‹ Mémoires de Claude HatonChapitre 18 sur 77 · DE CI.AUÜR MATON · texte numérisé non relu

DE CI.AUÜR MATON

se aniemle aulcnncmenl pour allliclion qu’il aye receue pour ses 1577 forfaiclz.

Combien que ccste dille paix soit avanta{»cusc , ce semble à plusieurs, pour les rebelles huguenotz borbonnistes, si est-ce (ju’elle est aiiltant advanlageuse pour les catbolicques de Poitou, Anjou, Provence et Languedoc, où ilz hugucnotz sont en plus ou aussi grand nombre que les catholicques, qui avoîent par les années passées esté ~ fort travaillez dcsditz huguenotz. Parquoy, ceux qui raisoicnt leur proufBt de toutes choses, les interprétant à la meilleure part, s’cfforçoienl d’excuser le roy d’avoir faict icelle paix, se fondant sur ce qu’il estoil plus expédient de retirer le roy de Navarre par le bénéfice d’une paix telle que de le vouloir contraindre par force d’armes, ce ijui ne se fust peu faire sinon avec grande perte d’hommes et de biens, tant d’une part que d’aultre, espérant que, le roy et les princes catholicques estans réconciliez avec le roy de Navarre, les troubles pourroicnt prendre fin au royaume et en la religion.

La paix conclue, les compagnies nouvelles sont cassées cl renvoyées; mais les compagnies anciennes, sous prétexte de se rafraîchir, tiennent les champs jusqn'au mois de décembre, et renouvellent dans la Brie et dans la Champagne les maux déjà soulTerts par les paysans. — Une compagnie logée, le i4 novembre, au village de Savins, prés Provins, y commet les plus graves méfaits. Un paysan ayant dit à un soldat qui le menaçait, « Tout doux, vous ne ferez pas tant de mal que vous dites; on vous connoit bien, • le soldat lui passe son épée au travers du corps. Le pauvre homme succombe moins de quinze heures après avoir reçu le coup, et les gens de justice de Provins, instruits du fait, ne .se livrent à aucune poursuite contre le meurtrier.

Hausse successive des monnaies d'or et d'argent en France; les rois Henri II.

Charles IX et Henri III ont consacré cette hausse par leurs édits , à mesure qu’elle a eu lieu. — Henri III permet le cours en France des monnaies de billon étrangères.

— Il donne un édit portant qu’à l’avenir on comptera par écus et non par livres. Poitiers, septembre 1077 '. — Déclaration portant qu’à partir du mois de janvier

’ Fontanon, t. Il, p. 17a, et Isainbert, l. XIV, p. 537. — Voy. sur les ordonnances relatives aux monnaies rendues en 1677, le Mémorial d’F.nstaplie Piedmont, I. ï;

le Journal du règne de Henry III, p. as et a 5 , et la Vie et faits notables de Henry de Valois [Arcbûet curieuses de l'histaire de France, t. XII, p. 43g).

15*7. 1578 l'écu no sera plus reçu par les comptables que pour tio sous (i577. 3o ilé-

rombro). — Décri do toutes les monnaies étrangères à partir de celte époque.

Édit du roi par lequel il est défendu à toutes personnes autres que les nobles do race possédant un revenu annuel de 3,000 liv. de porter des vêtements <le velours et de soie, des broderies d'or et d'argent, et cela à peine de 1,000 eens d'amende et de la conriscation des habits

Malgré les défenses et les peines portées dans cet édit, les noveaiix gentilshommes et damoiselles, enfans de tanneurs et marchans des ville.s, n’ont volu rabaisser leur estât ni quitter leurs velours et habits noveaux, et si n’ai poinct ouv dire qu’ilz ayent payé les mille escur. d'amende, aulcuns desquelz n’avoient vaillant deux mille sous tournois, leurs dehtes payées.

tin archer nommé Mouton lue, le 10 janvier, à Provins, baac Laurent, qu'il menait prison. Il est condamné à mort par le présidial , j>uis seulement à l'amende, en appel au parlement de Paris. — Meurtre commis, le 17 mars, entre Ablenay et Maulny, sur la pcrsonùe de Gillet Guisnel, homme processif et de I lesté dans le pays. — Le i q mars, les moulins de la ville de Bray , établis au milieu de la Seine, sont brûlés par une llamme descendue d'en haut, au milieu d'un ! ciel serein, sans éclair ni tonnerre. — l'n homme de .Sainl-Marlin-<les-Gbamps est pendu à Provins, comme coupable de vol et d'adultère, et de plus comme vaudois et sorcier. Il s'était échappé des prisons; mais on le saisit de nouveau, et on lui rasa la tête et le corps, afin de lui ôter le moyen de tout enchantement, charme et vaudoisie.

