiu»' dui'^icum lurt-nl touli's liai^uiis ri l'uln'pi m^fs liisriiuxi-i («-s.

l ,r priid.ihl ïjii d d'- (iui^i- ^•>l*»il a\ee !•• ii»\, ses ^(iu\erneur.s et mous. Iv ronn< <«tjl>l> l'ii «uii^iil, arii\a uin' po^^ti- qui apportiMl h-itre*^ audit sfi^U'Ui. d" la p^u t 4I1' iintUN. !•' man'si ji.il df S'-.\ndi'i' < t des Paii*^!*!!". pniii |i<^ liistn ilall'-r .1 I\iri> m i\il\*^rurt\ ou aullii-m< m l:i \ilji' ♦'••iMil priilu»* il MU' Iv piniïil di'^liiî .s.iirajjfi', rninm»* l»'i- ^U' li •! I" Il .^:!t i..<qii('( d(-« lni:iii imt/ , l.mt lif l.idilh* \d|i' qur ault|f^ qui '"«loiM!! cli'iLiii.s m iiiiinlii I- iiiiiiii . 1*' dt'iii'iMliii|(*iit : |i-^qi|i'i/ ' II» iiiiipn*hl |»ar l*'*» lUi'N !eNaim''s au |»'»m. «'U t li.uilaiit ih\**i«.-il 1^^ -n^. (.ml d«' p*>.ilmi'*< (lui* d>* l.iiiii*nt.ili'in> di* ll\f'i>'imi', qm -l>iii':i ii>it !'•>>•/ [«■ piiii ||i- in.il di' Liditl'* mIIi' . >i |irunqiti iii>'mI 11 \ • siMii j. iij.- II. 1 . Nijiii-||f»» l»ihfN luiehî mtMisli»'> .0» m»v ri f iui«»«'j|

susdit; lesquelz arrestèrent et résolurent que ledit sieur de Guise se 1662, transporteroit audit Paris pour la garde de la ville , et que le roy de Navarre et nions, le connestable garderoient le roy, et adviseroient le moyen de le saulver et le rendre en lieu de sûreté , ce que les ungs et les aultres firent avec toute difficulté; et bien advint que mons, le prince n'estoit pas à la coiu-t et qu'il estoit empesché aux affaires de la cause, qui ne se pouvoient bien encores résouldre au gré de tous huguenotz et rebelles principaux de laditte cause.

Qui tenoit les huguenotz en suspens, et qui les empeschoit de promptement exploicter leur entreprinse , estoit le partage de la peau de la beste qu'ilz ne tenoient encores, qui estoit le roy; ilz estoient en ceste difficulté qu ilz feroient de sa personne et de messieurs ses frères, pareillement comment ilz partageroient le royaume et le cantonneroient, ainsi que le pays d'Allemagne, pour s'en faire seigneurs et roys, chascun d'eux selon leur mérite, après l'avoir distraict de la couronne et obéissÉrice royale, et n'y eut que ce seul poinct qui les arrestast et retardast. Mons. le prince s'atendoit que, venant à chef de l'entreprinse, il seroit faict roy de France; mais ses suppôtz ne l'enlendoient pas si largement qu'ilz n'en eussent leur part, et toutesfois arrestèrent en leur conseil qu'il n'estoit temps de disputer de ce poinct, mais que, sans plus dissimuler, il falloit se mettre aux champs, sous le nom et prétexte de la religion. Ceste résolution prinse, arrestèrent le joiu* de se saisir du roy et des villes, principalement de Paris, qui fut le premier jour de may, ainsi que nous avons dict, et par mesme moyen fut arresté et donné le mot du guet pour se mettre en besongne.

Le pénultiesme d'avril de ceste année, mons. de Guise arriva dans la ville de Paris avec bien petit train, car il avoit couru la poste tout le chemin depuis Fontenay ou Monceaux-lez-Meaux jusques près le bois de Vincennc. De l'arrivée duquel extresmement furent resjouys les Parisiens ; ilz reprindrent cœur et courage en eux , sans sonner mot , et, sans en monstrer le semblant devant les huguenotz, lesquelz ne laissoient, pour son arrivée, de poursuivre leur orgueil, ne sçachant

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156*2. pas qiril allasl lontn* ou\ «M pour l(* saliil de la<litte ville, l^cs goiivornoiirs (ric(*!li* \illr, C4)nuiie U". prôvost tics niarclians, les eschevins, 1rs prrsiileiis r{ riMisril|fM> «rirclle, s«iiis soiiiirr mol, s'allèrent rnidre nu lo«;is liudil >iciM' pour \r silutM*, et ny allrrent tous ni* senii)l(*, ains irs uiijjs après 1rs aultnvs. Mous, le inarcschal de S'- Andrr faisoit houiir mine par 1rs rues dt* Paris et bien de reinpeschr, dutpiel sr moicpioirnl Irsdirtz huf^urnotz, qui cstoient en «*ettr volunh* dr |r |)irn rlia^tier. PiMidant trois jours après, il alla aprrs |i*s anllres Parisirns pour saiurr ledit sieur de (luise, et pour prendri' lonsrii sur unr si dillirilr :ini;iirr. La résolution de ro ronseil fut trilr, (pir, \ru Ir ^rand ntunhre d*rslran^t*i*s qui estoiont dans la villr rt tous arunv, Ton se ^aidrroit dt* faire sédition, s'ilz huj^uenot/. uassailioirnt 1rs prnnirrs, rt qut*, au cas qu'ilz assaillissent l(\s priMuitTs. on n*rsp.ir«^'nast liounur pour se dellendre, ni aultre nnncMi tpu'lronqut*, mrsun'nn*nt que Ton sonnast It* to\in avec la cloche du Palais. Pour mirux sr donurr (;ardo de la<litte sédition, fut résolu entre ru\ que dr^ Ir soir «m ad\rrtiroit lr> rapitain(*s, rinquauteni(*rs rt di/rnirrs dr rli.isrim quartier rt iu>' de ladittr \ille, dt* M* tenir |)irst/ dauN Irurs maisons 1rs aruirs ;ui poin, pour se tledrnilrr, >i ln-sniii m rsfoil: qiir. .1 i'av«ii' du rin»va!if'r du ;;in*l. accompal<^nr fin pins ^rand nnudiii* dr j^fus qur l.nit* sr pourroK. sur l(*s dix Im'UIi's dn son*. siToirnt rondnirtz. Iionnnt^s snr {«vs nnirailles di» la \illr rt aux porlrs, pour s'imi saisir rt lain' |r jjui'l tonte la nuit t ; rpir, unnntnirnt apn's mnnnrt, sermrnt posez cttrps de ^.irdr "U plusirur^ rndriiiti/ dr l.idittr vdlt*. 1rs armrs an poin, pour empesrher la si-diimn tpi d/. lini;urnol/ ri t»slranj;«Ms enssrnl p«Mi f.iip . Sf* \nvaiis dr'^tMUMis: tpir au jrndrmain. à Tlirure ilr Imict. neul (*t dit lirurt*"» du iiiiitm. {»• iian m* iritnl |)ar tous les r.uridnuis dr^ nii»s iliidïl Pa:iN. «in»' tons «'sf? .in^ns, ^riis sans ad\eu «'t aidtrf«> qui

irrstoh'Ul dr l.l vdir riisscnl pl'ninpt' lurut a |).utn fit* ladlttt* \dlf', siin»» pi'uir di-'^ti»' p'-ndn»» ri r^lian^lr/. (!r ipii lut si liiMuriiscuii-nt fait t rt rXt'i uti* ijUi' iirn plu"». \ «r i'^ndriuaill. I»'s portrs dr l.l mIIo

ip' lurent •HiM'iti-N qu d in- lii^l >c*pt rt hunt lii'Uii*s du matin, rt

grosse garde à icelles; le ban susdict fut faict, commissaires furent 1562. députez de laditte ville, pour aller visiter les hostelleries et tavernes « pour sçavoir combien et quelles gens estoient logez en icelles, et de quelle qualité et pour quelle affaire ilz estoient en laditte ville. Qui se trouvèrent bien prins furent messieurs les huguenotz, lesquelz, se voyans prins à la ratière, furent aussi adoidcis qu'ilz avoient esté orgueilleux les jours de devant, et se trouvèrent avoir bon marché qu on les voulût bien renvoyer sans leur mal faire. La chance fut bien retournée, car les plus marris fuirent les plus joyeux, et les plus joyeux les plus marris. Les Parisiens, qui avant ce estoient extrêmement marris, furent les plus joyeux, et les huguenotz, qui estoient les plus joyeux, furent à ce jour les plus marris d'avoir perdu le butin qu'ilz espéroient, et fut chanté par les rues de Paris par les Parisiens, à la louange dudit sieur de Guise, telz cantiques : Benedictus qui venit in nomine Domini. Lesdictz Parisiens avoient eu si peur, avant la venue dudit sieur de Guise en leur ville , que plusieurs des plus riches avoient habandonné laditte ville pour se saulver avec leurs finances.

Messieurs les huguenotz mis hors la ville de Paris en la manière que dessus, les ungs allèrent cercher mons. le prince de Condé, les aultres les sieiu's admirai, d'Andelot et card. de Chastillon, qui estoient les chefz de la cause; les aultres, ayans prins conseil à euxmesmes, voyant le hasard quilz avoient eschappé, se retirèrent en leurs maisons , et ne voulurent suyvre davantage qu'ilz n'eussent veu quel traict prendroit Fentreprinse.

Mons. le prince de Condé et ses suppostz Chastillons, voyans avoir perdu la ville de Paris par la prudence de mons. de Guise, cuydèrent perdre patience, et pensans quil fust encores audit Paris, allèrent le lendemain, premier jour de may, assaillir et attenter de prendre le roy auprès de Meaux; mais y perdirent leur temps, car ledit sieur de Guise, qui par ses espions avoit eu advertissement de laditte entreprinse, fut au roy devant eux. Il le fit partir de là en toute diligence, et le tira dans la ville de Meaux, en attendant que les gardes

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Iftfri. de S. M. «*i lo"? pi'ii** <lr };iii*in' (ju'il fil' (fiiisc avoil amenez à la court i'u'osriit :uiiH*/ r{ |)rL*>(/. .'i ciunliallrc |ir>iir la lihorlé du rov, et tant lit Ictlit siriir (iir (iui.sc «luil tiia le rciy hors de Mimux à main ar* UK'f t't le >;iiii\a d.iiis ii* rlijsli'aii du huis de \ inctMmc-JfV.-Pari.s, en il«'-|»il di-s rL'IiolIt'.s liu^iicnt»!/, (|ui ne fui sans ronps frapper. L'a- \aiil-i;.'ii-(|t* dodit/. l'flicllo.s attarfjuii assez rudomeiit les Suissos de Li i^.iiilc df S. M.. p«'ii>.'int i(UL' «^atlilte Majesli* fusl avre eux: mai5 fiiirïil luiiii|u'/. : tar sadille M;ijrsli'î, eneores rpTidli» fnsl jeune de uii/i* ans nu i-ii\iit)ii. cdiirnil la pnstt* nvcr Irdit siour de fiuise devant iiNilil/. Sm>srs, t'i lut Itiicl un:; rsclirc par Irsdilz Suissos 5ur lesditz liu:.urnntz rnirc L:i^mii cl le pont de Triih'hnrddn, nû jl en demeura en l.i place dr ptU I <-t d'aultrr. ( .i-piMidaiit rpe- le \n\ se saulvnit depuis Mrau\ jusipn-N au lioi^ (!<■ \iiin'nne. |im limun e>toit tout rouvert de ;;eii> de ^uiTit* .unie/ rt l)ieu moulez pfiui sou «^ernurs; au tlevaiit di'S'pu'l/ tii-iuuiul mous, le mar«'Si'liaI de S^-Auflré. que mrïus. di» (iui^e jvnil Lu^m- a Paris, d (pu avei* »*♦•>■ utennil l»ieu milli* Parisiens, l.uit de pu il (puj de <heval, tous |iai<jU'*l'U>ier.s liirn morionu<'/. t't e«pnppr/. I.r lov iIl' \a\;uie, la ro\ui* un !•» et uions. le f*{»une>i;il»|i' •»u\\oifiii jr roy aver jrdil sifui" i\r (îuï^»', qui ^i' trou- \i»ieul loil t-iup*-«i lie/ t\r r,. Irciulili'. *-\ u'a\i»n lt» rov liiuiee plus iritiudi* ou.iuxdirl/. ^hUIs de (iui«^e il (-ouUt'>t:il>le.

l.»' rt»\. .t\aiit ^Mijui' jt' (liaNlr u de \ nu '*mwv si- tnMixa hi ^u plus i^iaudt' "«lut'li- tpi il II a\(ut l'^^li.' a Mcaux et les l'iivuous, :i rau^** de la xilji- lie r.ui**. qui e<i loul aupiiN '. S;ins la piud^uep «le uion<. de (îui^e. r|ui .ixoit l.iii t :;aiiur ri .^ai^^ii" les |)orl/ d«' dt*>s!is |a lixi.-ie de Mille-. .i\ -ni qut iii'iu»». |t* pliure d»' ( ioudr >^'t'U adxisa^l. sans dilli- • ul?i' |i' rox rii^i is|i pi ui"^; i M I' 'iil suur |>i iiirr «le i iouilr. rn\«i\ant si^ ^'"Un ..u\dil/ p<»rl/. 1'-^ Irouxa l^u»* oiinpr/. i-i lurii i^aiiii^ d' l:''115 ilr ::U' . rr . qi>i i inp'^i lia qur snu t uii rpi luxi* iir put liU^sM' hi xrnii

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moyens de ses desseings, qui estolent de surprendre le roy prisonnier 1562. et la ville de Paris pour la saccager, se retira dans la ville d'Orléans, le grand galop, laquelle estoit à son commandement par le moyen du bailly dudit lieu, qui estoit huguenot et de Tintelligence de la cause ^ Avec ledit sieur prince entrèrent grand nombre de gens de sa suitte, lesquelz, par son commandement, se saisirent des portes de laditte ville et s'en firent maistres. A Finstant, les maisons des habitans catholicques furent remplies de huguenotz et rebelles, qui voscurent aux despens desditz catholicques; les églises et maisons des ecclésiaslicques furent ce jour saccagées, pillées et du tout desmeublées, combien qu'au lendemain de l'arrivée dudit siem* prince le ban eust esté faict par son commandement qu'on ne pillast, saccageas t ni les églises ni les ecclésiastiques, et par cela apperceul-on bien que les deffenses faictes de l'auctorité dudit sieur prince estoient ung brandon et commandement à mal faire.

