‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 132 sur 146 · Du Plessis-Besançon à Mazarin · texte numérisé non relu

Du Plessis-Besançon à Mazarin

Rio, le 20 juillet 1648.

Votre Éminence pourra voir, par le mémoire ci-joint^, à quoi nous en sommes jusques à présent et comme on n'oublie aucune diligence pour avancer les choses du côté de l'exécution; mais j'y vois tant d'embarras et de longueurs, et la dernière partance qui a été faite de Toulon avec si peu d'ordre et de prévoyance qu'outre la foiblesse des moyens destinés pour une si grande entreprise et les incertitudes de la mer, la saison en est si avancée et les desseins si peu fondés de la façon qu'on s'y veut prendre, les vivres des galères, dont il est impossible de se passer, sont d'ailleurs si mal assurés que c'est avec uoe confiance assez en l'air qu'on peut bien espérer de tout ceci. Sur quoi, tout ce que je puis dire à Votre Éminence en ce rencontre, c'est que je serai toujours de l'opinion d'un homme d'honneur qui désire l'avancement du service du roi et votre satisfaction particulière. Si l'on résout d'aller du côté de Naples, comme il y a beaucoup plus de disposition et d'apparence, je crois que M. le cardinal Grimaldi s'embarquera sur V Amiral, où j'aurai l'honneur de le suivre (quoique ma santé y répugne entièrement), et j'ai déjà fait les tentatives nécessaires pour en ajuster les moyens; mais il me semble que l'esprit de Son Éminence n'est pas bien persuadé que M. le prince Thomas désire qu'il fasse le voyage, encore que je n'y aie reconnu aucune aversion de la part de celui-ci et que je butte continuellement à l'assurer du contraire et à les tenir, non seulement dans l'union, mais dans les sentiments qu'il est à désirer qu'ils aient l'un pour l'autre. Après avoir fermé cette dépêche, mondit sieur le cardinal doit aller revoir Son Altesse pour presser de nouveau tout ce qui peut servir au départ et à déterminer les résolutions qui sont à prendre, les entreprises qui dépendent des vivres, n'ayant que trop de longueurs sans y en ajouter d'autres. Cependant, je vous suppUe très humblement de croire que tout ce qui peut dépendre de mes soins, de mon peu d'intelligence et de mon affection n'y sera pas épargné; mais, à ne rien celer à Votre Éminence, les affaires du Milanois nous font si beau jeu que je crois qu'il y faudroit porter tout ce que nous avons ici pour les pousser plus certainement à bout et profiter tout de bon d'une occasion qui se montre si belle, se contentant de la domi-

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