Toute l'année passée et le commencement de cesle-cy jusques à la lin du moys de febvrier, le grain fut à assez bault jtris, et se vendoit le boi.sseau de froment, la mesure de Provins, 1 4 , 1 5 et 1 fi s. t. et les aultres grains au pris le pris. Et fut en partie cause de ce le descry des monnoyes. Car, deptiis qu’on commença à murmurer du descry, les marchans, pour se desfaire de leur argent, acheptérent les grains, vins et aultres marchandi.ses à tel pris qu’on leur faisoit; qui estoit

' Déclaration ponire le luxe. Poitiers, toajTC, Tntüé de ta police , \. III, I. I,c. V,

- septembre 1 677 , et édit sur la réforme cl ponlanon, t. I , p 99'-*-)

des habits. Paris, juillet iSytj. fDela-

UE CLAUDE HATON. 9Ü3

cause de faire aUonner le pauvre peuple, qui craignoit de retourner à une aussy grande cliarlé (jue les années précédentes. Mais le bon Dieu y pourveul; car, depuis la diminution des pièces d'or cl d’argent, lesdilz marchuns ne coururent plus achepler les marchandises. Parquuy, depuis la lin dudit moys de febvrier jusques aux moissous prochaines, le froment rabaissa au pris de i o et g s. t. et les aidtres grains au pris le pris. L’iver de ceste présente année, à commencer dès le moys de novembre de l’an dernier, fut assez doux et sec, sans neiges, et avec peu de gelée. Au moyen de quoy on espéroil la moisson dès le moys de juing, ce qu’on eust eu, n’cusl esté l’yvcr, qui veint oultre saison, qui fut ès moys de mars, apvril et may.

Le printemps de ceste année fut froict et sec et fort ha.sardeux pour les biens de la terre, qui furent en danger de périr à cause des fréquentes gelées qu’il feil par les moys d’apvril et de may, lorsque les seigles sortoient hors du foréau et entroienl en espis, les navettes en Ucur et les vignes en bourgeon. Les jours de laditte gelée furent les 6,7,8, 10, 1 5, 20, ai, aa , a3 , a4 et a 5' jours d’apvril et les a , .3,5, 6, 7, 10 et 1 1' jours de may, esquelz pour la pluspart geloit à glace |>ar une gelée noire qui faisoit baisser la teste aux febves et orties jusques à terre. Toutesfois ne porta domage qu’ès vignes qui esloient en bas lieu et fresebement labourées du jom* de devant; et pour ce les sages vignerons laissèrent leurs vignes à labourer jusques après lesdittes gelées passées. Je croy que, si n’enst esté les prières du dévost peuple catholicque, le tout eust esté perdu; mais Dieu, qui, en laditte saison, montroit signe de grand corroux à son peuple, fut par la pénitence d’iceluy apaisé pour l’heure, et retint la malice du temps et des astres, il ne fut novclle qu’il y eust domage ës seigles et navettes en quelque lieu que ce fust. Le reste du printemps fut encores sec pour la pluspart et froict, et sur la fin pluvieux et venteux, qui fut cause de plus grand domage aux vignes que n’avoient faict les gelées sii.sdittes.

I.Æ bruit du sie-ge de Genève par le duc de Savoie cl le duc de Nemours, (lui avait couru, est reconnu faux.

