D'ANDRÉ DE OBAMORT, PRIEUR DE SAINT-ATOUL, DE PROVINS
L’an mil cinq cent soixante et onze, au nioys de janvier, dès son commencement, les gelées, neiges et froidures, qui avoient commencé dès le a o* jour du moys de décembre de l'an dernier passé, continuèrent leur cours jusques au a a’ jour dudit moys de janvier de ceste année, auquel jour, le temps estant adoulcy, tomba de la pluye doulcc et non froide assez médiocrement, qui diminua les neiges qui estoient sur la terre, qui se desgcla peu à peu l'espace de* deux jours et demy et fut plus que moitié desgelée et lesdittes neiges plus des trois partz fondues, de quoy se réjouissoit le pauvre peuple, qui n'avoient bois ni aiJtres moyens pour gangner leur vie; mais ceste réjouissance ne leur dura guères. Le a 4' jour dudit moys au soir, le temps retourna à la gelée forte et aspre aultant ou plus que devant, la terre et grains d'icelle estans tous couverts d'eaue de la pluye et neige fondue des jours précédons, qui donna une grande crainte à toutes gens, pour le soubçon qu'on ,avoit que telle gelée si aspre, qui continua jusques au jour de la Notre-Dame de Chandelleur, a' jour de febvrier, ne gelast ou gastast les grains et semences; lesquels toutefois furent conservez dessoubz la glace, sur laquelle tomba du ciel une grosse nuée de
lf>71. neiges, qui recouvrit la terre et laditte glace comme devant, et n’eurent iesditz grains aucun ou bien peu de mal. Les vignes, par contre, se sentirent de laditte gelée et desgel , mais peu.
Audit jour de Notre-Dame de Chandeleur, le temps, délaissant les . gelées pour terminer la fin de l’hiver, entra au beau et doux temps , qui fit fondre les neiges et glaces par le moyen dé'peütes pluyes, qui causèrent les eaux grandes sur la terre et ès rivières, qui donna une frayeur aux hahitans de Provins, pour la craincte qu’ilz prindrent des grandes eaues qu’ils avoient eues en fan précédent, estimans quasi en ravoir aultant dedans leur ville et maisons de celle-cy; mais ilz n’en curent si abondamment ni universellement, car il n’y en entra que par les canaux, conduietz et portes des murailles des rues de Culoison, Troye et Changy, qui ne se respandirent fort loing pour les remèdes qu’on y donna , d’autant qu’elles y entrèrent en plain jour, et ne reccurent aucun domage les babilans de laditte eaue.
Es environs du 1 5* jour du moys de janvier de ceste année, monit, auprès de Pluviers en Beauce, noble homme M' Nicole Durant, licencié ès droietz, commandeur et chevalier de l’ordre des Templiers de S‘-Jehan de Hyérusalem et du roy, natif de Provins, d’où il partit le lendemain des Roys, pour s’en aller à une commanderie qu’il avoit assez près dudit Pluviers, où il ne fut qu’environ dix jours avant que de rendre son esprif à Dieu, s’il luy plaist. Ce personnage a passé le cours de sa vie en ce monde avec honneur en la maison du roy, auquel, durant les premiers, seconds, troisièmes et présens troubles, a faict de grands services et è l'église catholicque de France, contre les héréticques huguenots, desquels il s'estoit rendu cnnemy capital, pour le regard de leur faulse doctrine et hérésie et non de leur personne. Contre laquelle hérésie et faulse doctrine s’opposa à son povoir par armes matérielles et corporelles, pour le service de Dieu et de son roy. à tous les troubles que Iesditz huguenotz avoient mis sus par la France, comme la preuve en fut faicte aux premiers troubles de fan 1 563, devant la ville de Rouen en Normandie, où il fut astropié d’une iambe et d’un pied par ung coup de canon que luy tirèrent les hugne-
DE CLAUDE UATON.
notz qui tenoient bon dedans laditte ville, comme aussi aux seconds 1571 . troubles de l'an i56y, dedans la ville de Sens, en laquelle il estoit lieutenant général pour le roy, de devant laquelle il fit descamper mons. le prince de Condé et son camp huguenot, à la grande honte et domage dudit sieur prince et de ses huguenotz , ainsi que l'avons dict en laditte année 1667'.