Ledit sieur prince ne fust plus tost arrive audit Orléans , qu'il despescha postes pour courir de toutes partz, et advertir les habitans des villes qui avoient intelligence avec luy et la cause de se rebeller contre le roy, de se saisir de leursdiltes villes, de tenir les catholicques, qu'ilz appelloient papaux, en si grande subjection que nul d'entre eux n'osast lever l'œil, et de tant et si bien faire que la force et la maistrise leur demourast. Ce qui fut dextrcment exécuté. La première où ilz commencèrent de ce pays, fut Meaux, où les églises furent entièrement saccagées, pillées et volées, et n'y demoura croix ni calices, meubles quelconques, y mages, chaises, menuiseries

* Condé entra le a avril dans Orléans, nicu, vol. 3oi-3oa.) Voyez dans les Mé-

dont d*Ândeiot était déjà maître. — Le 7, moires de Condé le manifeste du prince

il écrivit aux églises réformées de France pour expliquer la prise d'armes (8 avril),

pour leur demander des hommes et de un Traité d'association pour la liberté du

Targeiit dans Tintérôt de la délivrance du roi et le repos du royaume ( 1 1 avril) , etc.

roi et de la reine mère et de raflranchis- — Lettre de Spifame et de Bèze aux églises

sèment de la religion chrétienne. Les mi- réformées , pour expliquer les motifs de la

nistrcs protestants retirés à sa suite à Or- prise d'armes et exciter les fidèles à la dé-

téans firent la même demande. (Mcm, de fense de la cause. Orléans, 5 avril 1663.

Condé, t. III, p. aai, etBibl. imp. Fonta- (Bibl. imp. Fontanieu, vol. 3oi-3o3 )

248 M i: MOI II ES

Irifi-J ni aiiltrt* iiieuMt*, (|Uf li' hiul no i\\s\ par \vs noiiYcaux ri*ligieiix tic la pirliMidiir riMurniiM' rt^lif^ioii ravv, «loslniirl ri omporlé, romnu* aussi fut I(* l)i(*n (l<*s iiiaihfMis dvs pn-ltstrrs, curez, riinnoinrs rt auilrcs, qui ut* lut .NJU'i (|U('i(|ii('.s MiiMu-|r(!s rouunis t*s personnes des ccelé- ^iasti^(|^('s d aiiltrr.s rpii s(* tiouvùrenl â la lun'ur. Il/, nouveaux if^loriuc/ av.uil s.icfayê !«• toul rs éjjliics cl maisons des prehslres el d(* plusieurs ( aliifiliccpirs et uiar^uillieis des parroisscs, se voyans estre trop pn> i\r la \illo de Viiv'\> et de la court du roy, iiuittêront la \illr « t s\ii allrreiit après nion*^. le prince à Orléans, Lien scacliaiil ipTen pni di* jours (iii les eust assiéf^ê pour l(*s prendre audit Meaiix. Il i.illiil (pril/ >.'iri-a^eiu*s hu<^uenolz rendisstMit compte aux di'piiliA par liilit >ii*ur priiK r du larcin et pillarde des églises et l'crli'siasiiripif's diidil Mcanx, stnis pi.'iiic d'«.»stre dcclarez larrons, xnleurs el sa<'ril«*m's et rpiant el tpiaiit punis de umrl: el après avoir rendu CMin|)le .luxdiit/ cMunui>'>aires du toul (»u partie, iurenl leuus 1*1 répull'/. i;«UN d<' liien el \erlueu\.

( )u ri'ci'ut ini'iiiitini'nt m iiivrlies «pu.* les >illes di; lloueu ^ de (laen*. lin Maii^ ". i\i lii«is^r,.|i,v, de \eud()*»iui', d'Angers, île Tours, de la riii..hi-ll>', d" ( .Il ■'•ti ll« raM\ , di* Mnntaulian, de Lvnn*. île C'.liaslon sui la S.i'MP- . il« M.is<'>ii l'i iji' lliMUiji'.N en IJfrrv'. cstnii'iil toules rrl)c||ri'** «niitli- !•' Itiv. pfUU li"UU" litiil cnntri' s. M. f{ « i-U\ Mu'il V

rii\iii<'r*Mt . l'nui ledit Miur pi uni* di: (iondé el ses hu^ucimt/ rêtiMuir/. 'I nus les li.diilaus di."*diltes \illos n'esloienl d\iccurd de ladiKe

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rébellion , et n y avoit que les gouverneurs d'icelles , comme les baillifz, 1 562. gens de justice et aidtres, qui estoient huguenotz , qui eussent intelligence avec ledit sieur prince et laditte cause. Lesquelles villes furent remplies de garnisons huguenoticqucs au possible, tous logez es maisons de riches et pauvres catholicques ^ qui moult oïdtrageusement furent toiu:mentez en leurs corps et biens par lesdictz huguenotz, et les prebstres, gens d'église martirisez et cruellement meurtris et tuez, ainsi qu'en ferons incontinent le discours. De la vie desquelz ilz huguenotz se disoient faire sacrifice à Dieu. Les églises et maisons des prebstres des villes susdittes et des villages à l'entour furent équippées, rompues, voilées et saccagées, comme celles de Meaux et d'Orléans. Ilz nouveaux réformez ne se contentèrent de massacrer les gens d'église et de piller ce qu'ilz trouvoient esdittcs églises; mais, comme barbares et Scythes, prenoient prisonniers les riches marchans catholicques desdittes villes et villages, comme aussi les marguilUers d'icelles églises, et les lyoient de chaînes de fer et de cordes, et les jettoient es plus villaincs prisons qui fussent esdittes villes, et les gehaimoicnt et tourturoient par tourmens aultant et plus cruels que jamais firent Turcs ni barbares à chrestiens, pour leur faire déclarer où estoient les croix, calices et richesses des églises qu'ilz ne trouvoient pas. Desquelles gehannes et tortures plusieurs en moururent. Ilz huguenotz , pires que Juifz et Turcs, forçoient par tourmens et menaces les cathohcques, hommes et femmes, à renoncer la refigion catholicque et romaine pour prendre la leur. Tous ceux qui vouloicnt renoncer la religion catholicque et romaine et prendre la luthérienne et calviniennc, de quelque qualité qu'ilz fussent, tant prebstres, moynes, religieux que laiz, estoient avec eux les bienvenus et mieux receuz, moyennant qu'ilz jurassent sur le sainct Evangile, devant leurs ministres, que jamais ne retoumeroient à laditte église cathohcque romaine, à la messe ni aultrc service divin qui se faisoit es églises de laditte rchgion catholicque, mais au contraire empescheroient par tous moyens aultres personnes d'y aller, et la feroient hayr, comme chose abominable et meschante.

2 M) M K MOI m: S

Iflllj Dl'pilis «uTil/. luiJ^UfHiil/ M* IlirtMîl liinl/ Ill.'U.slir.s «Irs \|||i'> itr.sMiN-

JiiliN, li'v lut pliiH I liaiilf m mf.ssi*»*, m innlimvs. \\\ rut plus «-oiiit'.s- >i(»ii. ni l);i|>tt*Miit'. f\n-|)lt' II* liaptrMiii* iliiqui'l il/ iisninit a |,i non- \i'lli' r.M tin (If (it'in'l\i*. ni anlln* >.irrt'ni»Mil <!«• fi'^liM' ili* Jfsns-CiliriNl: il/. rniiiivii^niMi*nt h's IhibilanN «railiT fM'nii(i*r Ifins pifilicans, ri Ic^ «*ni|M\s( lioHMil «II* lair<- m duc aiiltn* srrxK i; a Dii'ii (|Uf Lt*luv (ju'il/. Ini- ;;iii'nfit/ laisnicnt il rliaiilitii'nl a\iM- Ifins pi êdic.ins à Irurs preM'lics. (jin istoicnl <l*'s psalnii*s ilr Daxid Irailnn t/ imi iiiik* lianrdi.st* par (Jt-nicnl Maint ri 'I lirtuidii' ii<* lli/r. 11/ nr soiillniiriit anInniiMnrnt ipi«' ruii «Misl flh t snii l*tih r im^ti r, .sciii lu Miirm, ni aiiltrr oiaiMin (*ii latin. \.*'> ratiiiilirfpii'N . Iimnnr's ni It'iiiiiiis, nriissiMit u>r pniiri pali»nt»^lrrN «i»* «lurlMur \al« m ini»* r«* lii^l. ••n'*^i'nl-rllr> r.sir ilu Im»i>. ni liniifs 1*11 l.il.ii. siiiis p.MM' crtNiii- IkjIIiis p.n r\i\, l't lriii>paliiif'slir*» t'I lirnri'»* (is|t't»s, riMiipin's ri In ii'^Iri's. lim-l. nul n»» rni\imt la nn^cii' ipiil/ liiij^nrnnl/ laisonnt aii\ «;alliM|i(-(pii>s di's \illr>

* t anllrrs In-nx fni il/ a\<»irnt iiminIiim- sur fiix.

I.l pnin ninijstiii* ani|)|i'titi'nt la li.iih.np* rt tMannii* rpii («Htmt

• '«»i|il/ Im^'iirnnl/ . ihniN i» « il«'i i»îi^ h\ i »• ipr- \»'i il.ihi'inf ni axnii^ ^' •Il »|rs hm 1/ «If h iir \rilii it im h'. I.l j»i niin i «nr-nl roimii' n< »•rmiN .t I.l \ill'' il()il<.Mi>, iliMs I i<|nt'lli' lui roiniirMi' <-i* li tiM;^<ilii' lln^n»•l.^•l|. iii|.- |Hiiii I • s|.- .iii:!»'!' . |-,iiilt i-iih-iwli»' inif jlii'^iiirN

^t Ils il f^lisf l|iH|\«|flll llinXi-li iji' SI- s,|i||\,.| «I..1IS lis Miai-«»l|s (Il

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jours chanter la messe en quelque lieu secret de laditte maison, sans 1562. estre descouvert ni apperceu des huguenotz qui y estoient logez. Quand il sembla audit curé que la fureur et rage huguenoticque fust passée audit Orléans, donna charge à son hoste de secrettement semoudre les plus catholicques de ses parroissiens et les introduire en sa maison aux jours des dimanches et festes, à Theure que les huguenotz seroient à leurs presches, pour venir à la messe et au sermon qu il leur feroit, affin que le divin service qui leur estoit interdit en public fust par eux faict en secret. Auquel obéit ledit hoste, qui en invita ce qu^il put et des mieux aflectionez à la religion catholicque, lesquelz, à Fheure assignée , se trouvoient audit logis, où estoit chantée la messe bas, et les prières faictes, comme aussi le sermon du sainct Evangile, dont ilz estoient fort joyeux, et continuèrent environ ung mois à ce faire avant qu'estre descouvers par les huguenotz. Ce que fmablement descouvrirent aulcuns huguenotz de laditte ville, voisins dudit hoste du curé, qui les accusèrent au bailly du lieu, et aux nultres huguenotz.

