POLOGNE. — DÉSORDRES COMMIS PAR LES GENS DE GUERRE
L’an mil cinq cens soixante et quatorze, se continuoit la charte de.s vivres et signanuncnt des grains et du vin quasi aussi grande que l’année passée, conxbicn que la famine feust cessée et qu’il n’y eust plus d’cstrangers en ce pays. Depuis la moisson de l’an dernier passé , le blé froment ne fut baillé à meilleur marché que de a 8 s. le bichet ou boisseau, mesure de Provins, le métail que de aa, le seigle que de 17 i/a, l’orge que de la à i5, et l’avène que de 7 et 8; et se continua à ce pris jusques après la my-apvril, que lesditz grains commencèrent 4 rabaisser, c’est-à-dire à devenir à meilleur marché de mieux en mieux, et advint qu'e, au mois de juin de ceste présente année, le blé froment avant la moisson ne valloit plus que ao s. le boisseau, qui ès mois de janvier, febvrier et mars en avoit valu a8, comme dit est, et les aultres grains furent ravalez au pris le pris.
Qui fut cause que le grain fut si cher après la moisson de l’an dernier passé et au commencement de ceste-cy, fut la stérilité des terre.s de la Brie , dont partie , à cause des guerres des années précédentes , estoit demourée en pieux et sans labourer, et l'aultre partie qui fut labourée fut d’un si petit rapport de gerbes, que, si n’eust esté la grenaison que Dieu y envoya, elles n’eussent valu les semences qu’on
1574. y avoit mis. Mais, en si peu de gerbes qu’on recueillit en la moisson de cesle dernière année, la grcnaison y fut si grande que le cent de gerbes faisoient ao et 3 3 boisseaux, et aucunes 3 septicrs. Les avènes ne se trouvèrent si grenées que les aultres grains, parquoy dcmourèrcnt en leur charté.
Le pays de Champaigne et la valéc de la rivière de Seine avoient recueilly des seigles et métaux à plènc année, qui fut cause d'empescher plus grande charté; car ilz menèrent vendre leurs grains ès villes et marchez de la Bric, comme Villcnauxc, Provins, Nangis, Emmillis, Rozay, Columiers, Bazoches, la Ferté-Gaucher, Montmirail et Courgivost, où ilz vendirent bien et eurent bonne délivrance. Les laboureurs et aultres gens de Méry-sus-Seyne, de Sainct-Cyr et les environs amenèrent toute ceste année, jusques à la mois.son et depuis la moisson de l'an dernier, vendre du grain par cbascun jour de la sepmaine en la ville de Provins, et en trouvoient délivrance aussitost qu’ilz estoient arrivez; sans lesquelz, eust esté le grain aussi cher et plus audit Provins que l'an dernier passé.
Justice ne mist poinct de taxe au grain depuis la moisson de l’an dernier, comme clic avoit faict devant, au temps de la famine, et laissa la liberté à un chascun de vendre son grain ce qu'il pouvoit.
Les grains qui estoient en terre en ceste année sembloient fort beaux en herbe et en tuyau, et espéroit-on de faire en la moisson prochaine de ceste année cuyllettc de tous grains, qui se trouvèrent exemptz de brouyne en ceste ditte année.
Fault notter que, dès l’an i536 ou dès auparavant, les bledz froluens en tous pays, par punition de Dieu, par chascune année estoient brouynez, les aucuns plus, les aultres moins, et prenoient ce mal en espiant et florissant , et estoit le grain des espis qui estoient touchez de ce mal noir comme charbon, aysé à escraser, ayant l’escorce comme pourrie; et estoit la farine dudit graiu noire entièrement et de maulvaise odeur, et se mettoient telz grains en poussière en les battant à la grange comme poussier, qui infectoit et noircissoit l'aultre grain qui n'avoit poinct de mal. Et par aucunes années estoient les grains fro-
mens moytié gaslez de ceste bruyne, aultres années moins. Le pain que l'on faisoit de lelz fromens bruynés sans les laver estoit aussi finement noir que de bonne encre ou tinture de drap noir, amer à manger et de maulvais goust; par quoy estoit nécessaire à ceux qui en vouloient faire de beau pain, comme boulangers ou aultres, de le laver en belle caue claire. Geste malédiction ou punition dura quasi par tous les ans, depuis ledit temps de l’an 1 536 jusques à l'an iS'jo, qu’elle cessa par le changement des semences que firent les laboureurs de la Brie ; lesquels , pour eux désanger de ceste bruyne , allèrent achepter Ses semences en la ville de Meaux en Brie, pour avoir des bledz de la France qui n’estoicnt subjectz à ceste maladie. Une chose admirable estoit aux grains : il se trouvoit des espis tous entiers gastez de ceste bruyne, aultres ne l’estoient que à moytié, en aultres n’y avoit de gasté que une maille, en aultres rien; et ne sceurent jamais dire les hommes les plus cxpcrtz qui fussent au pays d’où ou par quel moyen provenoit cela. Aucuns disoient ce provenir des pluyes froides qu'il povoit faire au temps que les iromens espioient. Les aultres disoient ce provenir des musées froides qu’il faisoit en telle saison. Mais les plus saiges et expérimentez ont jugé ce provenir de punition divine, qui présagcoit la poriture et esbloyssemcnt qui sont advenuz et qu’on a veus en France ès coeurs et cerveaux des hommes, qui se sont bruynez et desvoyez de la fidelle et catbolicque religion , pour suyvre la prétendue réformée huguenoticque , qui est pourrie et bruynée, et qui a tasché à corrompre les fidelles, qui sont comme le bon grain, plusieurs desquels ayant esté noircys et soulliez de la noircisure des brouynez , il a fallu les laver de bonne eau vive , qui est la vraye paralle de Dieu , pour en faire de beau pain. Il n'estoit aucune nouvelle de laditte bruyne ès bledz fromens de la Brie et de ce pays françoys avant laditte année 1 536 ouqüelque peu devant, comme l'ay ouy dire aux anciens de ce tcmps-là qui ont vescu depuis; et furent moult esmerveillez lesditz anciens de venir telle punition sur les bledz à la fin de leur temps, ce qu’ilz n’avoient jamais veu ny ouy dire 4 leurs prédécesseurs et pères.
1574. Depuis i’au i 570, on a veu peu de ccste bruyne aux biedz fromens et signamment en la moisson de l’année dernière, et n'y eut nulle décbette sur iceiu, dont bien en advint pour le peu qu’on en recueillit. Mais, quant au regard de la moisson de ceste présente année, y eut une grosse perle et décbette sur les biedz fromens, non par la bruyne acoustumée, mais par ung aultre noveau accident, non acoustumé d'estre veu sur les grains, rpii fut une aridité qui séchea le grain dedans l’espy, incontinent après qu’ilz fromens furent espiez et hors de fleur, et ne grossit oneques plus le grain dedans ledit espy et demoura gresle et maigre, sec et deur à merveille, sansmoesie ne farine.’Cest accident advint sur lesditz grains par petites pluyes, qui tomboient d'en hault par nuages et par divers climatz non à tire, en plain jour, le soleil luysant et donnant sa clarté et chaleur pardedans lesditz nuages; et appella-t-on cest accident manne, et dist-on lesditz biedz fromens frappez de ce mal eslre mannez. Ceste manne ne tomba tout à tire , ains scullement par climatz et contrées, voire mesme en un champ de dix urpens, auquel y avoit quelque rive, ou quelque bout ou millieu qui s’en senloient par seillons et non à tire. Et receurent les laboureurs grosse perte de ceste manne; le feurre ou tuyau des biedz qui esloit arrousé de ce.ste pluye de manne devenoit noir sur le pied et tacheté de diverses couleurs, et si meschant que les bestes n’en vouloient nianger ni verd ni sec, si ce n’estoil par grande faim qu’elles avoient, et ne leur prouflitoit de rien pour leur nourriture; et advint ce depuis la my-juin.
