‹ Mémoires de CléryChapitre 16 sur 29 · DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

DE L'AUTEUR

Mon intention n'est pas d'enter des haines sur des liaines; je peins les objets tels que je les ai vus. Il est en ma puissance, il est de mon devoir de sacrifier à la patrie tous les maux que j'ai soufferts, mais je ne puis altérer les principes : ils sont éternels et indestructibles; les passions seulement les font méconnaître et oublier. L'homme de bien qui écrit les trouve sans cesse sous sa plume ; ils sont comme une règle qui le force de suivre la ligne droite. Les cœurs bons et doux , après des circonstances aussi affreuses , sont étonnés eux-mêmes de cette inflexibilité, et voudraient, pour ainsi dire , l'adoucir. Mais la vérité ne connaît point d'amnistie : elle ne peut exister en même temps avec le mensonge , puisqu'alors elle cesserait d'être la vérité.

L'histoire puisera sans doute quelques traits dans cette esquisse, quelque incomplète qu'elle soit, ainsi que dans toutes les relations écrites par les prisonniers , qui seuls peuvent bien rendre ce qu'ils ont si profondément senti. On versera des larmes sur des atrocités invraisemblables, dont i'ni été pendant quatorze mois le témoin et la victime: on ne peut trop les mettre au grand jour. La publicité qu'on donne à de pareilles horreurs empêche qu'elles ne recommencent. Qui sait combien de fois l'on eût renouvelé le 2 septembre si ce grand attentat contre l'humanité n'avait été si souvent voué à l'exécration publique par une foule d'écrivains éloquents?

J'ai parlé de Bordeaux et des émissaires du tyran, mais

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