Ceux-ci se donnèrent garde du jour et de l'heure qu ilz verroient entrer les parroissiens dudit curé en laditte maison, et ung jour, entre les aultres, ayant apperceu plusieurs estre entrez en icelle, jugèrent que c'estoit pour y ouyr la messe; et pour ce forcèrent le logis pour y entrer, et entrez qu'ilz y furent tant cerchèrent qu'ilz trouvèrent le bon curé, revestu des ornemens, qui chantoit la messe. Lequel fut par eux prins, lié et tiré hors de laditte maison, revestu des ornemens de l'église à chanter la messe , et ilz le menèrent par toutes les rues en cest estât, en se mocquant de luy et de la messe. Les paroissiens qui furent prins avec luy furent par ces pieux réformez huguenotz liez deux à deux par les bras et conduictz après ledit curé par les rues, avec toute mocquerie et ignominie et avec coups et bulles merveilleux. Hz trainoient ledit curé en laisse, avec une corde qu'ilz luy avoient mis au col et aux mains; puis, après l'avoir traîné par toutes les rues de la ville en cest estât, le menèrent à une des portes de la ville, où le tindrent toute la journée, et luy ayant mis ung morion

^fil!

MKM()IIU:S

I f*iit (le it'Ui> \ ilhiiiis cr.'irlinl/. au \ is:ii:f , et m* jfiudiriit di* Iiiv. tout ninsi cui«* liic'iil Ii's .liiils (II* Nfislir SrijjiifMir .IrMis-Cliiisl. Kl apivs r;ivr>ir hiiMi l>:ittii. (larlir l't iiijmn', la jmiriirr rslani pa^M'i' . Ii* livn'n'iit .'Uiflit haiil\. (|iil r(»iiiiii.'iii(la (IiTmii le iniii^^t imi |iri>oii ; Ircpiel . rpiri- (iiii's jiMiis ai)r«'s, lit s(»ii |irnr(*.s v\ \r ( nii(|(Mn|)na à rstn* ptMiitii f*t ••slraii^h» ilaiiN ladilh' \il|r .1 iiiif |Mih'iinv Mi*ssï»'urs li* pniici* ilr (jnulr. radiniral ri (T NikIi'ImI i-^^lnit-nl «laii** ( )rl»'*aii** à vrnir rt» spi'itai'lt*. (iiii iM'ii iiinil (|iii* iii'c CM >«* iiinr(|ii;iiit (llidlt rxiir rt tir la iiioM*; {«-«^riiii'l/ armi niiM'i '-ni la M'iiM'urc ilf imirt diidit riin*. qui iiuiir Iniil M mil- lut «AtTiilc nuiMiii' M*ditii'M\. \j'^ (iraiis liu^iiciint/ ii«' hi\ X'iiiImicmI |.iinais |)«-i iin'lti'i' dn^hT •■! di \<'*«hr It-s nrin iiif*ii'* de r«*};lis(>. dr.s(|iir|/ d otnit ir\«'slii fjiiaiid \l fiil pi iii> iii ('liaiilant la

lin-ssi'. i-l |i< nriidlK'Ill ri i"*ll a!lL;l«| ri|| ;i\«'r iiiMIX. A If Vi'OII" l'Xr-

riitcr \ a\i)il nliis dt* deux indl>- pi'rsdiiiH'N. tant < atliolinriii'*^ (iiir lni|^iiiMii)|/. d'^(|iii'l/. (niMiiic lai ciilcndii par m*ii\ ipii v 4"<tf)ii*nt. Ii'sdil/ si»-ms piMi><' di' r.iiinli' i-l aidln-s t'*»l«»MMil pi^sfiis an\ lrii»*sln's fi iiiir mjisun.

\ .*' Ih-ii-iih', rsliiiil iimiiti' Mil l'i 4 ||i>||f ;iii plus li.ifdt . ii*i,mii|« d»' liillli's ji;iil/ .1 |t'n'i>1II dr so\ 1.1 |ii!|r 1 nni|).ilL,MiH' illll f^hill II pii-s'-iit»'. I tiil il» N Ini^iM'iH'l/ ipii- d«'^ I .itli'»||i iHii's. il .ipi'N l«'s a^'^rl

I •'i;.ll di". pi I I {.• |)(>IM f «MM et |i' VI 1^1 II- III ;it||iii| .il iji* l'iailif . «pu ••sliiif la . <pi tMi In- I'' litstasf p<iiiii I d<' MmiM II . •*! ipi f >ii |il\ I ta il la si I<-mi|in d' I a ri CI i-t i|i- l.iii «' srs pi ii-i rs . Il' ipii iii\ lui a 11 nrd*'. || lut 1 «'ipns vm

I '-f hrlli- IMI li-dil si''iii adlMlial. rii|iiiii>- pli|s|i'iir> iii|s a\i)|l l'^fi* m pi |s«i|i , d«' -'< dt'NiJii !• i|i> II- ipi d ;i\ii|| pi l'^i lie silnii |.| lijli^liill i atln > l|t(p|i- il fo'IlilIP-. •{ d<' d<-r|.i|il .1 1 .|svts|,|||ri< (1111 |>s|ii|( Il plisilitf ipp- l.t II' i»\« ]!•■ pM !• inllh* :i|l:^|ii|l IiImIMH'»' ipir IrlIi'Mlll Ir^dl» '/ lni;;ih*!M i'/ • -î-i;? 1 I fil» di'IIIi' ri \| l\f' li Il^hHl dr .Irs||s.( .lu ist il d» siN .iji. ,s|| i> , .| ipli- |ll\ r| |"N .lullirs d«ii|i'l||N !•! pi i'Iïn! 1 f- •'»l»i|'"!i' !••». s. du 1'!!!^ «Il- p« IM'Ii' r| drs .dillsi'|||s dr Mlllpi's J^' H** pjl I' Hl ^ MliNv. , I,, .|f..^ i-t .rllllli'* « rii Mil. III» s. i | iMI rll • r l.i|s;inl |ii\ s»|i.||

doiii!' • -ji I • : >i Mp-iis |. priipi- di- (.••mil', 'pii iiiiiiilt I a\iii*-i ml

comme aussi feroil toute l'église réformée, parlant des huguenotz. 1562. Ausquelles requestes et promesses ne voulut obéir ledit curé, ains demeura ferme en la vraye religion catholicque jusques à la mort.

Ce nonobstant qu il ne voulust obéir auxditz sieurs ni à leur vouloir, luy fut donné temps et espace de parler et de faire ses prières, lesquelles il commença par telz motz : « 0 Dieu étemel, créateur du ciel et de la terre, qui as ordonné toutes choses selon ta volonté, et qui par ta prescience as cogneu et sceu toutes choses avant qu elles ayent jamais esté faictes, et qui par Jésus-Christ, ton filz, nostre seigneur et nostre frère, nous as donné cognoissance de toy et t'es estably et basty une église à toy plaisante, sans tache ni malice, laquelle tu as voulu estre retirée et rachetée des mains de Satan, par reffusion du sang espandu et par la mort dudit Jésus-Christ, ton filz unicque; en laquelle éghse tu as ordonné aulcuns estre apostres, aidtres évangélistes, aultres pasteurs et docteurs, pour Tentreténement d'icelle jusques à la consummation de l'œuvre de ton ministère, qui durera jusques à la consummation du monde; du nombre desquelz tu m'as appelle (encores que je n'en sois digne), et as permis que je fusse réservé jusques en ces jours de misère et tribulation, pour estre icy honteusement condempné à la mort, et estre mocquerie à tant de peuple desbauché de ta religion. Ce toutesfois, je prens en gré et te remercie, et cognois que mes péchez en peuvent estre cause; car, comme homme que je suis, j'ay esté subject à mal faire et ne me puis justifier devant toy que je n'aye comme tous les aultres hommes du monde esté tel. Ce néantmoings, une chose me console devant toy, qui est telle, que la mocquerie, les battures, tourmens et la mort à laquelle je suis condempné me sont et seront faictes pour la deffense et sousténement de ton honneur, de ton église, espouse de Jésus-Christ, et de sa saincte parole qui est le sainct Evangile. Je ne puis estre comparé à Jésus-Christ, qui a esté condempné à la mort et exécuté par les Juifz, gens infidelles, sans cause ni raison aultre que celle pour laquelle je suis condempné. Il ne fut accusé d'aulcun mal faict, sinon qu'on dist contre luy qu'il estoit séditieux quand il enseignoit et près-

MI.M(HIIKS

lith'I. clir»il la vrriti- ilr rK\:irïi;iI»' . « nmiiif i»n n iVvi <(m«' jt» siiiv. Ijvs heiioit/ a|H»viri's nul rsi»'» p.n irs.|iii|>, f^i>fitil/ «l priviiiv. 4-<»iiiitMiiii«*/ a la iiioil. Miiili/ !»' li'iiiH' i\r srditp'ux. on piaulant r»':^!!»»»' caliitilirque, aiif»stuiir(|ii«' f( iniiiaiin- ijin* imhis tciiniis rn l'iaiMi- ol r|iii \ a f>tf triiiii' flr|niis mil ( inrj « i*iis ans ri sna iiis(|u<*s à la lin dii iiirnuli*. cjiïoy <|iii' nr \«'inll«*n( l<'s lifrt'titqui's ri mw «pii par aniii'S !»•> del- (rii(l«iit. i.r iiif spioit niic lnHiti* «■( uni; pins «^rand p*** In* devant Difii >i. fii ti'lji' n<*r«*s.sit«* (jm* \r suis, p* icnnuf itis a Jr.suN-diri>l via son «'««pf!!!"*!* la saint tt' i-f^lisr Miilitanlr. pour les lii*au\ oitri*> t't dons ttur 1*1111 in>' pii's('iii«*. (|iii ot di' inc donner la \it* corpoicllu, larph'llt', M j'aci <*p(nis (Il la niaiiMTc cpi'ôn mm' itMiuiiMt, iiit' it.Tnil pi'iili'f la \i<' i-l('rn«-lli' rpn- l'at^'n^ par la nmit a larpifllc J«* sui^ rorid<*ni|ini': pDiii iMpn'Il'* \h* rlfi'iii'llt* avmr. |u \**\\> t-xnyir tnus. nio jiannsvii'ns v\ mllinln qni's ilc ci'stf xdjc (!( )rl«'.ins, rpi'.n la laptiviu* i-l opprrssKMi «Hi vnus isfi's hiaiMtcnniit , ipn' \mms ai pH^rhé dt*voir ■id\(*nir snr \iiiis l'i ^wv rrtlc \iilt' d \ a plus d>* di\ an^. in* drlailli(*2 ••n la Inv i\r ji*sii»»-( .liri^l *•( il«* sa vimm* r^jiso apdsddi r|ui', m lacpi(dlt' v«>ns a\i'/ «slf nr/. Iiaiilivr/ il • atfi |iis"/. . voris assurant ipTrn peu d»' tt'uips Mtiis M'r<*/. th'livr*'/ d»"» Immiiikmis imi \nus (»slf«», ri mccires •*n liiuti* Idtciii* siiMKv an l)itMi \i\ant. A vmi** anltifs. ni(*ssieui'> 'liii csti'H II \ pi>s<ii>. i-t aidhi-s ipii ><»nl p.u !•' mxainih* ili'shauiln*/ dr la \ia\»- r«"lii;iMn df Jtsn^-^ .In i»*! fl «nii a\«/ did.nss»- j.i \raN«' f^lisr d n«'lu\ p'Hir siiwii» l;i l.mlsr r;^disr d*"s li«'i d i* i ph's . ji- \ou.s donu»* II' ronsril cpir nmiis. S' Pif-ri'' Ltpnsirc ilmninit aux Jnd/ auvipiids il pi'Si Imil. m l'Ui disant ani^i : A von*» aniliis. qui a\«'/ crnidn* .Ifsns- ^.Inisl v{ pi'iNfrntf ^im r^^lisr, p' \inis ;nlninni->l(' di- \nns irprntn' ••! I.nif pi'inl* nri', l'I ijnr nii;^ « liasrini tir \i»us m- lassi» haptisfi*, t-t I)nn M>ns pardiiinniM. \mms. ini">>i(Mirs. \nns estfs tnns li.iptisf/.. il n fsl idiis n»*« r'»'».in !• ipn* \nus jr hhm-/: in.ii> d \nus i-nI nt*« c^^^an i* d»* mmi'-

letM'i'l il*' \Ms|ri' ||i li'sii* l't dr iiMllrn i-n Irt^lisr ilr Jisiis-f ,|ii |nI |i.i|

pi-nitiiirr . I t , »*i' aniM !•' lan lis . mmis mi r/ sanlxi'/. I.i-^ |»Mnt ts ri ^i-i ^ih'nis tu\r \iiiis ^ni\c/ il iMini If^ipiid/ xnns t iiinl> itli/ n ont ponnt di' païadiN p'ini vous s.iii|\ci. lU »»'\ iiiin\f'iunl asvr/ finpt'^iln'/. i-nx-

mesmes, ni d'enfer pour vous dampner; et de ce je vous en assure 1562. par la mort que je vais recepvoir. Mais n'y a que le Dieu Fétemel qui sçaura bien juger le tout. Vostre conversion ne m'apportera nul proufTit; vostre persévérance à mal faire conune avez commencé ne me portera plus domage, car vous voyez que je perds corps, biens et vie, et que ce n est pour mon prouffit ce que je vous ditz. »

Sur ces remonstranccs , soudain s'esmut une grande sédition entre les soldatz huguenotz qui estoient présens à ouyr ledit curé; aulcuns disoient : « Voilà un homme de bien; on luy faict tort, sa religion est la meilleure; je ne veux plus estre huguenot. » Les aultres disoient que non, mais que c'estoit un caflart et séducteiu: de peuple, qui sçavoit mieux qu il ne disoit. Et sur ces parolles s'esmurent de grands bruictz et quasi des combatz. Ce que voyant Fadmiral, dit au bourreau qu'il expédiast, et sur ce finit ses jours le bon curé. La mort duquel porta grand proflit à plusieurs; les catholicques d'Orléans en fiu:ent faictz plus fermes et dévostz en la vraye religion; les esbranlez et non héréticques parfaictz furent confumez, et plusieurs huguenotz parfaictz retirez. Mons. le prince de Condé fut aulcunement esmeu pour avoir veu et ouy ledit curé, et à peu tint qu'il ne se retirast, et ne se put garder de dire que véritablement c'estoit ung homme de bien et bon pasteur, d'aultant qu'il avoit mis et donné sa vie pour ses brebis, à l'exemple de Jésus-Christ.

