‹ Mémoires de Claude HatonChapitre 20 sur 77 · U MÉMOIRES · texte numérisé non relu

U MÉMOIRES

1578. feit. Mais le pauvre boroine perdit son temps; car il ne peut obtenir lettres royaux dudit appel, |>arceque lesdittes chambres de concorde n'estoient cncores faictes ni composées; parquoy fallut qu’il accordast à ses chanoines et qu’il en deniandast le meilleur marché qu'il peut. Il povoit bien estre vray qu’il avoit mangé le lard et les neufx fricassez au lard au temps où il disoit, comme povoit avoir aussi faict celuy qui luy bailla le comseil d'appeller à la chambre de concorde; mais toutesfois avoient tousjours suyvi l’église catholicque, et principallement ledit Girard, combien qu’il semblast assez vicieux, trompeur, blasphémateur du nom de Dieu; et fut du depuis bien mary de s’estre tel déclaré et d’avoir baillé le seing de sa main, et demoura ceste follie pour risée aux gens du pays. Toutesfois, quand son accord fut faict, en continuant sa manière de vivre, retourna a l’église des catholicques, se déclarant ennemy des huguenoU, comme il avoit faict au précédent.

Trouble.s et guerres aux Pays-Bas', Prise d'armes des habitants coDtre don .liian d'Autriche, gouverneur au nom de l'Kspagne. Les insurgés, après avoir soilidté vainement l'appui du roi de France, demandent des secours au duc d'Anjou.

Edit du roi pour la police du royaume et la taxe des denrées et marchandises , donné le 21 novembre 1677, et publié à Provins le i janvier 1578’.

Cet édit ne fut en rien gardé à Provins ni au bailliage, et ne fut observé à Paris qu’environ quinze jours. Aulcuns trouvoient ledit édict de poUice bon, et disoient qu’il estoit fort nécessaire d'en user pour remettre toutes choses à moindre pris, ce qui estoit vray; mais il falloit tenir ung ordre meilleur. Car, mettre taxe et pris à une inar- ' chandise sans s’enquérir il’où provient le principe et ce qui s'en ensuit, seroit follie. Il faiildroit taxer le principe de toute chose, et

' Vo^. )e recueil indiqué plus Kaul de \IM. Pli. Kervyn de Volkaersbekc et J. I>iegcrick ; Docamentt ktsloriques inéditf conctmaiU Us troubtes des Pays-Bas, de /577 n /58Û. — V^oyei aussi ; Affaires de

Flandre en i578 (Büd. imp. anc. fonds français, vol. 8780. 8781 , 8782, 8783,

' Fontanon, t. 1* p. SaS, «t Archives curieuses de Ckist. d'i France, l. IX . p. 1 77.

taxer ensuite la chose, apprès qu’elle est en sa perfection et dernier poinct pour estre vendue. Taxer les .soulliers, sans taxer le cuyr avec .son poil, l'escorce de cbesne et la pouldre d'icelle, la chaux vive et ja façon du tanneur, est faire tort au cordonnier; taxer le septier ou bichet de blé, sans taxer l’achapt des chevaux, la peine du mareschal, du charron, du faucheur et moissonneur, est faire tort au laboureur; taxer la peine et ouvrage des marcschaiix et charrons, sans mettre taxe au bois, fer et charbon, seroit les ruyncr et faire mendier leur vie; taxer le cent de fagotz, costeretz, bourrée et bois de telleron ou de mosle, sans mettre taxe à l'arpent de bois et taillis, et la peine des boseberons et fagotteurs, seroit ruyner les marchans; faire taxe au tonneau ou queue de vin, sans mettre taxe aux bastons des vignes, à la peine et journée des vignerons, aux otilz d’iceux, au marrien à tonneaux et aux tonneliers, seroit boire le vin au destriment et ruyne du pauvre vigneron; et ainsi de toutes aultres choses, denrées et marchandises, ausquelles il n'est licitte d'y faire taxe, sans taxer les aultres où elles prennent leur commencement. Comment peut entreprendre ung roy de mettre taxe aux marchandises et denrées des liabitans de son royaume, si luy-mesme le premier ne veult mettre taxe honeste aux tailles, gabelles et subsides, qu'il lève sur ses suhjeetz? Comment payeront les pauvres laboureurs, vignerons et artisans des villes et villages les tailles k leur roy si excessives, avec ie.s exactions, enipruntz, gabelles qu'il met sur eux par chascun jour, si taxe est mise en mesme temps à leurs denrées, marchandises, et peines et salaires?

Il sembla au pauvre peuple de France, sur la Un de l'an passé dernier, que le roy les eust ung peu soulagé en leur diminuant environ la vingtiesme partie des tailles ordinaires, et commençoit le peuple k bien dire de S. M., en espérance d'estre encorcs diminué à l'advenir; mais ceste espérance fust tost convertie en désespoir, et le bien dire en mesdisance. Car de par le roy fut envoyée une commission en ce moys icy de janvier, cottée et nombrée par cscuz au soleil, qui inontoit à plus hault pris que ung quart de la grosse taille, laquelle fallut

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I57K. assoir et lever avec le premier quartier dudit mop de janvier. Geste taille est la première que le roy a cottée par escuz; car au précédent toutes commissions pour lever deniers avoient esté cottées par livres. Pit cstoil le bniict que ceste taille eatoit pour faire ung noveau pont sur la Seine, que véritablement on a commencé à bastir en ceste présente année.

Querelles entre les clercs du palais et les laquais do la cour du roi et des princes, qui se coupent les oreilles les uns aux autres.

I n nommé André I.edoyen, de la Margotière, est assassiné sur le chemin, vers le lo février, en retournant de Provins à sa maison. — A la même époque, le maître d'hôtel du château de Noyen est tué dans un moulin, près de Trainel. — Procès entre les notaires de Provins et Jean Roy, tabellion, qui, en vertu de lettres du roi obtenues par lui, voulait les contraindre à lui porter de trois jours en trois jours Jes contrats qu'ils auraient passés, pour être par lui grossoyés et mis sur parchemin aux dépens des parties contractantes, prétention contraire aux edits rendus à la suite des Etats d'Orléans. Les notaires finissent par conclure un accord avec le tabellion, auquel ils payent une somme de lao écus.

(.lombicD que le roy, par les derniers édietz faietz avec les htiguenotz , au désavantage de la religion catholicque, leur eust permis toute liberté de conscience, néantmoings ilz huguenotz ne s’avançoient en rien ni leur prétendue religion en ces pays de Champagne et Brie, Krance, Vallois, Gastinois, Hurepois, ni en Bcauce et aultres pays subjeetz au roy. Combien qu’en Poytou, Xaintonge et Périgord, les huguenotz e.stoient en plus grand nombre qu’ès pays susditz, et combien qu’il seniblast que les édietz de paix fussent pour descourager les catholicques de la vraye religion, toutesfois Icsdis catboliccpues , ayans mis du tout leur espérance en Dieu, en la glorieuse Vierge Marie et aux benoistz sainetz de Paradis, furent plia fervens en dévotion qu'auparavant et s’entremirent à faire voyage.s et pèlerinages ès lieux sainetz où reposent les relicques et corps des saincüt de Paradis , comme à mons. S' Nicollas en Lorraine , à inons. S‘ Claude «Il Savoye, à mons. S‘ Fiacre en Brie, à mons. S* Pris, entre Paris et Pontoise, à N.-D. de Lyesse et S'-Marcoul en Laonnois, et è mons.

S' Jacques l’apostre et cousin de J.-C. nostre Seigneur, en Galice. Auquel voyage de mons. S' Jacques grande multitude de gens, hommes et femmes, non-seullemcnt du royaume do France, mais des aiiltres royaumes et pays cstranges, allèrent en ceste année et la précédente , et ne se passa sepmaine esdittes deux années qu'on ne veisl gens passer pour aller et venir audit pèlerinage. De la ville de Sens, en l'an dernier passé, y en alla plus de vingt personnes, et de la ville de Provins, , en ceste présente année, bien auitant et plus, en trois bandes. La première partit le lendemain de la foste de mons. S' Sébastian, qui est au moys de janvier, et estoient le nombre de neuf personnes : Nicollas d’Universis, dit S'-Yllier, aagé de plus de soixante ans. Franc. Sachot,

Nie. Norri.sson, Pierre Anceau, Jehan dit la Femme, Cl. Olivier,

dict Claudin Drict, Gillet George, Jehan Cbastiii et N. Mangeot. Au moys d'apvril ensuivant, partit dudit Provins une aultre l>ande des parroisses de S‘-Pierre et S'-Quiriace, montant à aussi grand nombre que la première. La troisiesme partit environ la feste de mons. S' Remy, montant au nombre de quatre ou cinq. Après que la première et seconde bande furent de retour, qui fut avant la feste de mons. S' Jacques du moys de juillet, eux avec environ quatre ou cinq des vielz et anciens pellerins remirent sus la confrarie des pellerins dudit S' Jacques, qui estoit assoupie, faulte de confrères et pellerins qui eussent autresfois faict le voyage dudit S' Jacques, et renouvelèrent la cérémonie ancienne qui jadis se faisoit audit Provins, qui estoit de s’habiller en la manière et façon de J.-C. et ses douze apostres, le.squelz habillemens estoient aultres que les habillemens commungs cpi'ilz pèlerins portoient tous les jours, ayans sur leurs lestes parrucques de cheveux et barbe au visage telles que jadis les portoient Nostre Seigneur et ses apostres. Et ainsi vestus et ornez en la maison du bastonnier, cheminent pai' les rues pour aller aux vespres, la vueille de la feste , et le jour de laditte feste, à la grand messe et aux vespres; et après le.sdittes heures, tant la vueille que le jour, accompagnez des prebstres et moynes de S*-Jacques, où se fait la confrairie, retournent en la maison dudit bastonnier, pour boire et manger ensemble. Celuy qui

1 578, représente la personne de J.-C. chemine le premier, nudz piedz, vestii d'une longue robbe de porpre qui descend jusques à la cheville de ses piedz, tenant en main iing inonde, la pamicque des cheveux et la barbe bien accommodez. Après lequel suyvcnt les douze apostres par ordre, et en tel ordre et ainsi revcstus, sont tenus au retour de vespres, la vueillc ou jour de laditte Teste, de passer par l'église de S*'-Croix et là chanter ung Libéra me Domine sur la fosse d’ung certain personnage trespassé, qui a légué à laditte confrarie une somme d'argent de rente à tousjours, à la charge, entre aultres, dudit Libéra.

