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2. Né en IG 9, aux environs de Narhonne, mort en 1686. Il professa k Toulouse, et fut, à Rome, un des continuateurs de VHistoire de la Sociélé de Jésus. Voir, au sujet de la controverse dont il est ici question , le tom. 1*' des Disserlations recueillies par l'abbé Tilladet, pag. 350 et suiv.
serves. Ce n'était, il est vrai, qu'une masse informe de matériaux, et le tout était écrit en français, mais en arrangeant tout cela et en le classant, on pouvait en faire un livre utile et nullement à mépriser. Il fallait pour cela que je fusse débarrassé de ces études plus graves dont le jour fournit la matière. Dieu m'a depuis accordé ce bienfait.
Lorsque ma pensée se tourna pour la première fois de ce côté, j'avais déjà formé un projet beaucoup plus élevé auquel je rapportais particulièrement toutes mes méditations et toutes mes études; il s'agissait d'interpréter et d'éclaircir les saintes Écritures. Car, dès mon adolescence, j'avais un tel respect pour ce livre à cause de sa source divine, et j'en faisais un tel cas à cause de ses beautés singulières , que , quoique mon intelligence juvénile passionnément éprise des mathématiques et des belles-lettres, se fût jouée tour à tour avec ces deux études, elle revenait toujours volontiers au saint livre, comme si, étant ailleurs, elle eût été en pays étranger, et là seulement dans sa vraie demeure. Pourtant je n'avais pas alors la moindre connaissance de Fhébreu, et toute mon habileté n'allait pas au delà de Texphcation de la Vulgate. Mais après que j'eus franchi cette barrière et puisé aux sources primitives, je sentis une saveur tout autre à ce divin breuvage, et crus contempler sans voiles les célestes mystères. Par la lecture que je fis continuellement de ces livres et par la parfaite intelligence que j'en acquis à la longue, je reconnus que, encore qu'ils manquassent à certains égards de cette divinité que nous croyons fermement et que nous sentons y être contenue , toutefois ou à cause de leur antiquité, ou à cause de l'abondance des faits merseilleux qu'on y trouve et qu'on ne trouve que là, ils durent nécessairement captiver mon attention et faire naître en moi le désir de les méditer continuellement.
Reprenons maintenant Tordre des temps. Charles de La Rue, de la Société de Jésus, mon ami de longue date, prêchait alors à Alençon, Il m'écrivit à Aulnai qu'une dispute
s'était élevce entre lui et Benoist , ministre calviniste , au sujet d'un passage de Néhémie ■ ch. vni, v. 8), que lui La Rue affirmait avoir été altéré et changé dans la traduction de la bible de Genève. Benoist qui était d'ailleurs savant et subtil, avait pensé qu'il était de son devoir de justifier ses coreligionnaires du crime de falsification, et il avait écrit à La Rue une longue lettre , à laquelle celui-ci avait solidement répondu. La Rue m'envoya ces deux lettres , me pria de les lire avec attention et de lui donner mon avis et sur le fond de la dispute , et sur les arguments employés de part et d'autre. J'accédai à sa demande, et y examinai la question dans une dissertation soignée et qui a été rendue publique ^
Peu de temps après, c'est-à-dire en 1684 , je reçus à Aulnai une lettre de François Mascarenas , comte de Coculin , gentilhomme portugais de la première qualité. Elle fut remise à Lisbonne au marquis J. B. Torcy lequel la transmit à J. B. du Hamel qui me l'envoya. Le comte me faisant savoir dans cette lettre, qu'il avait composé en vers un éloge de Louis le Grand , où il y avait quelque chose d'honorable pour moi; que, afin que je ne l'ignorasse pas, il avait eu soin que son poëme me fût envoyé , qu'enfin il désirait \ivement et me suppliait de lui accorder mon amitié. Il ajoutait ceci (je préfère donner ici ses propres paroles) : «« Un jour, un habitant de Cadix, plein d'enthousiasme pour Tite Live, fit, dit-on , le voyage de Rome, exprès pour le voir. Quanta moi, je veux que cet éloge qui me précède auprès de vous, soit un témoignage de mes sentiments pour vous, et je viendrai bientôt moi-même si vous me jugez digne de votre amitié. >» Ce désir toutefois n'eut pas d'effet , le comte n'étant jamais venu en France.
Cette année vit la mort de Jean Eudes, simple prêtre, frère de François Mézerai, qui avait passé quatre-vingts ans.
