Du PlessiS'Desançon au prince de Condé
Gênes, le 6 août 1647.
Les ordres que j'ai eus jusques à présent ne m'ayant donné lieu de négocier rien de concluant avec les princes auprès des-
quels j'ai été envoyé, mais seulement d'y établir les dispositions générales qui étoient à désirer pour servir de fondements à des traités particuliers touchant la guerre d'Italie et les desseins dont Votre Altesse a eu connoissance avant que partir de la cour, je
lui en ai ponctuellement rendu compte de Bologne et de Venise
Par où Votre Altesse aura vu que toutes mes tentatives avoient réussi au point qu'il étoit à souhaiter. Mais, comme la crainte de hasarder et l'intérêt d'avancer sa condition sont ici les plus puissantes raisons qui servent à persuader, aussitôt que les moyens de les insinuer fortement manquent à un négociateur, il n'y a point de logique assez forte ni d'arguments assez concluants pour réussir en ce pays. Il y a déjà quelque temps que j'avois connoissance de ces maximes et que je savois qu'une mission armée est le meilleur article d'une instruction pour porter à la guerre des esprits timides ou intéressés, mais la nouvelle expérience que j'en ai prise par le mauvais effet qu'a produit cette campagne, la foiblesse des armes de Leurs Majestés et les petits avantages que les ennemis en ont remportés sur nous m'ont pleinement confirmé dans l'opinion qu'on doit avoir de la bonne volonté des princes d'Italie et du biais qu'il faut tenir pour les porter à une ferme résolution de s'aider à sortir de servitude. Pour cela, une sûreté morale ne leur sulîit pas; il faut des démonstrations plus convaincantes et encore ne sont-elles recevables que parmi ceux qui ne sont pas contents de leur condition ; car, pour les autres, il n'y a que la peur du mal présent qui puisse gagner rien sur eux : c'est à quoi nous en sommes maintenant. Mais les artifices des Espagnols ont tellement prévalu sur la créance publique, particuhèrement en ce pays (où ils sont encore moins appréhendés que nous), qu'on y croit les affaires de France bien avant dans le déclin, et, jusques à ce que d'autres événements relèvent la réputation, je serai bien trompé si nous y faisons rien de bon. Néanmoins, comme on commence à s'assurer que Votre Altesse vit, après tant de faux bruits qu'on a publiés de sa mort et qu'elle se remet en étal d'cntrej)rendre de nouveau quohiue chose digne d'elle, les ennemis ne parlent plus si haut et nous pourrions bien reprendre les premières erres : à quoi la sortie de M. le prince Thomas en campagne et le rétablissement de l'armée de Flandre n'apporteront pas une petite facilité. Mais, pour dire le vrai, ce (}ui peut y contribuer le plus sera la continuation des révoltes et soulévemonts formés dos royaumes de Naples et de Sicile qui s'augmentent de jour à autre, lesquels, comme plus proches, persuadent plus elhcacement les Italiens
que les nouvelles plus éloignées de leur connoissance et de leur opinion. Ce sont, à la vérité, des coups bien pesants pour les ennemis et dont nous pouvons tirer de grands avantages, pourvu qu'on s'applique avec diligence et jugement à bien, ménager de si belles occasions.
(Minute originale. Affaires étrangères, Naples, IV, 353, 354.)