(Jn lépreux de la maladreric de Crolle-Barbe-lez-ProviDs est condamné comme paillard, incestueux, querelleur, blasphémateur, au fouet, à l'expulsion de la maison et au bannissement du bailliage. Il est fouetté le a 2 janvier dans les carrefours de la ville, sans que le supplice lui fasse pousser un seul cri. — La maladrerie de Crolle-Barbe, qui avait été longtemps tenue par des ecclésiastiques en titre de bénéfice, pas.se entre les mains d'administrateurs laïques rendant compte , aux gens du roi, puis de commissaires élus par les bouigcois et rendant compte à l’échevinage. — Les cordelières de Provins font réédificr leur église incendiée, aux mois de juin, juillet et août 1678. — L'évéque de Digne, vicaire général de rarchevéque de Sens, chargé de conférer les ordres, vient à Provins le li mars Pt y donne la confirmation et les petits ordres. En retournant à Sens, il ordonne des prêtres, en admettant tous ceux qui se présentent, à cause du petit nombre des candidats.

.Mort du cardinal de Guise à Paris, le là mars, après quinze jours d'une chaude maladie. Le bruit courut que cette maladie l’avait rendu tellement furieux qu’il ne voulut consentir ni à se confesser, ni à recevoir aucun sacrement de l’Église catholique’. — La France se trouve quasi dépourvue de cardinaux de renommée; on ne voit plus guère à la cour que le cardinal de Bourbon, prélat alTable et bienveillant, et le cardinal d’Est, fils du duc de Ferrare et de Renée de France, dame de Montargis^.

Pour conduire ces mémoires par ordre, fault parler des saisons de l’année, alFin de ne laisser rien sans discours. Et pour le regard de

’ Louis de Lorraine , cardinal de Guise , mourut non le lû. mais le ag mars iSyS

* Louis d'Esl, cardinal de Ferrare.

archevêque d’Auch, né le a5 décembre i638, mort à Rome le 3o décembre i586.

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la saison de l’yver qui estoit inoylié passée, au i" jour de janvier et jusques au io''jour de febvrier, le temps fut fort doux etamyable, eoinme il avoit esté en son coiiiiiiencement, depuis la feste de S'- Martin d’hiver. Ledit hiver ne fut violent ni en pluyes, vens, neiges ni gelée; les pluies furent assez rares, les vens fort modérez, comme poinct de neige, qui ne dura que vingt-quatre heures deux fois, la gelée environ huit jours pour tout , belle et seiche et guères plus forte que les gelées blanches, et ne fut l’eaue glacée ès rivières si fort qu’elle éusl peu soustenir ung chien; et ne cessèrent les manouvriers des villes et villages de hesongner par tout ledit yver aux champs comme à la ville, s’ilz volurent. Sur la fin d’iceluy et quasi par tout le printemps. la saison fut plus rude de gelée et froidure; car, dès ledit I o' jour de febvrier, il feit des gelées blanches plus aspres que celles de devant, et continuèrent huit jours de plus froict en plus Iroict, avec ung hasle accompagné d’un vent d’amont, qui commença le i a' jour dudit moys si froict et aspre que l’on n’eust sceu durer ni hesongner aux champs et où frappoit le vent.

Le printemps, qui se commence <i la fin dudit moys de febvrier, fui pour la pluspart fort inconstant, froict, fascheux et hazardeux, et nommément les moys de mars etd’apvril, esquelz la froidure estoit en aussi grande vigeur que sur la On de febvrier, et principallement les gelées, aulcuns joirrs blanches, aultres jours noyres, telles que, par tout le movs de mai-s, les laboureurs n’eussent sceu avec leur chai^ rue labourer ni entrer en terre les matinées, comme ilz faisoient après midy, que le soleil et l'air avoient destrempé la terre. Plusieurs jours dudit moys, la neige estoit sur la terre et fondoit par la challeur du soleil; le temps se continua en telle inconstance jusques an 12' jour du moys d’apvril, auquel furent en grand danger de périr entièrement les biens qui estoient sur la terre, comme les seigles, navettes, vignes et fleurs des arbres. Le lo' jour au soir et la plus grande partie de la nuict, il tomba de la neige bien l’espaisseur de trois doietz, de laquelle estoient couvertes les branches des arbres et vignes, et laquelle par la challeur du soleil fondit au lendemain, prin-

1578. cipallement celle qui estoit sur lesdiu arbres et vignes, qui demeurèrent chargez d'eaue tout le soir et la nuict. Geste nuict, il gela si fort que au lendemain, 1 3" jour, la glace pendoit ausdis arbres, et ainsi gelèrent les boutons è Beur des cerisiers, des pommiers et poiriers hastil'z, avec tous les maistres bourgeons ou yeux des vignes. La gelée estoite.spaisse sur les eaux l'espaisseur d’un teslon et plus. Les seigles, qui commençoient à espier et sortir hors du fourreau, ne furent guères et comme poinct endommagez, non plus que les navettes, qui esloient quasi toutes en fleur, le sommet et teste des<{uelle$ touchoit à terre de la force de ladilte gelée. Le plus gros domage ne demoura que sur les fruietz des arbres et sur les vignes, les yeux desquelles n'estoient plus gros n’avancez qu’ilz esloient à Noél, et si ne laissèrent d’estre gelez plus de la moytié, et principalicment les meilleures et les premières des poulses, courgées et picquotz; lesquelles vignes esloient toutes taillées quand icelles neige et gelée advinrent. Le reste des yeux qui ne furent gelez chargèrent et portèrent passablement, veu les aultres fortunes qui suyvirent. Les noyers furent entièrement gastez et principallement les hastifz , car ilz esloient ^tlus advancez que les vignes et ne portèrent poinct de noys ou bien peu. Poinct ou bien peu de cerises, peu de pommes, de prunes, mais fort abondamment de poires, excepté de hastiveau. Les noyers bien tardifz, qui ne furent gastez de laditte gelée, rapportèrent force noys, mais de cent n’en resebappa quatre; et estoit la troisiesme année que les noyers esloient gelez au boiugeon, san.s avoir pourté nois, ce qui fut cause de les faire achever de mourir. Tout le reste du moys d'apvril, depuis ledit i a' jour, la gelée blanche estoit continuelle ou peu s’en falloit; mais ne gasta plus rien que les i'ebves, et non guères, parce que le temps se remèint au hasie et à la seicheresse telle que les orges, avènes et chanvres ne povoient germer ni- lever hors de terre, et fussent demeurez, si le bon Dieu n’eust exaulsé les prières du peuple catholicque, en envoyant de l’eau sur la terre ès «lemiers jours du moys d’apvril, après laquelle sortirent iceux grains.

Pour apaiser la colere de Dieu H obtenir de la pluie, on imagine de faire des

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proœssioos dans d«s localités lointaioes. Le i3 avril, les gens de la paroisse de Sainte-Croix de Provins vont en procession à Chalautre-!a-Grandc. Le aS, toutes les paroisses de Provins se rendent en procession i Nogent-sur-Seine, avec le chef de saint Ayoul et d'autres reliques. Une petite pluie commence à tomber de bon matin, avant le départ de la procession; une nouvelle ondée a lieu dans la journée, durant le retour.

