Lib. XIV, cap. vi
Le Paulmier ne pouvait soiifirir cette longueur de quatre vers ; aussi était-ce dans Visopséphe à deux vers seulement qu'il voulait faire l'épreuve de son industrie. L'art des juifs modernes, appelé gématrie, a pour objet des niaiseries de ce genre, qu'ils semblent avoir reçus en même temps que le mot de gématrie, c'est-à-dire géométrie, des Grecs dégénérés ^ Comme j'étais alors à Paris , Éméric Bigot- vint en même temps et comme de concert avec Le Paulmier me demander mon avis siu- un passage obscur de la même Anthologie , controversé entre lui et Grœvius. Bigot était mon ami de A ieille date ; nous étions proches parents et nos études étaient les mêmes. Nous montâmes à ma bibliothèque pour y chercher et consulter le livre. Bigot ayant remarqué à la marge plusieurs notes, comme j'ai l'habitude d'en écrire sur les livres que je lis, écrivit à Grœvius, qui préparait alors une nouvelle édition de l'Anthologie, considérablement augmentée et surtout enrichie d'une excellente traduction en vers latins deGrotius, que j'avais fait beaucoup de noies dont il pourrait illustrer cette édition. Grœvius voulut que je les lui comnumiquasse aussitôt; il m'écrivit lettres sur lettres à ce sujet, remplies des plus pressantes prières. J'accédai à ces honnêtes instances d'un homme qui était mon ami ; je copiai mes notes marginales et les lui envoyai. Mais la guerre qui sé^issait en Europe ayant mis obstacle aux entreprises des hbraircs et à tout autre commerce, ces notes restèrent dix ans dans le portefeuille de Grœvius, jusqu'à ce qu'il
1. Voy. dans VHiictiana, p. 2ôt, une explicalion un peu plus claire de ïisopséphe.
2. Né à Rouen en 1626, mort en 1689, doyen de la cour des aides de Normandie. Il avait voyagé dans les principaux pays d'Europe, et par ce moyen s'était mis en relation avec un grand nombre de savants illustres. Mais lui-même paya son tribut aux lettres parla découverte qu'il lit, dans la bibliothèque de Florence, du texte grec de la vie de saint Chrysostôme, par Palladius , et c'est à lui qu'on en doit l'édition de 1680 , in-4° , greclalin. Son père lui avait laissé une bibliothèque de plus de six mille volumes, parmi lesquels il y avait environ cin([ cents manuscrits. L'abbé de Louvois les acheta pour la Bibliothèque du roi.