‹ Mémoires de Claude HatonChapitre 30 sur 77 · COMPARAI&OA · texte numérisé non relu

COMPARAI&OA

Pour iMen »çavoir la coDsonance De Calbcrioe et Jhéaabd,

• L'une, ruyne d'Israël»

L'autre, nijne de la France :

Jéaabel maintenoit l'idoUe Contraire à la saincte paroUe, L'aultre maiatieot la papaultc Par trahison et cruaullé;

Par Tune furent massacrer Les prophètes à Dieu sacrez.

Et raoltre a iaict mourir cent mille De ceuh qui suyvoot rÉvangille:

L'oue. pour se ayder du bieti,

Fist mourir uug homzna de bien, . .

L'aultre n'est pas assouvie S'ellc n*a les biens el la vie ;

Enfin le jugement fut tel Que les chiens mengenl Jhésabet Par une vangeance divine;

Mais la cbarongne de Catherine Sera différente en ce point.

Cir les chiens ne la voul^onl point.

(Bibl. imp. fonds Saiol'Victor. n* 5^9, fol. S4 r*.|l

APPENDICE

un

LITTRE 4DREISÙI À CATHERIItE DR RÉDICIS.

Madame, il y a qadque temps que moDs. de Veauvillé, revenant de vers voe majestés , me pressa fort de dire le nom de ceulxqui m'avoyent dict, dernièrement qne j'estois à Lyon, que vostre majesté me faisoit garder une corde ponr me donner l'ordre à mon arrivée à la court, me disantque nommément vous le voulliez sqavoir. Or, pnisqn’ainsy est que j'ay esté adverty de ce qui m'estoit propre et nécessaire de sçavoirpour la conservation de la chose de ce monde qne je tiens la plus chère, je ne nommeray jamais de qui j'ay receu un si fidelle advertisse^ ment; seullement je diray que ce sont des chrestiens catholicques qui sçavent de vos nouvelles et de l'estât tragicque de la court, plus que ne font tous les huguenots de France. Anssy, madame, j'ay receu depuis une lettre et un passeport par l’ambassadeur des Ligues, envoyés d’Avignon par mons. Bruslart, secrétaire d'estat, que votre majesté me faisoit escrire pour l'aller trouver à Lyon , ponr l'euvyo qu’aviez de parler à moy et m'employer à vostre service. Mais, ayant auparavant entendu par les susdits catholicques des choses non moings esmervefllables et détestables à tous ceulz qui font profession de la vérité, qu'il ne peult entrer en mon courage de les vous mectre par escript, toutesfois, sachant de longtemps qu'estes curieuse de sçavoir et aprendre les choses qui se passent en vostre absence, seullement je vous discourray les moindres et les plus supportables de celles que j'ay entendues par les susditz catholiques, qui m'espouvantent si extresmement , que depuis j'en ay gardé l’ung des principaulx cantons du Rosne. Et sur ce , v'” majesté sera advertye qu'ayant faict une si heureuse rencontre de deulx hommes sçavans catholiques, l’ung me congnoiasant il y a environ 2 1 an, l'aultre depuis la journée de la trahison , car il y a ag ans que j'ay esté courtizan sans courtisanner ou suivre l'art militaire, et après leur avoir faict entendre mon voyage et le peu de contentement et mauvaise espérance que j'en avoye , et voyans qu’il estoyt aisé de me faire rebrosser chemin, nous nous mismes tous trois en une chambre, où ilz commencèrent premièrement à me dire plusieurs choses. Et comment, dirent-ilz, vous pourriez voua fier à la reine mère, veu les tragédies que ung chascung de nous sçavons qu'elle a joué, voyre entre nous et entre vons? 11 ne fault poinct qne les ungs ny les aultres pensent que ce aoyt pour aulenne cause de religion , car la bonne dame n'en croyt nulle , combien qu'elle craigne Dieu comme font les diables, et au reste il fault croire certainement qu'elle est cause de tous les malheurs qui sont advenus en nostre pauvre monarchie, pour la hayne irréconciliable qu'elle porte à nostre nation, de laquelle entièrement