La nuict ensuivant fut fort fresebe, qui sans pleuvoir donna une grande rousée sur la terre, qui fut cause de l'amollir et de la mettre eu meilleur garet et de donner meilleur accroissement aux biens des champs. Hz s’accrurent de la moytié en moings de trois jours après, par la challeurqui recommença dès au lendemain de ladite pluye, et la .seieberesse quant et quant, qui se continua juscpies au 1 6'jourdu moys (le may ensuivant. Auquel jour, à cause de la grande challenr, feit ung gros tonnerre et esclair, qui dura quelque deux heures et esbranla une grosse nuée de pluye , qui arrousa quelque quatre lieues de pays et plus à l'entour de la ville ou boui^ de Cbalaustre-la-Grand lez Nogent-sur-Seine , où elle s'effondra , donnant si grande habondance d'eaue que les habitans, princrpallement ceux qui demeurent en bas, eurent fort à soufirir, car leurs maisons furent remplies d'eaue jusques aux solles. 11 ne fut novelle qu'il y eust personne chrestienne de navé, parce que laditte eaue arriva sur les deux à trois heures après midy, mais Y eut beaucoup de bestial nayé, tant brebis, asnes que vache.s. Les vignes dudit Chalaustre qui estoient en pente furent en plusieurs endroietz arraebées, déracinées et enmenées aval l’caue, et receurent ceux dudit Chalaustre grand domage en laditte eaue, qui estoit fort impétueuse. Depuis cette grosse nuée, le temps fut desbauché de la chaleur et seieberesse jusques après le s4 ou 35° jour dudit muy.s de ntay, qui fut environ huict ou dix jours contimielz, desquels nul se passoit qu’il né pleust une ou deux nuées d'eaue, de .sorte que toute la terre à plus de vingt lieues è la ronde de Provins fut arroiisée assez commodément pour l'accroissement des biens de la terre Qui fut occasion que tous les cathoUcques remercièrent grandement Dieu , les ungs en églises de leurs parroisses, les aulties par procession.s ,

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157K comme ceux de Nogent, lesquelz, le a3' jour de may, allèrent eu procession en l'église mons. S'-Ayoïil de Provins, distant de quatre grandes lieues.

f'rotessioii des gens de Nogeiil à Provins.

Bruits de guerre entre Henri III et son frère, qui s'opposait à ce que le roi nommât aux bénéliccs sur les terres de son apanage. Le peuple se plaint des tailles et gabelles extraordinaires que le roi lève, et dont on attribue rinvenliou aux Italiens de la cour; on niiirmure aussi contre les grands dons faits par Henri 111 à ses favoris. Jalousies, inimitiés et meurtres à la cour.

Duel des mignons du roi ; Quéluz, Vlaugiron et Livarot, avec Scbomberg, Bilvérac et Antraguet'. Quéluz, blessé mortellement, dit à Henri III lorsqu'il vint le voir : • ,Sirc, ce mal m’a estti faict pour l'amour de vous et pour avoir soustcnu rostre honneur. ■ Douleur de Henri 111, qui le fit soigner par ses chirurgiens.

Pendant ung mois que dura la maladie de Quéluz, le roy l'alloit (jiia.si par chascun jour visiter, cl couchea quelques nuietz en la maison et chambre où estoit ledit Quéluz; et tou.sjours taschnit S. M. à le resjouyr el luy donner courage, Jusques à luy promettre, en la présence de mons. de Guise, l’estât de grand maistre, s’il se garissoit. De laquelle prome.sse fut courroucé ledit sieur de Guise. (|ui avoit ledit estât, et qui s’en alla hors de la court.

Ce combat délivra la Krance des principaux artisans des querelles qui divisaient le roi et son frère. M. de Sainte-Koy, confesseur et prédicateur de Henri III, pronon<;a l'oraison funèbre de Quéluz, qui fut imprimée et mise en vente.

Traité entre le roi et le sultan, imprimé et crié en vente à Pans. — Un imprime el vend aussi l’histoire d’un jeune laquais de Paris possédé du diable.

cause ipie la guerre mettoil trop à se relever au royaume de France, les me.sclians garaemens banis et essorcillez du royaume f»ar trouppes et grosses bandes tenoient les chemins et forestz, pour destroiisscr et voiler les passans de pied et de cheval; le capitaine desrpielz se nommoit Mireloset, aultrement la Chasnez. Et non-seulleinenl de.stroussoient lesditz passans, mais aussi les prenoient à raïu-on ,

^ Joumai da rt^ne de Henry Hit P' 38. — Le duel eut lieu te 37 avril.

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(|uaud ilz cognoissoient qu’ilz en pourroienl tirer argent, oultre ce qu'ilz trouvoient sur les personnes. Ce qu'ilz feirent à ung serviteur d'ung des plus riches marchans de la ville de Troye, nommé Méral, qu'ila voleurs prindrcnt entre Troye et Lyon, chargé de peu d’argent à leur gré, mais de plusieurs grosses obligations et ccdulles, qui povoient monter à la somme de 20,000 livTcs ou environ; ils l’enmenèrent prisonnier, le forcèrent d’envoyer ung messager à son maistre, qui fut taxé à 1,000 livres, et en faultc de ce faire* promettoieut de le faire morir et de retenir les obligations, pour lesrjuelles ravoir avec le serviteur, fallut que le maistre envoyast laditte somme. Iceux voleurs estoient tous Françoys et de toutes nations; le bruict esloit qu’il y en avoit de la ville de Nagent, du village de la Mottede-Tilly lez ledit Nogent, de Grange-lez-Sens cl Trainel, et de plusieurs aultres lieux; lesquelz estoient entretenus aux gages dudit Mireloset, ou bien estoient tenus de luy rendre tribut par cbascun moys du vol et larcin qu'ilz faisoient.

Les chemins de Lyon à Paris, de Paris à Rouen, à Orléan.s, et d’aullre coslé en Picardie, estoient remplis de telles gens, et souvent faisoient de grands volz aux portes de Paris. Le roy, estant de ce adverly, commanda aux prévoslz des mareschaiix de France et à leurs lieutenans de tenir les champs pour prendre vifz ou mortz lesditz voleurs. Ceux de Paris, Meaux, Melun, Provins, Troye et Sens se meirent aux escars; mais il ne fut novelle qu'ilz attrapassent ung seul prisonnier, au contraire fut découvert, qu’ilz estoient compagnons desditz voleurs, ou pour le moings les recellcurs à gage. Celuy de Troye fut arresté à Paris, pour ce faict, et renvoyé à Troye, où on luy lit son procès. Il fut trouvé qu'il avoit pris plusieurs voleurs et les avoit relasché après avoir eu leur bourse, et s’estoient faietz tributaires à luy de certaine somme d’argent par cbascun moys; toutesfois, à cause des grands biens qu’il avoit, en fut quitte pour de l’argent. Une bande d’iceux vblcurs, jusques au nombre de douze à quinze, ès premiers jours du moys d’apvril, attacquèrent ung coche mené à quatre chevaux , dans lequel y avoit gens, hommes et femmes.

MtMOlHES

157H. avec M* Fergeni, gardien du couvent de» cordeliers de Provins, ei ostèrent à tous leur argent, sans pardonner à la bourse du cordelier, en laquelle y avoit quelque loo ou lao livres tournois, qu'on luy avoit aulmosné audit Troye, où il avoit presché le karesme. Et en tout le butin, lesditz voleurs emportèrent la somme de a,ooo livres et plus, sans faire aultre mal aux personnes qui estoient dans ledit coche, mais, d’arrivée, coupèrent les jarretz aux quatre chevaux. Et fut ce faict entre la ville de Troye et le Pavillon. Iceux voleurs, prenant congé des bonnes gen.s, leur dirent, «Si on vous demande qui vous a volé, vous direz que ç’a esté La Croix de Nogent et les enfans de Dieu; • et sur ce piix|uèrent leurs chevaux.

Lii méchant garnement, récemment revenu des guerres, qui se faisait appeler monsieur de la Croix, fils d’un boulanger de Nogent, est arrêté et mené prisonnier a Troyes, sur le rapport des gens du coche; il parvient à établir un alibi et est relâché.

Déclaration do duc d'Anjou, dans laquelle ce prince nie toute intentiou de faire la guerre au roi son frère, et annonce que le» soldats enrôlés en son nom sont destinés à secourir les Etats des Pays-Bas*. — Lc-s enrôlements continuent. — Les gens du duc s’occupent à mettre des garnisons en son nom à Provins. .Suzanne, Chàlcau-’niierry et Meaux, et à trouver pour lui de l'argent.

.Au moys de may, nions, de Rosne, qui se disoit l’ung des maistres d’hostel dudit seigneur, vint à Provins et donna à entendre aux habitans, en leur montrant certain mandement qu'il disoit estre dudit seigireiir, que son excellence n’jBStoit content d’eux, pour ce tpie depuis qu’il s’estoit absenté de la court du roy, ilz ne favoient esté voir ni recognoistre pour leur seigneur tel qu’il estoit, dont mal leur en prendroit, si en brief n’entendoient à réparer la faulte par une ayde il'argeiit pour remboui-ser M‘“' de Nemours, qui prenoit les deniers du domaine de Provins, que le roy luy avoit baillé en mariage. La somme que demandoit ledit de Rosne estoit de i8 ou ao.ooo livres. Sur ces mesrnes affaires, le roy envoya une commission à la ville de Provins, par laquelle il mandoit que incontinent on envoyast à Meaux

’ àe I î. p. i5h.

la somme de î,ooo livres tournois pour le remboursement d’un emprunt qu’il avoit levé sur la ville de Meaux.

