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G'est-à-dire de son traité de l'Origine des romans

d04 MÉMOIRES DE D. HUET.

nos époux et ne leur ait donné droit de bourgeoisie. Je ne m'étonne pas que quelques Calons m'aient fait un crime (l'avoir écrit ce traité, non-seulement sans désapprouver les romans et la lecture des romans, mais encore avec des marques que je leur étais favorable; que j'avais par là ouvert une source de corruption à la jeunesse, et fourni à ses passions un aliment. S'il en était ainsi, à présent que je suis vieux et mieux avisé, je ne rougirais pas de rétracter ce que, jeune homme, j'aurais inconsidérément écrit; mais si on veut bien considérer de quelles précautions je recommande à ceux qui lisent des ouvrages de galanterie, d'environner, de fortifier leur esprit, on n'hésitera pas à se défaire du préjugé qu'on a conçu contre moi et on sera de mon avis.

Je n'abordai pas la question, sans m'y être longtemps préparé. J'avais lu les histoires amoureuses grecques et latines , et traduit, comme je l'ai dit plus haut, les pastorales du sophiste Longus en latin. Étant en France, j'avais fait mes délices des vieux romans français , écrits il y a deux ou trois cents ans. J'avais souvent entendu mes deux sœurs louer les agréments et l'élégance àeVAstrée, roman d'Honoré d'Urfé^• elles m'avaient prié un jour de leur apporter ce livre à la campagne où elles demeuraient alors, afin que nous le lussions ensemble. Je n'y manquai pas. Cette lecture nous touchait si fort que l'émotion faisait couler nos larmes et nous ôtait la parole. J'y gagnai un violent désir de m'essayer dans ce genre d'écrit, et je mis à faire aussi mon roman. Mais les événements que j'y racontais n'étaient point imaginaires , comme ils le sont communément ; ils étaient très-vrais , et

1. Romancier célèbre, né à Marseille, d'une ancienne et illustre famille du Forez, en 15G7. Il se distingua dans les guerres de la Ligue, et lut chargé de négocialions en Savoie et à Venise. II passa la dernière parlie de sa vie dans la retraite, aux environs de Nice; il y composa le célèbre roman pastoral de VAstrée, qui donna naissance à toute une école de romans bucoliques. Il mourut en 1G25, avant d'avoir achevé son ouvrage. Baro, son s»;crélaire, le termina sur les manuscrits de l'auteur, ou d'après sa propre imaginalioo.

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moi-niênie ou des personnes de niii eoinuiissancc en étions les héros. Excepté l'ordre et l'enchaînement des faits, en quoi consiste l'art à peu près uniquement , toutes les autres circonstances étaient empruntées à la vie réelle. J'avais mis peu de monde dans le secret de cette œuvre, comme si, pour parler comme le proverbe, je n'avais voulu chanter que pour moi et les Muses. Mais quarante ans après , quelque chose de ce secret m'étant échappé par mégarde en présence des dames, elles me pressèrent si bien de leur faire connaître mon roman, que je dus céder enfin à leurs importunitcs. Je le fis néanmoins de telle sorte que le manuscrit ne sortit pas de mes mains et que je ne permis pas qu'on en tirât copie. Sur la côte de Cuen, près de l'embouchure de l'Orne , est une éghse consacrée à la Vierge Marie, assez ancienne, quoiqu'on n'en sache pas précisément l'âge ni l'origine, et est fréquentée par une foule de populations circonvoisines et même étrangères au pays. Elle est connue généralement sous le nom de la Délivrande, soit qu'elle tire ce nom du district d'Yvrande où on dit qu'elle est située, soit qu'elle le tienne de quelque délivrance dont les populations qui l'entourent auraient été l'objet de la part delà sainte Vierge. Au printemps de chaque année, les fidèles de Caen y vont en procession , en chantant les louanges de Marie. Je me sentis tout à coup enflammé du désir de les chanter moi-même en vers (1669); en choisissant le mètre qui se plie le mieux aux règles de la musique vocale , et le plus propre à égayer la procession dans sa marche à travers la campagne et à exciter des sentiments de piété. J'exécutai incontinent ce projet; mes vers plurent beaucoup; l'évêque ordonna même qu'ils prissent place parmi les prières liturgiques, et, pendant plusieurs années , ces bonnes gens continuèrent de les chanter aux processions solennellesTle la Délivrande. Ils furent interrompus dans la suite, afin que j'y retouchasse quelque chose; et pour préserver de l'oubli ce m^onument <îe ma dévotion envers la sainte Vierge, je les fis gra^c^ sur

une table de marbre, et sceller ce marbre dans le mur même de la chapelle.