MEMOIKES

1577. Ce bruicl, qui dura l’espace de trois moys en ce pays, ne fut plus tost assoupi qu’il en courut ung aulire de laditle ville, qui fut imprimé, crié et exposé en vente par la permission du roy de France, auquel les novellcs furent envoyées par ung guidon qui estoit dedans laditte ville de Gcnefve quand le cas advint, le i" jour du moys de juillet de ceste présente année. Premièrement, survint siu laditte ville une grande voilée et trouppe d’oyseaux de divers plumages et grosseurs, avec aultre.s bestes horribles à venir, le cry desqueli oyseaux et bestes estans en l’ayr estoit fort espoventable à ouyr. S’esleva ung vent en l’ayr et sur la terre si terrible que la terre trembla. Les pois- •sous du lac, qui pa.sse par le milieu de la ville, .s’eslançoient hors de l'eau la baulteur d'une toyse et plus, faisans crys merveilleux, contre Icui' naturel. Les ténèbres vindrent si obscures qu’en plain jour il sembloit estre aux nuicLs les plus obscures que l’on veit jamais; tomba une gresie si grosse qu’elle rompit les tbuilles et tarrex des deux prochains greniers ou les sollières desdittes tbuilles ès maisons de laditte ville, avec ung tonnerre si merveilleux et esclair que les bestes -saulvages et privées cerchoient à se serrer ès caves et caebotz de la terre; et iinablcmcnt fut veu et ouy en l’air l'elSgic d'un vicl homme ayant la barbe et les cheveux tout blancz, qui cryoit à haulte voix : i Habitans de Genefve, faicles pénitence et vous retirez de vostre incrédulité, car il est temps, ou aultrement vous périrez en brief » Et furent ces ’ • parolles par le vieillard plusieurs fois en l’air répétées et ouyes par les habitans de laditte ville, lesquel/, en toute diligence coururent en leurs temples pour prier Dieu qu’il eust pitié d’eux. Et dura ce signe céleste et tempeste l’espace de six heures. S'il a esté vray ou non, je n’en scaurois que dire, sinon que j’ai veu la carte imprimée, contenant les efligies du vieillard, des oyseaui et be.stes en l’air et des poissons saillans hors de l’eaue. Aulcuns béréticques de France ont creu cela estre vray, après qu’ilz en ont receu novelles par leurs amys habitans de Genefve, et ont esté esbranlez pour se retirer de leur erreur; les aultres n’ont volu croyre et ont dict cela n’estre vray, parquoy je n’en puis aulire chose dire.

Le 13 mai. en faisant les fonilations de l'églisr qu'on se proposait d'élever pour remplacer celle du prieuré de Saint-Denis de-l'Kstrée que les protestants avaient ruinée en iSdy. on trouva en terre trois pierres d'environ un pied de long cl un demi de lai^c, ayant la forme de hiéres et ornées de croix. Dans l’inléricur de chacune d'elles était un colTrct de ])loinb cam'-. scellé de plâtre et portant des inscriptions qui indiquaient que ces coffrets renfermaient des reliques des saints Denis, Eleuthère et Rustique. C'est dans le lieu de l'Estrée qu'ont été d'abord enterrés les corps de ces martyrs; ila ont été tran.sporlés , vers 636, dans la basilique de Saint-Denis, par l'ordre du roi Dagobert.

Nous avons naguère dict que le printemps pour la pluspart avoit esté froict, sec et adonné à gelée. Or il fault dire que sur la fin il se adonna à chaleur grande pour la saison, à cause de laquelle s'engendrèrent des nuées en l'air, sur la fin du moys de may et commencement de juin, qui causèrent des gresles et orages en aulcun.s lieui si terribles que les biens des champs en furent gastez et perdus, et nommément entre Sens et Troyes, environ neuf lieues de long et une de large cl commença dès le village de Mallay, en tirant A S'-Mars, Aixen-Olhe et jusques prés de Troye. Et y fut la fouldrc si cruelle quo le pay.s pensoit eslre quasi en abisme. La gresie y fut si grosse que l’on . trouva des loups mors par les champs , qui avoicnl e.sié frappez d’icelle, cho.se qui .semble incroiabic. Les lièvres et oyseaux furent pareillement trouvez mors des coups de laditlc grcsie. Les bien.s de la terre furent si bien rompus et bargez en aulcuns endroietz , qu'il n'y fut besoin de faiiciieur ni moissonneur; et advint ce sur la fin du moys de may. Depuis lesditz pays en tirant en la Brie, ne tomba que de la gro.sse piuye, qui battit si fort le.s terres qu’il est possible; toulesfois, les grains n’y eurent aulcun mal. Dès au lendemain, le temps retourna à la chaleur aussi grande et plus que devant, qui dura jusques au 7' jour de Juing, vigille de madame S**-Syre, au soir, que le temps se reiroubla à cause de la grande cballeiir, qui causa des tonnères et esclairs assez impétueux, (jui durèrent quelque deux heures, sur les 7 beiircs du soir. Toulcsfois ne fut novclle (|ii il lombasl de la gresie, sinon a l'entour du village de madame S‘'-Syre environ quelque six lieues de long et quasi une de large, qui gasla entièrement le.s