Ceux qui avoient prins à la chandelle des terres emblavées ou les dixmes des parroisses, les biedz estans cncores en'tuyau, demandèrent * diminution du pris ou quantité de grain qu’ilz estoieut tenus d’en rendre, veu l’inconvénient advenu par laditte manne; et firent adjourner pardevant les juges leurs bailleurs pour avoir diminution. El fut la cause contestée devant les juges, jusques à ordonner que visitation se feroit sur lesditz grains par gens expérimentez pour en faire leur rapport. El pour ce faire , esleurent hommes les bailleurs et preneurs desdites dixmes et terres emblavées, qui se transportèrent sur les champs
DE CLALDE HATON.
et firent laditte visitation; et toutesTois ne se purent accorder lesditz 1574. visiteurs, ne dire d’où provenoit ce malheur. Les ungs disoient qu’il provenoit des piuyes qui estoient tombées du ciel durant la chaleur et la lueur du soleil, et combien que ce qui tomboit d'en bault fcusl de l'eau naturelle, ce sembloit, à la vérité, elle estoit viciée et malfaisante où elle tomboit, et ne falloit se mettre ^ l'esbruy.pour telle pluye, qui ne duroit demy quart d’beure à chascune foys, voyre beaucoup moins, et si ne tomboit que çà et là une goutte et non à tire, qui estoit la cause que un espy estoit gasté et l’aultre non, eu un espy la moytié ou un tiers ou un quart, et le reste n'avoit poinct de mal. Les aultres disoient ceste manne provenir de la marne qu’on avoit mise ès terres, qui n’avoit esté amortie par fiens et amendement de bestes, à cause de quoy elle rendoit une chaleur de terre qui causoit l’aridité qui estoit au grain.ct desséchoit ainsi le feutre et le reudoit noyr. Toutesfois, il me semble que ceux qui furent d’opinion que laditte manne provenoit de la pluye susditte, si pluye la fault appcUer plutôt que de la marne qu’on avoit mise es terres, avoient la meilleure oppinion ; car il se trouva des grains gastez de cest accident è.s terres qui oneques n’avoient du vivant des hommes esté marnées.
Bien est vray qu'en plusieurs terres, marnées de quatre et cinq an.s et plus auparavant, y estoient en plusieurs endroietz les grains plus domagez qu’ès terres qui n’avoient esté marnées. Les commissaires députez à la visitation desditz grains convinrent tous de la perte qui y estoit, et n’estoient qu’en difficulté de la cause d’icelle perte. Les bailleurs rabaissèrent de quelque quantité de leur ferme, et s’en accordèrent avec les preneurs de gré à gré, et n’atendirent que les juges leur rendissent sentence.
Nonobstant la déchette dessusditte qui fut^ès bledz de la moisson de ceste présente année, ne laissa le fromeA de revenir à meilleur noarebé que devant, et fut son pris commun depuis laditte moisson jusques au reste de ceste année à i a s. et 6 den. pour le plus cher, et les aultres menus grains au dessoubz.
Le vin se continua tousjoiirs en sa charté , et estoit le pris commun
gi.
1574. du vin pnivinois et des environs 4 a5 et 3o liv. la queue, celuy de Villenauxe à 4o et 5o liv. la queue; et qui empeschea qu’il ne revînt à meilleur marché comme a voit faict le grain, fut la gelée du moys d’apvril, qui gasla les vignes en ceste année comme en la précédente, mais non tant, et ne furent lesdittes vignes qu’à mojrtié gelées, et estoit icy pour la trois et quatriesmc année que lesdittes vignes avoient esté gelées depuis l’an 1 670, et depuis l’an 1 564 sept fois, en y comprenant ceste présente.
Au mois de janvier, Disiau , dit Satan, assassin, voleur et pillard, bonune d’une force extraordinaire, est roué à Provins sur la place des Changes. — Un jeune homme, son complice, est pendu dans la même ville. — Au mois d'avril, un maréchal, de Marcilly, est pendu devant la porte de sa maison, pour avoir tué et volé on marchand passant, qu'il avait logé chez lui et qu'il enterra dans sa cave. — Davesoe, compagnon de l’assassin Brouillard, qui s'était échappé des prisons en ihyi, est repris, acquitté d'abord, puis condamné et pendu.
.Au mois de febvrier de ceste présente année, fut publié ung édict du roy par lequel toutes monnoyes blanches des pays estranges furent entièrement descriées et les aultres rabaissées à plus petit pris qu’on ne les mettoit de main à aultre par la France. Les philippedalles, les jocondailes, marquées au coing et marque du roy Pbilippes d’Espagne, furent réduittes à moins de pris que les marebans ne leur avoient baillé cours, à a s. et 6 d. pour le moins sur le franc du roy. Les karolus disain.s de la marque de Besançon, de Lorraine, de Metz, de Genefve et de Savoyc furent par iceluy édict descriez entièrement, et fut ordonné qii’ilz seroient mis au billon, pour estre portez ès mai- .sons des monoyes de France, et là estre refonduz, pour en faire monoyé de la marque du roy et coing de France , et en repeupler le pays françoys, qui en estoit tdu tout dessaisy; et ne voyoit-on plus aultre monoye blanche avoir cours par la France que lesdittes monoyes estranges. Pour desquelles désanger ladilte France, le roy feit prendre de sa monoye en ses receptes par chascun bailliage et la feit mettre és mains de certains marebans de chascune ville, qui par justice
feurent establis commisMires pour changer lesditz karolus et disains 157A. estranges à laditte monoye de France, et les recevoient à l'once, et sçavoient combien de monoye de roy ilz debvoient bailler pour chascune once; et estoienUles karolus à l’espée et de Metz à plus hault pris l'once que ceux de Besançon , de Genefve et de Savoye, et si n'ay retenu à quel pris esloit l'once de chascun, et selon ce que récitèrent ceux qui en avoient charge , chascun karolus revenoit à 8 deniers de la monoye du roy l'un portant l'aultre. Les hommes do Provins qui furent par justice establis furent Jehan Garnier, sergent royal au bailliage dudit Provins et Nie. Thomassin, dict Hapechair, tanneur, marchans, lesquels par deux ou trois samedys tinrent bureau ouvert en la maison et ouvroir de Noël Brancheu, dict Fomot, demourant en la paroisse de S‘'-Croix , en la grande rue , assez près du pilory, pour changer lesditz karolus. Les pauvres gens des villes et villages se retirèrent là pour changer ce qu’ilz en avoient et en portèrent la perte; car ilz n’en eussent sceu que faire aultrement, d’aultant que, depuis la publication dudit édict, on n’en eust pas sceu mettre un pour quelque temps. Les riches gens qui avoient monoyes de .roy ne changèrent ce qu'ilz en avoient, ains les gardèrent, en attendant quelle fin en pourroit estre par après; les aultres les baillèrent aux marchans qui trafficquoient ès pays de Lorraine et de Boui^ongne, où elles avoient cours, à change d’aultre marchandise, et n’y eut que les pauvres gens qui en portassent l'intérest.
Après que les marchans de la ville de Troye en Champaigne sceurent que le roy avoit descrié et rabaissé lesdittes monnoyes estrangères, ilz allèrent parler à luy, et luy faire remonstrancc que leur ville et [>ays de Champaigne, comme aussi toute la Lorraine et la duché de Bourgongne estoient remplies de ceste monnoye et non d'aultre, et qu'il n’estoit possible d'en dépeupler lesditz pays, sinon avec la ruyne d'iceulx, si son édict avoit lieu, et qu’ilz fussent contrainetz de le garder à larigeur; et, pour ce, le prièrent d’avoir esgard à leurs remonstrances, et qu'ilz peussent traCBcquer les ungs avec les aultres avec ceste monoye, et qiié son édict n’eust poinct de lieu en leur endroict. Lesquels
157't. n’eurent aultre response de S. M. qu'il vouloit et entendoit que son édict feust publié, gardé et observé par tout son royaume et pays de son obéissance, et au reste qu'ilz advisassent à s'accommoder au mieux qu’ilz pourroient. .