Théodore de Bèze, prédicant, qui s'estoit retiré audit Orléans, le plus estimé des aultres prédicans de France pour son beau parler plus que pour sa science, voyant mons. le prince esmeu et esbranlé de se desbaucher de leur prétendue religion , pour avoir ouy ledit curé en ses derniers propos sur l'échelle, comme aussi tant de soldatz, fit sonner le presche et monta en chaire pour prescher et appeler ses gens qu'il voyoit se retirer de son hérésie; mais toutesfois ne sceut si bien dire qu'il ne luy en eschappast plusieurs, qui quittèrent la ville et le prince et s'allèrent les ungs rendre en leurs maisons, les aidtres au service du roy et de l'égUse catholicque contre eux héréticques'.

' Cl. de Sainctcs traite Théod. de Bèze beaucoup plus sévèrement que Haton; il

1562. Les huguenot/ obstinez et qui suyvoient pour le pillage se jeltèrent aux champs par les villages des environs dudit Orléans et aidtres villes qu'ilz lenoient, pour aller saccager les églises et prebstres d*iccux; lesquelz prehstres, quand ilz tomhoicnt en leurs mains, estoient plus pirement qu'entre les mains du grand Sol dan de Babilone. Car, oultre la perte de leurs biens, estoient martirisez par cruelz tourmens jivsques à la mort. Aux ungs couppoient les oreilles tout entièrement, puis les tuoient et enfilloient lesdites oreilles, dont ilz faîsoient des escharpes; aux aultrcs leur couppoient les génitoires et les leur faisoient manger, et mille aulti'es cruaultez que nostre maistre Claude de Sainctes, docteur en théologie et chanoine régidier, celui que nous avons dict cstrc ung des docteurs qui furent par le roy envoyez au concilie, a mis par cscript, avec les noms des prebstres martyrisez et ceux des villages où ilz demeuroient, en son livre inti* tulé : Le saccagement des églises et prebstres par les héréticques linguenolz de nostre temps y en France ^ Fault entendre qu en ceste persécution

J'accuse d'avoir amasse g^and argent et fait massacrer beaucoup de monde. Dans une lettre à la reine de Navarre, du i3 mai 1 56 1 , Bèze desapprouve , au point de vue matériel , les brisements d'images , quoique de soi ce fail soit suivant la volonté de Dieu, et déclare entièrement inexcusables les violations de sépulture, en ajoutant que le prince de Condé est décidé à en faire justice. [Mém. de Condé, t. II, p. 359.) Voy. « Remonstrance au roy sur les idoles abattues et rejeltées hors des temples en quelques villes du royaume. i56a.» (Id.

* Voici le litre du livre de Cl. de Sainctes que Cl. llalon ne parait pas avoir eu sous les yeux au moment où il écrivait son récit : Discours sur le saccagement des églises catholicques par les hérétiques anciens et nou* veaux calvinistes, en Van 1562. A monseigneur l'illustrissime card. de Lorraine, par

F.-Cl. de Sainctes, théologien à Paris. A Verdun, pour N. Bacqiienois^imprimeurde monseigneur l'évesque et comte dudit Verdun, 1 562, avec permission dudit seigneur (in-8" de xx cl 86 p.). — H y a une autre édition : Discours sur le saccagcnient des églises, etc. Paris, Fremy, i563, in-8*. — MM. Cimber et Danjou, dans leurs Archives curieuses de l'histoire de France, t. IV, i"* série, p. 350, ont réimprimé le chapitre xiv de cet ouvrage. — On trouve dans le même recueil ( t. VI , p. 29g ) , la reproduction du récit contenu dans le Théâtre des cruaultez des héréticques de Jiostre temps. (Anvers , Adr. Hubert , 1 588 , in -A'.) L'auteur cite un grand nombre de faits : » Michel Grellet, de l'ordre de saint François, pendu a un arbre, en présence de Coligny ; frère Viroleau , lecteur dudit couvent, occis cruellement, luy ayant premièrement couppé les parties honteuses ; d'autres

de Téglise, les prebstres les mieux vivans et moings vicieux qui tombèrent es mains desditz tigres huguenotz furent les plus cruellement traictez et martirisez ; car tous les prebstres vicieux qui se voulurent rendre avec eux n eurent aulcun mal et y fiirent les bienvenus, moyennant ^qu'ilz reniassent leur prebstrise , la religion catholicque et qu'ilz la persécutassent.

Il de Saincte récite qu'en ung village, entre Nostre-Dame de Cléry et Orléans, ilz barbares huguenotz prindrent ung prebstre, auquel ilz coupèrent les parties honteuses et génitales, et luy les firent manger; et, incontinent après, le fendirent depuis la gorge soubs le menton jusques au petit ventre, et tout vif luy^ descouvrirent les boyaux pour veoir qu estoit devenue ceste viande.

A img aultre luy cernèrent la couronne de dessus sa teste et luy couppèrent les quatre doigtz sacrez des deux mains, puis le despouillèrent tout nud , sans luy laisser aulcun linge devant ses parties honteuses, et le lièrent à ung arbre pour le faire manger aux mousches, et après l'avoir longtemps laissé en cet estât, qui estoit en plain esté, le tirèrent à la harquebuse.

En ung aultre village près ledit Cléry, les dragons roux de hugue-

prebstres , ou gens catholiques , tués par pendaison, coups de hallebardes, laissés mourir de faim, sciés et fendus avec des cordes, bruslés à petit feu (le tout à Angoulesme); une femme bruslée aux pieds et aux jambes avec des pelles de fer (à Montbrun); le lieutenant général d*Angoulesme et la femme du lieutenant criminel de cette ville, mutilés, estranglés, traisnés par les rues; un prebstre, Loys Fayard , harquebuse , après qu'on luy eust bruslé les mains dans Thuile bouillante et qu'on luy eust versé cette huile dans la bouche (à Chasseneuil , près Angoulesme) ; le vicaire de S*-Auzanni, mutilé, enfermé dans un coffre percé et bruslé d'huile bouillante; d'autres, auxquels on arracha

la langue et on brusla les pieds (en la paroisse de Rivières) , auxquels on creva les yeux , qu'on pendit par les pieds, qu'on précipita du haut des murailles; un prebstre qu'on martyrisa de mille manières, en luy faisant sacrifier la messe (à Iloudan, près Chartres) ; le tombeau de Louis XI rompu , et ceux des anceslres du roy de Navarre et du comte Jean d*Angoulesme violés; des prebstres dont on ouvroii le ventre et enrouloit les boyaux autour de bastons et qu'on enterroit vifs (en Gascogne); une femme dont on remplit la partie honteuse de poudre à canon qu'on fit sauter (à Bâtas) ; un huguenot portant une chaîne d'oreilles de prebstres , etc. etc. »

1562. notz entrèrent en la maison dun dévost et honneste homme d'é^sc, prebstre, jà viel, malade de fascherie du trouble advenu en Téglise, auquel ce jour-là on avoit donné le sacrement de Fonction, parce qu'il estoit sur le poinct de la mort. Lesquelz, entrez en laditte. maison, n'eurent patience que le sainct homme fust mort; mais, au lieu de luy crier Jésus Maria, avec blasphesmes exécrables luy mirent une corde aux deux piedz et le traînèrent par les rues, hattant à grands coups sur son corps, où luy firent finer ses jours par tel martire, et après l'avoir laissé mort par les rues , allèrent ravir et emporter tous ses biens, disans qu'ilz estoient ses héritiers, puisquilz s'estoient trouvez à l'heure de son trespas, et ne laissèrent aulcim meuble en sa maison.

Ung aultre qu'ilz trouvèrent qui fuyoit devant eux poiu* éviter la fureur de leur rage fut par eux attainct et, attrappé et, après plusiem^s injures, battures et opprobres, luy fendirent le ventre par le nombril qu'on appelle le bouteril, et par là tirèrent environ demy aulne et plus de ses boyaux, qu'ilz lièrent et attachèrent à ung petit arbre, et l'ayant mis tout nud, en le foytant avec des veines, le contraignirent de tourner à l'entour dudit arbre , jusques à ce que tous ses boyaux furent desmellez et enveloppez à l'entour dudit arbre, puis le laissèrent là mourir, et au lieu de luy crier Jésus Maria à son trespassement, avec injures atroces luy persuadoient de renoncer la foy catholicque.

A img aultre prebstre luy fendirent la gorge par dessoubz le menton, et par là luy arrachèrent la langue hors de la bouche et la luy. laissèrent pendre devant soy sm* son estomac, et l'ayant mis en tel estât, avec grands coups sur son corps, luy disoient, « Curé, chante la messe, chante per omnia, » et en ce tourment luy firent finer ses jours.

Ung aultre curé et prebstre fut par eux prins, mocqué, battu et lié à leur dévotion; puis, après toutes sortes de mocqueries et injures, fut par eux soufflé et enflé comme ung mouton, puis escorché tout vif, et, n'estant mort entièrement, l'invitèrent à chanter la messe, qu'ilz disoient avoir escourchée à l'envers.

Plusieurs aulires prebstres furent et en divers lieux, qui par les- 1562. ditz nouveaux chrestiens réformée de la prétendue religion ne furent si cruellement traictez par telz tourmens; toutesfois, la plus grande partie en souffrit la mort. Les ungs furent liez à des arbres et par eux tirez à la barquebuse; les aultres furent contrainctz de souffler dedans leurs pistoUes et barquebuses, lesquelz ilz deslachoient au travers de la boucbe desditz prebstres, qui leur divisoit la teste en plusieurs pièces et mouroient. Aidtres furent par eux pendus et estranglez aux fenestres de leiu:s maisons et aux arbres; aultres furent jettez dans des fours cbaux et bruslez , qui est une mort fort cruelle ; aultres furent par eux jettez es eaux et rivières pour estre nayez; et pour le faire brief, n'y eut espèce ni genre de tourment, de quelque cruauté que ce fust, qu ilz enragez buguenotz ne fissent aux prebstres, moynes, religieux, et à plusieurs aultres catholicques des gens laycques.

Les prebstres qui furent par eux prins et qui tombèrent en leurs mains ne furent tous meurtris, martirisez ni mortz, ains en escliappèrent plusieurs par rançon de leiu* bien; mais estoit après qu'ilz avoient devant eux renoncé la foy catbolicque et promis de n'y jamais retourner ni cbanter la messe en quelque temps que ce fust, et de ce faire les faisoient jurer par le serment de leur foy et sur le péril de leiu: âme.

Ces nouveaux réformez de buguenotz de toutes partz et endroictz du royaume faisoient courses «ecrcttes pour tascher à surprendre villes, chasteaux et places fortes, pour piller les églises et les babitans d'icelles, comme aussi pour y tenir fort contre les catholicques et le roy. Entre lesquelles, tost après que la ville de Rouen eust esté par eux saisie , trouvèrent moyen , par Fintelligence du bailly et gens du roy de la ville du Mans au pays du Maine, de se saisir de laditte ville ; à img jour de dimanche ou feste commandée de Téglise , à l'heure que les catholicques estoient aux grandes messes de leurs paroisses, et comme bestes féroces. et enragées, coururent ilz buguenotz auxdittes églises surprendre lesditz catholicques à despourveu, sur lesquelz frappèrent à grands coups de harquebuses , pistoUes et

1562. espées, sans respecter le lieu, les personnes, les qualitez, sexes et âges. Ce premier coup de furie par eux faict, fermèrent les portes desdittes églises et s'enserrèrent dedans avec lesditz catholicques , pour premièrement prendre et lier les prebstres qui ne furent tuez à leur arrivée , comme aussi les plus riches et notables parroissiens et parroissiennes de laditte ville qu'ilz trouvèrent dedans , et comme chiens les couplèrent deux à deux pour les mener es prisons de la ville, pour avoir meilleur moyen de piller leurs maisons et par après les prendre à rançon.