î. Recueil de l'abbé Tillailel, lom. I*', pag. 260 el suiv.
je l'aimais et je l'admirais ilei)uis longlemps à cause de sa vertu sino^ulière et de sa piété ardente. Ce serait en vain que je ferais l'éloge d'un homme que les peines infinies qu'il se donna pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, et ses très-pieux et très-utiles écrits ont rendu également cher et vénérable à l'Église. J'ai toujours eu pour ce saint personnage un respect profond tant qu'il vécut, et, soit que je conversasse avec lui, soit que je l'entendisse prêcher, je sentais se dissiper ma léthargie et mon cœur se pénétrer du feu de l'auiour divin. Je me rappelle que, un jour de la Passion de Notre-Seigneur, je fus si touché de ses remontrances, que mon attendrissement se manifesta par les vers suivants :
Quis opacam novus horror tenet aethram ? etc.
Lorsque l'assemblée du clergé fut, suivant l'usage, convoquée à Saint-Germain en 1695, j'y fus délégué (car j'étais alors évèque) par la province de Rouen , avec Mathurin Savary, évêque de Séez. François de Harlay, archevêque de Paris, présidait cette assemblée. Il mourut subitement trois mois après qu'elle se fut dissoute.
Libre des entraves de la cour et maître de régler mes études à ma fantaisie, j'avais repris avec ardeur celle de l'hébreu, que j'avais depuis longtemps interrompue; j'y joignis celle du syriaque et de l'arabe, que j'avais déjà cultivée étant jeune avec soin et sans le secours d'aucun maître. Et comme je savais que ce n'était qu'tà force de persévérance qu'on apprenait les langues, de 1681 à 1712, c'est-à-dire pendant trente et un ans, je ne laissai pas passer un seul jour sans m'appliquer deux ou trois heures à la littérature orientale ; les voyages, les affaires, les maladies même ne furent pas capables de m'en empêcher. Comprenant bien, d'ailleurs, que l'hébreu était la mère langue des deux autres et de quelques-unes aussi qu'on parlait en différents pays de l'Orient, qu'il n'y avait pas de voie plus sûre pour me cou-
diiire à l'intelligonce des livres sacrés, mon principal objet , que la connaissance de ses tours et de ses finesses, laquelle connaissance ne s'ol tenait que par l'étude du texte hébreu, je résolus de mettre tout en œuvre pour l'acquérir, et 'y persévérai avec une telle constance que je lus l'Écriture sainte dans l'original vingt-quatre fois depuis le commencement jusqu'à la fin. Nulle lecture n'est plus en état que celle-ci de nous apprendre à connaître l'histoire sainte et à régler nos mœurs , comme aussi nulle n'est plus propre à nous inspirer le goût des sciences humaines et ne nous est plus agréable.
J'y étais tout entier lorsque je devins l'objet des bontés particulières de Jean PearsonS que son savoir et ses vertus élevèrent au siège épiscopal de Chester. Par ses soins, les variétés de lectures des anciens manuscrits de Stockholm et de Venise, manuscrits qui contenaient quelques ouvrages d'Origène, furent copiées et me furent, de sa part, envoyées par Thomas Belk, personnage lui-même d'une grande érudition. J'avais espéré aussi obtenir, parleur moyen, la copie de l'Anthologie de Vettius Valens, astronome d'Antioche, qui avait appartenue à Selden, afin de remplir les lacunes de celle que, ainsi que je l'ai dit ci-dessus, j'avais faite en Danemark; mais, ni je ne pouvais leur envoyer en sûreté ma copie, ni leur demander qu'ils exposassent la leur aux hasards de la mer et des grands chemins pour me la communiquer. De plus , il n'y avait personne à qui je pusse ou je voulusse imposer la tache de conférer les deux copies. Cette affaire n'eut donc pas de suite.
François Combéfis% dominicain, me fournit pour mon
1. Né en 1612 , dans le comté de Norfolk, mort en 1686. 11 est l'auteur d'une Exposition de la foi, 1659, et de plusieurs autres écrits fort estimés des théologiens anglicans.
2. Né en 1605, mort en 1679. Il a publié des suppléments à la Bibliothèque des Pères, 16^8 et 1072; une édilion complète de saint Basile, 1679; les Historiens byzantins depuis Théophane jusqu'à Nie. Phoras, gr. lat., 1685 (posthume!, etc.