C'était le temps de ma plus grande intimité avec Ségrais; et, quoique nos études différassent essentiellement, puisque Ségrais ne sortait pas des limites de la poésie française, et que je cultivais d'autres branches de la littérature , cependant notre volonté, nos penchants étaient les mêmes dans tout le reste, à telles enseignes que je ne soupçonnais pas même qu'il pût naître entre nous le moindre sujet de discorde. Le contraire eut lieu cependant, malgré moi et à mon insu ; car, je puis jurer solennellement d'avoir toujours tenii notre amitié pour sacrée, et de n'y avoir jamais failli en quoi que ce soit. Je m'aperçus d'abord que Ségrais me témoignait de jour en jour plus de froideur; ce furent ensuite de la dissimulation et une réserve inaccoutumée, de l'impatience, de la dureté même, enfin des injures (1670); tellement que dans les sociétés les plus respectables, il ne pouvait s'empêcher de me jeter à la face les expressions les plus insultantes. Pour moi je ne lui répondis jamais un mot; j'en prends à témoin des hommes d'honneur qui ont été vivement choqués de ses emportements et de sa brutalité ; mais bien qu'il se fût tout h fait éloigné de moi depuis quelque temps, il ne laissait pas d'exister encore entre nous certains rapports de politesse , et des échanges de paroles sur des sujets littéraires où nous nous trouvions engagés parmi les savants nos communs amis. La dispute étant un jour tombée sur les vers où Virgile (Géorg., IV, v. 287) dit que l'Egypte est pressée par le voisinage de la Perse , et fertihsée par un fleuve qui coule de l'Inde , c'est-à-dire , le Nil , Ségrais soutenait que ce passage était corrompu et proposait les conjectures les plus vaines et les plus téméraires ; j'affirmais au contraire que le passage était correct , trèsclair et très-facile à entendre, pourvu qu'on tînt compte de l'opinion des anciens sur le Nil. Ils croyaient à tort que ce fleuve avait sa source dans l'Inde, d'où il coulait en Egypte,

et ils persistèrent dans cette croyance. Alors Ségrais d'entrer en fureur, impatient d'entendre taxer ses opinions de pur verbiage, et de voir démasquer son peu d'aptitude et de capacité à éclaircir les textes des anciens , et qui plus est, à les corriger, s'ils en avaient réellement besoin.

11 y avait deux ans que j'avais quitté Caen, lorsque j'y fus rappelé par mes aflaires et surtout par de fàchciLX procès , cette affliction d'une bonne partie de ma vie. J'y reçus, après ma longue absence, de l'université qui avait été ma seconde mère et nourrice, toutes sortes de félicitations. Je vis là un de ses principaux ornements, Henry Halle, professeur de droit, frère d'Antoine , qui, de même que Servius Sulpicius , mériterait d'être appelé le pontife des lois, et duquel j'avais appris les premiers éléments de la jurisprudence. Comme il me rappelait ces études de ma jeunesse : « Vous souvient-il encore, me dit-il , de ces disputes, alors que répondant en public sur le droit pontifical et civil , vous sembliez digne d'être assis non-seulement sur les bancs des bacheliers et des licenciés , mais encore dans la chaire des professeurs? — Je suis bien loin , répondis-je , d'avoir oublié vos jugements favorables sur moi; et je m'étonne d'avoir été si peu soucieux de cet honneur que je n'aie pas seulement donné encore un témoignage public de ma reconnaissance pour les bontés et les grâces dont vous m'avez comblé. Je vous prie donc de vouloir bien , suivant l'usage reçu dans les universités et jadis méconnu par moi , me délivrer un diplôme qui rappelle et qui certifie ces anciennes disputes, et dont je puisse faire usage dans l'occasion. >» Ce qui me fut libéralement accordé. Depuis lors , j'ai pris place parmi les jurisconsultes, et l'université de Paris m'a reçu dans son illustre collège des docteurs es lois honoraires. Jean Doujal ^

1. Né à Toulouse vers 1606, mort à Paris en 1688. Il fut doyen des docleurs régents de la Faculté de droit de Paris, premier professeur royal en droit canon, historiographe de France et membre de l'Académie française.

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et Pierre Halle ^ étaient alors professeurs dans cette université. Ils connaissaient tous deu\ admirablement le droit , l'antiquité , et se distinguaient même par quelques talents dans la poésie. Michel Délaie, mon compatriote et mon ami , très-bon jurisconsulte lui-même , était leur collègue et les égalait.