ni

grains par où elle passa, car la fouldre y fut assez grande et telle qu’elle rompit plusieurs gros arbres par le milieu de la tige. Ceux qui veirent laditte gresie alFirmoient en avoir veu de grosse comme uîufz de poulie, et en une si grande iiabondance qu’on la povoit bien amasser à la pèle par monceaux, pour charger à la tombélesée. Et fut bien vingt-quatre heures sur la terre avant qu’estre entièremenf fondue. De ceste nuée le tonnère tomba sur la tour de l'église de Sancy près d’Augerre, où il feit ung grand domage. Il tomba pareillement au village de Chevru-lez-Bazocbes en Brie sur une grosse maison appartenant au commandeur du lieu, qui fut toute bruslée. Dès le lendemain, le temps retourna à la challeur, qui dura jusques au lendemain de la feste mons. saint Jehan-Baptiste, environ les 5 heures du soir, qu’il recommença à tonner et faire nuages gros et espais, avec grands esclairs, qui amena en ce pays habondance d'eau du ciel. L'eau ne feit aulcun mal aux biens de la terre, mais le tonnère tomba sur une grange au faulxbourg de la ville de Nogent-sur-Seine, qui fut bresiée entièrement. Ledit tonnère moult espoventa le peuple de laditte ville, courant impétueusement par les rues en forme d'un taureau courroucé et effarouché, qui hurloit et mugissoit d’un cry espoventablc à merveilles. I.es hommes, mesme les plus assurez, s’enfuyoieut devant luy, en se saulvant ès premières maisons qu’ilz trouvoient ouvertes; il tua une fille qui ne se peut destoumer; il feit si grand peur à ung prebstre qu’il rencontra, n’estant plus en forme de taureau, mais d’esprit malin et de. hideuse vision, que le prebstre tomba par teiTe esvanuy, fut certaines heures .sans parler, veoir, ni ouyr, et mourut quelque quatre ou cinq jours après. Aulcuns disoient qu’il s’ estoit pareillement apparu au curé de laditte ville au sortir de l’église, auquel il fit ung si grand effrayement qu’il en fut quelques jours malade. Le prochain dimanche ensuyvant, le curé commença à preschcr pénitence à ses parroissiens, qui semblèrent se changer de leurs maulvaises accoustumances en d'aultres meilleures.

Au mois de juin, apparait dans la Brie une bête inconnue, qui se jette sur lei passants et inan|;e un enfant. Les gentilshommes du pays s'assemblent pour la

lucr, sans pancnir à leur but. — Au mois d'aoiU, plusieurs personnes de Pros'ins rencontrent une béte qui prend diverses formes et qui parle.

Troubles en Angleterre au sujet de la religion. — Marie Stuart, reine d’Erosse, est tenue prisonnière par Elisabeth, reine d’Angleterre.

En ccste présente année, les seigneurs pollouois envoyèrent ambassadeurs à S. M., avec présens de choses rares et peu veues en ce pays, qui estoient, entre aultre» choses, une petite femme, aagée de plus de trente ans, qui n'estoit si grande qu’un enfant de trois ans, et ung asne saulvage tout vif, beste non veue en France. Et passèrent par la ville de Provins le a 5* jour du mois d'aoust. Cest asne saulvage estoit quadrupédal et d’un poil gris , avec le col menu et fort grand , le corps assez bien faict etestroict par derrière à la façon d’un lévriei . Lesditz ambassadeurs estoient vingt-cinq chevaulx, sans deux coches, dont l’une servoit à mener ledit asne, qu’on ne vouloit laisser cheminer, et se Icvoit tout droict sur ses quatre pieds dans ladilte coche, et pareillement se couchoit en icelle quand il vouloit. Ils n’arrestèrent audit Provins, mais passèrent oultre sans manger, après qu’ilz se furent enquis où ilz pourroient trouver le roy, Lesquclz, comme fut le hruict commun, furent fort humainement receus et traictez par S. M.

Un individu fait des quêtes dans les paroisses de Provins et des environs, en présentant des lettres de pardon dn pape Grégoire \UI en faveur de ceux qui contribueraient à la rançon d'une famille hongroise, prisonnière des Tur||, une approbation du roi de France et un mandement d'autorisation du vicaire général de Sens. On s'aperçoit enfin que les lettres du pape et du roi sont supposi'o^; le quêteur est arrêté et condamné aux galères à perpétuité.

