‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 107 sur 146 · Du Plessis-Besançon à Brienne · texte numérisé non relu

Du Plessis-Besançon à Brienne

Florence, le li juin 1647.

A mon retour de la Spezzia, où je suis allé voir M. le cardinal Grimaldi pour lui rendre compte de toutes choses et recevoir ses ordres pour l'avenir, j'ai été obhgé de passer par Lucques,

non seulement parce que c'étoit mon chemin, mais encore par curiosité de voir une place de cette réputation. Il y a déjà quelque temps que l'alarme y est grande. Ils travaillent à leurs dehors, mais non pas de sorte ni avec tant d'avance pour les travaux qu'elle en soit beaucoup meilleure de quelques mois; à la vérité, le corps de cette place est de onze beaux bastions. J'y ai reçu mille civilités et régals de la part de la république, ce qui m'a obligé de visiter le gonfalonier et les anciens qui l'accompagnent d'ordinaire dans le palais, où ils m'ont fait très grand honneur, bien que ce ne fût que comme particulier. J'ai reconnu qu'ils sont en disposition d'accorder à Leurs Majestés toutes les choses qu'on en peut désirer pour l'avantage des affaires présentes, et que peut-être on en pourroit obtenir beaucoup plus, si on vouloit se servir de l'appréhension où ils sont et les presser. Il y avoit longtemps que j'étois convié d'y aller, mais je ne l'ai pas voulu faire sans l'avis de M. le cardinal Grimaldi, qui me fit connoître qu'il seroit bon que je leur dise par occasion, comme de moi-même, que les armes de Leurs Majestés ne dévoient donner terreur qu'à leurs ennemis, sans leur ùter toutefois celle qu'ils peuvent prendre de l'armement des autres princes. A quoi j'ajoutai quelques autres discours équivoques tendant à leur faire voir que la protection d'Espagne étoit maintenant un mauvais appui pour s'y fier, et, à ce que j'apprends, si on pressoit un peu ces gens-là, lorsque nous serons plus en état d'augmenter leur crainte, il y a beaucoup d'apparence qu'on les pourroit porter à des résolutions bien différentes du parti qu'ils ont tenu jusques ici. Mais ce n'est pas là seulement le fruit que les armes du roi tireront d'être fortes en Italie, puisque je n'y vois quasi rien qui ne plie ni aucun prince qui ne veuille profiter de la conjoncture et des intérêts de la France, dès que nous serons assez forts pour leur persuader qu'ils le peuvent sans péril. Je m'en retourne du côté de Bologne pour la suite des choses commencées, M. le cardinal Grimaldi ne m'ayant rien ordonné do nouveau ni de plus particuHer. S'il y avoit quelque changement ou du retardement, je m'en irais voir Piombino et Porto-Longone et, de là, me rendrais à Gênes près de mondit sieur le cardinal Grimaldi, pour y attendre les ordres de la cour ou y recevoir les siens, ainsi qu'il m'a dit qu'il étoit à propos que je le fisse* La prise

1. Tous ces voyages de du Plessis-Besançon causèrent une vive émotion dans les diverses cours d'Italie. Voici ce qu'écrivait de Rome l'abbé de Saint-Nicolas à Bernard de Besançon, le 8 juillet 1647 : c Toutes vos

de Nice de la Paille, le siège d'Armentières et le mauvais bruit qui court d'un grand accident survenu en la personne de M. le Prince ont fort refroidi les esprits et font un méchant effet pour les affaires. Dieu veuille que le dernier point soit faux, comme d'ailleurs il est mal fondé par la diversité qui paroît dans les avis de cette nouvelle.

(Copie. Bibliothèque nationale, manuscrits, fonds français, 16100.)

Extrait. Amiens, le 4 juillet 1647.

Votre lettre du 14 juin m'a appris que vous aviez été à Lucques et le jugement que vous faites des fortifications de cette place, les discours que vous avez tenus à ses seigneurs et que, sans faire paroître avoir nul ordre de les intimider ni de leur faire appréhender les armes de leurs voisins, vous leur aviez bien fait connoître que la protection d'Espagne n'est pas un remède assuré contre divers accidents dont ils sont menacés. Au voyage ni aux discours, rien ne peut être condamné et, l'ayant entrepris avec le consentement du cardinal Grimaldi, vous ne devez point douter qu'il ne soit approuvé. Mais je crains que, quand les diverses nouvelles dont je veux vous faire part seront divulguées en Italie, tel qui méprisoit les armes d'Espagne et tel aussi qui considéroit beaucoup les nôtres seroit également pour changer d'opinion, puisque nous sommes de deçà sur la défensive et qu'en Catalogne, sans que les ennemis se soient fait voir, M. le Prince

a été conseillé de lever le siège de Lérida

(Original. Affaires étrangères, Naples, IV, 254.)

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