Du Plessis-Besançon à Mazarin
Gênes, le 26 août 1647.
La copie de la lettre que j'écrivis de Parme à M. le cardinal Grimaldi vous ayant été envoyée, elle aura informé Votre Émi-
nence du succès de mon voyage en cette cour-là J'ai trouvé le
marquis Gaufïridi toujours très bien et très puissant, quoique ce ne soit pas avec cette entière faveur et autorité qu'il avoit autrefois, et autant affectionné pour la France qu'il reconnoît lui-même que les intérêts de son maître y sont conjoints. Il continuera de faire tout ce qui pourra dépendre de lui, mais il m'a dit qu'il falloit l'aider en caressant et régalant cette maison qu'il a tenue jusqu'ici dans l'assiette qu'il est à désirer, empêchant que les propositions des Espagnols n'y fissent impression. Je lui ai dit que, sur l'avis qu'il m'avoit donné, que le paiement d'une année de la pension du feu duc Odoardo obligeroit entièrement le fils, Votre Éminence y faisant considération, l'avoit fait accorder par la reine, et lui ai proposé même d'en faire payer une partie comptant et que M. le cardinal Grimaldi resteroit cependant caution de tout le reste, ainsi que Son Éminence m'en avoit donné l'ordre. Après cela, le sieur Gauffridi m'a témoigné qu'il seroit très à propos en son temps, c'est-à-dire peu après le terme échu, de satisfaire aussi ledit sieur duc de Parme touchant la sienne, et d'en dire, en attendant, quelque chose à son résident. Toute cette cour-là est allée à Lorette incognito et ne sera de retour à Parme que le 10 septembre. Ceux qui croient connaître les moyens de faire quelque chose de grand en Lombardie demeurent d'accord qu'il n'y en a pas un meilleur pour y parvenir que la déclaration et les assistances qu'on peut retirer de ce prince, attendu la situation de ses états à l'égard du Milanois. Sur quoi Votre Éminence aura, s'il lui plaît, agréable que je lui dise que les régals et autres témoignages d'estime de la reine envers la mère sont du tout nécessaires. On tient pour assuré que M. le duc de Modène va épouser la princesse Victoria Farnèse, sœur de sa défunte femme.
Ayant pris occasion de ce dernier voyage de faire une seconde tentative pour le raccommodement de la maison de Mantoue et de Parme, j'ai tiré parole de celle-ci qu'elle y entreroit volontiers, par voie de députés de part et d'autre, avec l'intervention du roi. Je ferai la diligence nécessaire de l'autre côté, à mon premier voyage en Lombardie, au retour de celui que je vais faire avec M. le cardinal Grimaldi pour l'abouchement proposé où se trouvera aussi M. le marquis Calcagnini,que j'ai ramené de Sassuolo ici auprès de Son Éminence pour y conclure toutes choses ensemble ayant une plénipotence de son maître à cotte On; et mondit sieur le cardinal m'a fait l'honneur de me témoigner satisfaction de tout ce que j'ai fait pour rapprocher des résolutions qui sembloient fort éloignées. Sur quoi, je suis obligé de dire à Votre Éminence
que M. le marquis Calcagnini a très efficacement contribué ce qui a pu dépendre de lui
Je n'ai point mandé à Votre Éminence la prise de possession de l'abbaye de Ghiaravalle^ au nom de M. le cardinal Grimaldi, ne doutant pas qu'elle n'en fût informée de Son Éminence même.
Les séditions et soulèvement de Naples et de Sicile ne s'apaisent point, ce peuple ayant chaque jour quelque nouvelle prétention et la noblesse commençant à faire mettre en campagne pour entamer une guerre civile. Mais quoique cette affaire ait une belle montre pour nous, si est-ce qu'à moins d'y être utilement et solidement appelés, il semble que le meilleur fruit et plus assuré qu'on en puisse tirer, c'est d'appliquer puissamment la bonne fortune de cette conjoncture pour chasser les Espagnols du Mila-
nois.
(Minute. Affaires étrangères, Naples, IV, 403.)