Dans ce temps-là, non-seulement les érudits, mais les grands seigneurs, étaient dévorés de la passion des médailles, dont ils faisaient des collections, et l'illustre Colbert, dans le but d'enrichir le cabinet du roi , et aussi de garnir son propre médailler , envoyait de toutes parts des gens à la recherche de ces précieuses rehques , qu'ils achetaient quelquefois un prix fou. Je me rappelais avoir vu autrefois à Caen une collection de ces médailles qui n'étaient nullement à mépriser sous le double rapport du nombre et de la valeur. Elles étaient tombées par héritage aux mains de gens qui avaient peu de fortune. A peine en eus-je informé Colbert , qu'il me chargea d'acheter la collection entière et de la lui envoyer sans en détourner une seule pièce. Mais quelque dihgence que je misse à exécuter cet ordre , elle fut déjouée parla mauvaise foi de quelques fripons. J'appris que les médailles les plus rares avaient été enlevées secrètenient, encoT-e que je les eusse vues et touchées moi-même parmi toutes les autres. J'allai donc trouver Colbert et lui dis que puisque j'avais été assez imprudent, assez étourdi pour me laisser duper de celte belle façon , il était juste que je portasse la peine de ma sottise ; que je prendrais pour moi ce qui resterait de celte collection et la payerais de mes deniers. Colbert n'accepta point mon sacrifice, et garda pour lui les médailles et la perte.

Oii a de lui une Iraductiou de Veileius Palerculus; une bonne édition de TileLive;des Prœnotiones canonicx et civiles, in-4"; une Histoire du droit canonique, in-12; une Histoire du droit civil, iii-12, etc., etc.

1. Ce Pierre Halle n'était pas parent des deux autres Halle, dont il a été parlé au livre I, Voy. la note nui concerne Antoine Halle, pag. 16

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Le Dauphin commençait alors d'étudier les lettres. Il avait pour précepteur Picart Perrin, lequel, de président des enquêtes au parlement de Paris, avait été appelé à cette charge, lorsque le duc de Montausier fut nommé gouverneur du jeune prince. Et comme MJde Montausier m'avait depuis quelques années donné des marques nombreuses de sa bienveillance , il ne manqua pas de me la témoigner de nouveau d'une manière plus éclatante , dès qu'il en eut Toccasion. En effet, le roi ayant pensé (1669) que pour rendre plus parfaite l'instruction du Dauphin il conviendrait d'adjoindre à son gouverneur des gens de lettres dont les conversations avec le prince auraient chaque jour pour objet des matières d'érudition, avait voulu que je fusse choisi pour remplir cet office. Le duc de Montausier avait applaudi au dessein du roi et pris sur soi de l'exécuter. A cette nouvelle^ Perrin vivement ému, vient trouver le duc; il se plaint qu'on se soit joué de lui , et qu'on lui ait donné un rival observateur jaloux de toutes ses paroles et peut-être bien son calomniateur. M. de Montausier combattait ces soupçons en protestant avec douceur que Perrin connaissait bien peu mon caractère et mes habitudes, que j'étais d'humeur pacifique , accommodante , et point morose ni querelleuse ; qu'il se portait garant de mon bon vouloir comme aussi de la paix qui régnerait entre nous. Pemn au contraire prétendait savoir par expérience que j'étais un homme à redouter ; qu'il avait pour assuré que certaines personnes de haut rang des deux sexes , parmi lesquelles étaient Colbert et 3ïarie de Rohan , veuve de Claude de Lorraine , duc de Chevreuse, avaient secrètement mais vivement travaillé à son éloignement pour me mettre à sa place; qu'il reconnaissait ici les mêmes machinations , quoique' sous une forme différente , mais qu'il n'aurait jamais attendu un pareil traitement du duc de 31ontausier, à la faveur duquel il avait cru jusqu'alors. Touché de ces reproches , le duc va trouver le roi, non sans quelque répugnance, et lui expose que Per-