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elle se veult venger à quelque prix que ce soyl, et tousjours soubz prétexte de religion. Or, nous s<;avons que de vostre costé elle a commis plusieurs sortes de trahisons; premièrement, elle feist empoisonner le feu s' d’Andelot, et depuis son frère le cardinal de Chastillon, la feu royne de Navarre, puis elle seuUe fnst cause du massacre si horrible de toutte la France; puis elle feist empoisonner son fils mons. le duc, qui loutesfois en fut quicte pour en avoir eu seullcment le pourpre; puis le duc de Longueville, depuis le duc de Bouillon, dont son médecin en fut pendu à Sedan, et, auparavant toutes ces choses, avoit faict empoisonner le prince Poi-tien par le grand Duville. Aussy faut-il que vous entendiez une chose, me dirent-ilz, que peu de gens sçavent, ou pour le moiogs plusieurs l'ignorent. Car, du temps que le roy qui est aujourd'huy estoit devant la Rochelle, le feu roy Charles, qui estoit affectionné à la chasse comme ung chascun s^ayt, ung jour se courrouçant à s<;s chiens et à ses veneurs, vous, madame, estant pn'-sentc luy distes : « Hé, mon fil/., il vauldroit mieux vous courroucer contre cculx qui font mourir tant de vos fidelles serviteurs devant la Rochelle, non pas à vos veneurs ni à voz chiens. > Dont le my respondit à vostre majesté : • Hé, mort Dieu! madame, qui en est cause que vous? Par le sang Dieu! vous estes cause de tout. • Lè dessus et s'en allant v^us laissa, dont vostre majesté fust fort courroucée, et en gémissant et pleurant vous en allastes en vostre chambre, et en voyant quelques unes de voz femmes des plus familières, vous prinstes à dire ; • J'ay tousjours bien dict que j'avois affaire à ung fol , duquel je ne viendrois jamais à bout « Et depuis ce temps-là vous, madame, rherrhastes tous les moyens dont vous peustes adviser pour le faire empoisonner. .Ainsy me disoyent ces deux catbolicques. De façon que, au temps que S. .M. debvoyt aller conduire le roy de Pollongne, son frère, jusques à Metz, il fut adverty de la part de trois grandz personnages qu'ilz ne nommèrent, que, si sadite majesté y alloyt, qu'elle n'en reviendroit jamais, et que l'on luy avoyt desjà préparé le morceau italiennizé; ce qu'il creust facillement à. cause que le roy son frère dilféroyt tousjours son parlement, dont S. M. craignoyt tant plus fort, de façon qu'il luy manda résolument qu'il failloyt que l'ung d'eux deux allas! en Pollongne, car ainsy l'avoyent-il promis. Or, le roy de Pollongne estant ré.solu de partir, vous, madame, luy distes ; • .Allez, mon Hlz, allez hardiment et vous tenez tousjours prest et me laissez faire, car vous n'y demeurerez guère. • Et depuis, vostre majesté feist si bien qu'elle gaigna le s' de la Tour, luy faisant entendre ou aultre pour vous que le feu roy vostre filz estoit en volonté de le faire mourir, alfin que plus aisément il joyst de sa femme, de façon que ledit de la Tour le creust aisément, d'aultant qu’il scavoyt bien que le roy son maislrc aymoit fort sa femme; qui feus^ cause que promptement il accorda Ae donner le poison à S. M., et tout aussy tost prlnst son chemin en Anjou, alHn

(le n’eslre en rien soupçonné ; aussj que sadile majesté languis! as-seï longtemps après la prise de ladite médecine. Et depuis vous, madame, foites empoisonner ledit s' de la Tour, tant pour faire justice de son inhumanité que pour empesrher qu'il ne peust riens descouvrir d'une telle lasebeté (onimisc œntre tout droict de nature. Voire , madame , si ainsy est. T outtesfois , les deulx catholicques me le disoyent ainsy : • Et comment [pouvei-vous] vous fiera celle qui* n'a espargné ses propres enfans ny ceulx qui de si longtemps luy ont faict tant de service? Ayez souvenance de la tragt'-die qu'elle a joué au dur de Mont[morency] et au m"' de Cessé, lesquels eux et leur maison ont tant faict de services à la couronne. Penssez-vous, me disoientilz, esirc respectez , puisqu’eulx ny leurs maisons, qui sonljdes mieux] alliées de France, ne l'ont sceu estre? Tenez-vous asseurez qu'elle ne demande que la ruyne de toutte la monarchie, soit en général ou en particulier, tesmoing ce qu’elle respondit à deulx dames duchesses, qui luy disoyent uiigjour : Certaineigent . madame, c'est grande pitié d'ainsy ruyner la noblesse de France et tant d'aultre peuple, comme on le veoit jounielleraent, car vous ne pouvez faire tuer t5 huguenots qu'il ne meure lo catholirques, tellement que ce sont tousjours 3b François. Dont vostre majesté respondit : Ha, ma cousine! ne vous souciez pas de cela, car il y a assez de gens en Espagne et Itallie pour peupler la France, quant il n'y auroit personne; car aussy bien est-ce une mesebante race que les Françoys. Or mettez-là \ostre argent, je vous prie, me disoient-ilz. Aussy ne sçavez-vous pas bien que, quelque temps auparavant que le feu roy Charles mourust, qu'elle envoya une grande somme de deniers à don Joan d'Auxtria pour faire approcher son armée de mer à la Provence, affin que, si le roy Henry ne pouvoyt revenir.de Pollongne, que ledit don Joaiv d'Auxtria demourast vicC-roy de France, promectant que, ai ,S. M. venoit à mourir, de faire tomber la monarchie entre les mains du roy d’Espagne, voulant par ce moyen frustrer mons. le duc son lilz, monstrant par cela sa trfc bonne et très loyallc nature. Au reste, me dirent-ilz, qui est celuy d’entre vous'et d’entre nous qui ne croyc que, si ceste bonne dame eus! sceu tant faire par ces menées que de faire attrapper le prince de Condé et le m*' Danville, qu'elle n'eust faict mourir mons. le duc, le roy de Navarre et tous les princes du sang, de quelque aage ou religion qu’ilz eussent estez, avec tous ceulx de la maison de Montmorency, jusques à leurs parens et alliez? Car elle a délibéré de ruyner entièrement tous ceulx qu’elle congnoist vrayement estre affectionnez il la coronne de France, qui vrayement ne sont que bastardz de se laisser mener par le nez comme des buffles contre tout ordre divin et humain. • Or, madame, entendant telles parolles, voyre de beaucoup plus esnormes sans comparaison, je ne sçavois que respondre, si|^ que je ne le croyois pas. Mais encores commencèrent à me dire ; • N'avez-vous pas entendu la récompense que ceste preude