Ce bon seigneur, en temps de paix, ne cessoit de faire la guerre ausditz huguenotz par les armes spirituelles de la sainte parolle de Dieu, qu’il a recueilli des Évangillcs et escriptz de plusieurs anciens et modernes docteurs, et dont il a faict plusieurs beaux livres latins et françoys, pour confuter la faulse oppinion de son compaignon d'escolle. Jehan Calvin, de Genefve, et aultres prédicans de la faulse oppinion luthérienne et buguenoticque ; et entre aultres livres qu'il a faict, en a composé ung magnifique et doctement recueilly, qu’il a intitulé : De la vraye et réalle assistance des corps et sang de N.S. J.-C. au Saint Sacrement de ïautel, soubz les espèces du pain et du vin, gai sont par le prebstre consacrez à la sainte messe. Et a esté ce livre veu et receu par la faculté de théologie de Paris, à laquelle ledit seigneur le fit veoir avant que de le mettre en lumière, et depuis approuvé par le sainct père le pape , qui l’a authorisé. De la science duquel livre se sont aydez plusieurs grands et sçavans docteurs en leurs sermons, en cittant les passages d'iceliiy et en en attribuant l’honneur audit sieur de Villegangnon, qui les avoit si doctement et proprement recueillis. Les Allemans catholicques ont receu ce livre fort humainement et en font un bouclier contre l'hérésie luthérienne, svingtiemie et calviniennc, qm a cours en leurs pays. Il de Villegangnon a maintes fois semond à la dispute ledit M’' Jehan Calvin, patriarche huguenot de Genefve, pour disputer contre luy de la religion, en telle ville de France, Bourgongne ou Daulphiné que ledit Calvin voiddroit, avec toute assurance de sa vie, pour laquelle assurer luy a k diverses fois envoyé saufeonduit du roy et lui a offert hommes pour ostages menez dedans la ville de Genefve, poui- l'assurance de la sienne ; mais oneques
' Voj. plus haut, p. 36-4o. 387, &79-A81.
62li MÉMOIRES
1571. ledit (!lalvin ne s y voulut accorder. Uz estolent ensemble compagnons d'escoUe à Paris au temps de leur jeunesse, qui estoit la cause que ledit de Villegangnon s'offroil plus hardiment à la dispute contre ledit Calvin. Le bon seigneur estoit en cestc délibération de retourner au ' nouveau temps de ceste année à Malthe, h la guerre contre le Turc, qui persécutoit les chrestiens ès royaumes de Cypre et de Candie, ainsi que nous avons dict en l'année dernière ; mais Dieu ne le permist pas, ains le voulut tirer à soy, pour le mettre en repos à la vie éternelle, s'il luy plaist. Amen.
.Mariage de Charles IX et d'Élisabeth , seconde fille de Fcmpcrcar Maximilien II ( 36 novembre 1 670 * ]. Les noces se célèbrent à Mézières. Le roi et la cour restent huit jours dans cette ville, et se rendent ensuite à Notre-Dame de Liesse, où ils font leurs dévotions à la Vierge. — Réjouissances à Provins le jour du mariage de Charles IX; les boutiques sont fermées dès dix heures du matin, ainsi que les ateliers. Les capitaines font la revue de la milice bourgeoise, et conduisent, au son du tambour et les enseignes déployées, leurs compagnies sur la grande place
trée à Paris de Élisabeth d'Aatrtcke, reine de France. 1571, S9 mars (Biblioth. imp. m». Colbert, vol. I, p. 1 la); — Bref et sommaire recaeil de ce qui a esté faict et de tordre tenue à la joyeuse et triomphante entrée de très puissant, très magnanime et très chreitien prince Charles IX* de ce nom, roy de France, en sa bonne ville de Paru, le mardy 6* jour de mats, etc. (par Simon Bouquet). Paris, D. Dupré, 157a, in-4*; — Devis et marchés passés par la ville de Parii, pour Ventrée solennelle de Charles IX, en i57i, par M. Douet d'Arcq (/teiua arehéologiqae, 5* année) ; — Entier discours des choses qui se sont passées en la réception de la roy ne et mariage du roy, par Papire Masson. Paris. N. Dumont, 1570; — C'est tordre en forme qui a esté tenu au sacre et couronnement de très haute et très excellente princesse A/“* Elisabeth d'Autnehe.