Ceux desditz huguenotz qui furent dans la grande église épiscopale firent rage sur les prebstres, car en icelle y avoit peu d'aultres gens pour lors, et de fureur ung d'entre eux courut au grand autel pour tuer le prcbstre qui chantoit la messe; mais fut arresté par ung de ses compaignons, qui luy dist telles paroUes : «Hél compaignon, laisse achever la messe à ce diable de prebstre ; car aussi bien est-ce la dernière qu'il chantera jamais. » Laquelle messe fut plus grande que le pauvre prebstre peust, qui, sortant de l'autel, fut par les tirans cruellement martirisé. Il y eut ung grand désastre en laditte ville ce jour- là.

Voilà ce que nous avons sceu à la vérité de la cruelle persécution première de nostre temps en France par les huguenotz et prince de Condé leur chef. De laquelle maistre Claude de Sainctes avoit faict ung petit livret, lequel, estant mis en lumière et bien imprimé, fut tout incontinent interdict par la royne mère et le roy de Navarre, à la supplication du prince de Condé, pour le deshoncur qu'il en recepvoit d'estre chef et capitaine de telz tirans qui estoient à sa suitte et qui avoient commis telles cruautez soubz le nom de son service. Et fut deffendu à tous imprimeurs de n'en plus imprimer, sous peine de la vie; et fut ledit maistre Claude de Sainctes en fuitte pour l'avoir composé et faict imprimer. Mais sa paix fut tost faicte, après qu'il fut de retour du concile. La royne fut blasmée d'avoir accordé l'interdict dudit livre, veu qu'il ne contenoit que toute vérité et que ledit sieur prince estoit aucteur, par souffrance, de telz crimes. Mais laditte

dame s'excusa sur le roy de Navarre qui Favoit ainsi voulu, disant 1562. pour ses raisons qu'il ne falloit scandaliser les princes de France qui estoient du sang royal, comme estoit ledit prince de Condé son frère, lequel, comme il disoit, avoit dueil en soy de telz faictz, qu'il n'approuvoit. Ce néantmoings, n'en fit jamais faire aucime punition; ains estoit bien ayse du butin des calices et croix d'or et d'argent, comme aussi des aultres meubles et biens des églises, des ecclésiasticques et aultres qu'ilz tirans luy rendoient ou à ses commis.

Diu^ant le temps que toutes ces cruaidtez ci-dessus dictes se faisoient par les nouveaux réformez de la prétendue religion, le roy estoit à saulveté dans le chasteau du bois de Vincenne, avec lequel estoient ses gouverneurs, c'est assavoir la royne mère et le roy de Navarre, accompaignez de messieurs le connestable, de Guise et le mareschal de S -André; lesquelz se trouvèrent fort empeschez d'un si grand désastre advenu au royaume de France par ceux qui s'estoient tousjours vantez d'estre les loyaux et fidelles subjectz du roy et du royaume, qui estoient lesditz huguenotz, au jargon desquelz s'estoient laissé décepvoir les gouverneurs du roy, lesdictz royne mère et roy de Navarre, contre le conseil de tous les aultres princes et seigneurs catholicques de France.

Pour lesquelles tirannies, cruaultez et audaces dompter, fut tenu conseil au bois de Vincenne du moyen qu'on pourroit user contre telz assault2 et rébellions, entreprinses par telz rebelles, conspirateurs et pertiu'bateurs de paix et repos public; où furent mis en avant tous les moyens pour y pouvoir parvenir. Premièrement, fut advisé d'y essayer par amytié, pour tascher à retirer de ceste téméraire entreprinse mons. le prince de Condé. Et pour ce faire, luy fut envoyé ung hérault du roy, au nom de son frère le roy de Navarre et de la royne mère, pour le prier avec toute sûreté de venir à la court du roy dire et faire entendre à S. M. et aux princes les doléances qu'il avoit, pour lesquelles il s'absentoit sans en avoir dict l'occasion; en ajoutant que, poiur luy lever toute occasion de mesfiance, S. M. luy envoyoit par le poiuieur une lettre de sauf-con-

1562. duit, et que, si elle n'estoit assez ample à son gré, luy seroient envoyez gens grands seigneurs en ostage pour la sûreté de sa personne , pourveu qu^il en voxdust envoyer aultant des siens et des principaux. Auquel hérault fit response ledit seigneur qu'il n avoit aulcune chose à luy dire ni à ceux qui Tavoient envoyé, et pour ce, qu il s'en retournast quand il voudroit. Et fut à Orléans que ledit seigneiu* fut trouvé par ledit hérault, lequel s'en retourna au roy luy dire sa response^.

Le roy, encores qu'il fust jeune et petit, et son conseil, composé des seigneurs ci-dessus nommez, furent indignés de ceste response. Chascun craignoit de dire librement ce qu'il pensoit dudit prince et des moyens qu'on debvoit user contre luy, à cause du roy de Navarre. Ce que bien apercent la royne mère, laquelle, adressant sa parole . audit roy de Navarre, luy dist telz motz : « Monsieur de Vendosme, je ne sçai que veult faire le prince vostre frère, ni vous avec; vous ne dites md moyen par lequel on puisse avoir raison de luy ; je doubte que vous vous entendiez avec luy. Vous avez jà fait plusieurs entreprinses, desquelles on ne peut bonnement juger à quelle fin vous les avez faictes, et en cognoissez seul vostre intention. »

Desquelles parolles s'indigna et courrouça fort ledit sieur de Vendosme roy de Navarre, lequel, en blasphémant Dieu, conmie lai ouy réciter à img personage qui se vantoit d'y avoir esté présent, dist à laditte dame qu'il n'avoit rien faicl ni entreprins que ce qu'elle lùy avoit commandé ni son frère avec, ainsi que l'ung et l'axdtre en feroient apparoir quand il seroit temps, et qu'elle seule estoit cause des troubles de France , pour avoir mis les princes d'icelle en hayne les ungs des aultres, et nommément les princes de Bourbon contre ceux

* Sur les négociations entamées par la cour avec le prince de Condé et en général sur les événements de Tannée 1662 , voyez le « Journal anonyme de ce qui s*est passé en France durant Tannée i562, principalement dans Paris et à la court. » (Bibl. imp. Collect. Dupuy, vol. 944.) — Voy. aussi «les Moyens de réprimer le

trouble qui est en ce royaume, envoyez à la reine mère par M. le prince de Condé. > 1662, mai 2. (Mém, de Condé, t. III, p. 384); «Deux requestes présentées au roy par le triumvirat, et réponse de la reine-mère. > 1662, mai 4 {ibid. p. 388, 392 et 393); Réponse du prince de Condé, i562, 19 mai {ibid, p. 396).

de Guise, desquels princes de France, tant des ungs que des aultres, 1562. en faisoit moings de cas que du moindre Italien de sa suitte. Et entrèrent lesdits roy et royne en altercat devant le roy et son conseil, qui rapaisèrent tout pour l'urgence des affaires ; et proposa-on que le remède et moyen qu'il falloit faire, veu la response dudit sieur prince, estoit de luy faire la guerre pour le ramener par force, puisqu'il refiisoit de se réunyr avec le roy et les princes par amytié. Et en fut la résolution faicte entre le roy de Navarre, mons. le connestable, mons. de Guise et mons. le mareschal de S^-André, qui eux quatre ensemble s'accordèrent du moyen de la commencer et de la conduire. Le roy de Navarre promist de se comporter vaillam»ment, pour le prouffit du roy et du royaume, comme aussi pour la deffense de la religion catholicque, combien que la guerre se démenast contre son frère, lequel il promist de n'espargner, suyvant la discipline et art militaire, non plus que img prince estranger. Et sur ceste promesse, fut faict lieutenant général du roy en laditte guerre, et il promist de ne rien entreprendre pour le faict d'icelle et de ne rien conclure, sans en advertir le roy, la royne sa mère et le conseil desditz sieurs connestable, de Guise et mareschal de S*-André.

La résolution de faire la guerre au prince de Condé et ses buguenotz arfestée , fut ordonné à toutes compaignies des ordonnances du roy d'aller faire monstre la part qu'il fut ordonné à cbaque compaignie, les unes à Paris, aultres à Meaux, aultres à Troyes en Champaigne, et aultres lieux. Il fut ordonné aux chefs, capitaines, guidons, lieutenans, d'aller faire le serment, devant le roy, de fidélité et loyauté à Dieu, à la religion catholicque et à la couronne de France. Et fut commandé auxditz chefz des compagnies d'ordonnances de faire faire pareil serment aux gens de leurs compaignies, en leur faisant faire monstre, sous peine de les casser des ordonnances de S. M. Et furent icelles monstres proclamées au quinziesme jour du mois de may de ceste année et furent faictes en armes.

Aux joiu^ et lieux assignés à chascune compagnie pour faire icelles monstres, y eut beaucoup de faidtes. Car plusieurs compagnies, au

1562. lieu d'aller es villes à eux désignées pour le service du roy, s'en allèrent à Orléans, pour le service du prince de Condé et des huguenotz contre le roy. Des aultres compagnies qui obéirent et demeurèrent au service du roy, plusieurs particidiers se cassèrent et quit* tèrent le roy pour aller au service du prince et de la cause; aultres furent cassez par les chefz desdittes compagnies, pour ce qu^on sçavoit qu'ilz faisoient profession de laditte prétendue religion et refusoient de faire le serment de combatre contre ceux d'icelle prétendue religion. Il se trouva des personnes de toutes qualitez, de tous âges et de tous sexes, qui se trouvèrent du party de ceste faulse prétendue religion, tant de la maison du roy, des princes que du royaume. Plusieurs chevaliers de Tordre du roy, plusieurs chevaliers de l'ordre de mons. S*-Jehan de Jérusalem, templiers, commandeurs et chevaliers de Malthe, plusieurs prebstres, aulcuns évesques, cardinaux, abbez, prieurs, moynes, gentilshommes, bourgois de ville, marchans, damoiselles et artisans se trouvèrent de la prétendue religion, contre l'égUse catholicque et contre le roy, les ungs avec port d'armes, les aultres par contribution de deniers, qui rendit leur cause merveilleusement forte. Tous qui estoient dextres à porter les armes et qui avoient moyen de s'ccquipper de pied ou de cheval allèrent au service dudit prince et de laditte cause. Ceux qui nepouvoient allei' à laditte guerre fournissoient argent et contribuoient pour Tentreténement d'icelle contre le roy et la religion catholicque; comme faisoient en ce pays de Provins frère Pierre Pisseret, moyne, prieur

de la Fontaine aux Bois; maistre Deninat, trésorier de l'église

de Bray, prebstre et chanoine; M^ Andié de Gramont, prieur de S*-Ayoul de Provins, demourant audit heu, lequel de Grandmont enroUa au nom d'ung sien parent, nommé mons. de Basordan ou Basjourdain, le plus de soldalz de ce pays qu'il put, et, leiu* ayant baillé argent, les envoyoit à Orléans les ungs après les aultres, trois à trois, quatre à quatre, cinq à cinq, et non en plus grande trouppe, de peur d'estre descouvers et manifestez. Et le lieu où il chargea le plus desclictz soldatz fut es environs de la forest du Gault, comme à

la Forestière, Champguion et auitres lieux des environs de la ville de 1562. Sézanne, et en envoya le nombre de soixante à quatre-vingtz , avec argent pour les équipper et nourrir jusques audit Orléans, où là estoient receus par ledit Basordan pour faire service audit prince de Condé et à ladittc cause. La damoiselle dTverny, dame d^Aulnoy et de Cousture, faisoit grande contribution à laditte cause, comme aussi faisoient Tabbc de S*-Jacques de Provins, nommé La Chesnais, Tesleu Barengeon, ses deux frères, M*^ Jehan Saulsoy, médecin, sa mère, ung de ses frères, Tapoticaire, Marc Bôyer, procureur, et encores quelques auitres dudit Provins, qui faisoient profession d'icelle prétendue religion.

Le roy expédia commissions de toutes partz pour lever gens de pied, chevaux d'artillerie, pionniers et castadours, pour aller à la guerre contre ledit prince et ses huguenotz; et furent les commissions de lever les gens de pied données aux capitaines cognus, qui jà avoient faict service au roy es guerres dernières contre l'Empereur et le roy d'Espaigne. Les capitaines qui eurent charge, en ce pays de Champaigne et Brie, de lever des solda tz, furent les sieurs de Rancé-Corcelle, de Risocoiul, de Herbin, de la Lune, de la Rue au Ry, dict le Capitaine faictnéant, et le capitaine La Grue de Villenauxe, archer des prévostz des mareschaux, duquel nous avons parlé en l'an dernier passé ^ Pionniers furent levez, chevaux d'artillerie enharnachez pour le service du roy, et envoyez tous à Estampes, où le roy fit dresser et amasser son camp pour aller contre ledit prince, ses huguenotz et la cause.