Fallut assembler les habitans, pour adviser comment on cscbapperoit de tant d’affaires. Pour le regard de la commission du roy, y fallut satisfaire en peu de jours, et fut porté l’emprunt des 2,000 livres à Meaux Pour le regard des affaires de mons. le duc, aulcuns furent d’advis de luy ayder, et d’aultres non, que premièrement on l’eust ouy parler. Qui fut à la fin trouvé le meilleur conseil , et pour ce furent csleuz M“ Jehan Retel, advocat du roy, et Christolle de Boudreuille , procureur de la ville, pour aller trouver ledit seigneur et luy faire présent des fruietz de la ville, qui sont roses seiches et conserves d’icelles roses, le tout assez largement, pour s’excuser de la paresse des habitans. Or n’estoit ce que demandoit ledit de Rosnc, ains eust bien volu que les gouverneurs de Provins eussent délivré argent comptant entre ses mains avec leurs présens, etqu’ilz luy eussent baillé la charge de faire leur paix enverra ledit seigneur duc, sans qu'ilz s’en travaillassent. I.es députez allèrent trouver le duc en la ville d’.Angers, où ilz présentèrent leurs présens de roses et conserves, que ledit seigneur rcceirt de leurs mains fort honorablement, comme aussi l’excuse de la ville, requérons Son Excellence de ne prendre en maulvaise part ung si long délay d’estre venus à luy, mais que la grande distance et l’incertitude du lieu où on eust peu le trouver en avoient esté cause, avec le maulvais temps de l’hiver. Laquelle excuse fut par ledit .seigneur bien receue et favorablement respondue. En remerciant eux et ceux de la ville, estant mary du grand travail qu’ilz avoient prins pour aller à luy, sans qu'il en fust nécessité, il se déclara amy et protecteur d’icelle ville, au commandement de laquelle se présenta pour leur faire tout plaisir, faveur et ayde. laquelle olfre ilz députez prièrent Son Excellence d'exempter la ville de gens de guerre en garnison, parce qu’on doubtoit que le roy ou mons. de Guise, gouverneur de Champagne, n’y en volust mettre, et que de ce avoient ouy le bruict. Ausquelz le duc feit response qu’ilz n’en auroient ni d'un costé ni d’aultre, et que dès le jour inesine il en escriroit au roy et

I57S. audit sieur de Guise, pour n’y en point mettre et pour les ester, au ••as qu’il y en cust depuis leur partemenl. El sur ces promesses, prindrent congé lesdiu députer, qui s’en retournèrent bien joyeux annoncer ces bonnes novelles à leur ville, laquelle avoit jà pourveu de l<a somme de i ,5oo escur pour faire présent audit seigneur, ayant vouloir de le prier de s’en contenter pour ceste fois. Ce néantmoiiigs (jue ledit seigneur ne demandast point d’argent aux députer, comme leur avoit faicl entendre le sieur de Rosnc, n’en reprochèrent rien à celui-ci, auquel encorcs fut faict présent honesle à son contentement.

•\ouveaux bruits de guerre. — Les tiuises, mécontents, quittent ta cour; le duc de Guise se rend à .loinville avec sa grand’mère, le duc de Mayenne dans .son gumernemenl de Bourgogne. — Henri 111, qui était allé visiter Rouen et le Havrede-Grâce, rentre à Paris, en apprenant les préparatifs de guerre et les a,sseml)lées de troupes qui se faisaient. Il ordonne, par un mandement spécial, aux baillis, sénéchaux et gouverneurs des provinces de dissiper par la force les réunions de gens d’armes. — Néanmoins, des levées considérables ont lieu sur les terres de l'apanage du duc d’Anjou. Ceux de Champagne, Brie, llurepoix, Gastinais, s’as- .semblent aux environs de Montereau-Fault-Yonne aux mois de Juin et de juillet. — Le roi, après avoir fait publier de nouveau son édit, envoie à leur rencontre le grand prévôt de son hôtel, avec les gens des prévôts des maréchaux de Paris, .Meaux , Melun et Orléans, qui agissent mollement par crainte de mécontenter le duc d'.Anjou; cependant environ trois cents personnes sont prises et envoyées au roi. — M. de Rosne, chef des troupes de pied et de cheval rassemblées à Montereau, au nombre d'environ huit mille hommes, lève le camp vers la fête de la -Madeleine et se dirige sur Château-Thierry; il courbe deux nuits à Provins, et demande ^ux habitants de lui fournir le prix d’un cheval qu’il venait d’acheter 6 ou 700 écus; la ville refuse, mais elle le rembourse, lui et ses gens, de tous frais de séjour, montant à plus de luo écus.

Sur des nouvelles reçues des Etats des Pays-Bas, que pratiquait M. deRochepot, ambassadeur de France, le duc d’.Anjou se rend à Mons en Hainaut, ayant donné ordre à M. de Bosne de le suivre et de gagner rapidement la frontière ; mais celuici, arrivé à Château-Thierry, s’y arrête plus de quinze jours avant de passer la Marne, faisant dépenser plus de 30,000 livres à la ville et de grosses sommes aux vilhiges d'alentour. Les habitants de Châlean-Thierry portent plaiiUc au dur d’Anjou, (|ui se montre fort courroucé contre son lieutenant. — Les Bretons et les Normands, qui s'as.semhlaient dans le Perche, passent au nombre de dix mille

DE CLADDE HATON.

au Pont-de-l'Arclie pour le rendre à Calais, et sur leur chemin, trouvant de la résistance, pillent des villes et emmènent les habitants prisonniers. — Les Bourguignons , Lorrains et Picards se joignent autour de I.aon et de Notre-Dame de Liesse et ravagent les frontières de la Picardie. — l^ducdeMayeune, gouverneur de Bourgc^ne, empêche une armée de reitres, levée au nom du duc d’Anjou, d'entrer en France, et la fait tourner par les frontières de Lorraine et le pays des Ardennes. — Henri HI s'oppose à ce que les compagnies de ses ordonnances aillent à la guerre de Flandre; mais plusieurs individus faisant partie de ces compagnies s'y rendent, en s’enrôlant sous d’autres capitaines. Des fils de M. de Patras et de M. de La Tour, un jeune Vendières, qui appartenaient aux ordonnances du roi, parlent avec de Rosne; Philippe l’.Archer, nommé aussi M. de Clermont, faisant partie des mêmes troupes, se met également aux ordres du duc d’Anjou. — L'ambassadeur d’Espagne se plaint au roi et lui demande s'il avoue la guerre de Flandre, et si les levées se font de son aveu. Henri III ré’pond négativement, mais refuse de forcer, conune on l’en requérait, son frère par la voie des armes à abandonner son entreprise.

Fault entendre que les compagnies qui s'assemblèrent à Montereau- Fault-Yonne et auitres lieux que nous avons dict n’avoient oblié le mestier de rançonner, battre et desrober leur hoste ès maisons où ils esioient logez. Soubz le nom et prétexte d'aller en Flandre, tous banis, vacabons, voUeurs, meurtriers, renieurs de Dieu et de vielles debtes, remenans de guerre, reste de gibet, massacreurs, véroUez, gens mourans de faim , se meirent aux champs, pour aller piller, battre et ruyner les hommes des villes et villages qui tomboient en leurs mains ès lieux où ils lo^oient et par les chemins, sans crainte aulcune. Mons. de la Haulte-Maison , de S -Loup, fut des premiers qui se jettèrent aux champs pour Vmasser tous les meschans garnemens et escume du pays, tant des villes de Provins, Bray, Montereau, que des villages d'alentour, qui furent plus d'img moys à tourner seullement à dix lieues autour dudit Provins sans aller plus loing. Ung aultre capitaine, qui se faisoit nommer le capitaine Michery, veint à se joindre avec ledit de la Haulte-Maison , et eux deux assemblèrent leurs pendars en une bande qui monta au nombre de six cents hommes et quasi aultant de putains et gougeats. Lesquels, le 8‘ jour d'aoust, passèrent la rivière de Seine pour tirer en la Brie et se logèrent ès

J57«. villages de MeeUsur-Seine , Ennez et Mériol. Auquel village de Meel trouvèrent quatre maisons toutes en feu et charbons, qui bnisloient dès la nuict précédente par la faulte de Jehan Garnot, sergent demourant à Provins, en deschargeant une voye de foing en sa grange avec la lumière allumée. Nonobstant ledit feu, les pendars susdits ne lais- .sèrent de se loger audit village et aultres susdits, où ils rançonnèrent et pillèrent plus rudement que aidtres qui y eussent logé il y avoit vingt ans.