Cest édict ne fut gardé en ce pays l'espace de six sepmaines, et recommença-on à rcmotire de main à aultre lesdittes monoyes blanches, karolus et aidtres estrangèrcs, qui fut un gros mai pour les gens simples des villes et villages, ies<|uelz ne manioyent aultre argent, sans qu’ilz s’en sceussent ayder au payement de leurs tailles , d'aultant que les collecteurs et receveurs d’icelles n’en eussent pas pris un pour quelque pris que ce feust, s’ilz n’estoient assurez de gangner dessus, en fournissant ès rcceptes du roy de la nionoye de son coing de France au lieu desditz karolus; et où les pauvres gens ne se pouvoient accommoder desdittes monoyes estranges avec les collecteurs, estoient en grosse peine d’en cereber d'aultres de la forge de France où ilz pouvoient pour le payement desdittes leurs tailles. Et demoura ce mal |>ar la France jusques à quelques années après , avant que le roy donnast aultre ordre,. et par ce moyen soulTrirent double dommage et perte les pauvres gens, qui avoient beaucoup perdu à changer ce qu’ilz en avoient et eurent encores une aultre perle à retrouver de la monnoye du roy pour le payement de leur taille , par faulte de guarder iceluy édict. Et cognoist-on par cela qu’en toutes choses n’y a jamais que le pauvre commtui de foullé et qui endure toute perte.
Par cest édict du roy qui descrioit lesdittes monnoyes estrangères, S. M. donna plus grand cours à celles de son royaume et de la foige et coin de France. Il haulsa les escuz au soleil d'un sou tournois; l'escu, qui auparavant estoit à 67 s. t., fut mis A 58; les pistolets d'Espagne, qui estoient à .55, furent par luy mis à 56; les testons de France, qui estoient à 1 a s., f^ent par cest édict mis à i a s. 6 d. t.; et faisoit le roy ce pour faire desbourser la monnoye de la marque de son royaume, qui estoit entièrement cachée ès coffres des riches gens, et pour faire revenir celle qui estoit ès mains des marchans estrangers qui trafficquoient en France, tant par mer que par terre.
Toutesfois, pour cesle haulse, les riches gens ne volorent descoifrer 1574 leur monnoye françoise, espérant que le roy seroit contrainct de la baulser à plus bault pris, s'il vouloit en avoir et luy bailler cours entier par son royaume, ce que (inalement fut contrainct de faire, mais non si tost.
Le reste de l’hiver de ceste présente année, depuis le commencement du moys de janvier jusques au printemps, fut assez modéré, sans faire fort froict, comme aussi fut le printemps en son commencement; lequel, par le moys de mars, fut froict modérément Jusques au 2o‘ Jour, qu'il se changea en meilleure douceiu' et chaleur modérée. Jusques au 2 4' Jour dudit moys au soir. Auquel Jour, entre les 5 et 6 heures du soir, remonsta le soleil à soulare, qui refroidit un peu le temps, mais non trop, ce sembloit. Au moyen duquel vent, se chargèrent les nuées de l’air de noires vapeurs, qui se convertirent en neige, qui commença à tomber stu* la terre ce mesme soir, environ l'heure de huict heures, et continua toute la nuict, Jusques au lendemain quatre et cinq heures du matin, qui estoit le Jour de la N.-D. en mars, 25* Jour dudit moys. 11 y avoit sur la terre de la neige es moindres et plus platz lieux qui fussent la haulteur de 3 pieds de roy: en plusieurs aultres lieux des vallées et pied des montaignes, y en avoit la haulteur de 4 et 5 pieds où le vent l’avoit chassée. Elle commença à fondre un peu dès ledit Jour de la N.-D., mais ne s’en diminua guères; elle fut trois Jours entiers sur la terre, ès plati pays, avant qu’elle feust entièrement fondue, et aux montaignes qui n’avoieni le soleil à plain, y eut de laditte neige plus de huict Jours après, avant qu'elle feust entièrement fondue. Laditte neige morfondit tellement la terre, quelle ne se peut eschauffer qu’il ne feust bien tard et ne Jetta sa sève qu’avec peine. Les grains qui estoient en terre ne purent depuis fortifier ni augmenter qu’avec difficulté, et ne recueillit-on tant de gerbes en la moisson qu’on eiist faict; car les bledz ne purent tasser ni mpnter qu’à demy. Ceste neige entretint le temps en froidure et gelées blanches quasi par tout le moys d’apvril, qui endommagea les vignes, comme nous avons dict ci-dessus. Les plus anciens admi-
157 A. rèrent une telle neige sur la terre, veu la saison et de ce qu'elle fut si tardive à fondre; et disoient oneques n’en avoir veu le semblable audit moys de mars, sur la lin, et si n’avoient ouy dire à leurs pères qu’il feust aultant advenu de leur temps. Les arbres, qui en partie estoient floris et fort boutonnez, n’eurent aucun mal de ceste neige, et croy qu’il n’y eût fleur ny bouton de poiriers, pommiers, cerisiers et pruniers qui eussent aucun mai, et recueillit-on en ceste année tant de fhiictz que rien plus, qui fournit bien proprement à la norriture des pauvres gens, qui estoient si aharassez de la charte qu'ilz n’y povoient plus fournir. Lesquels avec un peu de pain se nourrirent en attendant la moisson des poires de hastiveau, des cerises et merises, qui leur vinrent à grand soulagement. Les febves qui estoient plantées en terre au jour de laditte neige et devant, furent plus de la moytié pourries en la terre, et ne recueillit-on ceste année beaucoup de febves, qui fut à la confusion du pauvre peuple. Lequel, après avoir gangné'la moisson, commença à se resjouyr, d’aultant que le froment, qui au meilleur marché avoit tousjours valu ao s. et plus, depuis le moys d’apvril de l'an dernier jusques au moys d’aoust de ceste-ci, revint à 1 3 s. 6 d. le boisseau, comme nous avons dict au commencement de ceste année, et si ne fut la moisson de ceste ditte présente année si copieuse en gerbes qu’elle eust esté sans laditte neige de la N.-D. en mars; mais la germinaison fut bonne et quasi aussi grande qu’en la moisson de l’an dernier passé.
Fr. Angcnosl, Nie. de Ville, A. Bourdier, A. Bureau, achètent d.u roi, moyennant 1200 livres chacun, des charges de conseiller au présidial de Provins; on leur assure loo ou 1 30 lisves de gages par an; joints au président, à Fr. Taupin, lieutenaut général, à Cl. Thibault, ancien conseiller, et à N. PouUct, lieutenant criminel, qui fut aussi conseiller, ils complètent le présidial. — Nie. de Ville, qui avait vendu son état de garde des sceaux aux contrats pour acheter celui de conseiller, se fait pourvoir en même temps de la chai^ge nouvellement établie de lieutenant particulier au bailliage. — Les procureurs des cours de justice sont astreints à payer une somme d'argent au fisc, et leurs états sont érigés en offices, qu'il leur est permis de vendre moyennant retenue du quart denier sur le prix. Les procureurs de Provins sont taxés à 4o écus. Leurs offices se ven-
dirent depuU lors 8o, loo et lao écus. Il fut question aussi d'ériger en office 1574. les états d'avocat; mais cette idée n'eut pas de suite. — Le roi crée dans ses bailliages des sergents et des notaires en sus des anciens; quatre nouveaux notaires et quatre sergents sont institués à Provins.
11 nou.s fault reprendre la conjuration et rébellion des princes de ftourbon et leurs adhérens.