Durant le temps que le roy donnoit ordre au faict de la guerre pour amasser son camp, mons. le prince de Condé, l'admirai et d'Andelot n'estoient à repos, ayant à leur ayde mons. de la Rochefoucault, prince de France, mons. le prince Portien^, seigneur de Sedan, avec le capitaine Lorge, appelle le seigneur de Mongomery, qui estoit celuy qui avoit tué le roy Henry, tous hommes signalez

' Page aSo. né en i5â1i mort en 1667. (Voy. Addit.

' Antoine deCroy, prince de Porcien, aax Mémoires de Castelnaa, t. I, p. 389.)

1562. et fort experts en faict de guerre; lesquelz tindrent conseil du moyen qu ilz avoient de faire la guerre au roy et à la religion catholicque et romaine. Laditte religion servit de couverture audit sieur prince de Condé et aux siens pour faire la guerre au roy et au royaume, et leur eust encores servy pour s'emparer de la couronne, s'ilz fussent venus à chef de leur entreprinse. La résolution desditz sieurs fut telle, qu'il falloit que chascun d'eux emploiast les moyens qu'il avoit pour attirer gens de toutes qualitez à leur party» tousjours soubz le nom de la liberté que la prétendue religion apporteroit, et de la récompense que chascun en auroît. Aux grands seigneurs estoient promis les premiers lieux et estatz du royaume; aux gentilshommes, les faveurs et bienfaictz, estant récompensez par le bien des églises, qui leur seroit distribué chascun en son lieu, pour le posséder en vray héritage; aux ecclésiastiques, la liberté de la chair, par le mariage qui leur seroit permis, avec la charge du gouvernement de l'église réformée, pour en estre ministres, diacres et surveillans; au tiers-état, gens des villes et des villages, la liberté de franchises en toute paix, sans plus payer tailles, emprunctz, gabelles, ni aultres impositions quelconques, et sans jamais avoir guerre, après que celle-ci seroit finie, qui debvoit estre en peu de temps.

Outre ce, arrestèrent qu'ilz de laditte religion n'estoient encores assez fortz en France pour tenir bon, fust à assaillir ou à se deffendre contre le roy et les catholicques, et que pour ce leur estoit besoin de se retirer aux nations étrangères d'Angleterre et d'Allemagne, qui faisoicnt profession de laditte prétendue religion, affin d'estre par eux secouruz et aydez; mais demeurèrent longtemps en leur délibération à regarder le moyen comment ilz pourroient avoir la faveur desdittes nations cstrangères et soubz quel prétexte ilz oseroient les requérir de leur ayder. Touteffois, à la fin conclurent qu'ilz les requerroient au nom et faveur du roy, lequel ilz diroient estre prisonnier et sa mère aussi es mains du roy de Navarre et de mons. de Guise, qui se vouloient emparer du royaume de France et les tenoient prisonniers à ceste fin.

Le cardinal de Chàtillon est envoyé par le conseil des protestants auprès de 1562. la reine d'Angleterre, pour lui demander des secours d'hommes et d'argent. 11 expose à cette princesse que les Guises tiennent prisonnier le jeune Charles IX et sa mère, qu'ils ont chassé les princes du sang de France et que leur dessein est de s'emparer du royaume ; il signale le mécontentement de la noblesse , qui néanmoins n'ose prendre les armes à cause des services rendus au pays par le duc de Guise du temps de Henri II, et l'impuissance du prince de Condé et de ses adhérents à délivrer le roi sans assistance étrangère. Elisabeth accorde au cardinal un secours de deux à trois mille hommes et autant de millions d'argent, dont lui et quelques seigneurs de sa suite se portent caution ^

Monsieur d'Andeiot, frère dudit cardinal de Chastilion et de Tadmiral, fut délégué par le conseil du prince et de la cause, pour aller pour eux ambassader et pourter telle harangue aux seigneurs d'Allemaigne protestans et usans de laditte prétendue religion réformée; et s'adressa au conte palatin du Rhin, auquel, oultre la harangue faicte par son frère à la royne d'Angleterre , il monstra lettres expédiées du grand sceau de la chancellerie, que leur avoit délivré le chancelier, qui tenoit pour eux, avec la subscription du roy contrefaicte, où estoient escritz ces motz, Charles, et au dessoubz le nom d'ung des secrétaires du roy, qui donnoit argument auxditz royne d'Angleterre et conte palatin que la requeste desditz ambassadeurs estoit civille et véritable. Le conte palatin receut fort favorablement ledit sieur d'Andelot, auquel il promis! secours et ayde d'hommes pour son argent et celuy de la cause. Ledit d'Andelot demoura avec luy pour la levée d'hommes allcmans, qu'on appela Reistres; il en leva et enroUa jusqu'au nombre de six milles, qu'il trouva avec toute difficulté, faulte d'argent, et fut bien le temps de cinq mois avant que de les mettre aux champs^.

Pour les payer et pour trouver argent, fut faicte taille sur les hu-

* On trouve dans les Mémoires de Condé la protection de la cause de Dieu , la dé-

le texte du traité conclu entre la reine d*An- fense du roi et de son royaume contre les

glelcrre et le prince de Condé, en date du auteurs des troubles (t. IIL p- 693).

1 0 septembre 1 56a (t. Ul, p. 6189) , et de la ' Voyez dans les Mémoires de Condé .

protestation dans laquelle Elisabeth ex- t. III, des lettres relatives à Tenvoi des

plique les motifs qui Font mue à prendre reitres en France.

1562. guenotz de France de toutes qualitez, tant des villes que villages, nobles, prebstres, marchans, bourgeois et artisans qui faisoient profession de laditte prétendue religion. Mais ce moyen fut fort long, par quoy le conseil de la cause fut d'avis que le prince de Condé fist forger de For et de l'argent des calices et croix des églises qu^ilz a voient pillées et saccagées. Ce qu'il fit, et, pour ne poinct desgouster les nations estrangères du bon vouloir qu'elles avoient de le secourir au nom du roy, fit forger et marquer les espèces d'or et d'argent qu'il fit faire au coing et nom du roy de France, et les espèces qu'il fist le plus forger furent cscuz et testons. Ce pendant qu'on foi^eoit lesditz or et argent, il prince de Condé se saisit et se fit saisir des receptes des tailles, gabelles et impositions du roy en toutes les villes et élections qu Hz tenoient, ensemble des deniers du domaine du roy, avec lesquelz appliqua le revenu des églises pour le payement et entreténement de la guerre contre le roy.

En attendant que le secours fust venu des estrangers en France pour les huguenotz, mons. le prince de Condé fit une protestation et déclaration sur la prinse des armes par luy et les gens de la cause.

Dans celte pièce, il cherche à justifier sa conduite; il expose que lui et ses adhérents ont entrepris la guerre pour la défense du roi et de sa mère, pour le rétablissement de Tautorité royale et du repos public, et qu'ils ont été sollicités à agir ainsi par des lettres de Catherine de Médicis.

Laquelle déclaration et protestation il fit imprimer, comme aussi les lettres de laditte dame royne, pour monstrer à un chascun sa cause estre juste et équitable ^ Toutesfois, nul homme du royamne, tant ceux de son party que des catholicques, n'a creu à laditte déclara-

* Au sujet de ces pièces, voyez plus mai. (Id. ibid. p. 364.) — Dans les com-

haut, p. 289, note 3, et a^y, note 1. Voy. missions données en i56a au nom du

aussi : Discours sur la captivité du roy, prince de Condé, ce seigneur est désigné

1 562, mai. » (Mém. de Condé, 1. 111 , p. Sy/i.) sous le titre de protecteur et défenseur de la

— Advertissement à la royne mère du roy, maison et couronne de France, touchant les misères du royaume. 1 662 ,

tion, qu'on savoitbien estre faulse quant à Temprisonnement du roy 1562. et de la royne et au deschassement des princes. Pour le regard des lettres de la royne mère, qu'il disoit luy avoir esté par elle envoyées, je crois bien qu'il estoit vray, car elles ont esté depuis imprimées et veues par ung millier de personnes. La cautelle et malice de la dame estoit si grande, qu'elle se délectoit de mettre les princes en division et hayne les ungs contre les aultrcs, affin qu'elle régnast et qu'elle demeurast gouvernante seulle de son filz et du royaume.

Cette déclaration donna hardiesse à plusieurs personnes du royaume, encores qu'elles sceussent bien le contraire de ce qu'elle contenoit; mais les lettres de la royne mère, desquelles estoit faict mention en icelle, leur bailla courage d'aller, avec le pillage des églises et ecclésiasticques que ledit prince permettoit estre faict sans aulcune répréhention, comme aussi toute aultre manière de vollerie par les chemins et villes surprinses. Les gentilshommes de ce pays qui y furent et des premiers furent les sieurs d'Esternay, de Saint- Symon, seigneur de Chantaloue, parroisse de Bauchery, de Besancourt, filz de la femme dudit S*-Symon, de Umbrée, du Buat, parroisse de Bannost, d'Acou, seigneur d'Everly en partie, de Lumigny, de Mouy et aultres, desquelz je n'ai sceu le nom pour ce qu'ilz estoient gentilshommes sans renom, avec lesquelz furent plusieurs vacabonz, tant des villes que des villages, gens sans Dieu, sans loy et sans foy.

Les gens de mons. le prince de Condé ne se jettèrent aux champs du premier coup en armes pour assaillir ni combattre; mais, en attendant ses forces d'Angleterre et Allemagne , le prince envoya tout ce qu'il a voit de François en garnison dans les villes qui tenoient pour son party et qui avoient par les gens de la cause esté surprinses en faveur de luy et de la prétendue religion. Et si se travailla fort pour en faire surprendre et rebeller d'aultres de toutes partz et endroictz du royaume , pour donner plus de fascherie et empeschement au roy et aux catholicques ; et pour ce faire , travailloient fort les princes et grans seigneurs de son party. M. le prince Portien couroit les pays de

1562. Champaigne et Brie avec de quatre à cinq cens chevaux , pour tascher par surprinses et intelligences à entrer dans les villes desditz pays.

Il perdît une belle occasion de la ville de Troyes, que ses gens avoient surprinse à l'improviste; ils se firent maistres de quelques portes, par Tintelligence qu'ilz avoient eue avec des huguenotz de la ville qui leur aydoient; mais ne se purent faire maistres de toute la ville, par la vaillance de mons. de Sainct-Falle \ bally dudit lieu, qui y esloit ce jour -là; qui, au premier bruict, s'arma et fit armer les habitans, lesquelz se ruèrent sur les huguenotz, tant assaillans que ceux de la ville, à grand oultrance, et tant firent, il de Sainct-Falle et les habitans, qu'ilz regangnèrent leurs portes vertueusement, ayant taillé en pièces tout ce qui se rencontra en leur voye des huguenotz. L'évesque, qui se faisoit nommer le prinœ de Melphe, gangna sa rançon poiu* n'avoir esté trouvé en laditte ville par les catholicques, qui firent debvoir de le bien cercher en son évesché et par la ville pour le massacrer, d'aultant qu'il estoit huguenot et aydant à trahir icelle ville. Il fiit tué environ 200 personnes huguenotz à laditte émeute.

H prince Portien, estant audit pays de Champaigne et Brie au mois d'apvril de ceste présente année, sur les jours que les villes d'Orléans et aullres furent surprinses desdictz huguenotz, praticqua avec maistre Jehan AUeaume, bally de Provins, et Jehan de Ville, procureur du roy, de luy livrer laditte ville de Provins et de le mettre dedans au nom et faveur de mons. le prince de Condé et de la cause, ou du moings de luy dire le moyen d'y entrer de nuict ou de jour au desçu des habitans catholicques d'icelle, pour s'en faire maistre. Le jour, le moyen et l'heure donnés audit seigneur, ordonna ses gens pour venir à chef de fentreprinse , qui, par le vouloir de Dieu, fut assez mal conduitte de leur part, dont bien en advint à laditte ville. Au jour assigné, dont la nuict ensuivant debvoit laditte ville estre surprinse, dès les quatre heures du soir et plus tost, arrivèrent

' Anne de Vaudrey, s' de S*-Phal. — Sur la famille de S'-Phal, voy. Ylhier, Nobiliaire de Provitis, p. 1 74.

audit Qipovins, les ungs après les aultres, par petites trouppes, bien le 1562. nombre de cinquante hommes à cheval, assez bien enhamachez et armez, qui se logèrent es hostelleries de TEscu de France, du Gras- Mouton et aultres, et qui, faisant bonne miné, visitèrent lesdittes hostelleries et logis pour de cinq à six cens chevaux qu ilz disoient debvoir arriver audit Provins, cedit jour, assez tard; et dirent estre le train d'ung prince qu ilz ne nommèrent poinct. Incontinent que les huguenotz de la ville dudit Provins veirent arriver lesditz cinquante hommes dessus dictz, s'aprochèrent des principaux qu'ilz cognoissoient, pour les carresser, et apperceut-on quilz faisoient bonne mine les ungs aux aidtres. Les principaux de laditte entreprinse se firent conduire par quelques ungs desdictz huguenotz de Provins au logis du bally, où ilz entrèrent pour se mieux recorder sur l'exécution de Tentreprinse ; laquelle résolue entre eux, se retirèrent en leurs hostelleries. Or n y eut-il huguenot de Provins qui ne allast faire la caresse auxditz arrivez et d'une gayeté de cœur.

