Ferdinand II de Médicis, grand-duc de Toscane
qu'il y verra de la sûreté. Jusque-là, ce ne sera que tiédeur et
ambiguïté.
(Minute. Affaires étrangères, Naples, IV, 198.)
Amiens, le 13 juin 1647.
J'ai vu par votre dépêche du 23 mai tout ce que vous aviez négocié à Parme, à Modène et à Mantoue : en quoi vous vous êtes conduit avec toute la prudence et l'habileté qui se pouvoient désirer.
On profitera ici fort volontiers de l'avis que vous a donné le sieur Gauffridi pour le paiement d'une année des arrérages de la pension de feu le duc de Parrne, puisque cette marque d'estime envers la mémoire du père est pour toucher le cœur du fils au point qu'on vous l'a fait espérer, quoique nous soyons assez pressés d'ailleurs par les grandes dépenses que Sa Majesté étoit obligée de faire de toutes parts.
On est mal informé en cette cour-là des appointements que le roi donne à M. le cardinal d'Esté, qui ne vont pas à trente mille écus, comme l'on vous a voulu dire, mais à douze mille écus seulement, et, s'il a une abbaye, M. le cardinal Farnèse en peut bien aussi espérer une de la bonne volonté de Leurs Majestés. Je vous prie de lui faire de ma part toute sorte de civilités et de protestations de service et de l'assurer que, quand il aura agréable de venir en France, il aura sujet d'être content de la bonne réception qui lui sera faite.
Je suis bien aise de la favorable réponse que vous avez eue touchant l'abbaye de M. le cardinal Grimaldi. Je m'assure que vous n'aurez pas manqué de lui rendre compte de tout ce qui s'est passé en cette affaire, afin qu'il en remerciât lui-même M. de Parme, auquel l'on ne manquera pas aussi de deçà de témoigner le gré que Sa Majesté lui en sait.
Il sera bon de le presser et le sieur Gauffridi aussi de se souvenir ce qu'il vous a dit des vieilles écharpes blanches qui sont encore dans la garde-robe de son maître, lorsque nous serons en état d'agir contre le Milanois des deux côtés.
Je n'ai rien à répliquer à ce que vous me mandez touchant M. le duc de Modène, si ce n'est qu'on fera ici tout ce qu'il souhaitera à l'égard do La Mirandole, et M. le cardinal Grimaldi et vousmême pouvez agir de concert là-dessus avec ledit sieur duc.
Il faut continuer toujours à faire votre possible pour bien réu-
nir les esprits et, particulièrement, pour accommoder la querelle d'entre Mantoue et Parme; que si madame de Mantoue a dessein, comme elle dit, de déférer au roi et de contribuer à son service, elle doit d'autant plus volontiers assister M. le duc de Modène, lorsqu'il sera déclaré pour nous, qu'elle assistera en ce faisant Sa Majesté même et que, d'ailleurs, cette assistance tournera à l'avantage de M. son fils, puisqu'il participera aux progrès que feront les armes du roi. Il ne faut pas s'arrêter à ce qu elle vous a dit touchant M. le duc de Modène. C'est l'aigreur qui l'a fait parler de la sorte et l'on a meilleure opinion ici do la sincérité de ce prince. Au reste, vous avez fort bien fait de répartir vigoureusement aux jtlaintes de madame de Mantoue, et ce fut très à propos que vous prîtes l'occasion de vous étendre, en présence de M. son fils, sur les obligations signalées que sa maison a à cette couronne, afin de l'en rendre informé et d'échauller d'autant plus les bons sentiments qu'il a déjà pour la France.
Il n'y a point de doute que cette princesse ne devroit rien tant souhaiter, dans la constitution présente des affaires, que de s'attacher tout à fait à nous. Mais, comme on a expérimenté jusqu'ici que la passion qu'elle a pour la maison d'Autriche l'a toujours emporté dans son esprit par-dessus la raison d'État et l'intérêt de M. son fils, il faut se méfier de tout ce qu'elle a avancé en notre faveur et traiter pourtant comme si on étoit entièrement assuré d'elle.
Il eût été bon de vérifier ce qu'on vous a dit de son dessein pour se perpétuer dans l'autorité au delà de sa tutelle et de lui en parler à elle-même pour voir sa contenance. Quant au discours qu'on lui impute touchant Casai et les Montferrins, après ce qu'elle nous a fait une fois, nous ne devons pas faire grand scrupule de nous en méfier toujours.
Vous m'avez fait beaucoup de plaisir de m'écrire si particulièrement que vous avez fait de toutes choses. Je vous remercie très atïectueusement du soin que vous en avez pris, lequel vous m'obligerez de continuer quand vous en aurez matière, vous priant de me mander aussi, à la première occasion, ce que vous jugez de la personne de M. de Bonzi et si vous croyez qu'il soit à propos de le retirer de Mantoue.
Continuez, s'il vous plait, à agir avec le même zèle et la même application, vous conformant entièrement aux sentiments de M. le cardinal Grimaldi, et soyez assuré que j'ai pour vous autant d'estime et d'amitié que vous en pouvez désirer.
(Original. Affaires étrangères, Naples, IV, 115.)
Extrait. Amiens, le 14 juin 1647.
Le pouvoir du cardinal Grimaldi est de faire contracter alliance offensive et défensive avec les princes qui la voudront avec cette couronne et d'en ajuster toutes les conditions. S'il disposoit Florence d'imiter Modène, il seroit surpris lui-même et, sans que M. le grand-duc voie une armée en Italie capable d'en chasser les Espagnols, il ne se déclarera jamais contre eux. 11 s'est fait des règles de politique et il a une prudence consommée qui le fait marcher avec tant de circonspection que les belles apparences ni les espérances de l'avenir n'en détruisent point les craintes La connoissance que vous avez prise des dispositions de la cour de Parme est si entière qu'on peut désormais faire fondement de leur amitié, et, quand ce ne seroit pas jusques à s'embarquer dans la guerre, il y a d'autres occasions où elle
seroit utile Je considère beaucoup ce que vous m'avez mandé
au sujet de madame de Mantoue, et c'est une chose à être examinée de près de la voir armée, car, outre qu'il y a lieu d'en prendre de la jalousie, quand bien même on seroit éclairci de ses intentions, la crainte qu'en doit avoir Parme l'empêcheroit d'entrer dans la ligue et feroit voir aux Espagnols qu'ils n'ont point occasion de le craindre, ayant sujet de tenir des forces pour sa propre
défense Le jugement avantageux que vous faites de M. le
duc de Modène me confirme en la bonne opinion que j'en ai toujours eue
Puisque vous n'avez pas jugé devoir offrir la médiation du roi pour assoupir les différends qui sont entre la maison de Mantoue et celle de Parme, nous attendrons que l'une et l'autre nous en prient. Mais pourtant, si M. le cardinal Grimaldi jugeoit qu'il y auroit lieu de le faire et que leur division pourroit être dommageable aux affaires de la dernière importance, en ce cas, sans attendre de nouvel ordre, vous vous y emploierez, ayant concerté avec M. le cardinal Grimaldi ce qui se devra faire et dire
(Original. Affaires étrangères, Naples, IV, 206.)