‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 122 sur 146 · Du Plessis-Besançon à Mazarin · texte numérisé non relu

Du Plessis-Besançon à Mazarin

Toulon, le 20 avril 1648.

J'ai reçu le soir la dépêche de Votre Éminence du 8. Je partis

1. Cette dépêche, ainsi qu'une autre, en date du 16 avril, sur le même sujet, a été analysée par Chéruel, dans la correspondance de Mazarin. Elle a été imprimée in extenso dans les Mémoires du comte de Modène sur l'insurrection de Xaples en 1G47 (Paris, 1827, 2 vol. in-S' , et dans le Recueil des instructions aux ministres de France à ISajjles et à Parme, par M. Josei)h Ileinacb, page 21.

2. Ces deux lettres au duc de Guise et à du Plessis-Besançon ont été imprimées dans les Mémoires du comte de Modène et analysées par Chéruel.

le lendemain pour me rendre à Piombino, ainsi qu'elle m'ordonnoit, avec toute la diligence possible, quoique le temps fût mal disposé pour ce voyage, ainsi qu'il a bien paru, puisqu'après nous être opiniâtres à la mer pendant deux jours, enfin il a fallu relâcher ici.

Le même jour de mon retour, j'y ai reçu par M. de Gauville un mémoire de Votre Éminence du 6, par où je vois son soin extraordinaire et son application pour cette affaire, le bon avis qu'elle a de tous côtés et la part qu'il lui plaît de me donner de tout ce qui me peut servir pour réussir heureusement dans mon emploi; aussi n'en ai-je point encore eu où j'aie espéré de pouvoir servir plus utilement que dans celui-ci, pourvu que le champ et la matière ne me manquent point avant que d'y entrer

Les nouvelles que j'ai trouvées en cette ville, en mettant pied à terre, des désordres arrivés à Naples et de la prison de M. de Guise, ne laissent pas de m'inquiéter, d'autant plus qu'il y avoit lieu d'appréhender semblables choses de sa division avec Gennaro Annese, et de la nécessité des blés pour le soutien du menu peuple, qui est ordinairement celui qui commence les nouveautés de cette nature. Néanmoins, tous ces bruits ne venant que des lieux partiaux pour les Espagnols, et de mains suspectes, j'estime qu'il n'y faut ajouter aucune créance, qu'ils ne soient confirmés par les ministres serviteurs du roi qui sont à Home.

C'est pourquoi l'on ne change rien de deçà ; au contraire, on y hâte de plus en plus l'exécution des choses résolues. Ainsi, je fais état de partir dans après-demain 22 pour me rendre à Piombino, sur le vaisseau du chevalier Paul qui sera le premier prêt, où M. Garnier et le reste de l'escadre nous viendront joindre peu de jours après, s'il ne leur vient entre ci et là d'autres ordres de Votre Kminenco, en suite de ce qu'on dit s'être passé à Naples, auquel cas je ne doute point que je n'en reçoive aussi de ce que je dois devenir.

Cependant, soit pour en donner connoissance à M. le cardinal Grimaldi, soit pour le délivrer d'inquiétude dans l'attente où il est de notre arrivée à Piombino, si l'effet de tous ces mauvais bruits ne l'ont point empêché de s'y rendre, et soit encore pour être informé de ce qui se passe lorsque nous y arriverons, j'ai jugé qu'il étoit nécessaire d'y dépêcher exprès un des miens, lequel même j'ai chargé de passer outre jusquos à Rome, afin que nous soyons avisés de tout par son retour et que nous ayons gagné tout ce temps-là pour l'employer à ce que Votre Éminence aura jugé bon que nous fassions d'ailleurs, si cette affaire avoit changé de

face avec tant de contrariété en une conjoncture si importante, et lorsque, par toutes sortes de raisons humaines et de i3elles apparences, il y avoit lieu d'en espérer tant d'utilité pour Tétat et de gloire pour Votre Éminence. Pour moi, j'en recevrois un déplaisir si sensible que je ne crois pas qu'il y eût rien capable

de m'en consoler J'ai retenu les dépêches que Votre Éminence

m'a fait tenir pour mondit sieur le cardinal Grimaldi, n'ayant pas jugé à propos de les hasarder par cette voie, d'autant moins que je dois suivre de près et qu'elles regardent particulièrement les affaires de Naples; joint que je pourrai toujours le faire de Piombino.

Revenant d'Aix, M. Garnier a reçu à Marseille le sieur de la Petitière, et j'en reçois présentement une lettre où il m'offre de mener, quinze jours après le premier avis, jusques à vingt-cinq officiers d'artillerie de toutes sortes, mais qu'il faudroit au moins leur donner deux mois d'avance, qui ne monteroitpas à moins de deux mille écus. Je vois, par votre mémoire du 6 de ce mois, que Votre Éminence a quelque espoir que l'armée navale du roi pourra être prête à la fin de ce mois; sur quoi, je ne doute point que M. de Valençay ne lui écrive ce qui en peut être. Mais, selon ce que je vois et que j'entends des experts sur les lieux, la diligence sera grande, et il faut que tout le fonds nécessaire arrive bientôt, si cela pouvoit être pour la fin de mai, puisque ce sera tout ce que l'on pourra faire, que de mettre à la voile toute la première escadre le dernier jour de celui-ci, et l'argent est tellement rare par deçà que c'est la pierre d'achoppement qui arrête toutes choses.

(Minute originale. Affaires étrangères, Naples, VIII, 175.)

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