Les conjurez , après avoir remis sus leur perverse intention, voyans que le roy biisoit assez long séjour au lieu de S-Gennain>cn-Laye, et qu’il SC délibéroit d'y faire sespasques, rassemblèrent les buguenotz et aultres de leur faction, qu'ilz depuis nommèrent les catholicques associez, jusques au nombre de 5,ooo chevaux et hommes bien armez, soul>z la conduitte du baron de la Noë de Bretaigne, lors seigneur du Plaissié-aux-Tornelles, à cause de sa femme; ilz les firent approcher par tous endroietz en petites bandes ès environs du chasleau de S'^ermain , et les firent loger à 4 , 5 , 6 et 7 lieues loin , pour s’attendre les ungs les atiltres, dissimulans leur pernicieuse entreprinse par slmtdatlons telles qu’ilz pouvoient, et monstrant seuUeinent contenance de gens de court et non de gens de guerre
Or estoit avec le roy le baron de la Noê’, qui, comme Judas, dissimulolt et monstroit la contenance de loyal et fidelle serviteur de S. M. pour le pardon que saditte majesté luy avoit faict en l’an 1673, après la sédition et massacre fait à Paris. Lequel, avec ses complices et aultres soubz l’auctorité desquels ils branloient, n’attendoit que l’heure opportune et commode de livrer le roy ès mains de ses gens et le mettre à leur advantage, pour en faire ce qu’il et les siens avolent
^ Discourt de Ventrepriu de S-Germain, eonspirtRt contre le roy et ton ettai. 1674,
(Archiv. cur. de i'hist. de France . tVlU. io-iS. — Voy. aoui de Tbou, Hûtoirt uiu>
p. 1 o5 ; on y trouve les déclarâtions du duc vertelle , L LVII.
d’Alençon et du rot de Navarre du a4 mars ’ Il y a là une erreur évidente. La Noue i574‘) — Avertissement ou épislre à MM. de était en Poitou, où il devait prendre l'oT'
Ports et autres catholiques de France, sur les fensive dans la nuit du mardi gras. Peut*
desseinqt d'aucuns rebelles et séditieux no* être Cl. Haton ••t-il fiait confusion avec
guères descouiers, lesquels, souhs couleur et Lafin, sieur de 1a Nocle, qui conspirait k
prétexte qails disent en vouloir aux ecclé- Saint*Germain avec les Montroorenev.
siastiquÊS et vouloir r^rmtr le royausne, (Voy. d'Aubigné et de Hiou.) *
157(1. volunté d’en faire, trahison qn’il eust mise à fin, sans l'advertissement qu’on en donna à mons. le card. de Lorraine, qui avoit hommes de toutes part/ pour découvrir la vérité de telle entreprinse. En Fadvertissement que l’on donna audit cardinal, n'y fut nommé ledit de la Noë, qui ftit la cause qu’on ne l’arresta prisonnier et qu’on ne se doubtoit de sa personne, sinon par suspicion non probable; ausai il se saulva avec congé du roy, de la présence duquel et de sa court s’absenta pour aller à ses gens et les faire recuUer plus loing, en attendant que les temporiseurs qui gouvemoient S. M. qui estoient de la faction , luy feraient oublier ce que luy en avoit dict ledit cardinal lorrain. Auquel cardinal ne volut croire saditte majesté, disant qu’il ne croyoit que hcimme de son royaume osast plus attenter contre sa personne, veu que les princes de Bourbon, le roy de Navarre et le prince de Condé, s’estoient réduictravec luy, de la foy desqueli il n’avoit argument ni couverture de doubter; et que, s’il y avoit quelque entreprinse , que c’estoit plustost contre luy cardinal que contre nul aultre de sa court, et que ce néantmoins nul du royaume n’atenteroit contre luy cardinal pour luy mal faire, tant qu’il demoureroit avec S. M. A laquelle majesté fit response ledit cardinal , que véritablement l’assemblée rebelle estoit pour faire tort à sa personne royalle comme à luy, ainsi que le ledoublement des messages qu’on luy envoyoit en portoient plus que certain tesmoignage, et qu’au surplus il estoit temps qu’ilx de.slogeassent dudit lieu de S'-Germain pour euï saulver en la ville de Paris. Le roy ne se faisoit que rire de telles novelles, et, voyant ledit cardinal en délibération de fuyr, se mocquoit de luy, disant qu’il resembloit les anguilles de Melun, lesquelles cryent avant qu’on les escorche. Pour lesquels dires royaux, ne volut plus arrester audit S‘-Gerniain ledit cardinal, qui, en habit dissimulé, print la poste et s’alla saulver à Paris, laissant le roy audit lieu de S*-Germain.
Lorsque ledit cardinal partit d’avec le roy, plus de mille chevaux et hommes estoient jà logez é une lieue de S‘-Gerinain, ès environs de Poissy, qui attendoient leurs trouppes pour faire l’exploit; lesquels, par le commandement dudit sieur delà Noë, se retirèrent devers les
DE CLAUDE BATON
trouppes séditieuses, pour oster le soubçon que le roy eust peu 1574 prendre sur eux.
Le roy, voyant partir de sa court ledit cardinal etmoas.de Guise, son nepveu, commença à doubter et prendre soubçon sur les advertissemens par eux donnez; toutcsfois, faisant bonne mine, il contempla les gestes et manières de faire de tous les princes et seigneurs de sa court, et singulièrement de ceux desquels il doubtoit, et, non content de ce, il ordonna aux plus féaux et loyaux seigneurs de sa suitte de diligemment et secrettement envoyer gens de toutes parts, pour s’informer du tout et sçavoir quels gens il y avoit par les champs et soubz qui ilz cheminoient, et tant faire que la vérité du faict se peust cognoistre.
Ceux qui eurent ceste charge firent le dehvoir de loyaux subjects, et n'allèrent loin sans descouvrir le mal et cognoistre que c'estoit à S. M. qu'on en vouloit; mais ne sceurent sçavoir de la part de qui ceste séditieuse entreprinse se faisoit En moins de vingt-quatre . heures après le partement dudit cardinal et l’envoy des espies, S. M. receut sur les six heures du soir novelles certaines de ses gens qu’il estoit temps qu’il partist de S'-Gerraain pour se saulver à Paris, et qu’il n’atendist au lendemain, sur le hasard de sa vie, d’aultant qu’en divers lieux les séditieux avoient jà entreprins sur ses gardes, et s’estoient attacquez les ungs les aultres ès portz et passages de la rivière de Seine, du costé devers Rouen, et mesme que la garnison ' que S. M. avoit posée dedans la ville de Mante sur Seine, pour la guarde de son corps, avoit fort i souffrir par les séditieux, qui.taschoient avec laict d'armes de s’emparer de ce passage.
S. M., ayant de tontes parts et par divers messages receu telles novelles , quitta son soupper, qui estoit tout prest à manger, et , sans mener bruict, monta à cheval, courut la poste à Paris par le grand chemin, et n’osa passer par les bacs, de peur d’y trouver de l’empeschement; ayant toutesfois mandé au sieur de Guyse, qui estoit audit Paris, qu’il avec forces de gens allast au-devant de luy pour le saulver de ses ennemys. Ce que fit ledit sieur de Guyse bien hasti-
157<1. veinent, accompagné de quatre à cinq cens harquebusiers parisiens et de tout son train en bon ordre, qui par luy lurent levez en ung quart d’beure.
Le roy, ayant à la rencontre mondit sieur de Guyse avec telle force, reprint ses sens et ne courut plus, ains chemina le pian pian pour attendre ses gardes ordinaires, qui le suy voient en grand désordre, les ungs cbeminans par un lieu, les aultres par l’aultre, tenans divers chemins, ne sçacbans certaines novelles de S. M.; lesquels, rassemblez cbascun à son adroict , furent remis en ordre de bataille pour escourter saditte majesté, qui entra en son chasteau du Louvre à Paris, environ les dix heures du soir, au grand esbaysscment du peuple parisien.