rin et moi , nous nous accorderions difficilement , et qu'il était à craindre que l'éducation du Dauphin ne souffrît de ce désaccord. Mais la résistance de Perrin et ses observations déplacées n'eurent pas d'autres suites , sa mort ayant eu lieu quelques mois après. On délibéra alors sur le choix de son successeur. Je rapporterai ici cette affaire et les circonstances qui l'ont accompagnée, comme le duc me l'a racontée lui-même plusieurs fois dans le tète-à-tète. Il me dit donc que , après la mort de Perrin ( 1670) , le roi le chargea de chercher quelqu'un en état de le remplacer. Le but de M. de Montausier était d'amener peu à peu Sa Majesté à arrêter spontanément son choix sur moi-même. A cet effet, il avait dressé une liste de tous les candidats à cette charge, qui souhailaient que leurs noms fussent mis sous les yeux du roi , et qui s'élevaient h près de cent. Il la donna à lire au roi , sans lui faire grâce d'un seul. Mais il ajouta à cette liste les noms de ceux qui ne s'étaient point offerts pour obtenir ce poste, et que cependant il en estimait les plus dignes; il van la les mérites de chacun d'eux et conclut en ces termes : « Si Votre Majesté me demande lequel je préfère , j'en nommerai trois qui , à mon sens, conviennent le mieux, à la place en question : Ménage, Bossuet et Huel.Je laisse à la sagesse de Votre Majesté, le soin de décider entre eux. » Le roi prit quelques jours pour y penser. « Or, ajouta le duc , j'avais amené l'affaire à ce point , parce que , prévoyant l'exclusion de Ménage que le roi connaissait à peine de nom , je croyais qu'il ne voudrait pas non plus de Bossuet, lequel, consacré toute sa vie soit aux controverses théologiques, soit à la prédication, ne s'était point exercé à cette partie des lettres qu'il importait surtout d'enseigner au Dauphin ; qu'ainsi la résolution du roi vous serait probablement favorable , d'autant que , peu de mois auparavant , il avait exprimé le désir de vous admettre au partage de cette fonction. Mais l'événement ne répondit pas à mes espérances ; car comme Bossuet , plus d'une fois et tout dernière-

ment encore , a\ ail ravi le roi par la sublimité de son éloquence , et que les murs de la cour retentissaient encore de l'éclat de sa voix tonnante , le roi n'eut pas de peine à le choisir. Seulement il vous adjoignit à lui , à titre de coadjuteur. >'

J'étais alors à Caen, non encore bien remis d'une fièvre aiguë , et de grandes douleurs d'entrailles résultant de la surabondance et de la fermentation de la bile. Appelé en toute hâte par M. de Montausier qui m'écrivait lettre sur lettre , je crus devoir différer mon départ jusqu'à ce que mes forces fussent revenues , que ma bibliothèque et mes meubles fussent end3aliés et envoyés par mer à l'embouchure de la Seine , pour de là être dirigés par la voie du fleuve sur Paris. Car alors Caen avait été mon principal séjour et le siège de mes études , et encore que j'eusse fait mainte excursion ailleurs, cependant j'avais toujours regardé cette ville comme ma demeure fixe et celle de mes lares. Quoi qu'il en soit , je ne tardai guère à partir. Dès que je fus à Saint-Germain, j'allai offrir au roi mes respects et trouvai le Dauphin alité, par suite d'une indisposition légère , il est vrai , mais qui fut longue et opiniâtre. Ceci se passait dans l'automne de l'année 1670.

A mon arrivée à la cour et dès que je fis partie de la maison du Dauphin, je n'eus rien de plus pressé que d'offrir mes respectueux hommages au sérénissime duc d'Orléans, frère du roi, et aux autres personnes de la famille royale; particulièrement à Louis de Bourbon, prince de Condé, digne du nom de héros, tant à cause de son rare courage, de sa fermeté inflexible et de ses victoires, qu'à cause de l'élévation de son esprit et de son instruction singuhère dans presque tous les genres. A le voir pour la première fois, on n'eût pas cru cela de lui; tant il cachait toutes ses belles qualités sous le voile de la modestie! Ajoutez à cela une passion extrême d'apprendre et de savoir, entretenue par une lecture continuelle de toutes sortes de livres. Je rapporterai ici un fait que j'estime être à ma louange et qui regarde ma Démonstration évangélique. Ce livre ayant paru quelques années après, il se le procura aussitôt et le lut avec tant d'a- \ idité, qu'il le dévora en moins de dix-sept jours. Et toutefois, il ne s'en acquitta pas légèrement. Ilavait parcouru tout l'ouvrage , dans toutes ses parties et s'en était parfaitement rendu maître. Il me fit à ce sujet une foule de questions qui me donnèrent l'occasion d'admirer sa vive intelligence et sa sagacité.

