Avigliana, place forte de Piémont
raux pour aller faire la reconnoissance des chemins et des lieux, tant deçà que delà le Pô, par où l'armée du roi pourroit marcher, loger et se rendre aux environs de CasaP, et m'aboucher avec le maréchal de Toiras^ pour ajuster toutes choses, je m'en acquittai si heureusement qu'ayant fait ensuite tous les ordres de marche, la conduite de la tète m'en fut donnée avec un petit corps détaché de carabins et de mousquetaires^. Durant dix jours qu'elle dura, je marquai
1. Voir sur cette reconnaissance les Mémoires de Richelieu dans la collection Michaud et Poujoulat, 2® série, tome VIII, page 274, et plus loin, à l'appendice, une lettre de du Plessis-Besançon au cardinal.
2. Jean de Saint-Bonnet, comte do Toiras (1585-1636), maréchal de France. « Artificieux , ambitieux , brouillon dans la
« cour Étant en Italie, Casai fut assiégé, où il servit bien,
'( mais à sa mode, se plaignant toujours, demandant plus qu'il ne « falloit et plus qu'on ne pouvoit lu-i donner, et représentant les « nécessités de la place plus grandes qu'elles n'étoient, ce qui « pensa la perdre, en ce qu'il assuroit de telle sorte qu'elle ne « pouvoit passer un terme dans lequel il étoit impossible de la « secourir, qu'on fut sur le point de résoudre de n'en tenter point « le secours; et cependant la place attendit ledit secours plus de « trois semaines après et pouvoit encore attendre un mois. Quand « les maréchaux de la Force et de Schonberg furent sur le point « d'aller secourir la place, le dernier envoya par deux fois audit « sieur de Toiras pour le prier de lui mander le chemin qu'ils « dévoient tenir et ce en quoi il pouvoit faciliter leur dessein. « Jamais il ne voulut leur donner aucun avis, ce qui les mit en
« une étrange peine » (R(')l,e de ceux qui 07it été employés au
commandement des armées. Bibliothèque nationale, manuscrits, fonds français, volume 4092, folio 5.)
3. « Quant aux sieurs du Plessis de Besançon et de Vignoles, « aussi aides-de-camp, ils furent destinés pour être ordinairement « à la tête de toute l'armée, avec les deux cents mous(juetaires « qui leur étoient ordonnés. » {Mémoires de Richelieu, collection Michaud et Poujoulat, 2« série, tome VIII, page -277.)
la route sur trois colonnes, et nous primes tous les logements que j'avois projetés, arrivant précisément à la vue de la place au temps et aux lieux mentionnés au rapport que j'en avois fait auparavant, ce qui surprit tellement les ennemis qu'ils furent contraints de faire cette paix honteuse^ pour eux et si extraordinaire en sa forme, par laquelle ils quittèrent la ville et le château qu'ils tenoient, et se retirèrent en même temps du siège de la citadelle, à la gloire des armes du roi, non sans y avoir reçu quelques nouvelles marques d'honneur sur ma personne. Et, comme la part que j'avois eue au secret et à l'action d'un si hardi secours m'en avoit aussi donné une parfaite connoissance, feu M. le cardinal voulut que ce fût moi qui en dressât la relation pour l'envoyer à tous nos ambassadeurs et la donner en France aux ministres étrangers, afin qu'il ne fût ignoré de personne^.
La suite nécessaire du discours m'ayant obligé de continuer celui du secours de Casai, je reviens maintenant à d'autres services que je rendis pendant la même campagne... Le prince Thomas^ ayant occupé