Paris. Gilles Robinot.
' Sur le mariage de Charles IX cl d'& lisabelh d'Autrfche, voyez les Additions aux Mémoires de Castelnau, t. 11, 1. VI, p. 467 ; — Jacohi Bartœi deprecatio poelica ad Christum, in nuptias Caroli IX et Isa- IfcUa Austrxacm. Parisiis, i57i,in-8“; — Hymne sui- tarant mariage du roy, par Scévole de Sainle^Marthe, gentilhomme Lo> danois. Paris, 1 570,10-8*;—- Panégyrique sur le mariage du roi, par Frant^ois BaJduin. Angers, i57», in-.4*î — Joan. Braun Cybimensis Pannonii epithalamia in nuptias Caroli IX et Elisabethst. 1570, in-4*; — Véritable discours du mariage de très haut, très puissant , très chrestien Charles IX* de ce nom, roy de France, etc. par M, Pioart, 1570. in-fol. Cette pièce se trouve dans le tome II, p. ao, du Cérémonial français de T. Godefroy) ; — Allégresses au peuple, sur la réception et entrée d'Elisabeth d'Autriche, reinr de France, en la cille de Paris. Paris, G. Mailol, 1671; — L'ordre tenu à ten-
<ln château, où on feu de joie avait été préparé sur le grand puits. L’année pro- 1571. vinoise descend ensuite à l'hùtel commun situé rue aux Aulx, devant lequel un antre feu de joie est allumé par les procureur et échevins de la ville. Plusieurs pièces d’artillerie sont tirées en ce lieu; une d'elles crève et blesse un artilleur à la tête et à la main.
De l'hostel de la ville, on alla allumer le feu des deux aultres feux, l'ung desquclz estoit devant le pillory, et l'aultre au coing et carrefoiu- de Changy, avec telle solemnité et compagnie que les deux précédens, et Dieu sçait quelz escopétcrie et son de harquebuses furent faictz par la ville ce jour-là. Messieurs les mondains et braguards de la ville ne firent faulte de faire clicqueter leurs armes et sonner leius barquebuscs, et n'y fut la pouldre à canon espai^ce, encores qu'elle coustast 1 6 et 1 8 s. fa livre. C'estoit ung plaisir que de les vcoir et les ouyr cacqueter de la guerre en laquelle oncqucs n'avoient esté, et ne restoit aultre chose pour les expérimenter que une bonne trouppe d'ennemys devant leur ville et sur les murailles d'icelle, pour les emploicr et éprouver si leur hardiesse eust correspondu à la bonne mine qu'ilz faisoient. Ce que je sçai bien que non, et m'assure que la meilleure partie des plus braguards feussent devenus malades, comme aultres fois avoient esté, s'il se feust falu présenter à une bonne affaire de faict d'armes pour la deffeusc de leur ville. Et toutesfois n'y avoit que telz braguards qui eussent le cacquet et le plus bault parler de toute la trouppe pruvinoise, qui povoit monter en nombre jusques à mille personnes, desquelz en y avoit plus de six cens harquebusiers bien en ordre. Ladittc monstre dura plus de cinq heures avant qu'il fust permis à ceux qui y estoient de s'en retourner en leurs maisons.
Le reste de la journée se passa en banequetz , jeux et danses, qui durèrent jusques passé dix heures du soir, tant on estoit resjouy de ce mariage royal. Il fut nouvelle que la ville de Paris avoit faict aussi grande resjouissance et feux de joyc pour ledit mariage.
Le roi et U nouvelle reine font leur entrée solennelle à Paris (6 et 39 mars).
Les dames de Paris vont à pied au-devant d’Elisabeth jusque hors la ville, la reçoivent très-honorablement, la traitent et festoyent à leurs dépens pendant toute