J'eus le très-grand plaisir alors de recevoir du cardinal Léopold de Médicis, avec qui je n'avais eu encore aucune relation, un présent qui consistait en deux petits volumes flonl l'un était la description des funérailles de son frère

Ferdinand, l'autre des observations de François Redi', sur la physique. Je fus heureux surtout de voir que cette famille qui avait la première réveillé en Europe le goût et lamour des lettres , conservait son ancienne coutume d'honorer ceux qui les cultivent, et de leur faire du bien.

Presque dans le même temps, Lantin-, conseiller au parlement de Dijon, mais qui demeurait alors à Paris, vint u:e voir. Il était très-savant , et , comme nous causions souvent lui et moi de Saumaise , il me dit qu'il possédait un petit livre de ce critique, De homonymis plant arum ^ qui n'avait point encore été publié ; qu'il aurait bientôt la vie de Saumaise, écrite par La Mare % aussi du parlement de Dijon; que, puisque j'avais connu très-particulièrement Saumaisf, je pourrais contribuer à compléter sa vie , soit en y faisant des remarques , soit en y ajoutant plusieurs faits inconnus à La Mare, et non observés par d'autres ; que La Mare enfin

1. Naturaliste italien, né à Arezzo, en 1626, mort en ir;97. Il fut médecn des ducs de Toscane, Ferdinand II et Cosme III. Il est connu surtout par ses Expériences sur la génération des insectes^ Florence, i6S8, in-4, en italien, traduit en latin, Amsterdam, 1688, 3 vol. in-12. Redi est un des meilleurs observateurs qu'ait eus l'Ilalie. On a encore de lui des poésies fort estimées et même des recherches grammaticales. Ses OEurres forment 6 vol., Venise, 1712.

2. Né à Dijon en 1620, mort en 1695. Il a publié la Préface du livre de Saumaise : De homonijmis hyles iatricx, Dijon. 1668, in-i°, et a laissé un grand nombre de manuscrits dont on peut voir la liste dans la Bibliothèque de Bourgogne. La Bibliothèque impériale en possède un inlilulé : Lantiniana.

3. Né à Dijon en 1615, mort en 1687, chevalier de l'ordre de Saint-Michel. Il travailla pendant cinquante ans à réunir tous les ouvrages imprimés et manuscrits relatifs à l'histoire de Bourgogne. Cette collection a été dispersée, mais les manuscrits ont été acquis pour la Bibliothèque du roi. H ne publia jamais sa Vie de Saumaise parce que, au témoignage de son (ils, il craignit d'encourir le déplaisir du roi, pour avoir écrit la vie d'un hérétique. Ce qui est probablement aussi faux qu'absurde. On a de lui : Commentarius de hcUo Burgundico (année 1636), Dijon, 1641, in-4°; Elenchus operum Léon. Aretini , ibid., 1653, in-4''; De rita et moribus G. Philandii , ibiJ., 1667, in-i° et in-8°; Hub. Langueti rita, Halle, 1700, publié par !.. P. Ludwig, prof'-^sseur à l'université de celit- vie.

me priait de lui permettre de m'envoyer son manuscrit , afin que j'y fisse des corrections s'il y avait lieu, et des additions. Y ayant consenti volontiers, cette vie de Saumaise me fut envoyée aussitôt. Je la rendis à La Mare, revue et considérablement augmentée. Elle est encore aujourd'hui dans son portefeuille.

Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris, me fit la grâce, à la même époque, de m'engager à faire connaissance avec lui. J'obéis et vins chez lui incontinent. Hélas! je ne jouis pas longtemps de cette bonne fortune; car, tandis qu'il demem-ait à Paris , j'en étais presque toujours éloigné, emporté que j'étais par le flot de la cour. Il mourut bientôt après. Il eut pour successeur François de Harlay, archevêque de Rouen, que je connaissais de longue main pour avoir reçu de lui, dans ma jeunesse, la tonsure ecclésiastique (1656).

Je brûlais du désir de consacrer mes études à la défense ou à la gloire de la religion chrétienne , et quoique je pusse le faire à certains égards en achevant enfin cette édition d'Origène, dont le commencement avait été si bien accueilli du public, cependant j'y avais renoncé tout à fait, faute d'anciens manuscrits sur lesquels j'avais compté, et, s'il faut tout dire, à cause de l'immensité d'un travail sans éclat et qui m'épouvantait. J'aimais mieux que d'autres que moi fissent le métier bas et presque dégradant d'assembleur de notes minutieuses et de pêcheur de misérables variantes; surtout ma pensée était tout entière occupée du plan d'un ouvrage infiniment plus beau et infiniment plus utile, à mon sens, à la cause chrétienne. En effet , plus je considérais dans le cal me d'une méditation journalière et profonde, les raisons et les preuves qui établissent et confirment la vérité du christianisme, plus je me persuadais qu'il était possible de démontrer cette même vérité, en se frayant une voie nouvelle, bien différente des sentiers battus, simple, droite et sûre, aussi infaillible, aussi claire que les argumentations des géomètres, lesquels se font gloire, non de persuader mais de for-

