Juvénal, sat. VU
dont ils tiennent non la vie du corps, mais celle de l'esprit K »
Pour me conformer à l'usage, j'étudiai le droit. Je m'instruisis avec un grand plaisir dans toute cette partie de la sagesse romaine que renferment les décisions des savants et la rédaction des lois. D'autre part, je rentrai dans la carrière pleine de charmes de la littérature et de l'antiquité, en lisant la Géographie sacrée de Bochart qu'il commençait alors à publier à Caen. Par cette brillante esquisse de la littérature grecque et hébraïque, je compris non-seulement combien j'ignorais de choses, mais j'eus honte de les ignorer. Je résolus donc de laisser de côté toutes mes autres études, jusqu'à ce que je me sois fait connaître comme n'étant pas trop inhabile en celle-là. Je me souvenais d'avoir lu dans la fameuse lettre de Joseph Scaliger à Douza^ que Scaliger, ne sachant rien de ces langues, les avait apprises à dix-neuf ans, sans autre maître que soi-même. Je puis dire de moi la même chose, et que je me suis fait une grammaire hébraïque d'après les analogies que j'avais aperçues dans les livres de Moïse. Je me suis servi dans la suite de cette grammaire pour chercher les déchnaisons des mots et en extraire les racines. Et comme, me fiant à la véracité de Scaliger, j'espérais prendre, pour ainsi dire, d'assaut la langue grecque, lire tout Homère en vingt et un jours, et dévorer les autres poètes grecs en quatre mois, je reconnus par ma propre expérience que ce n'était là quune de ces grosses vanteries telles que cet homme, d'un génie et d'une science d'ailleurs incomparables, mais admirateur et louangeur outré de soi-même, en avait semé dans tous ses ouvrages. Pour moi, ayant commencé par Homère, je