‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 123 sur 146 · Du Plessis-Besançon à Mazarin · texte numérisé non relu

Du Plessis-Besançon à Mazarin

Toulon, le 21 avril 1648.

De la lettre de M. le cardinal Grimaldi à M. le bailli de Valençay du 13, écrite de Rome, j'infère que les ennemis s'étant saisis de tous les postes que le peuple tenoit dans la ville de Naples, ils sont maintenant les maîtres, quoique celui-ci exclame encore et demeure toujours armé. Cet accident, néanmoins, n'empêchera pas qu'on ne puisse tirer encore un grand avantage de cette affaire, puisque le soulèvement subsiste toujours dans la plupart des provinces du royaume, notamment du côté de Salerne et autres lieux voisins dudit Naples, où il y a plusieurs chefs et un bon nombre de troupes qui s'v maintiennent au nom du peuple.

Mais il semble que, dans la nécessité qu'il souffre et dans la confusion oii sont toutes choses, on n'en peut plus espérer aucun bon effet que par une seule voie, qui est celle d'y envoyer au plus tôt toute l'armée navale, avec des forces assez considérables pour exciter un dernier soulèvement dans Naples et resserrer ensuite les Espagnols dans les châteaux, ou, se joignant à ceux qui tiennent la campagne, attaquer quelques places qui nous donnent un pied fixe dans la côte, avec une retraite à nos vaisseaux et galères; et, pour y avoir de la cavalerie, faire que les ministres du roi qui sont à Rome fassent les diligences nécessaires pour enlever et recouvrer les chevaux pour monter les cavaliers qu'on y pourroit mener démontés, ce qui feroit un très bon effet pour Naples et pour ranger la noblesse de notre côté, qui seroit d'une conséquence merveilleuse pour tout le reste du royaume.

Il y en a qui partiroient d'abord à Gaëte ; mais mon opinion seroit plutôt de prendre Baies ou Pouzzoles, tant à cause du voisinage de Naples, où vraisemblablement le peuple reprendroit hardiesse et vigueur, que, du commencement, il ne faut rien entreprendre de difficile ou qui puisse tirer en longueur, que pour donner une retraite à notre armée de mer et s'assurer une communication avec elle pour l'attaque desdits châteaux, dont la prise seroit la consommation de l'œuvre, tandis que les partisans de France et les soulevés des provinces agiroient aussi de leur côté.

Cependant, on pourra toujours s'avancer avec la première escadre, sonder le gué, disposer les choses et préparer les voies au reste de l'entreprise. Que si Votre Eminence ne voit pas assez de solidité dans ce dessein, l'armée navale étant sur les lieux, pour en faire les tentatives raisonnables, on pourroit tomber

sur Porto-Ercole ou porter tout l'effort dans le Milanois

ou tomber à l'improviste sur la Catalogne, pour y faire un coup de partie, si, pour l'un et pour les autres, il n'étoit également à craindre que les Napolitains, désespérés de se voir abandonnés, ne se portassent à quelque grand effort contre nous en faveur des Espagnols, pensant par là se rétablir mieux en grâce. Pour toutes ces choses, une prompte résolution est entièrement nécessaire et surtout des fonds présents et des officiers d'artillerie pour la faire réussir, Votre Eminence connoissant mieux que personne <ju'avec des moyens petits ou tardifs, on ne sauroit faire do grandes choses, si un concours de bonne fortune et d'occasions favorables n'y intervient, comme dans l'affaire de Naples, s'il s'y fût rencontré quelqu'un qui eût eu l'intention et la conduite convenables pour s'en prévaloir.

Je fais toujours état de partir après-demain pour me rendre à Piombino sur le vaisseau du chevalier Paul, où je trouverai des nouveaux avis de Rome et où nous pourrons avoir les ordres de Votre Éminence sur les occurrences présentes, avant que d'en partir pour passer outre avec le reste de l'escadre. Peut-être que, délivrés de l'embarras de M. de Guise, les choses pourront se

renouer avec plus de succès qu'auparavant

(Minute. Affaires étrangères, Naples, VIII, 177.)

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