LETTRES DE GUSTINR FILS
A SON JÎPOUSE.
A neuf heures du malin.
Je ne puis mieux conmiencer ma dernière journée qu'en te parlant des tendres et douloureux sentiments que tu me fais éprouver. Je les repousse quelquefois, et quelquefois ils ne peuvent être éloignés. Que vas-tu devenir? Te laissera-t-on du moins ton habitation, du moins ta chambre? Tristes pensées! tristes images !
FBAGMENTS ET COBBESPONDANCE. 4G3
J'ai dormi neuf heures. Pourquoi ta nuit n'a-t-elle pu être aussi calme? car c'est ta tendresse, non ta peine, qu'il me faut.
Tu sais déjà le sacrifice que j'ai fait. J'ai un pauvre compagnon d'infortune , qui t'a vue petite, et qui a l'air d'un bon iiomme ; on est trop lieureux, en finissant ses maux, de soulager ceux d'un autre : fais savoir cela à Philoctète.
J'ai oublié de te dire que je m'étais défendu à peu près seul, et seulement pour les gens qui m'aiment.
A quatre heures du soir.
Il faut te quitter... Je t'envoie mes cheveux dans cette lettre. La citoyenne... promet de te remettre l'un et l'autre. Témoigne-lui-en ma reconnaissance.
C'en est fait, ma pauvre Delphine; je t'embrasse pour la dernière fois. Je ne puis pas te voir ; et si même je le pouvais, je ne le voudrais pas. La séparation serait trop difficile ; et ce n'est pas le moment de s'attendrir.
Que dis-je, s'attendrir.?... Comment pourrais-je m'en défendre à ton image? Il n'en est qu'un moyen... celui de la repousser avec une barbarie déchirante, mais nécessaire. Ma réputation sera ce qu'elle doit être ; et, pour la vie, c'est chose fragile par sa nature. Des regrets sont les seules affections qui viennent troubler par moments ma tranquillité parfaite. Charge-toi de les exprimer, toi qui connais bien mes sentiments ; et détourne la pensée des plus douloureux de tous, car ils s'adressent à toi.
Je ne pense pas avoir jamais fait à dessein du mal à personne. J'ai quelquefois senti le désir vif de faire le bien. Je voudrais en avoir fait davantage; mais je ne sens pas le poids incommode du remords. Pourquoi donc éprouverais-je aucun trouble? Mourir est nécessaire, et tout aussi simple que de naître.
Ton sort m'afflige. Puisse-t-il s'adoucir! puisse-t-il même devenir heureux un jour! C'est un de mes vœux les plus chers et les plus vrais.
Apprends à ton fils à bien connaître son père. Que des soins éclairés écartent loin de lui le vice ; et quant au malheur, qu'une âme énergique et pure lui donne la force de le supporter.
Adieu ! Je n'érige point en axiomes les espérances de mon
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imagination et de mon cœur ; mais crois que je ne te quitte pas sans désirer de te revoir un jour.
J'ai pardonné au petit nombre de ceux qui ont paru se réjouir de mon arrêt. Toi , donne une récompense à qui te remettra cette lettre.