De quoy premier s'apperceut Jehan le Dain, hostelier du Gras-Mouton, homme de bon esprit et bon citoien, lequel, avant qu'en parler à personne, ayant bien remarqué la manière de faire et contenance de ceux qui estoient logez en sa maison, s'en alla visiter l'Escu de France jusques es estables, poiu* sçavoir combien de chevaux estoient logez là dedans, pour considérer les gestes et manière de faire des hommes qui là estoient logez et pour voir s'ilz respondoient à ceux cpii estoient logez chez luy; lequel les trouva d'une mesme façon. Il appella l'hoste du logis, qui s'appelloit Jehan Naudier, homme certes de bonne mise, pour conférer ensemble sur la manière de faire et de dire de ses hommes, et après avoir bonnement remarcqué leurs faictz, dictz, allées, venues, gestes et parlemens, résolurent que ^

c'estoit quelque menée secrette qu'on vouloit faire et entreprendre en domage de la ville, et sur fheure allèrent cercher les procureur et eschevins de la ville, pour leur donner advertissement du tout, affin de se donner garde d'estre surprins. Lesquelz tous ensemble s'allèrent conseiller et demander l'advis de M* Philippe Durant, président

1562, du siège présidial dudit Provins, homme entier pour la répq^iicque de laditte ville et bien expérimenté en toutes choses; lequel leur bailla conseil que, entre les sept et huict heures du soir, ilz allassent fermer toutes les portes et lever tous les pontz de laditte ville, et qu Hz emportassent les clefz en leurs maisons, affin de remédier à la surprinse qu'on doidjtoit, et quant et quant de faire armer quelques cent hommes pour faire le guet de nuict par les rues et principallement devant les hostelleries où cstoient logez les gens doubteux. Ce qui fut faict fort secrettement. Après que les portes furent fermées, ilz procureiu'S et eschevins ordonnèrent cinquante hommes sur les murailles des portes de Jouy et de S^-Jehan, par où on espéroit que debvoit arriver le train, auxquelz fut ordonné de ne sonner mot, ains de faire guet continuellement pour descouvrir ce quilz verroient et ouroienl.

Après que les dix heures du soir furent passées, arrivèrent à la porte de Jouy les espies dudit prince Portien, qui allèrent descouvrir en quel estât estoicnt toutes choses; lesquelz, quelquement espouvanlez, quand ilz virent les pontz levez, Icsportes fermées, et le silence si grand dans la ville, coururent à leur prince, qui estoit à Mortery, luy dire ce qu ilz avoient veu; mais il pensa le tout bien aller et que la closture desdittes portes et pontz4evis pouvoit estre occupée par leurs gens et huguenotz de la ville, veu que le silence y estoit si grand qu'ilz disoienl. Et, sur ce rapport, fit cheminer ses gens et luy avec audit Provins, lesquelz, quand ilz furent à la barrière, dirent les motz du guet par trois fois assez foiblement, que noz gens de la ville ne purent entendre; et, voyans que nul leur respondoit, crièrent haultement et heurtèient à la barrière à grands coups pour avoir nouvelle de quelqu'un de dedans. Auxquelz fut respondu par ung homme dudit Provins commis des aultres pour porter la paroUe, qui en respondant demanda : « Qui va là? » Auquel fut dit par ung des gens dudit prince que c'estoit nions, le prince de Portien qui demandoit passage par la ville de Provins pour s'en aller en Bourgongne aux affaires du roy, et que pour ce on leur ouvrast la porte tout à l'instant. —

Auquel icspondil celuy de la ville qu'il ne luy estoil possible d'où- 1562. vrir laditte porte pour ceste nuict, ni demain qu'il ne fusl liuict heures du matin, parce que les gouverneurs de laditte ville avoient, dès le soleil couché, emporté les clefz en leurs maisons. — A laquelle response, s'exclama ledit prince en disant: « Ah diable! noz gens sont massacrez, noslre entreprinse est descouverte. Tourne bride, tourne bride! » Et ce dit, prindrent leur chemin par dessus les fossez de la ville et allèrent gangner la chapelle de S*-Jehan hors la porte, et dévalèrent droict au Méez-Ia-Magdalène , pour aller passer au moulin de llésonart. Après lesquelz, s'cscrièrent les gens qui falsoient le guet ^ de la ville sur les murailles, et à gorge desployée s escrièrent, « Au renard, au renard! » puis après : « A l'arme, à l'arme! » Et fut ce cry porté d'huis en huis, de main en main par toute la ville. Les habitans sortirent alors de leurs maisons les armes au poing et une partie d'enti^'eux fut par les gouverneurs envoyée sur les murailles de la ville faire le guet, l'aultre mise en corps de gardes en divers lieux des rues de ladilte ville. — Auquel cry et bruict, sortit le bailly tout armé de son logis, avec une douzaine de ceux de la trahison, qui furent bien attonnez quand ilz virent toute la ville en armes avec chandelles allumées par les rues, d'huis en huis. Lesquelz furent par le guet bien resserez, comme aussi furent ceux qui estoient logez es hostelleries, lesquelz avoient esté empeschez de sortir dès le soir quilz voulurent aller aux escoutes, et pensoient bien estre à leur dernier jour. Toulesfois, par le conseil dudit président, qui toute nuict fut par les rues à gouverner l'affaire, n'eurent aulcun mal , et furent renvoyez au lendemain huict heures après leur maistre , sans aulcun domage.

Dès ceste nuict, les habitans de Provins commencèrent à faire guet et au lendemain à fermer la porte, pour se garder d'estre surprins. Ce fut Dieu qui gouverna cesle entreprinse pour les garder; et, si ledit prince Portien et ses gens eussent attendu à se monstrer audit Provins jusques à huict heures du soir sans parler à personne, y eussent entré tout à leur ayse, sans empescheraent quelconque. Car jusques

1562. à ce jour les portes de la ville ne fermèrent de nuict. Ledit bally fut fort blasnié des ungs et des aultres; il fut blasmé des huguenotz do ce qu'il n'avoit mis à bonne fin son entreprinse et trahison; et des habitans de la ville de leur avoir esté traître, et oncques depuis, durant le cours de ceste guerre, n'eut gouvernement des affaires de leur ville et fut d'eux réputé traître et proditeur de sa patrie, lequel, en ce qu'il put, s'en excusa envers les ungs et les aultres.

Durant le temps que le roy et les huguenotz faisoient chascun de leur costé leurs appareil/ de guerre pour courre l'ung sur l'auitre, advint que le feu fut mis dans l'arsenac de la ville de Paris, sans qu'on sceust aulcunement qui l'avoit mis, sinon qu'on estima et crut-on que c'avoient esté les huguenotz, pour brusler les pouidres à canon et sallepcstres qui esloient dedans, et pour tascher par ce moyen à brusler la ville de Paris, en vengeance de ce qu'elle n'avoit esté saccagée ni prinse par lesdilz huguenotz et gens du prince de ('onde, par la diligence de mons. de Guise et des Parisiens, et aussi poTU' aflbiblir le roy et le royaimie d'aultant. Ce feu allumé aux pouidres dudit arsenac, qui estoiont en grande quantité, mena ung bruict moult efiroiable dans laditte ville et pourta ung grand domage. Plusiein\s personnes furent meurtries et tuées des pierres et pièces de bois que la fureur du feu et dcsdiltes pouidres chassa au loing, plusieurs maisons d'alentour dudit arsenac furent rompues et bruslées, comme aussi aulcuncs qui en estoient assez loing.

Ce faict cousta la vie et les biens à de huict à neuf cens personnes huguenotz de laditte ville de Paris, qui s'y trouvèrent quand la sédition commença. Car les Parisiens, se voyant assaillis par le feu mis audit arcenac, s'eslevèrent contre les huguenotz de leur ville si furieusement qu'ilz ne pouvoient trouver lieu de seureté pour se saulver d'estre tuez, murtris et saccagez. Plusieurs huguenotz se réfugièrent dedans les églises, pour contrefaire les catholiccjues, mais en furent bien tirés hors par les crocheteurs et gens incognus qui les massacroient^ Heureux estoit le huguenot qui avoit

Sur les cruautés commises par les callioliques envers les protestants, voy. de Thou .

ung amy prebstre ou moyne pour se saulver en sa maison ou pour 1562. emprunter sa robbe et son froc. Les petits enfans seulz furent réservez, moyennant qu ilz n'eussent discrétion de sçavoir discerner du bien au mal. La sédition dura huict jours entiers à tousjours cercher huguenotz en ladilte ville, où furent commis plusieiu's abus; car, soubz le nom de huguenotz, plusieurs catholicques furent tuez, massacrez et jettez en la rivière par leurs ennemys et ceux à qui ilz les accusoient. Ce mot de huguenot estoit pour lors audit Paris en si grande haine que, pour faire tuer ung homme par les rues et le massacrer, il ne falloit que dire aux massacreurs , « Voilà ung huguenot I » tout à l'instant, sans en enquérir davantage, le pauvre homme estoit mort; et se trouva cinq ou six bons catholicques avoir esté tuez en ceste façon*. Duquel abus furent advertis messieurs de la court de parlement, lesquelz firent deffenses au palais et par les carrefouis de la ville qu'on ne tuast ni qu'on ne massacrast plus personne desditz huguenotz, mais, là où on en trouveroit, qu'on les appréhendast au corps et qu'on les menast prisonniers pour faire leur procès et procéder contre eux par voye de justice, et qu'on n'y espargnast personne, de quelque qualité ou condition quilz fussent; ce qui fut faict, de sorte que plusieurs desditz huguenotz qui avoient eschappé la sédition ne purent eschapper la prison^. Lesquelz, par sentence de justice,

1. XXX, et le Bulletin de la Société de ment de Paris, quiordoone que le lieutenant

rhistoire du protestantisme français. civil et quelques officiers du Châtelet mar-

^ « Règlement pour la garde et seureté cheront par les rues de cette ville, pour y

de Paris, par mons. de Brissac, gouver- faire arrêter les séditieux, 4 juillet 1662.

neur. 9 juin i56a.» (Bibl. imp. Fonta- (Mém,deCondé,iAll,p,b23.) — «Arrestet

nieu, vol. 3oi-3oa.) ordonnance de la court de Parlement sur

* « Arreslde la cour, du 6*juin 1 56a, qui Tinjonction à tous officiers royaux et autres

ordonne la profession de foy de laditte cour de faire profession de leur foy et religion

et de tous les officiers d^icelle, et qu'il seroit catholicque , 1 a juillet 1 56a. » Paris , sans

fait procession , à laquelle laditte cour assis- date, 8 p. in-8*.— • Acte de profession publi-

leroit en robbes rouges, pour Texpiation des que de foi, signé des prévost des marchands ,

blasphèmes, exceds et cas exécrables conmiis échevins de Paris , conseillers de ville , pro-

en Téglise de S*-Médart , par les malsentant curcur, receveur, quarteniers , sergens de

de nostre s^ foy catholique. > (Imprimé; vol. la ville, etc. a & et 27 juillet i56a. » (Bibl.

3oi-3oa de Fontanieu.) — Arrêt du parle- imp. ms. de Colbert, vol. a6a , p. aoy.)

156"2. furent exécutez, les ungs pendus et esiranglez, lus aullrcs rompus et mis sur des roues, estans, avec le crime d'hérésie, convaincus de nuiiires, volleries et saccagemens des églises el ecclésiasticques ; entre lesquelz furent exécutez Gabaston, chevalier du guet de Paris, pour le saccagement de Féglise de S'-Médai't\ et quasi une douzaine de prédicans. Le pillage fui deffendu, quant et quant la sédition durant laquelle avoit esté permis ou toUéré, et Dieu sçait que plusieurs pauvres crocheteurs et portefais furent faictz riches et plusieurs huguenolz pauvres. Les maisons des huguenotz, tant de ceux qui avoiont esté saccagez, pillez, que aulfies absens, furent toutes marquées et scellées des armes ou armoiries du roy, et les biens mis en inventaires et soubz la charge de commissaires ordonnez de par ie roy, jusques à ce que S. M. et la court de parlement en eussent ordoimé. Va fut par ce moyen laditte ville de Paris si bien nettoiée de huguenotz que les plus hardis n'eussent osé dire quilz en eussent esté. Kt tous ceux qui avoient esté soid)çonnez de resIre et ([ui avoient pour quelque temps délaissé et intermis le service divin des églises catholicques, n'en rhoboienl quasi plus jour ni nuict, pour saulyer leurs vies et leurs biens; et oullre ce, pour estre veus catholicques, pendirent des croix et des ymagcs des sainctz à leurs chappeaux, et les dames des patenostres à leurs cinctures.

