i)u Plessis-Desançon au cardinal GrimalcU
Piombino, le l^r mai 1648.
En conformité de ce que je me suis donné l'honneur d'écrire à Votre Éminence par le sieur de Grancour, je suis arrivé ici ce matin sur un vaisseau de guerre de M. le chevalier Paul, et une recrue de cinq cents hommes pour le régiment de Villeroy, avec une flûte qui doit ramener M. de Refuge en France La première escadre des vaisseaux, au nombre qu'on vous Ta mandé de la cour, ne sauroit être de deçà devant le 8 ou 10 du courant, avec les blés, armes et munitions qu'on a destinés pour Naples, supposé môme que le temps et la mer leur soient favorables ; mais je crois certainement que, dans deux fois vingt-quatre heures, nous y aurons les dix galères de la première escadre. Ainsi, je n'attends que le retour dudit sieur de Grancour, avec ordres et avis sur ce que j'aurai à faire, pour avoir l'honneur de m'aboucher avec Votre Éminence et M. l'ambassadeur^ aux lieux que vous me marquez par vos dernières ; ensuite de quoi je vous renvoierai le sieur Thévenard bien informé des résolutions que j'aurai prises, soit de quelqu'autre lieu de la côte ou d'ici. Je ne sais encore quelles troupes s'embarqueront avec lesdites premières escadres, parce que celles qu'on avoit destinées n'étoient pas encore armées à mon départ, mais il est certain que, si les choses vont en avant, le nombre n'en est pas moindre que de quatre à cinq mille hommes de cheval ou de pied. Pour ce qui est du reste de l'armée navale qui les doit porter, les matelots ponantois sont en chemin pour se rendre à Toulon, où, à la réserve de cin(i ou six vaisseaux, le radoub de tout le resta est achevé, de sorte qu'elle pourra mettre à la voile dans la Gn du courant.
Votre dépêche du 13 avril, adressée à Toulon pour la faire pas-
1. Le marquis de Fonlenay-Maieuil, ambassadeur de France à Rome.
ser à la cour, en est partie d'ici le •2-2, mais la nouvelle des dernières révolutions de Naples y aura été beaucoup plus tôt par un courrier qu'y a dépéché M. le cardinal Antoine ' ; ainsi, je ne doute point qu'à la confirmation que le courrier de M. le bailli de Valençay en aura porté à Leurs Majestés et à Son Éminence avec vôtredite dépêche du 13, la résolution de ce qu'il faudra faire en cette occurrence n'ait été prise aussitôt, et que M. Garnier ne nous l'apporte ici au premier jour. Cependant, si je puis m'étre abouché avec Votre Éminence entre ci là, ayant reçu l'honneur de vos sentiments et de vos ordres, je pourrai lors, sans perdre de temps, passer à l'exécution des choses qui seront à faire pour le mieux, mais j'appréhende bien fort que, si les ennemis ont plus tôt que nous de quoi assouvir la faim des Napolitains, cette grande alïaire n'aboutisse enfin à peu de chose.
Les vents qui ont régné durant vingt-cinq jours contraires à ceux dont nous avions besoin avoient, jusques à mon départ de Toulon, empêché nos blés d'y arriver sur grand nombre de barques qui étoient depuis longtemps toutes chargées à Narbonne ou en Arles; mais, du temps qu'il fait, tout y doit être maintenant.
Le régiment de Ghouppes et les recrues de Ghémeraut sont à présent débarqués à Lérici, lesquels auront été suivis de plus de trois mille hommes effectifs que j'ai laissés audit Toulon, prêts à faire voile pour l'armée de Lombardie, sans y compter ce qui suivoit. Gette première escadre de vaisseaux et celle des galères aussi ont ordre de faire ce que Votre Eminence ordonnera ; c'est pourquoi, soit après l'avoir vue, soit auparavant, elle leur peut envoyer ici, d'où elles ne bougeront en attendant; et, si j'étois parti pour vous aller voir auparavant, j'y laisserois des lettres pour MM. de Ghastellux et Garnier à cet elTct, par où je leur ferai part de la route que j'aurai prise.
Pour moi, dans les nouveautés qui sont survenues, je ne doute point qu'il ne faille que j'aie l'honneur de vous voir et que nous n'ayons de nouveau les ordres et intentions de la cour avant que d'entreprendre autre chose, et je crois que M. l'ambassadeur et vous serez aussi de cette opinion, la confusion de l'état des affaires de Naples étant telle que tout y est en l'air, sans qu'on voie avec qui pouvoir traiter ni ou mettre pied à terre, à moins d'y aller avec des forces capables de s'y pouvoir soutenir de soi-même. (Minute, .\ffaires étrangères, Naples, VIII, 195.)