Au lendemain ils deslogèrent, mais ne feireut grand chemin, ains seullemcnt allèrent loger en la parroisse de Leschellc, où ilz feirent des maux indicibles. Mons. de Fatras se trouva audit lieu de Lescheile, duquel il estoit seigneur, pour les prier de passer oultre et de n'y loger, par les plus doulces et amiables parolles qu’il povoil dire; mais n’en volurent rien faire, ains couchèrent la harquebusc en joue pour le faire taire ou retirer d’avec eux, et à peu tint qu’ils ne le tirassent et son homme aussi, pour lequel danger éviter, fallut qu’il se retirast assez diligemment. Ils se gouvernèrent audit village et parroisse si mal que des Turcs et barbares n’eussent volu faire pis. Peu de gens , tant hommes que femmes, eschappèrent de leurs mains sans estre battus oultrageusement, quelque argent de rançon qu’ils baillassent, et estoient les moindres rançons de 4 escuz, quelque pauvres que fussent les hostes. Hz tuèrent ung honeste homme de Lescheile, nommé Jehan Garraut, homme de bien, qui fut fort plainct, en prenant sa besace pour aller aux vivres. Lequel, se voyant blessé d’ung coup qu’ilz luy donnèrent su#la teste, au lieu d’aller à Provins, princt le chemin aux vignes de la Boullois, où il morut avec gi'ande tristesse et desplaisance au lendemain i o' ou i i ’ jour d'aousl, qu’il fut trouvé n’avoir quasi plus face de rognoissance d’homme. Il fut ramené en sa maison, où estoient encores les meurtriers (car ilz furent trois jours audit Lieu), qui, au lieu de s'euiuir, disoient que s’il n’eust été mort, qu’aussi bien l’eussent-ils tué. Ledit seigneur de Fatras, après en avoir esté adverty, retourna è Lescheile pour veoir s'il sçaiiroit avoir quelque raison de leur capitaine et pour le prier de

dealoger au bout de trois jours. Mais, quand les meurtriers sceurcnt 1578. qji'il venoit contre eux, menacèrent la femme dudit Garraut, que, si elle disoit que ç'avoit esté eux qui avoient tué son mary, qu’en la présence dudit Fatras ilz la tueroient elle-mesme, et en ceste sorte l’intimidèrent quelle n’en volut rien dire, de quoy elle fut digne d’estre blasmée.

Ceux qui estoient logez en la maison de Pierre Angenost de Pigy ne luy en eussent pas faict moings s’ils l’eussent tenu, quand il leur envoya sa rançon à ao s. moings qu'il n’avoit esté par eus taxé, et n’y eust eu faulte en laditte rançon, s’il eust peu trouver le tout à emprunter. Pour se venger, les pendars, après avoir faict grande violence à sa femme, comme tous faisoient aux aultres femmes et filles, la bâtirent si oultragcusement qu’ilz la laissèrent quasi pour morte, puis luy atachèrent une corde aux piedz et la traînoient par les rues, comme on faict une beste morte i la voyrie, sans avoir honte ni veiçongne de l’honneur des femmes et secret de leur nature. Et non contons de tel acte si barbare, passèrent leur rage au petit enfant dudit Angenost et de laditte femme, le faisant desvelopper par la chambrière de la maison , qu'ilz feirent assoir au feu , auquel ilz boutèrent tant de boys qu’ilz purent, duquel elle n’eust osé se retirer ni le petit enfant, et tant les chauffèrent qu’ilz .servante et petit enfant cuydèrent là rendre l’esprit, le petit enfant cryant son petit cry de toute sa force, comme pensoit aussy faire la pauvre chambrière, qui en estoit par les tirans empeschée avec grands coups de baston et menaces de la brusler et le petit enfant, qui n’avoit qu’environ quatre moys pour le plus. Lequel, quand il ne povoit plu.s endurer la challeur du feu et qu’il commençoit à se rostir, l’alloient plonger dedans ung sceau d’eaue et feirent ce par trois ou quatre fois. Il petit enfant ne morut pas pour lors, mais endura ung grand martire. U fut novelles que trois pendars de Provins, qui estoient en laditte compagnie, sçavoient bien toute ceste insolence faicte audit Angenost, sa femme, son enfant et sa chambrière, et se nommoient ung Lambert Mille, orfèvre, N. Fandeur, filz de feu Claude le Fan-

1578. deur, et Siret Robinot, lesquelz acquirent ung très-mauivais bniict en laditte parroisse.

Quiriace Prieur, appellé le capitaine Boytout, de Provins, volut faire du capitaine soubz ledit seigneur de la Haulte-Maison , et se jetta par les villages pour sonner le tabourin et amasser le reste de l'escunie du pays; mais, pour avoir commencé des derniers, ne peut amasser qu'environ cinquante pendars, qu’il trayna par les villages d’entre la ville de Sens et la rivière de Marne, lesquelz le laissèrent et quittèrent là, ou qu’il ne leur volust permettre le pillage et rançonner si rudement que faisoient les aultres, ou pour aultre occasion. Lequel, se voyant habandonné, s’alla luy-mesme enroller soubz la charge du seigneut de Besancourt, qui s’estoit jetté aux champs comme les aultres, ayant charge d’amasser ime compagnie de gens de cheval, ce disoit-il, et soubz son nom s’en amassa ([uelque soixante ou quatre-vingts, la pluspart de Nogent et les environs, qui sortirent de leurs maisons tons à pied, mais en peu de temps furent tous à cheval, bien montez, après qu’ilz eurent esté quelque dix jours à la foire de Grup, en tournant le pays.

Oultre les capitaines et les trouppes de volleurs susdis, plusieurs aultres venans d’alentour de Gien-sur-Loirc, de Boiu-ges, d’Orléans, de Montargis, d’Auxerre et d’aultres lieux de par delà passèrent la rivière d’Yonne à Pont-Regnard et à Pons-sur-Yonne , pour venir passer la Seine à Noyen, à Villiers,«à la Motte et ès environs de Nogent, lesquelles rivières d’Yonne et Seine estoient gayables par tout; et en passoit plus par Noyen que les aultres lieux de la rivière de Seine, pour aller en la Brie. Entre ceux qui passèrent lesdittes rivières venans des beux susdis, fut la compagnie de mons. de la Ferté, qui au passage de la Seine se logea ès parroisses d'Ermez, Meel et Mériot, où elle feit ung grand domage de rançons, de despense et de larcin. Toutesfois, il sembloit que ceste compagnie eust volunté d'aller en Flandre, car elle clieminoit à grandes joiunées ; et estoient, comme tous les autres, grands larrons de chevaux et jumens pour se monter. Et passa ceste compagnie environ le i a’ ou 1 5' jour d’aoust.

Après eux passèrent lesdittes rivières les régimens du conte de Tou- 1576. raine' et de Méru, et le a 3' jour dudit moys, se logèrent ès parroisses de Chaiiemaison, de Sepveilles, de Savins, de S'-Loup et de Cbalaustre la Petite, où ilz furent deux jours. Au partir desdittes parroisses, allèrent loger à Basoches en Brie et les environs.

Icelles compagnies ou d'aultres, environ le a 4* ou a 5' dudit moys, jour de dimanche , entrèrent par surprinse dedans la ville ou boui^ de Vodoy,où ilz feirent des cruaultez incroiables. Hz tuèrent et blessèrent plusieurs hommes de ladiite ville et aultres qui estoient dedans; ilz pillèrent les maisons, enmenèrent à rançon plusieurs hommes, vioUèrent les fdles et femmes en la présence de leurs pères et maris, plusieurs desquelles furent par eux enmenées au partir, après y avoir séjourné quatre ou cinq jours pour le moings; et y eussent esté plus longtemps, sans les gentishommes de crédit, comme mons. le baron de Senecé, seigneui* d'AmiUiz et aultres, qui les prièrent de desloger.

Tous les chevaux de laditte ville furent par eux enmenez avec plusieurs charrettes et hamois pleins des meilleurs biens de la ville, comme draps de laine, de velours, taffetas, soyes, linges, toilles et aultres biens; et ne vouldroit-on croire la perte que laditte ville receut par ces volleurs, lesquels estoient suyvis de rccelleurs, pourtepaniers et aultres, qui avoient bon marché du larcin.

Après lesdis régimens du conte de Touraine, suyvoit ung aultre régiment qui se falsoit nommer les viconlet, qui estoit conduict par ung qu’on appelloit la Chasnez, aultrement Mireloset, qui estoit le capitaine des voUeurs.que nous avons dit qui tenolent les chemins et forestz pour destrousser et voiler les passans, avant ceste levée d’armes pour aller en Flandre. Lequel régiment estoit renforcé de trois aultres compagnies qui le suyvoient, conduittes par ung qui se faisoit appeller mons. de Beaulieu, qui en son nom s’appelloitNicollas Talluet, natif de laMotte-de-Tilly-lez-Nogent, filz d’un pauvre laboureur dudit lieu. Lequel Beaulieu ou Talluet se vantoit d’estre areber de la garde

' Henri de la Tour, vicomte de Turenne, duc de Bouillon, maréchal de France, ne en i5&5,morteo i6a3. »

944 MÉMOIRICS

1578. rÎDs sonnans et les enseignes desployées, tournèrent trois fois à l'entour dudit Chalaustrc, pour aviser le lieu le plus commode pour l’attaquer. lU avoient une cherié ou deux d’cscbelles, qu’ilz avoient menez avant eux pour escheller les villes et bourgs où ilz ne pourroient entrer. Lesquelles cscbelles furent par eux mises et jettées dedans les fossez dudit Cbalaustre en plusieurs endroictz en faisant la tournée. La tournée faicte par trois fois, comme dit est, ne trouvèrent lieu plus propre pour assaillir que à l'endroict de la maison de laditte damoiselle, où ilz délibérèrent de donner l'assault; mais avant, sommèrent ceux de dedans de se rendre par amytié, pour éviter à plus grand mal, ce qu'ilz ne volurent faire; au refus desquels fut donné l'a.ssault.