S. M. avoit faict partir de S‘-Germain quant et luy la rcyne sa femme, laquelle, par son conseil, print le chemin de la rivière par les ports et bacs d’icelle, qui luy sembla estre le chemin le plus seur pour elle et tout le train. Elle lut suyvie de la reyne mère , du roy de Navaire, de la reyne sa femme, de M. d'Alençon et du reste de la court. Lesquelz, pour dissimider, ne volurent arrester audit S'-Gerniain, de peur que saditte majesté ne les print en suspicion (j’entens dire de ceux qui cstoient cause de la présente rébeUion et damnable sédition), et ilz se rendirent tous au port de Nully, qui est le plus proche de la ville de Paris, pour attendre l'un l'aultre. Le train de cbascun prince et princesse , après avoir troussé bagage audit S'-Gerniain, cheminèrent toute la nuict pour gangner la ville de Paris, et > sembloit à veoir courir cbascun que son compagnon feust jé prins.
Au lendemain que le roy fut à Paris en seureté , il despeschea plusieurs seigneurs et gentilbommes de sa maison, pour aller recognoistre les séditieux, et voir quelle contenance ilz tenoient, et, si faire se p6voit, sçavoir soubz l'auctorité de qui ilz cbeminoient. Mais la pluspart de ceux qui eurent ceste charge estoient des temporiseurs, qui nageoient, comme on dict, entre deux eaux, et qui sçavoient aultant de l'entreprise que ceux qui la démenoient; lesquelz, pour s’aquitter de leur charge, allèrent tout lentement, n’ayans volonté d’y recognoistre
DE CLAUDE BATON
ny d’accuser homme de qualité qui y feust, affin de demeurer en la 157 a. bonne grâce des deux parties, et qui, estans de retour vers le roy, luy firent entendre qu’ilz n’avoient veu ne trouvé que de la racaille , gens ramassez et incongnus, qui se redroient par petites trouppes. Touiesfois, quelques-uns des plus loyaux à S. M. rapportèrent qu'esdittes trouppes séditieuses y avoit esté bien ct^u et remarqué le seigneur de la Noë de Bretaigne. Les gens des troupes susdittes, se trouvans trompez encores une fois en leur entreprinse, se retirèrent, les ungs en leurs maisons , aultres à la Rochelle , et les aultres demeurèrent à tenir les champs, plusieurs desquels estoient des ordonnances de S. M.
Le tout bien temporisé et desguisé par les temporiseurs devant le roy, S. M. ne fit que rire de sa fuitte et de celle dudit cardinal: il dist qu’ilz cardinal et luy estoient deux couartz , qui s’estoient espoventez de l’ombre de leurs corps, que l’imaginafion de leur esprit et d’aultres hommes aussi ombrageux que eux les avoit faict courir :i la haste et devant les gens, et n’en fit aultrc cas.
Mons. le duc d’Alençon, frère de S. M., voyant que le roy ne se faisoit que rire de sa fuitte, fut bien ayse. Toutesfois, pour ne monstrer au roy signe de soubçon, il déclara qu’il pensoitbien que l’amas d’hommes et de chevaux qu’on avoit veu assemblez ensemble, qui avoicnt esté cause de luy faire prendre la fuitte, ne s'estoient assemblez que pour quelque occasion qui luy sembloit n’estrc pour le domage ni danger de S. M., mais trop bien pour le domage du cardinal de Lorraine, du seigneur de Guyse et aultres princes de leur maison de Lorraine; contre lesquels, et signamment contre ledit sieur de Guyse, se courrousa ledit sieur duc, qui, en la présence de S. M.. frappa ou volut frapper ledit sieur de Guyse. De quoy fut mal content le roy, qui cogneut bien par cela qu’il n’estoit besoin à S. M. de se trop fier audit duc d’Alençon son frère, et qu’il avoit en mespris Icsditz de Guyse, loyaux serviteurs et subjeetz de la coronne françoise. S. M., pour éviter plus grand danger, ce luy sembloit, donna congé auxditz sieurs de Lorraine , de Guyse et à tous les princes de laditte maison, lesquels, par commandement de saditte majesté ou d'eux-mesmes
157/lj. sans conunandement d'icelie, se retirèrent en leurs maisons et absentèrent la court, tant les cardinaux de Lorraine, de Guyse que tous les aultres leurs nepveux , et n’en demeura pas un è la suitte du roy, qui fut chose agréable audit sieur duc d’Alençon et à tous serviteurs ou conducteurs de la présente conspiration ou future rébellion.
Faultnotter que, parles moys de janvier, febvrier et partie du moys de mars, le sieur de 1a Noë susdit, ayant offert scm service aux cbe& de la conspiration, estant en la maison de sa femme, au chasteau du Plaissié aux Tomelles lez Provins, où il faisoit sa principalle demourance, praticqua hommes, tant de pied que de cheval, le plus secretlement qu’il peut , soy disant avoir charge de ce faire pour le service de mons le duc. Pour lesquelz ou aultres armer de toutes pièces à son plaisir, achepta à Provins armures, lances, espées, dagues, barquebuses, pistollcs, pduldre à canon, plomb, cordes k feu et toute aultre munition de guerre, et quasi, par manière de parler, en dessaisit la ville de Provins; les habitans s’en étant aperceuz, en advertirent les gouverneurs et capitaines d’icelle, lesquelz, pour le soubçon qu’ilz pnnrent de ce fait, entrèrent en mesfiance dudit de la Noë, et, de peur d’estre par luy et les siens surprins, se saisirent de letirs portes et murailles, firent guet nuict et jour, refusèrent à luy et aux siens l’entrée de leur ville et ne voluront souffrir qu’il en tirast aucune commodité, du moins quant au faict de la guerre. De quoy irrité, ledit de la Noë alla former tme plainte au roy et tira de S. M. lettres adressantes auxditz de Provins, par lesquelles sadilte majesté leur mandoit qu’ils n’eussent doubte dudit de la Noë, d’aultant qu’il le réputoit et tenoit pour un de ses bons et loyaux subjectz, leur deffendant de ne luy refuser et à ceux de sa maison l’entrée et sortie de leur ville ni aucune chose que ce feust qu’il auroit achepté à son argent. Et lurent ces lettres leues à pla In jugement en un jour de plaiz; après la lecture desquelles et déclaration faicte dudit de |a Noë , qui déclara ne vouloir rien faire ny attenter contre la ville, de laquelle il dist estre ainy et bon voisin, luy lurent et aux siens les portes ouvertes de nuict et de jour, et ne retouma-t-on plus au guet; mais
DE CLAUDE BATON
seullemeDt, sans sonner mot, se donnèrent de goide lesdiu de Pro- 1674. vins d’une surprise qu’on eust peu faire sur eux à l’improviste.
Ce refus faict par ceux de Provins tel que dessus intimida ledit de la Noé et craignit que lesdiU de Provins n’allassent advenir le roy de ce qu’ilz avoient descouvert sur luy avant qu’il feust temps, et pour ce, quand luy et ceux de sa conjuration furent prestz de tout hasarder, enmena sa femme en lieu de seureté et serra ses meubles, eu ordonnant de ses affaires domestiques au mieux qu'il peut.
