Ô26 MÉMOIRES
1571. la joum^ et la servent à table avec ses filles d'honneur. La reine mère fut jalouse des hommages que l'on rendait à .sa helle-fille, et dit en sa présence que les dames parisiennes de son temps ne lui avaient fait un tel honneur. — Les princes de Navarre et de Condé reparaissent à la cour, et sont gracieusement reçus par le roi.
Il esloit nouvelle par la France que mons. le duc d’Anjou ne faisoit si grandes caresses et ne monstroit si grande amytié ausditz princes hugucnotz que faisoit saditte majesté, et n’eust esté l'espérance qu’il avoit de retirer le prince de Navarre de la griffe et enchantement de l'admirai par le futur mariage de sa sœur, ne se fust voulu trouver en la compagnie d'iceux princes, se ressouvenant bien des dangers et hazardz où il s’estoit mis au millieu des armes qu’ilz avoient dressez contre le roy son frère , la religion catholicque et le repos public de la France, soubz le nom et manteau de la religion.
L’admirai ne se présenta à la court du roy si tost que firent lesditz princes, bien sçaebant qu’il n’y seroit le bien venu envers tous; et avant que d’y entrer, se fit assurer par la royne mère du roy, laquelle lit sa paix envers ses enfans et singulièrement envers le roy, qui temporisa fexécution de son secret jusques à une aultre fois que meilleure se présenteroit l’occasion, joinct aussi que le conseil dudit admirai estoit nécessaire pour la conclusion et paraebévement du mariage de sa sœur avec ledit prince de Navarre.
11 admirai, après avoir esté assuré parla royne mère et les princes de sa faction que le roy ne monstroit que bon visage à tous ceux de sa prétendue religion et cruelle rébellion, et qu’avec iceux prenoit plus de plaisir et esbatemens qu'avec nulz de sa court, ne voulut pour ce aller à laditte court que premièrement n’eust faict tenter et explorer devant S. M. s’il y feroit bon pour luy s’il y alloit ; et pour y estre plus assuré, y envoya le sieur de Telligny, son gendre, avec une bacquenée blanche, belle et bonne entre toutes qui se pussent trouver, estimée de grande valeur, pour la présenter au roy en signe de humilité, et pour demander à sadite majesté s’il recevroit de bonne part à sa court sa personne, si elle alloit pour luy faire tous
les humbles services, comme le debvoir de son estât le requéroit. 157). . Auquel Telligni fit responsc S. M. que, puisque ledit admirai lui présentoit et envoyoit laditte baquenée par humilité, qu’il la recevoit et prenoit par humilité, et qu’il seroit le bien receu à la court et devant S. M., toutes fois et qiiantes qu’il y vouldroit aller. Geste response ouye du roy, ledit sieur de Telligni retourna la faire audit sieur admirai.
Assuré que fut ledit admirai du bien que luy vouloit le roy, alla à sa court trouver et saluer S. M. et la royne sa mère, qui le receurent favorablement, luy monstrèrent tous signes d’amytié et luy dirent qu’il estoit le bien venu. Ce que ne luy fit et ne voulut dire mons. d'Anjou, quand ledit admirai l'alla saluer jusques à son lict avant son lever, auquel ne voulut parler une seulle parolle , et , pour luy monstrer qu'il ne le voyoit volontiers, se retourna le visage d'aultre costé en disant : • Je le tiens tout pour veu. > Pour cela toutesfois ledit admirai ne se desbauchea, ains se retira avec le roy, espérant que sa paix se feroit avec le temps envers Mons. frère de S. M., et se voyant avoir le vent royal à gré, comme aussi uvoient les princes huguenots de sa conjuration , commença à mesnager les affaires du roy et du royanlme h son plaisir par inventions pernicieuses, comme noos dirons incontinent, aiisquelles print goust S. M., qui en fit poursuyvre l'exécution par le royaume, admettant k son conseil privé Icsdiu princes et admirai huguenots rebelles, au mescontentement de ceux qui en estoicnt.
Messieurs de la maison de Guise et de Lorraine, qui estoient les cardinaux desdits noms de Guise et de Lorraine, avec leurs nepveus les sieurs de Guise , d'Aumalle et aultres catbolic(|ues princes et seigneurs, voyans le grand faveur et amytié que le roy et sa mère portoient ausdits princes et admirai huguenots, se partirent de la court et conseil privé du roy pour leur faire place, et ne demeura audit conseil privé, de ceux qui y estoient avant leur allée à la court, que MM. le cardinal de Bourbon, archevesque de Rouen, prince du sang royal, oncle des princes susdits de Navarre et'de Condé, et le marescbal de Monmorancy, fils de feu mons. le connestable, cousin germain dudit
1571. sieur admirai, que l'on tenoit pour huguenot, mais non rebelle, tous lesquelz, excepté ledit card. de Bourbon, aymoient mieux le remuement de mesnage pour troubler le repos public que la paix.