Aux vendanges de cesie présente année, on recueillit aussi peu de vin qu'on avoit faict il y avoit plus de vingt ans. Pour cela, et pour ce qu’on en avoit peu recueilli l’année de devant , on estimoit que la queue de vin vauldroit quelque 6o et 8o francs tournois; mais s’en fallut beaucoup, car la vendange ne fut plus tost faicte, que les vignerons menèrent leur vin au mar^é par les villes de ce pays , et n'en laissèrent poinct nu bien peti en leurs maisons, à cause des gens de

I iS .

1577. guerre et voleurs <]ui tenoient les champs; et où on oyoit dire qu'on en avoil moings recueiliy et qu’il se vcndolt le mieux, on s’eU’orroit d’y en mener. A Provins, les gens d'alentour en menèrent en une .si bonne liabondancc, que la queue ne se vendit que i 5 et i 6 liv. tourn. par trois samedis consécutili. Ceux de Villenauxe-la-Grand, au commencement de la vendange, le vendirent prins en leurs maisons la .somme de 5o liv., et espéroient que*:’estoit le meilleur marché qu’ilz en feroient toute l’année; mais, après qu'ilx veirent qu’on en trouvoitau pris que dessus, à i5 et ifi. Baillèrent le leur pour 35. Ce pris raisonnable ne dura que jusques à la S‘-Martin, car, environ ledit jour, les marchans de Paris, sçaehant le rabais et dc.scry des monnoyes, se jeltèrent ju.sques audit Villenauxe et aullres lieux, pour lever les vins et bledz et pour se deslairc de leur argent à hault pris; ilz donnoient dudit vin et grain ce qu'on leurfaisoit, si bien que soudain, en moings de trois sepmaines, le vin de Villenauxe retourna k 5o liv. t. la queue, et les aultres pays au pris le pris; et toute.sl'oi.s n’y eut à la lin qu’eux de trompez, car, sur le temps qu’ilz vendoient leur vin à si hault pris, l’argent fut rabaissé de la moytié et plus, et le.s espèces estranges d’or et d’argent descriées, de sorte que 5o liv. ne leur revenoient pas à a5. De mesme coup furent frappés les drappiers de Provins par les marchans de Troyes, et y furent fort trompées toutes personnes qui vendirent quelques marchandises quelles qu’elles fusséM , et n'y eut qui eussent prolBt que ceux qui acheptèrent , (vayèrent comptant et cnmenèrent leurs marchandises.’

La fcinnie d’un laboureur de Fresnoy accouebe d'un fils à l'age de plus de soixante ans. — Le comnicrro du sel cesse d’ètre libie; le roi crée des ofllces de regratiers, avec défense de vendre du sel sans avoir acheté un office; l’édit du roi a ce sujet fut lu à Provins au mois de juin. Jean de Vauhardy, femiicr de la gabelle de Provins, le seigneur de Pétrémol, oncle de sa femme, et deux autres personnes aebètent du roi le monopole de la vente des offices.

Ici il y a une lacune.

Meurtre d’une héritière de la famille de Cbarmoy (département de la Marne,

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DE CLAUDE UATON.

airondissemeord'Épernay}, par Jean du GIaa, gendre de sa sœur. Un laquais, 15 complice du crime, est pendu à Provins le i8 janvier rSyS. Du Glan et un autre complice sont roués en cfligie.

Au mois denovembre de cesle présente année, environ la S'-Marlin d'biver, sur les cinq heures du soir, s’apparoissoil une cornette non usitée d'estre veue , que le simple peuple appelle une cstoille à la grand queue, et estoit fichée vers l'occident des pelis jours et jettoit sa queue vers le soleil levant desditz plus petis jours de l’année; et dura jusques passé le i 8° jour du moys de décembre avant qu’elle fusl du tout diminuée. En ses trois premiers jours, elle fut fort claire et flamboyante; mais, depuis lors jusques à la fin, elle montra une coulleur pâlie et blalTardc. Et estoit une estoille ou cornette crineuse, c’est-àdire que la queue d’icelle sembloit avoir plusieurs rayons, ainsi que ceste présente figure le démonstre.