Le roy, se voyant entre doux et as, considéra quelque peu l’estai de scs affaires et les jugea estre quelqnement düBciles, si promptement n’y estoit pourveu de quelque remède, et pour empescber les tumultes qui eussent peu advenir à sa court, ce luy sembloit, entre les princes après le parlement des sieurs de Guyse, commanda aux gouverneurs des provinces de son royaume qu’ilz pendant certain temps par luy préfix eussent chascun d'eux à se retirer en leurs gouvernemens, pour entendre i toutes affaires qui y pouvoient survenir au dommage de S. M. et du repos public. Ce commandement fut fort agréable aux chefs de la rébeUion et fort propre pour l’exécution de leur entreprinse; car, comme il sera veu ci-après, ilz demourèrent seula avec S. M., et fut de leur conseil que le roy commanda ausditz gouverneurs qu'ilz se retirassent en leurs gouvememens, pour plus aysément parvenir à leur faux dessein. Mons. le prince de Çondé, cathobque simulé depuis le massacre de Paris, en faisant bonne mine, fut des premiers qui prinrent congé du roy, pour s’en aller en sou gouvernement de Piccardie, où il n’avoit oneques esté depuis la mort de son feu père, par la mort duquel il avoit esté faict de par le roy gouverneur du pays. Par ainsi, le roy demoura quasi seul, n’ayant plus court ni compagm? que de ses frères le roy de Navarre et mons. le duc d'Alençon, avec le train de leur mère. Lesquels se retirèrent de la ville de Paris et s’en allèrent au bois de V incène pour y faire leurs pasques.
Quelque peu de jours après que les gouverneurs des provinces furent en leurs gouvememens, leroy leur commanda de inanderaux
I57i. baillift et scncschaux qu’ilz incontinent fissent un enrollement et description des noms, surnoms et qualités de tous les hommes de leurs bailliages et séncschaussées depuis l’âge de vingt ans jusques à soixante, et que de ce faict fissent procès-verbaux pom les envoyer à, S. M. pendant certain temps par luy commandé.
Ce mandement receu par M. de Guyse, gouverneur de Champaigne et Brie, fut par luy envoyé aux baillifz et lieutenans des villes de son ' gouvernement pour y satisfaire, et adressa son mandement pour le bailliage de Provins à M* Françoys Taupin, lieutenant générai du bailbage de Provins, en l'absence du bailly.
Les plus ciairvoyantx ne sçavoient que dire de cette description, ni juger pour quelle fin le roy faisoit faire cest enrollement. On jugeoit que S. M. vouloit mettre ordre à la gendarmerie de pied et casser tant de volleurs et mcschans hommes qui, soubz le nom de la guerre, pilloient, rançonnoient et ruynoient les gens des villages, et que de lors en avant il choisiroit hommes de chascune parroisse, qui seroient cslcuz par les babitans, ydonnes à porter les armes, pour s'en servir aux despens desdittes parroisses, comme jadis se faisoit du vivant des roys Loys XII' et Françoys 1", qu'on appclloit francs archers.
' Aultrcs jugeoient que S. M. vouloit faire une nouvelle armée des plus experts de chascune paroisse, et l'envoyer en Languedoc contre les huguepotz du pays qui faisoient la guerre aux catholicques, pour les exterminer en peu de temps et aydcr à mons. le mareschal de Damvillc, qui ne les pouvoit dompter.
Les aultres disoient que S. M. faisoit faire cette description pour incontinent lever hommes à moins de fraiz possible, et les envoyer courir sur les rebelles qui s'estoient eslevez et s’edèveroient pour troubler le repos public. ^
Après que les ballys de Troye en Champaigne, de Sézane, Chasteau-Tbiery et Meaux eurent faict le roolle et description des hommes de leurs bailliages, ilz firent commandement aux hommes des viUages qui avoient le moyen d'achepter chascun une harquebusc , une livre de pouldre à canon et ime livre de plomb , balles du caUbre de leurs
liarquebuscs, et ies tenir prestes en leurs maisons ou aultre lieu de seureté pour le service du roy, sous peine d’estre déclare* rebelles à S. M.; ce qui ne fut commandé au bailliage de Provins, ni faict, ains se contenta ledit lieutenant général dudit Provins de faire fenrollement, sans commander qu'on acheptast armes.
Les conjurez séditieux, tant huguenot* que les catbolicques leurs adbérens, qu’il* ont depuis nommez les catbolicques associez, voyans l'enroollement des hommes qu’avoit commandé le roy estre faict, pensèrent qu’il ne se faisoit que pour leur dommage et pour leur courir sus, et, passionez de ce oultre mesure, déposèrent de leur esprit tout honneur, foy, charité et craincte de Dieu, et résolurent de massacrer le roy, et, pour prendre vengeance de la S‘-Bartholomy, par feu et massacre, de tuer les catholicques de la ville de Paris, estans dans les églises au jour de Pasques et par les rues. Pour ayder à ceste misérable et exécrable affaire, entrèrent dedans le chasteau du boys de Vincqne et la ville de Paris hommes dcsbauchcz et des plus désespérez qui fussent en la conjuration, pour attendre l'heure résolue.
Comment ceste entreprinse fut descouverte, on en parla doublement. Aucuns disoient que ce fut par le moyen de certaines lettres missives, qui furent trouvées ès poches d'un lacquetz de huguenot par les gardes des portes qui estoient le jour du grand vendredy de la garde audit Paris. Dedans lesquelles lettres, qui s’adressoient è des huguenotz de laditte ville qui estoient de la conspiration, y avoil certains caractères avec lettres alphabétiques, qui faisoient chascune leur mot, desquelles nul ne povoit bailler l’intelligence s'il n’estoit ou avoit esté huguenot et de laditte conspiration. Le lacquetz fut sans bruict serré prisonnier et n'eut le moyen de mander aucune novelle à ceux à qui il avoit charge de s’adresser, ni à ceux qui l'avoient envoyé. Ces lettres furent portées aux gouverneur et capitaines de laditte ville et mises sur le bureau de MM. les premier président, advocat et procureur du roy, ensemble les conseillers de la court de parlement, lesquels appellèrent certains personnages qui aiiltresfois
1574. avoient esté huguenots conjurez et lors convertis à l’église catholicque, auxquels ilz monslrérent lesdittes lettres pour leur en donner l'interprétation ; ce qu’ils sceurent bien faire.
En même temps se présenta, comme l’on dist, ung gentUhonune au roy pour luy donner advertissement do se garder, faisant entendre à S. M. le mescbant voloir des conjurez contre sa personne, selon ce qu’il en avoit entendu par quelques huguenots de ses amys. Aultres disoient que ceste révélation fut faicte au roy par un huguenot de la conspiration , ung de ceux mesmes qui avoient promis de le massacrer, lequel en secret trouva moyen de faire le tout entendre i S. M. en luy demandant pardon.
Le roy, de toutes parts rendu certain d’une si abominable trahison, cognent que le roy de Navarre son beau-irère, et M. le duc d’Alençon son frère, ne sçavoient non plus de ceste entreprinse que Judas ne faisoit de la mort de dés le samedy au matin, vueille de
Pasques, les feit serrer comme prisonniers en certaiq lieu du chasteau de Vincëne, et leur osta toutes leurs gardes, qui ne fut sans grande sédition, où plusieurs furent tuez en la place par les gardes du roy. Lesditz sieurs de Navarre et d’Alençon se pensèrent excuser devant le roy; mais ne les volut escouter, et les emprisonna jusques ad ce que pleinement il feust informé des innocens et des coulpables. Et demeurèrent lesditz princes sans avoir aultres serviteurs pour leur service que ceux de S. M.
S. M. feit mener à la Conciergerie de Paris prisonniers deux des premiers maistres d’hostel de M. le duc d’Alençon, les sieurs de la Mosle et Conconas, avec le capitaine S'-Martin et plus de vingt-huict aultres personnes de la famille des dessusdietz princes, ou qui estoient à leur suitte; lesditz Conconas et la Mosle eurent les testes tranchées,- les aultres furent pendus et estranglez'. Plus de cent aultres de la conjuration susditte furent prins dedans la ville de Paris. De ceste conjuration furent trouvez coulpables, oultre les princes susdits, M. le
' Profè» criminel contre Le Môle, Co- t. lU, p. i5i, et .trcAiii. cuneuses de fhut. cornu, etc. (Sfémoira de FEstal de France, de France, t. VIII , p. 1 37.)
