Du Plessis-Besançon à Mazarin
Extrait. Gênes, le 3 septembre 1647.
M. le marquis Calcagnini s'en retourna dès hier au soir
trouver M. le duc de Modène, auprès duquel il a si efficacement agi que son entremise, jointe à la mauvaise satisfaction qu'il avoit rapportée de Milan et le mauvais état des affaires d'Espagne, qui vont tous les jours de pis en pis, ont enfin produit la conclusion qui étoit à désirer. Le temps fera connoître à Votre Éminence, par d'autres témoignages que les miens, ce que j'y puis avoir contribué de ma part, et je lui dirai seulement par occasion que, si j'eusse pu voir Son Altesse pendant que j'étois à Bologne, ainsi qu'on me l'avoit écrit, les moyens dont je me suis servi pour persuader non moins le ministre que le maître n'auroient peutêtre pas été moins heureux en ce temps-là qu'en celui-ci, et nous n'en serions si pressés qu'à présent, ce qui est, selon mon sens, la chose qui nous manque le plus. Mais j'espère que la beauté de l'automne récompensera par sa longueur tout ce que nous avons perdu pendant l'été
Je dois partir ce soir pour m'en aller à Mantoue, chargé des sentiments de M. le cardinal Grimaldi, et je trouverai en passant à Parme ceux de Son Altesse de Modène, estimant qu'il n'est pas convenable que je la voie pour cela, afin que les cours
i. Chiaravalle, abbaye située dans le duché de Parme, près de Borgo- San-Donnino.
OÙ je vais ne croient pas que ce soit plutôt les mouvements et les
intérêts de celle-là qui me mènent que ceux de Leurs Majestés
ou de leurs principaux ministres. Je tâcherai de réunir toutes
choses audit Parme, Modène et Guastalle, puisque leur union est
si nécessaire pour convenir à un bien qui leur doit être commun
à tous, et, comme j'ai déjà le consentement de tous et que le sieur
comte de Bonzi m'écrit qu'il y a beaucoup moins d'aigreur dans
l'esprit de M™e de Mantoue que par le passé, on peut espérer que
je serai peut-être plus heureux auprès d'elle cette fois-ci que
l'autre
(Minute. Affaires étrangères, Naples, IV, 422.)