Or estoit-il le vendredy pénultiesme jour d'aousl, environ onze heures ou midy, quand le premier assault se donna, qui fut aussi vertueusement soustenu et deffendu que donné. De plain sault, ung porte-enseigne des as.saillans, l'enseigne au poing, se guinda sur les murailles, où il fut assez de temps pour donner courage à ses gens de monter après luy. Pour lequel tirer et tuer couchèrent plusieurs fois les deffendans la barquebuse en joue; mais ne sceurent oneques faire prendre le feu sur l'esmource, encores qu'il feist une grande challeur, et faillirent à prendre feu pour le moings une douzaine de harquebuses qui estoient au Cartier par où l'assault se donnoit, et disoient, comme tou.sjours ont dict depuis ceux dudit Cbalaustre, que les harquebuses dudit cartier avoient esté par les assaillans charmées et émandoyées, ce qui se povoit bien faire. Le capitaine ou gouverneur des deffendans, voyant le porte-enseigne si bien juché sur les murailles, feit venir à soy quatre barquebusiers de son corps de garde , qui estoit au milieu de la ville , pour tirer ledit porte-enseigne , qui fort dextrement fut tiré et renversé au fond des fossez, comme furent ung sergent de bande et quelque trois ou quatre aultres soldatz des plus hardis et mieux aguerris. Qui attonna fort le reste des assaillans, et fut ce cause de cesser l’assault, et demandèrent à parlementer: ce que leur accordèrent ceux de dedans. Que lesdis assaillans

DE CLAUDE IIATON.

deniaudèrenl par leur parlement, je n’en ai rien sceu à la vérité. 1578, Toutesfois, entre les demandes qu’ilz feirent, demandèrent qu’il leur fast permis de retirer leur enseigne hors des lossez.

Le capitaine dudit Chalaustre feit une faulte de sortir hors la porte de la ville pour aller parlementer avec ses ennemis; toutesfois, par rimportunité et sur la promesse des gentishommes de Be.sancoiirl. de Patras et plusieurs aultres, qui estoient là présens avec les assaillans, chascun d’eux aux requestes pour saulver leurs villages et maisons, et qui luy promirent, avec Mireloset, toute seureté durant ledit parlement, il sortit. Mais on ne se put appointer, ce que voyant, Mireloset voulut retenir prisonnier ledit capitaine. Celui-ci, s’apci-cevant de sa faulte, leur accorda entrée dedans la ville, mais, non encore# d’accord du tout , prolongeale parlement, durant lequel estoient oiiyes au fond des fossez les plaintes du capitaine-enseigne qui avoit este abhatu. Qui fut cause de changer de propos, parce qu'il faisoit mal audit Mireloset de le laisser mourir là, fust par l'amitié qu’il luy pourtoit, ou pour ravoir l'enseigne et l’argent qui estoit sur le patient. Demanda audit capitaine de Chalaustre s’il y avoit poinct de moyen durant la trêve de retirer ledit porte-enseigne de leurs fossez. Qui luy respondit que ouy, moyennant que les soldats qui estoient les plus près des fossez et de la porte se retirassent, et que seiülement on luy en donnast trois ou quatre pour le plus pour l’aller querre et retirer avec luy, et que par ce moyen ilz le pourroient ravoir et non aiiltrement. Hz furent assez longtemps sur ce propos, car Mireloset ne vouloit laisser aller ledit capitaine de Chalaustre, lequel tenoit toujours bon qu’il n’estoit possible de le retirer sans luy et son ayde , parce que ceux de dedans n’endureroient nulz soldatz descendre en leurs fossez qu'ilz ne tirassent sus. Tant fut la cause débatue, qu’à la fin fut dict qu’on délivreroit audit capitaine de Chalaustre quatre soldatz pour aller avec luy retirer du fond des fossez ledit porteenseigne, pour lequel prendre falloit s’approcher de la porte de la ville , où estans arrivez , en delfendant à ses gens de dedans de ne tirer .sur luy ni les soldatz qui estoient avec luy, leur feit signe qu’ilz

1578. ouvrissent le guichet de ladittc porte et qu’ilz sortissent à .son secours. Ce que bien entendirent ceux de dedans, lesquels furent aussi tost dehors que le signe fut donné. Ce que voyant, ledit capitaine, avec l’espéc à deux mains qu’il avoit, donna une charge k ses quatre soldatz et les meint en fuitle, et tout à l’instant rentra dedans la ville et fut refermée la porte après luy, et par ce moyen répara la faulte qu’il avoit faicte de .sortir hors de la ville et se saulva du danger où il avoit esté, et si demeura ledit porte-enseigne au fond des fossez, où il est mort.

Le capitaine rentré, la trêve fut rompue, au grand despit des as- .saillans et de Mircloset, qui feit recommencer l’assault plus furieuse- «nent que devant, qui fut courageusement delfendu par ceux de dedans, auquel s’empinyoient femmes et filles en plus grand courage que les hommes, pour desfendre leurs vies, biens, corps et honneur, aymant mieux mourir sur les rempars pour les empescher d’entrer que d’endurer le mal et déshonneur qu’elles eussent peu recepvoir de telz villains putiers qu’estoient iceui assaillans. Et pour ce, pourtoient du feu allumé et des gerbes pour leur brusier le visage, si tost qu’ilz le monstroient par dessus les murailles; aultres avoient des cendres cliauldcs, aultres de l’eauc bouillante pour leur jetter au visage, et feirent icelles femmes et filles ung si grand debvoir qu’il fut plus recommandé que ccluy des hommes. Durant ce second as.sault, la nuict arriva, qui imposa ung peu de sillencc aux ungs et aux aultres. II y avoit jà bien une douzaine des fricquerelles a.ssaillans mors dans les fossez, il y en avoit beaucoup plus de fort blessez. De ceux de dedans, y en avoit deux de tuez, l'ung par sa faulte, l’aultre en deffendant. Plusieurs assaillans se desbauchèrent et se retirèrent ès villages d’alentour, et en alla au giste jusques à Sordun quelque vingtaine . tant des blessez qu’aultres qui n’avoient poincl de mal. La pluspart demourèrent la nuict campez à l'entour de Cbalaustre et donnèrent plusieurs allarmes à ceux de dedans, lesqueb. vertueusement se deffendirent comme de jotir, et trouvèrent moyen de mettre hors lie leur ville aulciins personnages; pour envoyer demander secours

aux villes de Nogent, Villenauxe et Provins, parce qu’ilz devenoienl 1578. foibles de courage et desmunis de pouldres et boulletz.

Au lendemain , à la diane et aulbe du jour, les voleurs assaillans donnèrent ung assault assez rude par ung aultre lieu que celuy du jour de devant, qui fut aussi bien deflendu que donné. Toutesfois, lesdis assaillans faisoient si bonne mine que rien plus, jurans et alfermans de ne partir jamais de là qu'ilz n'entrassent dedans ou qii'ilz n’y fussent tous tuez ou la plus grande partie d’eux, ce qu’il sembloit qu’ilz eussent volunté de faire. V^rs lesquels retournèrent au matin, qui estoit le samedy dernier jour d’aoust, les seigneurs siisdis de Fatras et de Besancourt, qui n’estoient assurez qu'ilz, au partir de là, n’allassent loger en leurs maisons et villages, aussi pour faire délivrer quelques gentisbommes et, entre aultres, ung-des hlzde mons. Rollant deChampgne qu’ilz tenoient prisonnier, l’ayant desmonté de son cheval le jour précédent, et qu’ilz avoient taxé à grande rançon avec quelques aultres qu’ilz tenoient. Pour lesquels retirer par amitié ou par argent estoient en partie assemblez les gentishommes susdis, avec MM. de Crenay, de Maupertuys et aultres, tous lesquels estoient en grand soubçoii desdi.s voleurs et aultres, et desquels lesdis voleurs ne faisoient cas non plus que d’une aultre personne soldat et encores moings. Car, comme on le veit par expcrience par toute ceste levée, ung soldat simple eut plus de crédit avec toutes les trouppes qui se meirent aux champs que n’avoient les plus riches gentishommes du pays, eussent-ilz esté de la maison du roy ou de mons. le duc. Les gentishommes susdits , voyant iceux gens de guerre et voleurs recommencer l’assault si furieusement, par l’organe dudit Fatras, leur descouviirent le secret de la ville de Chalaustre, et comment les habitans avoient envoyé querre du secours ès villes susdittes, lesquelles se mettoient en armes pour leur venir courre sus avec les gentishommes du pays et pour secourir ceux dudit Chalaustre, ce qui estoit vray. Car ceux de Provins ayant receu novelles au matin qu’ilz voleiu-s n’estoient encores entrez audit Chalaustre et qu’ilz recommençoient à battre la ville, soudain s’assemblèrent les capitaines et gouverneurs, lesquels mei-

Mh'MOlRES

1578. reni en délibération s'il estoit bon de secourir lesdis de ClialausU-e. Fut résolu que ouy, et tout à l’instant les capitaines de cbascuii quartier feirent sonner le taboimn par les rues et faire le ban que tous barqucbusiers eussent, à l’heiu-e de dix heures du matin, à se tenir prestz et à se trouver devant l'huis des capitaines chascun de sou quartier, pour aller au secours dudit Chalaustre. Le président Marchant, le lieutenant général, les prévostz des mareschaux , les licutenans criminel et de courte robbe, avec tous les sergens dudit Provins et plusieurs aultres personnes, montèrent à cheval pour encourager le reste du peuple de prendre les armes au poing et de les suyvre, et y fut faict ung tel debvoir qu’environ les onze heures pour le plus tard partirent de Provins plus de cinq cens liarquebusier.s, la plnspart morionnez, et bien cent hommes à cheval pour les conduire, les capitaines des quartiers cheminans à pied les premiers, les enseignes desployées et les tahourins sonnans, pour aller deslogcr lesdis volleurs de devant Chalaustre. Et furent lesdis de Provins jus<|ues au Mez de Sordun en bonne volunté d'aller; mais là rcceurent novcllcs qu'ilz gens de guçrre estoient descampez et avoient bahandonné Chalaustie. Ausquclles novelles, ilz de Provins tournèrent visage et s'en revinrent en leur ville. Aulcuns de pied et de cheval allèrent ju.sques à Chalaustre, poiu" mieux sçavoir des novcllcs, qui trouvèrent qu’il estoit vrny qu’ilz estoient deslogez.