]>rincc de Condé , qui estoit en son ^uvemetnent de Piccardie , lequel , 1574. sçachant l'emprisonnement de Monueur, frère du roy, et du roy de Navarre, fendit le vent, et s’enfuit ès Allemaignes, après lequel envoya le roy, pour tascher à l'arrester à quelque passage; mais ceux qui coururent après luy luy baillèrent tout loysir de passer oidtre. La nuict du jour de Pasques, arrivèrent à Provins, environ mynuict, les commis de par le roy, qui coururent la poste après luy, mais ne le trouvèrent en leur chemin.
Deux des enfants du connétable Anne de Montmorency, les sieurs de Tboré et de Mém, accusés de faire partie de la conspiration, prennent la fuite; le Gis ainé, maréchal de Montmorency, et le maréchal de Cossé, sont arrêtés; des commissaires sont envoyés en Languedoc pour mettre la main sur le maréchal üamville, qui parvient à leur échapper, et se met en révolte contre le roi. La reine mère sollicite en vain la mise en liberté du duc d'Alençon et du roi de Navarre, et le pardon de la Môle et de Coccooas. Le bruit court par la France qu'elle était de la conspiration. — Révoltes dans les provinces. Ix! comte de Monigommery s’empare d'une partie de la Normandie, entre autres de Domfront et de Saint-Lô. M. de Matignon, envoyé contre lui, l'assiège dans Domfront, et le fait prisonnier. Montgonimery se rend, espérant que la mort du roi le sauvera'.
Fault noUer que, dès envlrou huit ou dix jours après l’emprisounement des princes et seigneurs susdietz, le roy tomba en maladie assez cruelle, et d’icelle peesa mourir, partie de courroux qu'il avoit de ce que ses plus proches parens s'estoient tant oubliez que d’entreprendre une telle conspiration contre luy et contre le repos pubbe, partie aussi potur quelque pillule de meschante digestion qu’on luy donna, qu’on appelle un poison, ce que bien sçavoit ledit de Mongomery.
Le roy devint malade environ le 36° Jour du mois d'apvril, lorsque
* Lettre de Charles IX 4M. de Matignon ( 1 5 mai 1 674} . pour lui recommander de prendre Montgommerj et Guitry. (Bibl.
inip. collect. Fontanieu, vol. 33 1 -333. •— Voy. ajussi des lettres du roi écrites le 4 mai a Matignon et à Sarlaboc. ) — La prin$e du
comté de Montgommery, dcdaoi U chasteaa
dê Doo^ront lê jeady 27 moi i574.
(drc4iVef curieuses de tkistoire de France, t VIU, p. aa3.) — Discoun de la mort et exécution de Gabriel de Mont^ommery {Ibid. p. ^39.)
1574. les grands troubles estoient à sa court et en sa maison, et pensa que sa maladie estoit un mal renforce par poison. Il se fit puiser par un contre-poison, pour recouvrer la santé, qui luy revint pour quelque quinze ou vingt jours, parle moyen de la grâce de Dieu et les prières de la royne sa femme et du dévost peuple catbolicque de Paris et de la France. La royne sa femme, par neuf jours durant, toute descouverte par le visage, simplement vestue comme pauvre damoiselle, nue piedz , sans monture aulcune , accompagnée de grand nombre de pauvres enfans tant filz que filles, alloit en pellerinage du bois de V'incène ès églises de la S''-Chapelle et N.-D. de Paris prier Dieu pour le recouvrement de la santé du roy et pour l'appaisement des troubles du royaume, et après s'en retoumoit au bois do Viucènc sans boire ne manger, en tel ordre et compagnie qu'elle estoit allée. Ses damoiselles suyvoient de loin, comme aussi les ofCciersde sa mai.son, priant Dieu pour la nécessité de S. M. Saditte majesté se recommanda aux prières de toutes personnes de son royaume et signaniment aux prières du peuple parisien, auquel il portoit une singulière amytié, et réciprocqucmcnt le peuple à luy. Quant à moy, j'ay tousjours creu que tout le royaume prioit Dieu pour luy, tant les paisibles catholicques que les séditieux buguenotz ; les catbolicques ad ce que Dieu luy renvoyast la santé pour mettre paix en son l'oyaunie, et les séditieux ad ce que Dieu ou aultre l'ostast ds ce monde et bientost. Et par ainsi, si Dieu n’eust esté plus que les hommes, il se feust trouvé bien empesché de regarder à qui il eust volu complaire, parce que des deux costez y avoit gens de grand crédit qui le prioient.
Ayant par la miséricorde de Dieu recouvert sa santé , le roy persista â repurger les mesebans de sa suitte, et avoit volonté de n'y espargner homme, tant grand feu$t-il, qui se feust trouvé chargé de ceste tant abominable conjuration. Toutesfois, Dieu, qui permect tout advenir en la terre bien et mal , ne volut empescher que les malins , par l'ayde et persuasion de Satan, ne parvinssent â leur dessein pour saulver leurs vie et honneur, en exterminant la sienne par un aultre poison , qui luy fut donné; dont il se remist au lict de la mort, et oneques
n’ea put eschapper. Entendoit toutcsfois à commander aux présidens et conseillers de la court de parlement qu’ilz, en diligence, toute aidtre affaire cessée, fissent le procès des marcschaux de Monmorancy et de Cossé, pour les exécuter de mort telle qu’ilz en seroient trouvez coulpables; ce que vouloient et eussent faict Icsditz présidens, s’ilz n’en eussent esté empeschez par aultres personnes des premiers du royaume, qui leur firent dire qu’ilz sur leurs vies sc gardassent bien de ce faire, d’aidtant qu’on les assuroit que S. M. estoit malade à lu mort et qu’il ne vivroit plus guères de jours. Saditte majesté , sc voyant plus malade que devant, manda aux archevesques et évesijues de France qu’ilz déclarassent aux curez de leurs diocèses que S. M. se recommandoit à leurs prières et i celles de leurs parroissiens, les requérant que par dévostes processions et prières ilz volussent priei- Dieu pour le recouvrement de sa santé, affm qu’il peust avant que mourir remettre en paix ce royaume et l’église catholicque d’iceluy. Ce que firent lesditz archevesques et évesques, et furent faictes processions géiiéralles et particulières ès villes et villages, esquellcs assista tout le peuple catholicque, et lesquelles furent continuées jusques au lendemain de la festc de la Penlecoste , que l’on fut acertené de sa mort. Et morut le jour de la Pentecosle au bois de Vincène, le pénultième jour du moys de may '.
' trtspai et ohsàjaes du très ckrestien roy de France Charles IX’ de ce «ont. (Arch. curieuses de l'histoire de France, I. VIII. p. i53.) — Le vraj discoars des dernier» propos mémorables du Inspas da fea roy de très botuie mémoire Charles IX. Lyon , Geoffroy-Martin (thyè]. — V'oyci sur Charles I\, outre la notice de Brantôme : Histoire contenant un abrégé de la vie, maars et vertus da rvy très chrestien et débonnaire Charles IX, vrayment pileuse, propugnateur de la foy catholique et amateur des bons
esprits par Arnaud Sorbin [Archives
curieuses de l'hist. de Fronce, t. Vlll , p. 1 7 1 ) ; Histoire de Charles IX, par Papirc Masson
[ibid. p. 333); Extraits des comptes de dépenses de Charles IX [ibid. p. 335). Voici son portrait, tracé par un contemporain
Plus crud cpie Néron, pitu nué qae Tib«re, de *«s ftubjccU , mocqaé de I‘e»tnuigcr.
Ikave dans aoc cbnbre et cooard au danger. McadûaDl de m xeor, deapil coolrr m mvre. EnvjtuU dc« kaultx tâicti du toy Henry soii (irére . Dn pieu jeiifle eonnny, fort k se clianger.
Sans paroUe. mus foy, tynon • se vanger. Eiécnble jurcar cl paUic adultères D« TéglUc p<mûer le docoaine U tendit.