Sitost que les huguenotz scurent la sédition faicte à Paris sur leurs

' Voici rc qu'on lit dans le Journal des ôvéncmenis de iï)Cyi indique plus liaul : « Le xxT d'aousl, Gal);Kslon, capitaine du gel, fiitdescapité cl puys hrusié à S'-.Iehan en Grewe, pour avoir esté au pillaige de S*-Médard cl avoir favory aux huguenolz el aullrcs mal fcclz. Le R. el A. cl W. le vouloil forl sauver; mais ne fui jamais possible, car le peuple esloil lanl animé ronlrc luy que, si l'on l'oùl cslargy, l'on creignoil que le peuple ne fit violance à la court de parlement mesmes. 11 morut calholicquc, tenant tousjours la croys en

sa main el la baisant , se confessa el voulcut avoir absolution de la main du prcbslrc; avant qu'il IVil doscapité, demanda un saJcc rccj'ma, de sorte que le peuple, qui lui vouloil si grand mal, fut soubdain réconcilié, voyant sa fm. Touiesfoys, il y eut un croclieteur, accompaigné de quelques enfans mal nourris, lesquelz, quant la justice fut partie du lieu du supplice, prindrcnl le corps qui estoit presque tout bruslé, et le traînèrent par la ville et puis le pourtèrent à une vouerie achever de le brusler. (Revae rétrospective, t. V.)

frères de la prétendue religion, redoublèrent leur rage sur les catho- 1562. licques et principallement sur les prebstres et sur les églises, lesquelz prebstres et églises ils saccagèrent comme devant. Hz abatirent la grande église de S**^-Croix d'Orléans, rez pied rez terre, et plusieurs aultres en plusieurs aultres lieux. Et non contens de saccager lesdittes églises et prebstres, ilz quant et quant exercèrent leur rage et cruauté sur les entrailles et ossemens des roys et princes trespassez. Premièrement, ilz huguenotz qui estoient dans Orléans, tant ceux de la garnison que ceux de la ville, avant que d'abatre l'église S**-Croix, desterrèrent le cœur, frescheure et entrailles du feu petit roy Françoys second, qui estoient enterrez en laditte église, dans ung petit coflret de plomb, et les jettèrent aux chiens, ayant premièrement fricassé son cœiur en une pesle sur le feu avec gresse. Et fut dict pour tout vray qu'il se trouva desditz huguenotz qui se monstrèrent si cruelz qu'ilz en mangèrent, combien qu'il y eust jà près de deux ans entiers qu'il estoit mort.

Pareillement, les huguenotz de la garnison de la ville de Vendosme rompirent les monumens et sépulchres des ayeulx et père de leur chef le prince de Condé et du roy de Navarre; les ossemens et pouldre desquelz ilz jettèrent au vent et par les champs, pour avoir le plomb de leurs bières et cerceuils^

Ceux de la ville de Bourges en Berry^ en firent aultant au monument d'une dame et contesse dudit lieu, qui estoit là enterrée il y avoit de cent à six vingtz ans, ainsi qu'il apparoissoit en cscript siur le tombeau d'icelle. Laquelle dame, après ledit tombeau ouvert, fut trouvée aussi belle, vermeille, saine et entière en son corps comme le jour qu'elle mourut, sans que ung seul de ses cheveux fust tombé ni hors de sa teste. Ce nonobstant, lesditz enragez ne furent pour ce esmeuz à miséricorde envers le corps de laditte dame, lequel ilz dépiécèrent par pièces et morceaux, et les jettèrent par les rues dudit Bourges; qui fut ung faict, avec la fricassée du cœur du roy, fort barbare et tirannicque.

' Voy. de Thou, \. XXX. — ' Voy. lUistoire du Berry, par M. Raynal, 1. IV.

ir)fi5. De laquelle tirannie furent faschez tous chrestiens catholicques, roninie aussi furent aulcuns luiguenotz qui estoient audit Bourges; lesquelz cux-mesnncs jugèrent, après avoir veu le corps de laditte (lame si entier en son tombeau, sans estre aulcunenient terni ni consunmié des vei's ni de vieillesse , qu'il y avoit en ce quekpie chose de (livinne volunté. Et en ai cognu ungqui se retira de la huguenotterie cl hérésie pour l'avoir veu, qui estoit ung maistre soldat; lequel, au partir dudit Bourges le jour mesme, pour se retirer en sa maison, «emporta avec soy une grande pongnée des cheveux d'icelle dame, qu'il monstra à toutes personnes qui les volurent veolr, tenir et manier, et lus ung de ceux qui les mania et visita, si tost qu'il fut de retour en sa maison. Lequel oncques depuis ne voulut estre et ne fut huguenot , pour avoir veu ce falcl si barbare, commis par ses frères et compai* ^nons réformez.

Les huguenotz, estans entrez à Vendosmes, allèrent visiter toutes les églisps à leui' mode et diabollcquc dévotion, qui estoit pour tout piller, voiler, desrober et saccager, fussent croix, calices, oiphévreries (for (»t d'argent qui estoient à l'entour des relicques des sainctz; qui toutes furent, par la permission de Dieu, pillées et voilées, excepté la saincte larme de Nostre Seigneur, qui est la principalle relicque qui lust dans laditte ville de Vendosme. Et est ceste une des larmes qui tomba des yeux de nostre Seigneur Jésus-Christ, quand il résuscita le Lazare, frère des mères Marthe et Magdelène de Bétanie lez Jérusalem; laquelle saincte larme les pères et ayculx du prince de Condé, nommez messieurs de Bourbon, avoient en grande révérence et honiieur, et l'avoient jadis raportée de Jérusalem par grande dévotion, pour en décorer leur ville de Vendosme, ville principalle deleur patrimoyne, La({uelle saincte larme fut saulvée par ung prebstre séculier natif de Vendosme, qui l'apporta en habit dissimulé dans la ville de Paris à saulveté; où estant, ayant entendu que madame l'abbesse du luonastère des rehgicuses dcChelles, à quatre lieues de Paris, estoit une saincte et catholicque princesse, sœur du roy de Navarre et dudit prince de Condé, luy porta ledit joyau et saincte relicque en garde.

comme digne de ce, à l'exemple de son père etayeuk, qui toute leur 1502. vie s'estoient portez protecteurs et gardiens d'icelle. Je ne sçai si j'équivocque poinct en disant que ledit prebstre eust porté laditle saincte larme à Chelles à laditte dame, et croy que ouy, et me semble que iaditte dame, ayant entendu laditte saincte larme estre à Paris, au monastère des dames cordelières de Longchamp, comme princesse du sang royal et fille de la maison de Vendosme et de Bourbon, sollicita par force de justice d'avoir la garde de ceste saincte relicque , qui luy fut adjugée par messieurs de la court de parlement ; laquelle la fit porter dans son abbaye et monastère de Chelles, où sont grand nombre de nobles dames religieuses princesses des maisons de France , où fut laditte saincte larme depuis ceste année jusques à Tan 1675 ou 1 6 qu'elle fut reportée audit lieu de Vendosme.

Le roy ayant, par le roy de Navarre et mons. de Guise, délivré les commissions aux capitaines pour lever et mettre gens aux champs pour son service, le tabourin commença à sonner de toutes parlz pour lever soldatz et les enroUer. Lesquelz furent levez assez légèrement et hastivement, mais fort lentement conduictz et menez au camp et service du roy. Ils furent quasi par tout l'esté de ceste présente année à tenir les villages les ungs après les aultrcs (où il n'y avoit gentishommes et seigneurs de crédit pour les saulver) , pour y manger de toutes leurs dens, et pour les rançonner, tant en général qu'en particulier; en général, c'est-à-dire tirer rançon d'ung village poiu* n'y loger, puis rançonner en particulier chascun son hoste du village où ils logeoient. Faidt notter que les gens des villages furent plus cause que les gens d'armes les rançonnèrent que ne furent lesditz gens d'armes de les rançonner; car, pour le commencement de ceste guerre, les gens des villages estoient si riches et plains de tous biens, si bien meublez en leurs maisons de tous meubles, si plains de vollailles et bestial, que c'estoit une noblesse; et pensoient les moings clair-voyans en affaires que ceste guerre ne seroit rien ou bien peu, ne sçachant de quelle importance estoient et sont les guerres civilles. Et pour ce, voyans les gens de guerre rompre leurs belles tables.

Ififitî. coffres bien forbis el reluisans, tuer grande quantité de voliailles. sans estre requis desditz gens de guerre de leur bailler argent, leur en offroient voluniiers affin qu'ilz se passassent à moings de despence, et, pour estre plus paisibles avec eux et pour les appaiser, leur donnoienl dcniy-teston, aultrcs dix soulz et les plus liaultz ung teston, selon le nombre de soldat/ qui estoient logez en la maison; et où ilz se trouvoient plusieurs logez en une mesme maison et chez un mesme hoste, si est-ce que pour tous n'estoit la rançon que d'un teston. Le soldat qui pouvoit estre logé seul on ung logis avoit plus de proiiiBt seul à demy-teston ou cinq soulz que luy donnoit son hoste que n'avoient plusieurs en ung logis. Les gens des villages exhortèrent si bien lesditz gens de guerre à leur bailler rançon par le moyen susdict, qu'en peu de temps après lesditz de guerre volurent chascun leur teston, et d'un vindrent à deux, de deux à trois et de trois à escu pour homme, avant que les troubles cessassent, et si rompirent tables, bancs et torteaux, couches, coffres et escabeaux. {Il y Ci ici une lacune dans le manuscrit. )

Coutures-lcz-Bra) ^ (jui avait refusé de recevoir les compagnies royales, fut fort nialtrailé.

Les filles et jeunes femmes eurent fort à faire à deffendre leur pudicité. Les hommes en fuitte, le bien fuf mis au pillage et tout autre acte de villenie fut par iceux soldalz exercé, Tespacc de trois ou quatre jours qu ilz demeurèrent audit lieu. S'il y eust eu bonne justice en France, Tinsolence faicte audit lieu estoit plus que suffisante pour faire mettre à bon droit ledit Risocourt sur la roue et ses soldatz au gibet. Mons. de la Barge, gentilhomme demourant à Molind'Ocle, parroisse des Ormes, ayant compassion de Taflliction des habitans dudit Costure, ses voysins, pria ledit Risocourt de desloger, comme aussi lit Gond Fortin, archer et garde de la porte du roy, appelle ï Enfant de Goix, demourant à Flamboin, pour l'honneur

' Commune des Ormes, département de Seine-et-Marne.

(lesquelz il deslogea, et n'eut honte de dire que, sans eux, il n'en eust 1562. party de huict jours. Voilà comment il Risocourt et les aultres capitaines de sa faction se travailloient et diligentoient d'aller au camp pour le service du roy. Les rebelles huguenotz pilloient et ravageoient le royaume d'un costé et eux de l'aultrc. Ceux dudit Costure furent si bien estrillez à ceste fois qu'ilz n'eurent plus volunté de tenir bon contre aultres trouppes de gens de pied , ains les laissèrent entrer pour y vivre à discrétion, comme es aidtrcs lieux.

Les habitans du bourg de Tliénisi ^ n'eurent pas meilleur marché d'une aultre compagnie de gens de pied qui les assaillit; je n'ai retenu le nom de leur chef. Hz entrèrent dedans Thénisi non si facilement que Risocourt à Cousture , car les habitans se deffendirent longtemps contre eux avant que de se rendre , jusques à en tuer six ou sept et à en blesser plus d'une vintaine. Qui pareillement leur fut cher vendu; car ilz gens de guerre, estans entrez audit Thénisi , tuèrent plus de douze personnes des habitans qui tombèrent en leurs mains, et si pillèrent tout ce qu'ilz trouvèrent de quoy ilz purent faire leur proufTit. Par ainsi ces trois bourgs feruiez voisins à une lieue fung de Taultre, c'est assavoii* ledit Thénisi, Costures etVimpelles, n'eurent occasion de se mocquer long temps fung de l'aultre; car en moings de vingt jours ilz furent chasticz et battus de mcsmes verges, qui moult les apauvrirent en faict de meubles; car à tous ne leur demoura que ce qu'ilz avoient vestu au jour de leur fuitte et surprise.

Les habitans de Meel-sur-Seine, qui, dès l'an mil cinq cens quarantehuict et neuf, avoient obtenu lettres du roy pour se fermer de fossez quilz firent faire dès lors, eurent quelque oppinion en eux de se fortifier en ceste présente année; et pour ce faire, firent curer leurs fossez et les remparer, en espérance de tenir bon contre les gens d'armes qui journellement logeoient en leurs maisons. Et pour se rendre plus fortz contre iceux gens d'armes , acheptèrent des grais et des pierres pour faire la maçonnerie de leurs portes, et de faict en

' Département de Seine-et-Marne, arrondissement de Provins, canton do, Donnemarie.

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