Si ceux de Villenauxe et Nogenl se melrenl aux champs, je n’en ai enquis grandement; pour le moings s’y fusscnt-ilz mis, après qu’ilz

' eus.sent .sceu les novelles de ceux de Provins. Lesdis voleui-s, estans intimidez de ce bruict, laissèrent leur porte-enseigne et aultres mors ès fossez de Chalaustre, chargèrent leurs hardes et ble.ssez, et en grande vitesse cheminèrent jiisques à Chamcouclles et les environs, laissans tomber par les chemins de leurs hardes assez laidement et les plus malades de leurs blessez, qui morurent. Hz ne rechargèrent toutes leurs eschelles qu’ilz avoient menées audit Chalaustre. Quand lesdis di; Chalaustre fimcnt assurez que les volleurs estoient loing d’eux d’une lieue ou environ, sortirent en leurs fo.ssez pour aller queire

l’enseigne et les armes des mors qui y estoienl demeurez, il fault 1578. croire qu’ilz ne laissèrent l'or et l’argent qu'avoient lesdis mors assez largement, le.squelz furent là jusqucs au lendemain dimanche tous nudz avec leur chemise avant qu’estre enterrez. Ilz portèrent l’enseigne en leur église. Ses habis furent délivrez à leur capitaine, nomme Jacquin Collas ou Jacquin Soret, pour la braveté qu'il avoit faicte de rentrer et se délivrer hors des mains dudit Mircloset, ainsi qu'avons dict.Des habitansduditChalaustre, qu’hommes que femmes, y en eut de tuez six ou sept, et peu ou poinct d’aidtres blessez. La compagnie de mons. de la Chapelle desUrsins, avec les paysans, depuis Monceaux en Brie en tirant à la rivière de Marne, baillèrent la chasse audit Mirelosct et scs gens jusques auprès de Soissons, et si n'en purent attrapper que trois ou quatre des blessez qu’ilz achevè/'ent, mais trouvèrent force butin par les chemins; ilz estoient tous montez è cheval, qui fut cause qu’on ne les peut attrapper, car ilz coururent jour et nuict jusques à ce qu’ilz fussent avant en Picardie.

Les compagnies des seigneurs de Besancourt, de la Haulte-Maisuu , de Michery et du capitaine Boitout , avec d’aultres dont je n’ay sceu les noms, ne faisoient que tourner le pays, depuis Sens jusques à Chastcau-Tbierry, cl depuis Rosay en Brie, eu tirant d’un costé à la rivière de Marne, d’aultre aux rivières d’Y'onne et de Seine, jusques à Chaslons en Champagne, faisant des maux indicibles et incroiablcs par batures, volleries.viollemens de femmes et filles, larcins, murtres, hnislcmens de maisons, et tout autre genre et espèce de maux, sans respecter personne , de quelque qualité qu’il fust, fusl-il gentilhomme trois fois. De sorte que les gentishommes des villages qui n’avoient des chasteaux et maisons fortes furent contrainetz de vuydcr les meubles de leurs maisons et leur bestial aux villes avec leurs personnes pour se saulver. Ceux qui avoient de fortz chasteaux furent contrainetz de mettre hommes fors et aguerris dedans, pour tenir contre lesdis voleurs, qui ne craignoient en grandes trouppes de les assaillir. Tous les gens qu’ilz trouvoient en assez bon équipage de pied ou de cheval estoient par eux dcsvalisés, et encoresle plus sou-

d50 MÉMOIRE.S

1578. vent enmenés prisonniers. Desquelles rançons laictes sur les passans et gens des villages où ils logeoient et passoient, estoient tout presta

« d’en bailler quittance , et ne s’en cachoient de personne pour les demander et prendre. Qui fut cause que, durant ce désastre, les gens des vi Ilag es pauvres et riches vuydorent leurs maisons et serrèrenl aux villes et chastcaux des genlishommes. Le bestial eut fort é souffrir, tant gros que menu, car il estoit aultant de temps et plus à jusner qu’à manger, estant enserré esdittes villes et cbasteaui, qui fut cause, avec la seicheresse, d’enchérir le laictage, beun-e et fromage par toute l’année. Tout l’esté, la livre de beurre se vendoit 5 et 6 s. t. et les fromages au pris le pris, et a continué tout le reste de cet esté et l’hiver ensuivant la charté dudit laictage. Et ne fut ce pays de Brie et Champagne, principallement depuis les lieux que j’ai cottez cidessus, exempt desdis volleurs gens de guerre, depuis la mi-juillet jusques passé le la'' septembre, qu’il n’y en cust en quelque trois ou quatre paroisses; et n’ estoit ung village huict jours .sans en avoir, en plusieurs desquels ne trouvoient homme ni femme pour les gouverner. Dieu sçait quel mesnage ilz faisoient à descouvrir les maisons et à les abattre, et en plusieurs lieux au partir mettoient le feu dedans, aymant mieux les gens des villages endurer telles pertes que de les attendre, pour éviter le mal et rançons qu'ilz faisoient.

A l’extrémité, et quand cbascun n’en peut plus endurer, on advisa d’en faire plainctcs au roy, lequel feit longtemps la sourde oreille avant que d’y vouloir donner ordre. Et luy furent portées les premières plainctes du cartier devers Orléans, où lesdis volleurs avoient passé avant que de se jetter en ce pays. Ceux de Normandie, de beausse et pays de Perche se plaignirent au roy, comme feirent ceux de Poitou et de Touraine, esquelz pays les volleurs estoient en grandes trouppes, tenans les champs .soubz le nom de la guerre de Flandre, comme par tout le reste du royaume de France. Et n’y eut pays exempt de ceste punition qu’environ dix ou douze lieues à l’entour de Paris, et qui les exempta fut la présence du roy, qui estoit audit Paris, les gardes duquel estoient logez ès villages à dix lieues à

l’enlour. Pour lesquelles plaintes, qui luy furent présentées par escript 1578. et de bouche dès la fin du mois de julliet, mesmement par nions, le curé de S'-Séverin, n’en feit S. M. rcsponse qui feust digne d'ung roy. Toutesfois, importuné par le renouvellement des plaintes qui chaque jour lui estoient présentées, feit une ordonnance qu’on .se jetta.st sur ceux qui tenoient les champs, s’ils ne montroient commis- .sion signée du grand scel de sa chancellerie, et pour l’heure n'eu peut-on avoir aultre responsc. Parquoy les gens de bon esprit jugèrent que l’entreprise d’aller en Flandres estoit de son consentement, quelque bonne mine qü'il eust faict; et qui donna clair argument de ce fut un régiment de gens de guerre qui partit de Paris au moys d’aoust, le roy présent ou auprès, et qui ne les empeschea. Pour ce dernier mandement ne s’espoventèrent guèi'es lesdis voleurs , lesquels estoient en si grandes troiippes qu’ilz sçavoient bien que les gens des villages ni aidtres ne se feussent ose jetter sur eux, les prévostz des marcschaux aussi peu, lesquels ne demandoient que tel trouble, pour faire bien leur proulBt sur les traînardz de derrière et qui s’escartoient au loing, car, quand ilz en trouvoient de telz, les guettoient pour la bourse et leurs armes et les renvoyoient. Au commencement, ilz en amenèrent quelques-uns ès prisons de Provins, lesquels par les juges du présidial et gens du roy furent trouvez les meilleurs soldatz du monde, sans vouloir enquérir de leur vie ni des hostes où ilz avoient logé, pour ce que personne ne se vouloit rendre partie, cl furent renvoyez au pillage pour remplir leur bourse. De quoy s’indignèrent lesdis prévo.stz des maresebaux et de courte robbe, qui par après en feirent à leur discrétion et à leur proufTit, sans faire aultre domage ausdis voleurs que de les desvaliser d’armes et argent. C’est ung grand mal en une républicque, quand les juges et aultres qui administrent la justice sont disaiteux, engagez et endebtez; car telz justiciers ont quelquesfois leur âme à vendre pour de l’argent. Les gens des mareschaux et de courte robbe n’estoient tant blasmez que furent les juges qui laschèrent les prisonniers qu’on leur avoit amené.

