‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 105 sur 146 · Du Plessis-Besançon à Mazarin · texte numérisé non relu

Du Plessis-Besançon à Mazarin

La Spezzia, le 10 juin 1647.

Par ma dépêche du 23 mai, Votre Éminence aura vu le succès de mon voyage Gomme on m'avoit fait connoître à Modène

qu'il n'étoit pas encore temps que je m'y arrêtasse, je pensai que je ne pouvois prendre un séjour en lieu plus commode pour les affaires que Bologne, en attendant de nouveaux ordres pour agir... Mais il se trouva que M. le cardinal Grimaldi étoit à Sarzane ou la Spezzia, auprès duquel le secrétaire Gratiani avoit été envoyé par M. de Modène pour ajuster ses intérêts avec Son Éminence. Ainsi, j'estimai nécessaire en toutes façons de m'y rendre aussi, et je partis, pour cet effet, de Florence après avoir salué M. le grand-duc comme particulier, et, rencontrant M. d'Estrades à Pise, nous sommes venus ensemble et y avons demeuré jusques ici. Les ordres que j'ai reçus de Son Éminence sont de m'en retourner vers mondit sieur de Modène... atin de l'éclaircir sur les divers points proposés à Son Éminence par ledit secrétaire Gratiani, ajuster ensuite la route et le temps de la marche des troupes qui doivent partir de Piombino pour le joindre et tâcher de reconnoître si les explications qu'il a demandées à mondit sieur le cardinal Grimaldi ne sont point des signes de quelque changement en l'esprit de ce prince, ne jugeant peut-être pas que la conjoncture soit assez favorable pour se déclarer avec sûreté, voyant l'état des Espagnols tel dans le Milanois qu'ils ont entrepris sur nous, au lieu d'être sur la défensive, et que les forces qu'il doit commander soient bastautes pour faire quelque chose de considérable du côté de sa frontière

Dans la visite que je rendis à Florence à M. le grand-duc*, où il me tint fort longtemps, je fus tourné de divers côtés par ce prince, avec lequel je me tins très couvert des choses de l'avenir et assez libre de celles du passé qui pouvoient l'échaulVcr ou dont il pouvoit avoir connoissance. Votre Éminence est si bien informée des dispositions où il est pour nous et de son humeur naturelle, que je ne saurois rien ajouter à ce qu'elle en sait, si ce n'est qu'il me semble en être venu trop avant pour ne faire pas comme les autres aussitôt que les armes du roi paroîtront assez fortes en Italie pour l'obliger à parler net, soit par les considérations de la crainte, soit par celles de son intérêt et de ses avantages, lors-

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