Les princes, seigneurs, gentilzhonimes et peuple catholicque de France , tant de ceux qui suy voient la court que aultres, commencèrent à murmurer du roy en secret, et à avoir maulvaise oppinion de luy touchant la religion, combien toutesfois qu'il allastâ la messe tous les jours, et disoit-on qu’il estoit huguenot, quelque bonne mine qu’il fist, et pour ce temps-là n’y avoit que les sieurs princes, admirai et gens huguenotz qui fussent les plus favoris de S. M.
Lesditz sieurs et admirai huguenotz ne fimcnt plus tost remis en crédit avec le roy ni admis à son privé conseil, qu’ilz ensorcelèrent saditte majesté, et la firent incliner à leur dévotion pour révocquer tous les bénéGces que tenoit feu le card. de Chastillon, frère dudit admirai, des mains de ceux à qui saditte majesté les avoit donnés, et les donner à ceux qu’ilz luy nommèrent pour les tenir et eux en prendre le revenu temporel et annuel; et tant sollicitèrent saditte majesté qu’elle requist les vraiz titulaires et possesseurs qui en estoient pourveuz par sa nomination de les résigner à ceux que lesditz princes, admirai et marcschal de Mommorancy leur nommeroient. Et entre ceux qui furent requis de ce faire, fut mons. l’archevesque de Sens, .Nicolas de Pellevé, abbé de Vauluisant-lez-Sens, que saditte majesté luy avoit baillée après la mort dudit feu card. de Chastillon , qui en estoit abbé; lequel fit tout refus de la rendre et résista à son povoir, disant à saditte majesté qu’il ne povoit ne debvoit la résigner aux huguenotz, et fit plusieurs rcmonstrances comment lesditz buguenolz ne debvoient avoir rien de conimung es bénéfices, d’auitant (|u’ilz avoient en abomination le service divin et les charges que les ecclésiastiques estoient tenus de faire à cause de ces bénéfices, avec plusieurs aultres bonnes remonstrances, qui ne servirent que de teste rompue envers saditte majesté, tant elle estoit enveloppée à complaire ausditz huguenotz, et fallut que ledit archevesque de Sens quittast le tout, et oneques n’en put jouyr du depuis.
Le pareil fut faict de i'abbaye de S'-Père-lc-Vif, ès^fauxboui^ 1571. dudit Sens; mais celuy qui en estoit pourveu ne résista contre le mandement du roy si vertueusement que fit ledit arcbevesque, ains s'inclina à quitter le revenu annuel de laditte abbaye au proufllt desditz admirai ou Montmorency, en attendant qii’ilz le fissent pourveoir par le roy ou aultre de quelque bénéfice en récompense de laditte abbaye. Tel mesnage fut trouvé odieux par les catholicques.
Le roi, à l’instigation de l'amiral, rend un édit pour obliger les marguilliers des paroisses du royaume à établir les comptes, à donner déclaration du revenu de leurs fabriques, et à envoyer ces pièces aux baillis.
Il fut force et contraincte à cbascune paroisse d’obéyr à cest édict, et ne sçavoit-on  quelle fin tendoit ceste nouvelleté, qui n'avoit encores esté mise sus, de la mémoire des plus anciens (combien que les plus clei^voyans en affaires jugèrent bien que c’estoit poiur lever de l’argent sur lesdittes fabrices) , et pensoit-on que ce ne serait rien que de telle entreprinse. Toutesfois, plusieurs parroisscs dressèrent des comptes à l’advantagc de leur fabrice et mirent esditz comptes plus de mises que de receptes, et quant et quant les ruynes des églises qui avoient esté saccagées et bruslées par les huguenotz admir^istes et aullres rebelles, espérans que par ce moyen ilz seraient exemps et quittes de rien payer.
Les baillis reçurent lesdits comptes et déclarations, et les envoyèrent avec leurs procès-verbaux au conseil privé du roi, qui, après les avoir fait examiner par des commissaires, taxa chaque église ou fabrique, suivant son revenu. Les églises qui avaient été brûlées par les protestants furent soumises à une redevance moins élevée que les autres; celles qui se trouvaient incapables de payer comptant furent autorisées à vendre leurs calices, joyaux, terres, rentes et revenus, ou à imposer les paroissiens.
Le roy receut grand blasme de son peuple catholicque par ceste imposition et nouvelle levée de deniers, et ne se peult-on tenir d'escrire contre son honneur libelles et piacartz diOàmatoires, par les-