Livre IX, ch. m
« Aaron qu'il étende sa verge et qu'il frappe la poussière de la «» terre, et qu'il y ait de la vermine dans toute l'Egypte. Et ils M firent ainsi. Et Aaron étendit sa main tenant sa verge et « frappa la poussière de la terre, et il y eut de la vermine dans « les hommes et dans les animaux. » Voilà le même langage qu'au premier chapitre de la Genèse , et ce n'est point ici le commencement de la loi, que Longin a cru que Moïse avait voulu rendre plus auguste par une expression sublime. En voici une autre du chapitre neuvième de l'Exode qui ne l'est pas davantage : « Et Dieu dit à Moïse : Étendez votre main vers le « ciel, afin qu'il se fasse de la grêle dans toute la terre d'Egypte. « Et Moïse étendit sa verge vers le ciel, et Dieu fit tomber de la «< grêle sur toute la terre d'Egypte. » Dans le dix- septième chapitre du même livre , Moïse dit à Josué : « Combattez contre les « Amalécites. Josué fit comme Moïse avait dit et combattit contre •« les Amalécites. » Dans le premier chapitre des ParaUpomènes , où nous lisons que David , ayant défait les Philistins , prit leurs idoles et les fit brûler, le texte porte : « Et David dit, « et elles furent brûlées dans le feu. » Ceci ressemble encore mieux à du sublime que ce qui a imposé à Longin , et cependant tout le narré et tout le livre des Paralipomènes font assez voir que l'historien sacré n'a pensé à rien moins qu'à s'expliquer en cet endroit par une figure. Dans l'Évangile , lorsque le centurion veut épargner à iNotre-Seigneur la peine de venir chez lui pour guérir son fils : Seigneur, dit-il, sans vous donner la peine de venir chez moi, vous n'avez qu'à dire une parole et mon fils sera guéri, car j'obéis à ceux qui sont au-dessus de moi; et les soldats qui sont sous ma charge m'obéissent, et je dis à l'un : « Va, et il va; et à l'autre, viens, et il vient; et à « mon valet, fais cela, et il le fait. » Ce centurion avait-il lu les livres des rhéteurs et les traités du sublime , et voulait-il faire voir à Notre-Seigneur par ce trait de rhétorique la promptitude avec laquelle il était obéi ? Quand saint Jean rapporte en ces termes le miracle de la guérison de l'aveugle-né, Notre-Seigneur lui dit : « Allez, lavez-vous dans la piscine de Siloë. Il « s'y en alla, et s'y lava. » Et quand l'aveugle raconte ainsi ensuite sa guérison . « Il m'a dit : Allez à la piscine de Siloë et « vous y lavez ; j'y ai été, je m'y suis lavé et je vois. » L'aveugle
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et révaiigéliste usent-ils de cette expression figurée pour faire admirer davantage le miracle ? Croient-ils qu'il ne paraîtra pas assez grand s'il n'est rehaussé par le secours du sublime? Est-ce dans cette vue que le même évangéliste , rapportant la guérison du malade de trente-huit ans , s'explique ainsi : Jésus dit : « Levez-vous , prenez votre lit et marchez. Et cet homme « fut aussitôt guéri , et prit son lit et marcha? » Saint Mathieu prétend-il orner le récit de sa vocation , quand il dit , parlant de soi-même : « Notre-Seigneur lui dit : Suivez-moi, et lui « s'étant levé le suivit? » A-t-il le même dessein, lorsque, parlant de l'homme qui avait une main sèche , et qui fut guéri par Notre-Seigneur , il se sert de ces termes : « Alors il dit à cet V homme , étendez votre main et il l'étendit. » Ces façons de parler ne sont pas particulières aux auteurs sacrés; quand les Juifs, qui sont venus après eux, parlent de Dieu, ils le nomment souvent ainsi : « Celui qui a dit, el le monde a été fait; » pour dire celui qui a créé le monde par sa parole, et ils le nomment ainsi dans des ouvrages dogmatiques dénués de toutes sortes d'ornements et de figures. La louange la plus ordinaire que Mahomet donne à Dieu dans l'Alcoran , c'est que lorsqu'il veut quelque chose, il dit : sois, el elle est. Tout cela fait voir manifestement que quand Moïse a écrit : « Dieu dit que la lumière « soit faite, et la lumière fut faite, » ce n'est qu'un tour de la langue hébraïque qui n'a point d'autre signification , ni d'autre force, que s'il avait dit : Dieu créa la lumière par sa parole. Et, comme cette expression, qui est si commune et si naturelle dans la langue hébraïque, ne s'emploie guère dans la langue grecque que par figure , le pas était glissant pour Longin et il lui a été aisé de tomber dans l'erreur , particulièrement l'ayant trouvé répété coup sur coup dans les livres qu'il avait vus , où ce passage était autrement rapporté que Moïse ne l'avait écrit : « Que « la lumière soit faite , et elle fut faite; que la terre soit faite, « et elle fut faite. » Cette répétition, dis-je, d'une expression qui est souvent figurée parmi les Grecs , et qui ne l'est point parmi les Hébreux, a paru à Longin avoir été faite à dessein, car, selon Quintilien^, la répétition seule fait une figure. Et