‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 112 sur 146 · Du Plessis-Besançon à Brîenne · texte numérisé non relu

Du Plessis-Besançon à Brîenne

Extrait. Gênes, le 13 août 1647.

Enfin, le cardinal Grimaldi a reçu ce matin des nouvelles de Modène ; elles ne sont pas entièrement concluantes, en sorte que l'on puisse tout à fait s'assurer dessus, mais elles sont telles qu'il y a beaucoup à espérer. Pour cet effet, je suis obhgé de partir présentement pour m'en aller à Modène et peut-être à Mantoue, selon que les choses iront en avant ou en arrière ; mais, comme il y a des conditions sans l'effet desquelles il n'y a pas grand chose à espérer, selon mon opinion, cette affaire peut aussitôt manquer que réussir.

(Copie. Bibliothèque nationale, manuscrits, fonds français, 161(X).)

Paris, le 20 août 1647.

J'ai reçu votre lettre du 29 juillet; vous aurez vu que je me suis

rencontré dans les mêmes sentiments que vous me marquez touchant la conduite que nous devons tenir à Tégard des affaires de Naples. Comme j'écris au long à M. le cardinal Grimaldi sur toutes celles d'Italie et que je sais que Son Éminence est bien aise d'en conférer avec vous, je n'en ajouterai rien ici^

Il faut cultiver la bonne volonté que madame de Mantoue témoigne d'avoir pour la France, quoiqu'on me confirme tous les jours que les Espagnols ne sont pas moins satisfaits d'elle pour tout cela.

Quant à M. le duc de Modène, quelque résolution qu'il prenne, il faut bien vivre avec lui et le tenir toujours dans cette confiance que Sa Majesté a la même estime pour sa personne et la même affection pour sa maison.

Il y a longtemps que je suis persuadé que la plus forte, ou plutôt l'unique raison pour obliger les princes d'Italie à se déclarer contre les Espagnols, étoit de voir les aftaires des mêmes Espagnols en mauvais état de ce côté-là et, au contraire, les nôtres florissantes de toutes parts et les François avec des forces un peu considérables en Italie.

Or, il me semble que nous sommes maintenant dans ce cas-là, car les ennemis sont très foibles dans le Milanois ; ils n'ont aucunes forces dans le royaume de Naples ni en Sicile, y recevant la loi de leurs sujets. Les princes d'Italie ne sont aucunement armes, la France y est plus puissante par mer et par terre qu'elle n'a été depuis plusieurs années; elle ne désire que de s'employer pour l'agrandissement desdits princes, et cependant aucun d'eux ne parle. Il faut attendre et peut-être rompront-ils leur silence, puisqu'ils auront déjà vu que le changomont de théâtre dont nos ennemis ont fait tant de bruit, pour quelque apparence de bonheur qu'ils ont eu au commencement de cette campagne, n'a abouti qu'à faire voir qu'en effet ils n'ont jamais été en pire état, ainsi que les avis de tous les endroits vous l'auront appris, car il faut enfin (jue la vérité des événements efface tout ce que l'artifice des ennemis, et particulièrement de l'ambassadeur d'Espagne qui est à Gênes, publie au contraire.

Tantôt ils disent que le cardinal Mazarini est mort, tantôt qu'il s'en est fui à Cambrai, une autre fois que tous les grands sont

l. Voir, au sujet de ces négocialions, diverses lettres de Mazarin au cardinal GriinaUti, en dale des 2G juillet, li, 22 et 29 août, et des 6 et 9 septembre 1G47, publiées ou analysées par Chéruel dans le tome TI des Lettres de Mazarin.

déclarés contre lui et que particulièrement M. le Prince lui veut du mal. Mais je vous puis assurer que Son Éminence se porte fort bien, Dieu merci, qu'elle est à Paris où elle jouit paisiblement des bonnes grâces de Leurs Majestés, qu'elle est aimée de toute la maison royale et en parfaite intelligence avec M. le Prince. Et, au reste, laissons dire les Espagnols et leurs adhérents qui se chatouillent pour se faire rire et se flattent par des chimères qu'ils se forment à leur fantaisie.

Nous n'avons pas perdu un pouce de terre en Catalogne, quoique nous y ayons arrêté longtemps leur armée navale, et nous faisons construire des forts auprès de Lérida et de Tarragone tels qu'ils auront peine à paroître dans la plaine d'Urgel et dans le champ de Tarragone; ce qui n'empêchera pas, la guerre continuant, que nous n'essayons de les chasser hors des places.

En Flandre, ils ont pris Landrecies, qui se peut appeler place, et nous l'offrent déjà pour Dixmunde, qui n'est rien au prix de la Bassée, et cependant la campagne n'est pas encore achevée.

En Allemagne, Wrangel a pris Eger et cherche l'occasion de combattre l'armée impériale. D'autre part, Kœnigsmark a pris trois places dans la Westphalie, madame la landgrave fait des progrès et agit sans aucun obstacle de son côté ; le duc de Bavière a une armée plus belle que jamais il n'a eue et est plus irrité que je ne vous saurais dire contre la maison d'Autriche, qui n'a rien oublié pour lui ôter l'armée et la réputation.

Pour ce qui est de l'Italie, vous en savez la constitution, et cependant les Espagnols se réjouissent. Il faut avoir patience et prier Dieu qu'ils aient toujours de semblables joies.

Vous donnerez part de ce que dessus à M. le cardinal Grimaldi et pourrez vous entretenir de ce que je vous marque de l'état des affaires avec ceux que vous jugerez à propos. Sur quoi, vous assurant qu'on est ici fort satisfait de votre zèle et de vos soins, je ne m'étendrai pas davantage que pour vous prier de faire toujours état de l'afi'ection que je vous ai promise.

(Original. Affaires étrangères, Naples, IV, 395.)

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