cer la conviction. Mon esprit était absorbé par celte sérieuse et grande idée, lorsque je fus attaché à l'éducation du Dauphin (1670). Il me paraissait impossible de mener couYcnablement de front ces deux affaires , l'une requérant un Iravail actif et assidu, l'autre une méditation calme et de tous les moments. Il me fallait de plus me pourvoir d'une masse de livres, feuilleter les interprèles des saintes Écritures, consulter et comparer enlre eux les Pères , les écrivains sacres et profanes, anciens et modernes. L'espace manquait pour placer tous ces livres dans les appartements des maisons royales, réservés aux personnes suivant la coiu*, et le temps que j'aurais employé à les étudier, je le devais lout entier au prince et à ma charge. J'espérais néanmoins parer à ces inconvénients, à force de diligence et d'économie de temps; aussi pris -je la résolution de ne pas laisser perdre une minute, pas même celles qui sont perdues pour tout le monde , comme le temps qu'on passe en voyage , au ht , avant de s'endormir et lorsqu'on vient de s'éveiller, en s'habillant et en se déshabillant. Des enfants me servaient alors de lecteurs, et parmi mes domestiques, je ne souffrais pas qu'un seul fût illettré. Souvent encore, une fois ma leçon donnée au Dauphin , j'accourais à Paris le soir et même à la nuit close ; puis, après avoir employé une grande partie de la nuit à feuilleter les livres de ma bibliothèque, à faire des recherches et des extraits , je revenais h mon poste. Ce travail dura dix ans. Cependant il me fallait conformer ma vie à la vie agitée de la cour , changer de résidence à chaque instant , courir les routes et n'être jamais dans la même place. Que le lecteur, s'il est ami des lettres et de l'étude, se figure combien il est facile pom- l'esprit, au milieu de ces allées et venues continuelles et de ces agitations du jour et de la nuit , de s'appliquer aux méditations qui sont le fruit de la tranquillité. Mais, quoique tous ces empêchements fussent plus grands encore qu'on ne saurait l'imaginer, grâce à la persévérance, h l'opiniâtreté de mes efforts,

je vins à bout de mon travail. Je l'avais fait pour l'usage du Dauphin et je le lui avais dédié et offert. Son Altesse l'avait gracieusement reçu et avait voulu que le roi lui-même le vit et le louât. C'est pourquoi elle me conduisit aussitôt à Sa Majesté, à qui elle présenta mon livre de ses propres mains. Je ne puis passer sous silence ce que je découvris alors, avec une extrême surprise , touchant l'habileté et le savoir de du Plessis-Mornai. Lorsque j'entrepris de découvrir la vérité de la rehgion chrétienne , j'adoptai pour principe de ne pas laisser un seul ouvrage sur ce sujet, tant des anciens que des modernes, sans l'avoir consulté, examiné à fond. J'avais surtout l'espoir de tirer beaucoup de lumières de du Plessis qui, dans un livre assez agréable, avait traité le même sujet. Combien je fus déçu, bon Dieu! Au lieu de trésors je ne trouvai, comme dit le proverbe, que des charbons, des arguments vains et futiles , des témoignages des anciens témérairement invoqués , ou mal compris, ou cités avec mauvaise foi, des erreurs infinies; tellement que je demeurai convaincu qu'il n'avait entrepris ce travail qu'avec l'aide de la science d' autrui , et que c'était par le même moyen qu'il lisait et écrivait des livres ^ Je ne m'étonnai plus alors qu'il eût si bien fourni au cardinal du Perron l'occasion de le reprendre, de le combattre et de le confondre publiquement.

Autre déception. Pendant que je travaillais à ma Démonsf ration évangélique , j'en causais quelquefois avec mes amis ; je leur en confiais avec candeur le plan , la méthode et les preuves. Un beau matin, mes paroles furent recueillies par un traitre, et bientôt un livre parut, qui reproduisait exactement le mien, quoique en abrégé. Ainsi me fut dérobé le mérite de mon invention.

Peu de temps après, Claude Frassen* de l'ordre desfran-

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