Les jeunes gens qui n’avoienl jamais veu tel signe au ciel estoicut aidcunement esbays de ceste vision , qui leur sembloit estre chose uovelle; toutesfois, se réjouissant de la veoir, disotenl bien cela estre quelque signe pronostic à la terre. Les anciens et vieilz gens, qtii jà par eipérience avoieut veu le mal advenu par telz signes en leur temps, ne regardoient cestuy-ci d’un si grand courage et plaisir, et par dévotes prières prioientDieu qu’il luy pleust destourner le mal que ledit signe présageoit à la terre et aux habitans d'icelle'. Ceux c[ui, oultre l’expérience qu’ilz ont eue de telz signes, ont leu et veu les livres,

' On trouve des détails sur la comùlo de >577 dans le Mémorial d'Eu»t. Pied* mont, t. I» et dans le Journal du règne de Henrj III, p. a5. «Elle commença à «e montrer, dit Piedmonl, le 8 novembre) en longueur cl apparence de deux toises, chose merveilleuse; clic dura pendant un mois. Voy. aussi Liberali (François),

Ditcours de la comète commencée d apparoir sur Paris le xt* jour de not'emhre 1577, à six heurts du soir (Paris, 1877# in-8*, et Lyon, 1577, in*ia), cl les écrits du père Rocca, de Buscb, de Thomeyser, de Huern, de Paul Fabrice, etc. indiqués dans 1a Büdiograpbie astronomique de Lalande.

•- « 1577. ont lou.sjours dict que les cornettes sont messagères de mal futur en

ung pays ou en aultre, présageant mutation de royaumes et d’estaU; ainsi que nous, qui avons escript ces présentes mémoires, l'avons expérimenté et veu advenir aux royaumes de France, d’Angleterre, d’Allemagne et au reste de la terre des chrestiens, par la cometle qui s’apparut en l’an i555 ou 6, au moys de décembre ou janvier, aulcuns ont volu dire en mars. Ladittc cornette estoit comme une estoilic ayant une grande queue non chevelue, mais rouge et flamboyante au possible, qui s’apparoissoit sur les six heures du soir, en l’orient des plus petis jours de l’année , et jettoit sa queue fort ftirieuse droict à l’occident des petis jours, traversant le pays de France, ainsi comme il sembloit. Et dura laditte cornette en sa fureur plus de six sepmaines avant qu’elle diminuast de sa couleur rouge et si ardente, et en tout dura plus de deux moys avant que de se disparoir, et estoit de la façon que la figure qui s’ensuit le démonstre.

Les comètes sont messagères de malbears. C'est l'opinioD de François Giunlini, qui a traite de ces matières cl celle de .lacques Fabre, qui a composé

' Giuntini (François), nésFIorpncecti des commentaire, sur le livre dr ^yjèirru i5s3, mort à Lyon en i5qo, a composé de SarroFosco,

une parophrase <fci méléoret*. — Description de diverses comètes et indication 1577. des maux advenus à leur suite, d’après les ouvrages de Giuntini et de Paul Fabrice Laubence, et d’après le livre intitulé : Le Faisceau des temps (Fasciculas lemporam). — Figure d’une comète et d’une éclipse vues en 534.

Desrription de divers phénomènes célestes qui ont été observés pendant le in* siècle.

Eclipse de soleil au mois de janvier i54i. i54a au i543 (probablement 3 février i543); elle commença une demi-heure après le lever du jour, produisit des ténèbres complètes, et dura environ une heure. L’été suivant, naquit un enfant è sept tètes, dont l’effigie se vendit dans les villes et les marchés. Claude Haton, qui était alors fort jeune et ne savait pas lire, a oublié le nom du pays où ce monstre naquit; il croit cependant que c’est en Allemagne. L’enfant à sept tètes présageait • la fausse doctrine de Luther, hérésiarque, bestr hydeuse et dragon aux sept testes, dont parle rnons. S* Jean en son Apocalypse. •

Une aiiltrc secte d'héréticques s'esleva en Allemagne, qu’on appelloit les Adamites ou secte des foytci; les sectateurs de laquelle hérésie alloient tous nudz d’un lieu en l'autre et se foytoient de éerges et escorg^ l'autre, pour l'honneur de Dieu et Jésus-

' Voici les vers que cite Cl. Haton, toi. 76.^ V* de son manuscrit, comme (aidant partie de la Paraphrase des ^fé^^^ores , de Jacques Fabre ou Lefèvre, d'Étnples :

ef iaaiiia vola coIodî t>iecQ> c< ctTcrrrn* CKvr comrla CoiB crinrm ottenUv, lune ventonun impetiu urget Oppida; la b«iU cangHÜioleoU dmvm.

