Livre VIII, ch. v
même l'interrogation qui précède : « Dieu dit : Quoi ? Que la « lumière soit faite; » cette interrogation, dis-je, qui n'est pas de Moïse, excitant, comme elle fait, l'attention du lecteur, et préparant son esprit à apprendre quelque chose de grand et n'étant point du langage ordinaire, a dû lui paraître venir de l'art. C'est en vain que quelques-uns prétendent que ce Quoi n'est pas mis là par Longin comme venant de Moïse et faisant partie du passage qu'il rapporte, mais qu'il l'a mis là comme venant de lui-même. Car, à quoi serait bonne cette interrogation ? Si la sublimité prétendue du passage consistait purement dans ces paroles : « Que la lumière soit faite , « on pourrait croire qu'il aurait voulu réveiller par là l'esprit du lecteur, pour le lui faire mieux entendre. Mais si ce sublime consiste, selon l'opinion de nos adversaires, dans l'expression vive de l'obéissance de la créature à la voix du créateur, il s'étend autant sur ce qui précède l'interrogation que sur ce qui la suit , et ainsi elle aurait été mise là fort mal à propos par Longin, Outre que ce n'est pas sa coutume que de se mêler ainsi parmi les gens qu'il cite. Dans tous les passages dont son ouvrage est rempli, il rapporte souvent leurs paroles sans y rien mettre du sien. Ainsi , on peut dire que si l'on n'a égard qu'aux paroles de Moïse altérées, et peu fidèlement rapportées , telles qu'il les avait lues, le jugement qu'il en fait se peut excuser; mais il n'est pas supportable , si on le rapporte à ce que Moïse a écrit en effet. Et, c'est cet original que M. Despréaux devait consulter. Il se trouve d'autres expressions dans l'Écriture sainte , qu'on a crues figurées et sublimes, et qui, dans leur langue originale , ne le sont nullement. Un des plus polis écrivains de ce siècle ^ a mis dans ce genre ce passage du premier livre des Machabées, où il est dit que la terre se tut devant Alexandre, prenant ce silence pour une expression métaphorique de la soumission que la terre domptée eut pour ce conquérant. Et cela, faute de savoir que l'origine de cette façon de parler vient d'un mot de la langue hébraïque qui signifie se taire et se reposer^ être en paix. Il serait aisé d'en rapporter plusieurs exemples. De sorte que ce qui paraissait sublime dans notre langue et dans la