‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 109 sur 146 · Du Plessis-Besançon à Mazarin · texte numérisé non relu

Du Plessis-Besançon à Mazarin

Gênes, le 29 juillet 1647.

Depuis le retour du courrier de Modène, cette Altesse a envoyé ici le manjuis Calcagnini avec apparence de vouloir traiter et renouer quelque chose. Mais tout s'est réduit à ce point que, si M. le duc de Parme veut bailler les étapes et les passages nécessaires i)Our entrer dans le Milanois par ses états et qu'on puisse s'assurer qu'il ne favorisera point les Espagnols au préjudice de M. de Modène, il espère que son maître passera outre à l'exécution des choses proposées. Mais, comme il dit en même temps qu'il a passé à Parme, venant en cette ville, pour voir ce qu'on en pouvoit obtenir, et qu'il n'y a trouvé aucune disposition convenable, Votre Éminence jugera de ce qu'on peut attendre de tout ceci.

M. le cardinal Grimaldi avoit trouvé bon que je partisse aussitôt pour Parme, afm de gagner de la main les Altesses malintentionnées, mais ledit sieur marquis a j)ersisté qu'il falloit avoir la réponse de son maître auparavant, laquelle il attend ici.

Ce qu'on peut juger de cette procédure est que, quand M. de Modène aura vu qu'on ne pouvoit pas lui donner le fonds qu'il s'étoit promis et ({u'il aura su l'i'tat do nos affaires, que les artifices des ennemis publient très mauvais pour nous de tous côtés, ou qu'il s'exécutera nettemout de passer outre ou qu'il en rejet-

tera la cause sur la froideur et les refus de M. le duc de Parme. Cependant, le sieur marquis Galcagnini demeure en cette \'ille pour profiter des avis qu'on reçoit, lesquels sont pour l'ordinaire à notre désavantage. Il y voit l'ambassade d'Espagne, après avoir donné part à M. le cardinal Grimaldi qu'il ne pouvoit pas s'en défendre en cette conjoncture d'affaires, en suite des voyages qu'il a faits vers le gouverneur de l'État de Milan.

Ledit sieur marquis Galcagnini a aussi touché quelque chose concernant la jonction de partie des troupes de son maître avec les nôtres, mais, comme ses prétentions là-dessus sont grandes et qu'on n'a pas ici de quoi lui répondre positivement sur cet article, on a passé légèrement par-dessus. Enfin, ce prince connoît bien le tort qu'il se fait après en être venu si avant, mais

son irrésolution est telle qu'il ne sait à quel parti s'attacher

Peu de jours éclaircîront tous ces doutes, mais il y a grande apparence qu'il est déjà disposé à bailler aux Vénitiens la plupart de ses troupes et à garder le reste pour sa sûreté, croyant par ce moyen se conserver avec tout le monde, ayant peine à croire qu'il voulût prendre une résolution plus contraire à nos intérêts

Le sieur secrétaire Pozi, ayant passé par ici à son retour d'auprès de madame de Mantoue, m'a rendu une lettre de cette princesse créance sur lui, et m'a assuré qu'elle étoit toujours en même dessein de s'unir absolument avec nous pour agir et faire tout ce qui peut dépendre d'elle, me témoignant qu'elle avoit cru que je ne m'étois pas entièrement ouvert, lorsque j'eus l'honneur de la voir, qui est bien différent des avis que l'on a d'ailleurs de ses intentions et de sa conduite. Mais, peut-être que, dans l'aigreur où elle est pour M. le duc de Modène, l'état où elle voit les choses à l'égard de ce prince est la plus puissante cause qui la pousse aux avances qu'elle fait maintenant.

Si le retour du courrier du marquis Galcagnini m'oblige d'aller à Parme et que M. le cardinal Grimaldi me l'ordonne ainsi, on pourra pénétrer plus à fond les véritables motifs qui portent madame de Mantoue aux nouvelles avances qu'elle fait.

(Minute. Affaires étrangères, Naples, IV, 339.)

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