voUerie se continua de plus en plus par tout le moys d’aoust et

157S. commencement de septembre, sans y plus espargner personne, de quelque qualité qu'elle fust, prince ni gentilhomme, mesmes les deniers du roy, qui par Icsdis voleurs furent ravis et emportez. Une trouppc qui tenoit les champs entre les villes de Sézanne et Chaslons emporta les deniers des tailles de l’élection de Sézanne, que le recepveur dudit Sézanne envoyoit audit Chaslons enfoncez en des tonneaux. Duquel vol le recepveur advertit le roy pour sa descharge, et S. M. envoya mandement au prévost des mareschaux de Chaslons pour informer et faire la poursuitte. Le mal s’augmentant de plus en plus et jusques aux portes des villes, les gens de justice commencèrent à avoir honte des reproches qu’on disoit d’eux d’avoir lasché ceux qu’on leur avoit amené prisonniers, et de ne se travailler à chasser lesdis voleurs, en vertu des mandemens du roy. Et pour ce, sur 1.1 fin du moys d’aoust, mons. le président Marchant, adverty qu’il y en avoit une petite trouppe logée ès villages et parrois.se.s lie Roully et Mortery, commanda aux gens des prévoslz des roare.schaux, de courte robhe, lieutenant criminel et sergens, avec aultres personnes de la ville qui de leur bon gré y volurent aller, de monter avec luy à cheval, pour aller veoir leur commis.sion et informer des rançons et insolences qu’ilz faisoient ès maisons des villages. Ils se trouvèrent pour le moins cinquante chevaux pour aller à ceste alfaire, mais lesdis voleurs estoient dcsiogez des parroisses susdittes, où leur fut dict qu’ilz voleurs avoient tiré le chemin de Coutenzons et Vielz-Champagne, et que là ou les environs avoient volonté de se loger. Lequel chemin prindrent lesdis de Provins, qui les allèrent attaccpier à leur advantage, estans lesdis voleurs logez et désarmez au village de Chastcau-Bleau, où n’y avoit guères qu’ilz de guerre ou aultres avoient tué une femme leur hostesse, et là leur fut couru sus et fitrent mis en routte et désarroy. Aulcuns se ineirent en deffensc; les aultres s’enfuirent. 11 en fut tué deux sur la place qui ne se volurent rendre, et huict furent amenez prisonniers. Desquels huit y en avoit quatre du village d’Angaye lez Sézanne, bons et riches gens, lesquelz ne s’e.stoient mis aux champs que huit jours auparavant, estans

au désespoir de la perte et domage qu’ilz avoient eu par les aultrcs 1578. gens de guerre volleursqui avoient logé en leurs maisons. La bande où ilz se meirent et dans laquelle ilz furent trouvez n’avoit commission aulcune du grand ni du petit sccl du roy ni de personne. Les bonnes gens furent traitez et maniez selon le bien qu'ilz avoient, et les tinton en pr'isou jusques il fust bien abrégé ou entièrement mangé. Toutesfois, il fut cause de leur sauiver la vie; car, quand il n'y en eut plus ou bien peu, lurent par la justice condempnez à faire amende honorable par la ville de Provins, en la présence de leurs aultres compagnons, qui furent foytez, pour ce qu'ilz n’avoient tant de bien qu'eux, et tous ensemble furent condempnez à aller aitx gallcres à perpétuité. Les parens de l’ung ou de deux taschèrent à faire révocquer laditte sentence, affin qu'ilz n'allassent ausdittes gallèrcs, ce qu'on leur promettoit faire; mais, après qu'ilz eurent cncores beaucoup despandu de leur bien, leur fut donné à entendre qu'il n'estoit possible , si ce n'estoit par une grâce du roy. Si le roy leur a baillé grâce, je ne m'en suis enquis.

.4u mois de septembre, la vollerie ne cessant point, mais s'augmentant de plus en plus, tout le monde commençoit à entrer â la désespérade, les gentishommes et les gens des villes, comme les pauvres laboureurs et gens des villages. Ceux des grosses villes commençoient à avoir peur que lesdis volleurs ne s'assemblassent en grand nombre, comme de vingt mille et davantage, et qu'ilz les vinssent assaillir, ce qu'ilz volleurs eussent bien peu faire, qui n'y eust remédié. Car aux villages ilz ne trouvoient plus que les huys ouvers et les granges plencs de grain, d'aultres meubles bien peu. Les gentishommes qui avoient cbasteaux et maisons fortes estoient en pareille peur ou plus grande que les villes, lesquels, quand ilz estoient tenus, estoient prins à rançon. Leur bestial moroit de faim ausdis cbasteaux, comme ccluy des laboureurs, lequel n’eust osé sortir dehors, cependant qu'ilz voleurs estoient proches de leurs maisons. Lesditz voleurs, ne trouvant plus personne de jour ès maisons, cheminoient toute nuict poiu tascher à surprendre les gens et le bes-

1578. liai, qu’il falloit rachepter d’eiu, avec leur en bailler tant qu'ilz vouloieul pour leur vivre.

Estant donc le tout mis ainsi au désespoir, fallut adviser le moyen d'y remédier, puisque le roy n’y vouloit mettre aultre ordre; et à ces lins s'assemblèrent dedans la ville de Provins, le 5* jour dudit moys de septembre, les gentishommes du balliage, par le mandement du bally, qui estoit mons. de Potières, capitaine desdis gentishommes pour l'arrière-ban. Les gens d’église et les bourgeois et marebans s’assemblèrent pareillement, mais chacun è part, pour délibérer du moyen que l’on pourroit trouver; puis après, tous ensemble, gens d’église, gestisho'mrnes et marebans, pour ouyr le rapport de ce que chascun desdis estatz avoit délibéré, alFin des trois délibérations particulières de n’en faire qu’une généralle.

Or fut la délibération et résolution généralle de ces trois estatz telle, qu’il falloit que les villes de Provins, de Montereau, de firay, de Nogent, de Pons-sur-Seine , de Sézane, de Villenauxe, deChalaustre, de la Ferté-Gaueber, de Vodoy, de Rosoy, Jouy le-Chastel etDannemarie feissent une ligue avec les gens des villages et gentishommes d’iceux do fournir hommes de delfense pour, avec lesdis gentishommes et plat pays, se jetter sur lesdis voleurs et gens de guerre pour les massacrer et mettre en pièces, en quelque lieu qu’ilz entreprinsent de loger, ès balliages et villages des villes susdittes; et pour ce que ce n’est l’estât aux gens d’église d’aller à la guerre ni massacrer personne, fourniroient argent pour l’entreténement des hommes qui pour ce faire seroient esleuz par les villes et villages, ou qui de bon gré se présenteroient pour telle aifaire. Et fut dict qu’on escriroit aux villes et bourgs susdis cest advis et résolution, pour sçavoir d’eux s’ilz vouldroient entrer en ceste ligue. Or se tenoit-on bien assuré de la pluspart d’icelles, principallement des villes de Sézane, de Barbonne, de Fontaine-Denis, de Villenauxe-la-Grand, de Chalaustrela-Grand, de Bray et de Montereau et des gentishommes et gens des villag es d’alentour.

Et toutesfois, en attendant que laditte ligue se feroit, fut résolu

qu'on yroit advertir le roy du désordre et vollerie desdis voleuj-s, 1578. luy monstrer les informations des meurtres, bnislemens, viollemens et assassinat! qu’ilz voleurs faisoicnt, et prier S. M. qui estoit pour lors à Fontainebleau, d'y mettre ordre, ou aultrement, à son relus, les trois estatz du pays se délibéreroient de se ruer sus pour les massacrer, ou d’estre par eux voleurs tuez tout en ung coup, sans languir si longtemps en la tirannic qu’ils commettoient; ce que lesdis estatz ne vouloient entreprendre sans son authorité ou bien luy eu donner advertissement. Pour porter ceste requeste à S. M. fut esleu pour les nobles et gentisbommes mons. de Bouy, parroche de Chalaustre-ia-Pelite , comme aussi il fut agréable aux deux aultres estatz de l'église et bouigeois, qu’on appelle le tiers estât, qui prièrent ledit seigneur de pourter laditle requeste pour tous. Ce que voluntiers accepta, moyennant que lesdis de l’église et du tiers estât luy baillassent chascun img homme de leur estât |M>ur l’accompagner et estre présens avec luy à présenter laditte requeste au roy. Et pour ce fut eslu pr les gens d’église M* Claude Moyssant, doyen de la chrestienté, et par le tiers état Christophe de Boudrcuillc, recepveur alternatif des tailles de l’élection de Provins et procureur de laditte ville, qui voluntiers en acceptèrent la charge avec ledit seigneur de Bouy. Eux trois ensemble s’acheminèrent dès au lendemain de laditte assemblée au lieu de Fontainebleau , où ils furent plus de huict jours avant qu’estre expédiez. Audit lieu de Fontainebleau se trouvèrent les députez des villes d’Orléans, d’Auxerre, de Sens, deTroye, et les habitans de Voudoy en Brie, chascun de.sdis lieux ayans informations des forfaietz dggdis voleims et requestes cpiant et quant pour en avoir quelque raison du roy. Cependant qu’ilz séjounioient et en attendant le Jour que S. M. leur avoit donné pour leur respondre, fut audit Provins réitéré pr son mandement qu’on se jettast sur ceux qui n’auroient commission signée du grand scel de sa chancellerie, et qu’on les taillast en pièces; mais à ceux qui auroient leurs commissions sdèUées dudit grand scel, qu’on ne leur feist autre chose que de les contraindre et haster de psser oultre et d’aller en Flandre.

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