Priad|HLai Ivlbtim ta teditioM BÙntrii;

Ttnii myndtu docitar au»|j>dû-

Jacques Lefèvre, né en i455, est mort à Nérac en 1637. Fahrîcius. dans sa Bibliothèque, indique plusieurs commentaires de Lefévre sur tes ouvrages d’Aristote, mais aucun sur les Météores de ce philoaophc. Lalande, dans sa Bibliographie météorologique, et Fabricius, attribuent

à Jacques Lefèvre un commentaire sur le Traité de 1a sphère de Sacrobosco, et d'autres écrits astronomiques. La Bibliothèque impériale, fonds latin, 0*7816 possède un volume manuscrit de Curminu de J. Lefèvre d'Étaplcs. Enfin, j'ai trouvé au departement des imprimés de la mémi’ bibliotlièque l'ouvrage cité par Cl. Haton. Il a |)our litre : \feteorolo^ia Aristotehs, eleganti Jacobi Fabrt Stapuïensis paraphrasi erplanata, commentarioque ‘Joannh Coclm Norici declarala, ad fahees in philosopkite Hadiis successtts calco^raphiœ janrprimani demandata. ( N uremberg . Frcd. . Peypus , i5ia. in-4*0 Les vers cités par notrç auteur s'y retrouvent . lib. 1 , c. viii , fol. 4 8 r*.

1577. Christ, disans qtie ceux qui ne les vouidroient imiter et ensuyvre ne povoient cstre saulvez. Et s’en respandit aiilcuns par la France, lesquelz se présentoient aux portes des églises quand le peuple y estoit assemblé, et là se foytoienl; et pour ce on feit courir ung bruict par ladittc France, que le fesseur alloit par le pays et qu’il foyloit tous ceux qui n’estoient assez fors pour se revenchcr, et de ce fesseur menaçoit-on les petis et jeunes enfans, quand ilz ne vouloient obévr. Mais ceste secte fut bien plus tost assoupie en France que ne fut celle de I.utber.

Après cette éclipse, conimencèrent les guerres cruelles qui ont eu lieu eulic reiiipcrcur Charles-Quint et le roi François I", el qui ont duré jusqu'à la fin de i54.4, les Iroublcs en .Mlcmagiie, les niallieurs de la France par l’invasion des armées étrangères, puis une glande cherté de vivres.

(ionièle de i555. Il en a déjà été question (p. QioJ.

Eclipse imparfaite de soleil survenue au mois d’avril 1567. (Voy. plus haut, p. 5og.)

Obscurci.ssement du soleil , au mois de juillet 1567. (Voy. p. 5io.) Guerres civiles et misères qui ont suivi ces deux signes.

Une estoille fut veite en plain jour, environ midi et une heure, sur la ville de Paris, ung jour et an que je ne puis pr^isément cotter à la vérité; et fut, coinine il me semble, en l’une des années i56<j, 1Ù70 ou 1571, en ung jour d’esté, que MM. de Paris faisoicnt une proces-sion généralle pour la paix de l’égli.se et du royaume de France, en laquelle estoient présens à pied le roy Charles IX', sa mère et MM. les duez d’.Anjou et d'Alençon, ses frères, en bon ordre et dévotion , tenans en main cbascun ung cierge ardent. Et estoit laditte estoille aussi claire et apparente, quelque bien clair qu’il feist de jour et soleil, comme si ce eust esté en pleine nuict claire et bien sereine. Plusieurs personnes s’esbaîrent, et nommément le roy et les princes, de la vision de ceste estoille non accoustuinée d’estre veue, laquelle suyvoit le soleil d’assez près, ainsi qu’il sembloit. Les philosophes et gens expérimentez se tourmentèrent en leur esprit que povoit présager ceste vision.extraordinaire, mais n'en purent que dire, sinon par conjectures.

DR CLAUDE HATON. 913

et furent d'avis que telle vision présagcoit quelque bonheui' à l’église de Dieu, à la France et au roy. Et fut le roy comparé h ceste estoille qui suyvoit de près le soleil, parce que S. M. en toute humilité suyvoit le clergé et le précieux corps de J.-C. qui est le vray soleil qui enlumine tout le monde, qui estoit porté à laditte procession, avec les sainctes rclicques et ossemens des sainetz, et par ceste vision plusieurs eurent ceste oppinion que Dieu donneroit victoire au rov et a ses gens d’armes sur les héréticques rebelles et conjurez avant peu de temps. Ce qui advint en eflet aux journées de Jarnac et de Vfoncontour.