Et le sien et Taultruy foUemeDt deapendiL Tout son règne ae fost qu'un bomble carnage. I>e Tfllâios il peupla l'ordre des cherallicrdl La France d’ignorani préUU et consdlier* ,
Et oaonnit euformé oonune uog dûcn qui eoragr.
76e MÉMOIRES
1574. S. M., voyant sa maladie s'empirer et s’approcher de U mort, manda vers soy en sa chambre la yoyne sa mère et la royne sa femme , ausquelles il déclara la lin de ses jours, et les requist qu’elles priassent Dieu pour luy. 11 recommanda à sa mère sa femme , son enfant, qui estoit une petite fille aagée pour le plus de dix-huit moys ou deux ans, et le roy de Pollongne, son frère, auquel après sa mort la coronne de France appartenoit légitimement, pour la conservation de laquelle résigna entre les mains d'elle sa mère le royaume, pour et au nom dudit roy de Pollongne, et la constitua régente. Il pardonna à ses ennemys qui estoient cause de sa mort, et dist que, pour le regard de son intérest, qu’on ne leur melBst aucunement; mais que toutesfois il se rapportoit à justice et aux ministres d'icelle d'en faire équitablement à la descbarge de leur conscience , pour l'intérest de la républicque françoyse et le repos public qu'ilz avoient troublé, dont ilz avoient bien mérité la mort et signamment le conte de Mongomery, recommandant qu’on ne le laissast escbapper, de peur qu’il ne troublast encores une fois le royaume. Il feit approcher MM. le roy de Navarre et le duc d’Alençon et les pria de se comporter après sa mort en toute modestie; de n'empescber leur frère le roy de Pollongne en la jouissance du royaume de France; de quitter toute société et ligue faicte au domage de la France et du repos public; de n’empescber que justice feust faicte des coulpables qui avoient troublé et troubloient le royaume, etc. Âultres remonstrances leur furent par luy faicles sur l’occturence des troubles, qu’on pourrait bien mettre par escript, si la qualité des personnes ne le delTendoit; il dist adieu à sa fenune, se recommanda i elle vif et mort, et luy recommanda leiupetit enfant, en la priant qu’elle luy senist de mère et de père tout ensemble'. S. M., après avoir recommandé ses affaires et celles du
(Bibl. imp. S'* Victor, fol. 65 r*.) —
\oyei. aussi r Lettre du rt^ au préeott det marrï^nds et eschevins, sur le faux hnùt qui cùuroit que le lendemain se deeott renoarelier le matsacrede lu S-HarihéUmY^ 1674 «
a féTrier. (Bibiiolb. impér. Colbert, a5a,
' La fille de Charte* IX, nie le 37 oc tobre 1571. mourut i l'âge de cinq an, et demi.
# royaume i ceux à qui il appartenoit, ne volut plus parler ni ouyr 157t.
parler des temporelles de ce monde , ains seullement des célestes de paradis, et commanda qu’on fist approcher de luy son confesseur, qui estoit un docteTu* nommé mons. de S*^Foy, devant lequel se confessa à Dieu de ses péchez, desquels lors et depuis eut une grande repentance, comme l'ont récité ceux qui se trouvèrent présens quand on luy administra le S‘-Sacrement de l’autel. Il receut Nostre Seigneur d’une grande dévotion', en luy criant mercy, teste nue et les mains joinctes, de ses péchez, en faisant protestation de sa foy chrestienne et catholicque, et en déclarant qu’il n’avoit chose en sa conscience qui plus le trouhlast que la liberté qu’il avoit esté contrainct de donner aux hugucnotz.
Tout à l’instant qu’il eut receu Nostre Seigneur, il, par une foiblesse. perdit la parolle et fut quasi une demye heure sans parler; la parolle toutesfois luy revint avec la cognoissance de toutes choses, et singulièrement de ce qui appartenoit au salut de son flme, et demanda lors qu’on luy administrast le sacrement de l’extrëme-onction, qui luy fut donnée après midy en bonne cognoissance. Il fit retirer ensuite de sa chambre sa femme et sa mère , et les requist quelles se retirassent eu la chapelle du chasteau de Vincène pour là prier Dieu pour luy, et commanda audit sieur de S**-Foy qu’il demourast avec luy pour luy parler de Dieu et du salut de son âme, et pour luy crier Jesas Maria, quand il verroit qu’il serait à l’extrémité de sa vie. Il morut dès le soir, environ les sept à huit heuMSs. Dieu luy face mercy! Il a e.sté le deuxiesme roy qui est mort pour avoir emprisonné et chastié les rebelles de la coranne de France, pour tascher à mettre son royaume en paix, depuis l’an 1 56o : le premier fut le petit roy François second de ce nom, son frère, lequel trespassa dix ou douze jours après qu’il eut faict emprisonner le feu prince de Condé , et luy, pour avoir faict arrester les princes et seigneurs ci-dessus dictz.
La rayne sa femme mena grand dueil de sa mort et non sans cause , car encores qu’elle feust de maison illustre, si est-ce qu’elle perdoit une grande auctorité et amytié qu’elle avoit en luy et par luy au
1574. royaume de France*. Elle le fit ouvrir et visiter par ses médecins et «s
cirurgiens, poiu" veoir de quel accident il estoit mort en telle jeunesse, car il n’avoit cncores trente ans*; et fut trouvé qu’il estoit mort d’ime mort accélérée de poison qu’on luy avoit donné. Toutesfois la mère ne volut que ce rapport fust révélé publicquement, de peur qu’on ne Jugeast mal au déshonneur de quelques personnes. Ceux qui enlreprinrcnt d'excuser sa mort, pour dire qu’il n’avoit esté empoisonné, dirent qu’il s’estoit gasté de courir à la chasse et qu’il s’y estoit tout rompu les altères*; il estoit vray qu’il avoit fort aymé la chasse en son temps. 11 se trouva un de scs médecins qui fut d’avis qu’on l’avoit faict mourir par maulvais sort de vaudoysie, et qu'on avoit jette sur luy un charme ou quelque chose dont il avoit receu l’odeur violente , dont il avoit le foie tout hraslé, lequel, quand on y toucha, se roist tout en pouldre. Ce foie bruslé ne povoit estre advenu pour avoir beu grande quantité de vin, car il n’en beuvoit comme poinct; il n’en beuvoit à grand peine que une pinte le jour et moins, et encores mixtioné de la moitié d’eauc.
I.a mort de Cliarles IX rauiine les troubles du royaume. Ce prince avait fait l'ODtrc les blasphémateurs un édit rigoureux qu'il n'eut pas le temps de publier*.
Il travaillait à réformer la justice et à diminuer les impôts dont le peuple était surchargé. II marqua en ses derniers propos le regret qu'il avait du départ de son frere, le duc d'Anjou, pour le royaume de Pologne. — La reine mère se fait déclarer rt^gente par le parlement de Paris*. Elle retient prisonniers le duc
' Élisabeth se retira à Vienne, et y qu'il a faietz , et ayant esté ouvert après sa
mourut en ibqa, à l'ùgc de trente-huit mort, l'on a trouvé toutes les aultres par
ans, dans un monastère qu'elle avait fait ties de son corps aussi seines et entières bâtir. qui se puisse veoir. • (Bibl. imp. Fonta-
’ Charles IX avait, lorsqu'il mourut, nieu, vol. 3.45-336.) vingt quatre ans moins vingt huit jours. * Déclaration contre les hlasphéina-
’ Dans une lettre écrite le 3i mai 1674 leurs, ai octobre 157a. (Delaraarc, Traité a M. de Matignon, Catherine de Médicis de la police, I. III, t. XVI , c. 3.)
■lit que la maladie de Charles I.X ■ a esté ‘ Lettres patentes qui constituent la une grosse fièvre continue, causée d'une reine mcrc régente du royaume pendant inllammalion de pointons, que l'on estime la maladie du roi et jusqu'au retour du luy estre procédé des viollcns exercices roi de Pologne. Vmeennes. 3o mai iSyi;