lio

1114 APPENDICE

letnine ffisl taire à ung pauvre malheureux par lequel, avec le moyen du leu seigneur de l'Aubespine, elle feist tuer le s' de S'-Briston, soy diaant bastard du roy de Navarre, auquel, après avoir faict le coup et l’avoir bien remercyé, vous ilistes qu'il feist tout ce que luy diroyt ledit de l'Aubespine, lequel luy donna ung mandement adressant au lieutenant du pièvost de l'hostel, pour recevoir deulx mil escus pour se raeclre en équipage, en attendant ung gouvernement sur la frontière pour la scurcté de sa personne; comme pensant desjà estre jusqu'au tiers ciel, pour n'avoir jamais eu vaillant deux mille soU, s'adressa audit lieutenant, lequel , ayant eu le mot du guet auparavant, le feist estrangler en sa garderobbe, et, le soir venu, le feict mecire en ung sac en l'eau. Voilà la récompense qu'elle faict à ses pauvres serviteurs. Aussy, madame, ilz me dirent que vous envoyastes quérir, il y a environ i5 ou i6 raoys, ung magicien fort renommé jusques en Itallie, duquel, après avoir entendu plusieurs choses qui ne vous pleurent gueres, luy haillastes congé et luy feistes présent de deux mil escus et d'une lielle baquenée des vostres, aOin qu'il s'en allast plus à son aise, et luy haillastes ung * guide à deulx chcvaulx , qui avoyt charge de vostre majesté de le mener passer par le boys de Monceaulx pour luy montrer vostre maison, et que là il le dépeschasl tout oultrc et qu'il auroil 5oo escus pour sa peine; ce que le galland feist vollontiers, d'aullant qu'il estoit cousiumier d’exécuter telles ou pareilles entreprinses; et , 4 ou 5 jours après que le bruict vint à la court que le philosophe doift est question avoit esté tué et voilé par les brigandz, vous, madame, vous prinstes à rire, disant ; • Par ma foy! c'esloit un grand fol; car il a prédict ce qui debvoyt advenir au;i aulires, et n’a sceu congnoistre ce qui debvoit advenir à Iny-mesme. • Et aussy ilz me dirent que vostre 'majesté avoyt marcliandé. avec un nommé le s' Camille et au s' d’Escars et à plusieurs aultres pour faire empoisonner et tuer le prince de Condé, et aussy que d’aultre costé vous aviez employé plusieurs de loutles qualités pour faire empoisonner ou tuer moos. le m*' Damvillè. Aussy, madame, ilz me dirent que vous faisiez souffrir prescher l'athéisme en jllusieurs endroiclz de la cour, et que, lorsque l'aveugle qui estoit prebstre fut brusié à Paris, il confessa devant des principaulx de ceux qui l’ioterroguoyent que vous estiez, madame, la première au rolle de toutte sa Kigion, voire de celle de laquelle il estoit le colonel général en l'absence de Sathan. Ainsy me disoycnt-ilz, et aultres choses si exécrables que je perds tout coeur et courage d'entrer jamais en la France, jusques à ce qu'il plaira à Dieu de me rendre si beureulx de me faire estre une fois en ma vye l'ung des cappitaines de vos gardes , et lors vous vous pourrez asscurcr, madame, que si jamais princesse fut bien gardée, et fust-ce la royne d'Escosse, vostre majesté le sera; car j'ay tousjours #té, suis et seray très fidelle, avec la grâce de mon Dieu, à tous reulx et celles à qui je le promets. Et en attendant

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It siècle d’or de ccsic heureuse journée, je prieray le Dieu let)uel j’ay servy, lequel je sers et serviray pour jamais^que, par sa grâce et bonté, madame, il vous souille amander. Kscript à Enzanne en Suisse, le 1 1* ou ta* mois de la quatriesme année après la journée de la trahison.

Vosire très humble et très obéissant serviteur,

Emii.li: Dakhaxi.

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