Ung autre signe fut veu au ciel en l'an 1072, au mois de janvier, environ le 1 5' jour, de nuict, lors n’estant lune ni croissant, qui fui d’une clarté aussi grande que s’il eust esté la pleine lune, laquelle clarté dura depuis dix heures du soir jusqties auprès ilc minuict; et estoit la clarté du ciel si grande, que l’on ciisl bien peu cognoistre et compter de l’argent. F.llè se perdit sur la minuict, que revindrent les ténèbres noctumalles accoustumees d'estre quand il n’est poinci de lune. Plusieurs personnes qui estoient encores sur les pieds et hors des maisons à contempler ceste clarté non usitée récitèrent que au ciel ilz veirent deux troupes d’hommes en assez grand nombre, fiers et orgueilleux, une troupe contre l’aultie, de chascune desquelles sortit ung homme qui baillèrent le combat l’ung é l’aullrc. les aultres les regardans, lesquelz à la lin se mesièrent ensemble, cl en peu de temps se évanouyrent, les ténèbres décbassans la clarté. En l’année mesme, au mois d’aoust, advint l.t sédition et massacre de Paris faict le jour de la S‘-Bailliolomy, et depuis, l’élection de M. d’Anjou pour estre roy de Pollogne, ce cpii fut au grand domage de la France et du roy son frère, qtti morul peu après. Dieu .sçait de quelle mort.

Le dernier signe qui ail paru au ciel avant la coniete de 1677 se monlia le a5 septembre iSyô, veille de la S'-Micbel, de sept heures du soir à trois heures après 'minuit. L’auteur l’a décrit sous l'année iSyb. (Voyez plus haut, p. 8a t.) C’étaient de grandes lances et piques enflammées, -jettant leurs coups

9lh MÉMOIRES

1577. droict au iiiidy, ■ qui, au milieu d'uu ciel pur et aereiii, s'quvraienl, lantàl eutembic, tantôt les unes après les autres, comme l'érlair quand il tonne de chaleur, et donnaient une clarté aussi \ive que celle de la lune en son plein. En outre, on voyait au plus haut lieu du ciel, à l'endroit où est le soleil à midi, un autre flambeau, en forme de serpent. • qui avoit le regard droict auxdites lances. • Ce phénomène dura jusques après trois heures du matin, que tout se réduisit en vapeurs et que la lune se leva. Quelques personnes disaient avoir \ti parmi ces lances des figures humaines; Cl. Haton n’en vit point, et pourtant il passa la nuit dehors à regarder le ciel. D'autres croyaient que c’était un incendie, l.es plus experts pensaient que c’était un feu céleste. Ce qui est certain, c’est qu’au moment où ce signe apparut, la France était en grand trouble, par la désunion du roi et de son frère le duc d’Anjou, qui s’était mis è la tète des anciens et nouveaux rebelles, protestants et catholiques, réunis sous le nom d'tuiociés, et que le pays eudura, par suite de ces troubles, des maux infinis.

Meurtre d’une dame par son mari dans la paroisse de Saint- Ylier, vers la ,S‘-. Martin d’hiver. — Un scélérat, nommé Marin Bounlon, de Béxil-lcx-Eperiiay, condamné une première fois à mort, comme meurtrier, gracié, puis arrêté de nouveau pour viol, est pendu à Provins le 3. décembre. — Les orgues de ■Saint- Ayoul de Provins, les premières que cette église eût encore possédées, sont achevées au mois de décembre, après sept mois de travail. L’ouvrier <]Ui les fabriqua fut frère Hilaire, cordelierde Notre-Dame en l’Ile, è Troyes, prieur de Joiselle-lez-Sézanne. Il reçut pour sa peine, et pour avoir fourni le plomb, l'étain, les souQIets, etc. 800 livres tournois; la menuiserie et la serrurerie coûtèrent, en outre, 54o livres. Ces sommes furent fournies par un legs lais.sé à cet elfcl à la fabrique par Marguerite Hamard, et par des aumônes et dons recueillis dans la paroisse par les .soins des marguillicrs et de M’ Cl. Haton, clerc de .Saint-Ayoul. Le premier organiste fut un Frison nommé Dominique Fantastir. — Liste des principaux personnages vivant à Provins en lÔyy. ecclésiastiques ou laïques.

DE CLAUDE MATON

f.DITS Mllt LES MONNAIES. QIEHELLES ENTEE LE.S r.OtBTISAKS. — DEPABT DL DOC

D'ANJOU. VENUE À PBOVINS D'UN COMMISSAIEE POUB L'INVENTAIBE DES BIENS Ul

r.LEBGÉ. CONDUITE DES PEOTESTANTS DE PBOVINS. TROUBLES DE FLANDRE.

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