‹ Mémoires de Daniel Huet, évêque d'AvranchesChapitre 18 sur 59 · Confess.^ lib. I, cap. xiii · texte numérisé non relu

Confess.^ lib. I, cap. xiii

je ne sais quels obscurs yersificateurs de ce siècle, italiens et belges. C'était au moyen de pointes et de sentences bien aiguisées que ces poètes, sans doute spirituels et piquants, recherchaient la louange, depuis que ce siècle dégénéré, quittant le ton majestueux, simple et chaste, des grands poètes de l'antiquité, laissait périr les vraies beautés qui n'appartiennent qu'à la bonne, à la saine poésie. Leur faux brillant ne manqua pas de séduire mon esprit enfantin, comme l'eussent fait des joujoux , et de le détourner de la bonne voie. Je ne reconnus mon erreur que dans un âge plus mûr, lorsque je sus faire la différence entre un vers bigarré et fardé et un vers où brillaient des grâces naturelles. J'avais huit ans, lorsque je reçus le sacrement de confirmation des mains de Jean-Pierre Camus, évêque de Belley, prélat vénérable aussi bien par la sainteté de sa vie que par son esprit, son éloquence et le grand nombre de ses écrits ^ Je lui succédai, bien longtemps après, comme abbé d'Aulnay. Dans le coings de ma neuvième année, je fus attaqué de

1. Camus (Jean-Pierre), né à Paris en 1582, mort en 1652, fut successivement évêque de Belley, abbé d'Aulnay et évêque d'Arras, siège que la mort l'empêcha d'occuper. C'était un saint homme, et même un homme d'esprit, et toutefois il n'aimait ni les nouveaux saints ni surtout les moines. 11 disait un jour en chaire : < Je donnerais cent de nos saints nouveaux pour un ancien. II n'est chasse que de vieux chiens; il n'est châsse que de vieux saints. » Il se plaisait fort à faire des allusions. Faisant un jour le panégyrique de saint Marcel, son texte fut le nom latin de ce saint, Marcellus, qu'il coupa en trois pour les trois parties de son discours. H dit qu'il trouvait trois choses cachées dans le nom de ce grand saint : l" que Mar voulait dire qu'il avait été une mer de charité et d'amour envers son prochain ; 2" que cel montrait qu'il avait eu au souverain degré le sel de la sagesse des enfants de Dieu ; 3" que his prouvait assez qu'il avait porté la lumière de l'Évangile à tout un grand peuple. On voit qu'il n'était pas du goût le plus lin. Il comparait les moines avec leurs courbettes , à des cruches qui se baissent pour mieux se remplir. <c Jésus-Christ, disait-il, avec cinq pains et cinq poissons, ne nourrit que trois mille personnes, et une seule fois en sa vie ; saint François, avec quelques aunes de bure, nourrit tous les jours, par un miracle perpétuel , quarante mille fainéants. » Ces bouffonneries étaient indignes d'un évêque.

deux maladies particulières aux enfants, qu'on appelle communément petite vérole et rougeole. Je dis maladies d'enfants, quoiqu'il y ait longtemps qu'on sache par expérience (et cela s'est vu surtout dans ces dernières années} qu'elles sont de tous les âges. L'histoire nous apprend aussi que ceux-là se trompent beaucoup qui croient que ce sont des maladies tout à fait inconnues à l'antiquité. Il faut avouer pourtant que les auteurs grecs et romains et les plus anciens, n'en ont fait que peu ou point de mention, et qu'il n'est parlé nulle part des marques que les pustules de la piemière laissent sur le visage. Les plus anciens médecins surtout n'en disent rien ; car ce que les Latins nomment vari, d'où est venu le mot variola, étaient des taches qu'on avait à la face, naturelles et non produites par aucune maladie. C'est ce que prouve manifestement le jeu de mots de Cicéron sur Servilius Isauricus, lequel avait de ces taches et un caractère inconstant : « Je m'étonne, dit Cicéron, que votre père qui était l'homme du monde le plus égal, ait laissé un tils aussi inégal. >• Il tenait donc ses taches de son père, c'està-dire de naissance et non de maladie. Ce mot de Cicéron, rapporté par Quintilien\ a été mal entendu des savants, dans le sens de marques de petite vérole. De là sont venus les noms et surnoms de quelques familles romaines, Varus, Varius et Varenus. Mais on ne peut point en conclure qu'il n'y avait point alors de petite vérole. Il peut se faire que cette maladie fut rare parmi les Latins et les Grecs, coimue on assure encore aujourd'hui qu'elle n'existe pas chez certains peuples, entre autres les Circassiens -, soit à cause de l'air du pays, soit à cause de la manière dont ils élè^ent leurs enfants, et l'emploi qu'ils font de certains remèdes connus d'eux comme bons pour prévenir le mal. Peut-êlre aussi que cette maladie a paru plus tard parmi ces nations-là,

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